Jean de Stratford (en ), né vers 1275 et mort le , est un important ecclésiastique anglais, devenu évêque de Winchester, puis archevêque de Canterbury. Issu d'une famille au sein de laquelle plusieurs membres sont destinés à une carrière ecclésiastique, il obtient plusieurs charges au sein du clergé et intègre l'administration du roi Édouard II, pour lequel il accomplit plusieurs missions diplomatiques et qu'il représente à certaines occasions. Stratford s'attire pourtant l'inimitié du souverain lorsqu'il est choisi en 1323 comme évêque de Winchester malgré son désaccord. S'il continue à le servir pendant les années suivantes, l'hostilité du roi le pousse cependant à soutenir activement sa déposition en 1327.

Pendant la minorité d'Édouard III, Jean de Stratford devient un membre du conseil royal, mais ses hautes fonctions politiques datent de 1330, au moment où le roi écarte des affaires son régent Roger Mortimer. Pendant les dix années qui suivent, il est l'un des membres prééminents de l'administration royale et acquiert une influence considérable sur le roi, qui le récompense de sa fidélité en soutenant sa candidature au poste d'archevêque de Canterbury en 1333. Malgré son nouveau poste qui lui procure une autorité considérable au sein du clergé anglais, Stratford continue à s'impliquer dans des missions diplomatiques, en particulier celles qui sont liées au début de la guerre de Cent Ans en 1337, au cours de laquelle il fournit une aide financière et morale au roi.

Mais un revers anglais au cours du conflit en 1340 mécontente grandement Édouard III qui, de retour de son expédition, s'en prend violemment à la gestion du financement du conflit par Stratford. Les deux hommes s'opposent violemment pendant plusieurs mois, où ils se lancent de nombreuses accusations, l'archevêque rejetant pour sa part la taxation qu'impose le roi au clergé anglais. Finalement, le souverain et le prélat se réconcilient au cours de l'année 1341 et Stratford réintègre rapidement le conseil royal, même s'il a perdu une bonne partie de l'influence politique qu'il détenait avant la crise. Progressivement éloigné des affaires du gouvernement en raison de son âge, Jean de Stratford se retire dans son diocèse et meurt en 1348.

Biographie Origines, début de carrière et élection à l'évêché de Winchester Jean de Stratford naît vraisemblablement à Stratford-upon-Avon, dans le Warwickshire. Il est l'un des fils de Robert de Stratford et de son épouse Isabel. Son père aurait été un riche citoyen, le cofondateur et le premier maître de l'hôpital de St Cross à Stratford, mais en raison du titre prestigieux de maître d'hôpital et des nombreux prérequis qu'il implique (notamment le fait d'être célibataire), cette assertion semble peu recevable. Plusieurs membres de la famille de Jean de Stratford se lancent comme lui dans une carrière ecclésiastique : son frère , son neveu et son parent deviendront respectivement évêques de Chichester, de Londres et archidiacre de Gloucester, tandis que son frère intégrera la chancellerie royale. Contrairement à certaines sources, il ne semble pas que Jean ait étudié au Merton College à l'Université d'Oxford, même si l'on pense qu'il a plutôt fréquenté le Balliol College, auquel il fera d'ailleurs référence dans son testament. Avant 1312, il obtient un doctorat en droit et entre au service du prieuré de la cathédrale de Worcester. Avant 1317, il devient recteur de l'église de la Sainte-Trinité de Stratford-upon-Avon et sert comme official de , évêque de Lincoln. Après la mort de Dalderby le , Jean est désigné comme son exécuteur testamentaire, puis entre au service de Walter Reynolds, archevêque de Canterbury. Au début des années 1320, il devient doyen des Arches, ce qui lui fournit de nombreux bénéfices, notamment les postes de chanoine aux cathédrales de Lichfield, de Lincoln et d'York et celui d'archidiacre de Lincoln.

La première trace du service de Jean de Stratford auprès de l'administration royale date du , lorsqu'il assiste à un conseil royal tenu à Clarendon Palace : on pense d'ailleurs que c'est à ce conseil que Roger Damory, Hugh Audley et William Montagu, les favoris du roi Édouard II, le persuadent de réduire l'influence grandissante de son cousin et vassal Thomas de Lancastre, comte de Lancastre et chef de l'opposition baronniale, et que l'enlèvement de l'épouse de ce dernier, Alice de Lacy, est planifié par John de Warenne, comte de Surrey. Comme de nombreux autres hommes de loi, Jean est convoqué aux Parlements qui siègent à York en , en et en . Le , il embarque avec Édouard II et son épouse Isabelle pour la France lorsque le roi d'Angleterre vient rendre hommage à Amiens au roi Philippe V le Long pour les possessions qu'il détient dans le duché d'Aquitaine. En , il se rend au nom du roi auprès de la curie pontificale en Avignon afin d'obtenir du pape Jean XXII l'élection de son allié Robert Baldock au titre d'évêque de Lichfield, vacant depuis la mort de le mois précédent, mais sa requête se révèle infructueuse. Peu après son retour à York au cours de l'année 1322, Jean de Stratford est renvoyé en Avignon pour un an afin de soumettre au souverain pontife diverses requêtes royales, comme la fondation du prieuré dominicain de Kings Langley et la participation royale au prélèvement de la dîme demandée par le pape auprès du clergé d'Angleterre.

Jean de Stratford se trouve toujours à la cour pontificale lorsque meurt le , évêque de Winchester. Édouard II essaie d'influer auprès de Jean XXII afin d'obtenir que Baldock le remplace et charge Stratford de défendre sa candidature. Toutefois, le souverain pontife décide le de nommer à la place Stratford. Six jours plus tard, ce dernier est consacré par le cardinal Bertrand du Pouget. Le roi est furieux que ses souhaits n'aient pas été respectés et demande sans succès à Archambaud IV de Périgord, à et au cardinal Arnaud de Via d'user de leur influence auprès de Jean XXII pour annuler cette décision. Il fait interroger l'évêque à son retour en Angleterre par le juge en chef Geoffrey Scrope et le Lord du sceau privé Robert Ayleston et ordonne en aux gardiens de plus de 70 ports et aux shérifs de plus de 20 comtés de l'empêcher de s'enfuir, l'accusant de ne pas s'être présenté devant ses représentants et de s'être « retiré par subterfuge ». Au même moment, Édouard II refuse d'accéder à une requête soutenue par Stratford, avec lequel il se déclare « extrêmement en colère » et qu'il décrit comme « infidèle et ingrat ». Par la suite, Stratford doit déclarer qu'il n'a reçu les temporalités de son diocèse que par la grâce spéciale du roi et doit, en garantie de sa fidélité, reconnaître une dette colossale de . Même s'il est prié par le pape de réconcilier le roi et l'évêque, le favori royal Hugues le Despenser profite de la situation pour extorquer à Stratford . Finalement, une réconciliation est arrangée en .

Carrière politique sous Édouard II et pendant la minorité d'Édouard III Cette réconciliation a lieu car Édouard II a besoin des services de Jean de Stratford : en effet, au moment où éclate la guerre de Saint-Sardos avec la France en , le soutien du pape apparaît crucial. De son côté, Jean XXII espère ramener la paix entre Édouard II et Charles IV le Bel. De ce fait, l'évêque de Winchester est missionné à la fin de l'année 1324 en France pour préparer des négociations de paix pour mettre fin à la guerre franco-anglaise. Il joue un rôle de premier plan lors des premières discussions qui précèdent la venue en France de la reine Isabelle, envoyée par son époux le pour adoucir les exigences de son frère Charles. Jean de Stratford, qui semble avoir les mois précédents préconisé l'envoi de la reine, lui rend visite à Poissy le . On sait qu'il retourne en Angleterre, avant d'être chargé quelques mois plus tard d'accompagner le futur Édouard III (alors héritier du trône) en France afin que ce dernier y accomplisse l'hommage pour les terres d'Aquitaine à son oncle maternel Charles IV. Désigné avec Walter de Stapledon, évêque d'Exeter, pour mener l'escorte du prince, Jean de Stratford embarque avec lui le et assiste à la cérémonie d'hommage à Vincennes le 24. Il reçoit par la suite comme instruction de convaincre Isabelle de retourner en Angleterre auprès de son époux, mais la reine, arguant de l'influence désastreuse d'Hugues le Despenser sur le roi, refuse obstinément d'obtempérer face aux injonctions royales à la fin du mois d'octobre. L'évêque de Winchester rentre alors à Douvres le pour expliquer la situation au roi et au Parlement.

Après son retour de France, Jean de Stratford entame sa toute première visite dans son diocèse le au prieuré de la cathédrale de Winchester. Lorsqu'a lieu le suivant le débarquement de la reine Isabelle et de son allié Roger Mortimer afin de renverser le régime oppressif d'Édouard II et d'Hugues le Despenser, l'évêque se trouve à ce moment-là au , situé à Southwark. Le , avec Walter Reynolds et Stephen Gravesend, évêque de Londres, il lit à Londres une bulle papale de 1320 excommuniant les Écossais et s'en sert contre les partisans d'Isabelle. Mais la capitale bascule rapidement dans l'anarchie. Les 13 et , les trois prélats participent avec Walter de Stapledon à une réunion tenue à Lambeth à laquelle sont présents également Hamo Hethe, évêque de Rochester, et Thomas Cobham, évêque de Worcester. Stratford annonce alors qu'il part rejoindre la reine et se trouve à ses côtés à Bristol le lorsque le futur Édouard III est proclamé régent du royaume. Nommé Lord grand trésorier par Isabelle dès le , l'évêque de Winchester passe la Noël avec elle à Wallingford. Au cours du Parlement réuni le pour prononcer la déchéance d'Édouard II, il rédige les « Articles de déposition » contre le roi. Ensuite, il est l'un de ceux qui visitent le roi en captivité au château de Kenilworth le pour l'inciter à abdiquer en faveur de son fils. Le , Jean de Stratford quitte son poste de trésorier et, quatre jours plus tard, le , participe au couronnement d'Édouard III.

Immédiatement après la cérémonie, l'évêque de Winchester propose ses services au nouveau gouvernement. Dès le , il quitte Douvres et débarque à Wissant, avant de se rendre à Paris en tant que représentant du roi. Le , il conclut un nouvel accord avec Charles IV le Bel pour le règlement du conflit de Saint-Sardos : le roi de France laisse aux Anglais la plupart de leurs possessions en Aquitaine, à l'exception de l'Agenais et en échange de de pénalité. Pourtant, même s'il est l'un des membres du conseil de régence qui assiste le jeune souverain pendant sa minorité, Jean de Stratford ne tarde pas à entrer en conflit avec la reine Isabelle et son allié Roger Mortimer, dont il critique les pouvoirs qu'ils ne cessent d'accumuler au détriment des autres conseillers du roi. Ainsi, au cours du Parlement tenu à Salisbury en , l'évêque représente Henri de Lancastre, comte de Lancastre, qui est alors devenu le nouveau chef de l'opposition baronniale. Peu après, Stratford est accusé par les partisans d'Isabelle et de Mortimer d'avoir quitté le Parlement prématurément et sans autorisation. Au cours des tensions qui agitent le royaume pendant les mois suivants, le prélat se rend à Londres pour y haranguer les partisans de Lancastre. Il est toutefois contraint de se soumettre à l'autorité d'Isabelle et de Roger Mortimer en et négocie, avec d'autres éminents membres du clergé, pour que le comte ne soit que condamné à payer une très lourde amende, qui lui évite l'emprisonnement ou l'exécution. Ultérieurement, Stratford ne s'oppose plus au régime des régents.

Carrière politique sous Édouard III et élection à l'archevêché de Canterbury