Æthelwold est un prince de la maison de Wessex mort en 902 ou 903.
Il est l'un des deux fils du roi du Wessex Æthelred. À la mort de son père, en 871, lui et son frère Æthelhelm sont encore jeunes. Un roi adulte étant jugé plus à même de défendre le Wessex contre les vikings de la Grande Armée, ils sont écartés de la succession au profit de leur oncle Alfred. Celui-ci ne leur lègue par testament qu'une poignée de domaines, réservant le gros de son héritage à son fils Édouard, qu'il souhaite voir lui succéder.
Après la mort d'Alfred, en 899, Æthelwold dispute le trône à Édouard. Ses revendications sont fondées sur son statut d'ætheling, prince de sang éligible à la succession. Il prend le contrôle des villes de Wimborne et Christchurch, dans le Dorset, mais ne parvient pas à rassembler suffisamment de troupes pour affronter l'armée d'Édouard et il se réfugie dans le royaume viking d'York, où il est reconnu comme roi et où des pièces sont frappées en son nom. Il réunit une flotte et recueille le soutien des habitants de l'Essex en 901 ou 902.
L'année suivante, Æthelwold est également reconnu roi par les vikings d'Est-Anglie et il mène les troupes de ce royaume dans un raid sur les terres d'Édouard. Celui-ci réplique par un raid en Est-Anglie, mais il se retire sans affronter son cousin. Cependant, ses troupes du Kent s'attardent et rencontrent les vikings à la bataille du Holme. Ceux-ci sont victorieux, mais au prix de lourdes pertes, dont Æthelwold. Sa disparition met un terme à la menace qu'il constituait pour l'autorité d'Édouard.
Contexte
vignette|gauche|L'Angleterre en 878, partagée entre le Danelaw et les royaumes anglo-saxons (Wessex et Mercie occidentale).|alt=Carte de l'Angleterre montrant les royaumes anglo-saxons au sud et à l'est et le domaine des vikings au nord et à l'ouest
Au début du , le Wessex supplante la Mercie comme royaume dominant du sud de la Grande-Bretagne. Le roi Ecgberht conquiert les différentes régions du sud-est de l'île (Kent, Surrey, Sussex et Essex) dans les années 820. Son règne est également marqué par les premiers raids vikings sur les côtes anglaises, mais Ecgberht et son fils Æthelwulf, qui lui succède en 839, parviennent à les repousser. À sa mort, en 858, Æthelwulf laisse quatre fils. L'aîné, Æthelbald, meurt en 860, suivi par son frère Æthelberht en 865. Le troisième fils, Æthelred, monte alors sur le trône.
La même année, la Grande Armée viking débarque en Angleterre. En l'espace de cinq ans, elle conquiert la Northumbrie et l'Est-Anglie et contraint la Mercie à lui payer tribut. Elle s'attaque au Wessex à la fin de l'année 870. Quatre batailles l'opposent aux forces menées par Æthelred et son frère cadet Alfred au début de l'année suivante. Les deux dernières se soldent par des défaites pour les Anglais, et Æthelred meurt peu après Pâques en ne laissant que deux jeunes fils. La primogéniture n'ayant pas encore cours, c'est Alfred, qui a l'avantage d'être adulte, qui lui succède afin de mener au mieux la lutte contre les vikings.
Le début du règne d'Alfred est difficile. En 878, il est contraint de se réfugier dans les marécages du Somerset pour échapper aux vikings, qui ont conquis la Mercie orientale et menacent d'en faire autant avec le Wessex. Il parvient à renverser la tendance en remportant une victoire cruciale à Ethandun. Après quelques années de paix, Alfred conclut un traité avec Guthrum, le roi des vikings d'Est-Anglie, qui définit la frontière entre le Wessex et la Mercie occidentale (dirigée par Æthelred, le gendre d'Alfred) d'un côté et le Danelaw, région occupée par les vikings, de l'autre. Une nouvelle offensive viking a lieu vers le milieu des années 890, mais elle échoue grâce aux réformes militaires menées par Alfred.
Biographie
Origines
vignette|redresse|La première page d'une copie du testament d'Alfred le Grand figurant dans le Liber vitæ du New Minster de Winchester ().|alt=Une feuille de parchemin couverte d'une écriture claire et lisible, avec de grandes marges
Les informations concernant la famille proche d'Æthelwold sont parcellaires. Son père Æthelred étant né dans la deuxième moitié des années 840, lui et son frère Æthelhelm doivent être encore très jeunes à sa mort, en 871. Leur mère pourrait être la reine Wulfthryth qui témoigne sur une charte (S 340) de 868.. Aucune source n'indique lequel des deux est l'aîné, mais le testament d'Alfred le Grand suggère que c'est Æthelhelm : il est mentionné avant son frère et sa part d'héritage est plus importante. Ce testament, dressé dans les années 880, est le plus ancien document qui mentionne les fils d'Æthelred. Æthelhelm n'est plus mentionné par la suite, ce qui laisse penser qu'il est mort peu de temps après.
La seule autre mention d'Æthelwold du vivant d'Alfred est une charte (S 356) des années 890 sur laquelle il apparaît en qualité de témoin.. Édouard et lui y portent tous deux le titre de , « fils du roi », mais Æthelwold apparaît avant son cousin, ce qui implique qu'il est de rang supérieur.
Le testament d'Alfred
À la mort d'Æthelred, les partisans de ses fils se plaignent qu'Alfred conserve des domaines censés leur revenir. Le nouveau roi se justifie dans le préambule de son testament. Les biographes modernes d'Alfred décrivent ce texte comme et . Aux yeux de l'historien Patrick Wormald, il appartient à la catégorie des .
La dispute qui oppose Alfred à ses neveux concerne des domaines figurant dans le testament d'Æthelwulf, le père du roi. Ce document est perdu, mais le préambule du testament d'Alfred en rapporte certaines dispositions. D'après ce préambule, Æthelwulf lègue des domaines en commun à trois de ses fils (Æthelbald, Æthelred et Alfred) et stipule que le dernier survivant des trois doit hériter du tout. Lorsqu'Æthelred devient roi, en 865, Alfred lui demande sa part de cet héritage commun, peut-être à l'occasion de son mariage avec Ealhswith. Æthelred refuse, mais il s'engage à le léguer à Alfred à sa mort, ainsi que tous les domaines qu'il est susceptible d'acquérir par la suite. Les invasions vikings et la nécessité de pourvoir aux besoins de ses fils entraînent une révision de cet accord, soit à la fin de 870, soit au début de l'année suivante, lors d'une réunion du witan à Swinbeorg (lieu non identifié). Selon les nouveaux termes, le dernier survivant doit toujours recueillir l'intégralité de l'héritage, mais il doit également céder aux fils de son frère les domaines que leur père lui a remis en-dehors du testament, ainsi que ceux acquis par la suite.
Dans le préambule de son testament, Alfred rapporte que la question de l'héritage est tranchée par une nouvelle assemblée du witan à Langandene (lieu non identifié). Une fois lecture faite du testament d'Æthelwulf, l'assemblée reconnaît au roi le droit de disposer comme il l'entend de la totalité de l'héritage. Alfred lègue la majeure partie de ses propriétés à son fils aîné Édouard, ce qui renforce la position de celui-ci vis-à-vis de la succession au trône. Æthelhelm reçoit huit domaines et Æthelwold seulement trois, ceux de Godalming, Guildford et Steyning. Les deux premiers sont situés dans le Surrey et le troisième dans le Sussex, c'est-à-dire dans la partie orientale du royaume d'Alfred, la moins importante. Steyning, le plus vaste des trois, abrite la sépulture d'Æthelwulf, le père d'Alfred. C'est peut-être pour priver son neveu du prestige afférent qu'Alfred fait déplacer le corps de son père à Winchester.
Alfred a recours à d'autres moyens pour favoriser la succession de son fils. Il nomme aux postes importants du royaume des hommes susceptibles de le soutenir à l'avenir et lui offre dans les années 890 l'opportunité de mener des troupes dans la lutte contre les vikings.
La révolte contre Édouard vignette|gauche|Le Wessex à l'époque anglo-saxonne.|alt=Carte situant les principales villes et monastères du Wessex au haut Moyen Âge, avec notamment Wimborne et Christchurch au sud
Après la mort d'Alfred, survenue le , Æthelwold tente de s'emparer du trône. Sa révolte contre Édouard, l'héritier désigné d'Alfred, est décrite dans la Chronique anglo-saxonne, qui rapporte qu'il enlève une religieuse dans le but de l'épouser sans la permission du roi et des évêques. L'identité de cette femme est inconnue, mais Æthelwold cherche vraisemblablement à renforcer sa légitimité en épousant une femme importante. D'après le chroniqueur Jean de Worcester, elle est religieuse à Wimborne. Selon Alex Woolf, il pourrait s'agir de Æthelgifu, fille d'Alfred et abbesse de Shaftesbury, mais Ryan Lavelle considère que cette hypothèse n'est pas cohérente avec les déplacements d'Æthelwold.
La Chronique rapporte qu'Æthelwold se rend au manoir royal de Twynham (Christchurch), puis à celui de Wimborne. Il s'y enferme avec ses partisans et déclare être prêt à mourir en le défendant. Situé près des routes romaines conduisant à Dorchester et à Salisbury, Wimborne est un lieu hautement stratégique, qui commande également des ponts sur l'Allen et la Stour. Æthelwold envisage peut-être un partage du Wessex avec Édouard qui le laisserait roi de la moitié occidentale du royaume.
Édouard rassemble une armée pour se porter à la rencontre de son cousin. Lorsqu'il arrive à Badbury Rings, un fort de l'âge du fer situé à six kilomètres à l'ouest de Wimborne, Æthelwold s'enfuit de nuit en abandonnant son épouse. Pourchassé par Édouard, il se réfugie auprès des Danois du royaume viking d'York, qui le reconnaissent comme roi. Des pièces de monnaie frappées à cette époque portent le nom d'un roi Alwaldus qui doit être Æthelwold. Les Annales de St Neots lui donnent les titres de « roi des Danois » et « roi des païens ». Les sagas norroises rapportent l'existence d'un roi danois nommé Knútr qui aurait régné en Northumbrie aux alentours de l'an 900 ; il aurait été repoussé au nord du Cleveland par un roi anglais nommé Adalbrigt qu'il serait parvenu à vaincre dans un second temps à Scarborough. L'historien Alfred P. Smyth propose en 1987 que cet Adalbrigt soit en réalité Æthelwold. Quelques années plus tard, en 1995, il avance une autre hypothèse : les Danois de Northumbrie n'auraient pas pris Æthelwold pour roi, mais auraient simplement reconnu ses revendications sur le trône des Ouest-Saxons.
Dernière campagne et mort
vignette|Le trésor de Silverdale, découvert dans le Lancashire en 2011, comprend une pièce au nom d'Æthelwold.|alt=Photo sur fond noir d'un tas d'objets en argent comprenant de gros bracelets, des morceaux de métal et des pièces de monnaie
Qu'il en soit ou non devenu le souverain, la Northumbrie n'est vraisemblablement qu'une base arrière aux yeux d'Æthelwold. Dès 901 ou 902, il rassemble une flotte et fait voile vers l'Essex, dont la population pourrait l'avoir accepté comme roi. Avec l'aide des vikings d'Est-Anglie, il lance une offensive en Mercie et s'enfonce jusqu'au burh de Cricklade, à la frontière du Wessex. Il franchit la Tamise et ravage la région de Braydon, dans le Wiltshire. Édouard réplique en menant un raid en Est-Anglie, mais il bat en retraite sans affronter son cousin. Les hommes du Kent s'attardent, bien qu'Édouard leur ait envoyé sept messagers d'après la Chronique. Ils sont rattrapés par les Danois en un endroit appelé « le Holme » par la Chronique qui pourrait correspondre au village de Holme, dans le Cambridgeshire.
La bataille du Holme se solde par une victoire danoise, mais au prix de lourdes pertes. Æthelwold est tué, de même que le roi Eohric et les holds (nobles) Ysopa et Oscetel. Un certain Beorhtsige, fils du prince Beorhtnoth, est également tué en combattant pour Æthelwold ; leurs noms suggèrent qu'ils sont de la famille du roi de Mercie Burgred. Les hommes du Kent perdent quant à eux leurs deux ealdormen, Sigewulf et Sigehelm, ainsi qu'un abbé nommé Cenwulf. La mort d'Æthelwold met un terme à la menace qui pesait sur le trône d'Édouard.