Pêcheur d'Islande est un roman français de Pierre Loti, paru en 1886. Ce roman est le plus grand succès de son auteur. Il est également l'un des deux romans du de l'auteur, avec Mon frère Yves.
Résumé Le roman est celui de la passion d'une jeune Bretonne issue d'un milieu aisé, Gaud Mével, pour un marin-pêcheur de Pors-Even, Yann GaosLe nom de famille Gaos est en réalité celui des Caous à l'état civil, de condition plus modeste, qui part régulièrement pour de longues campagnes de pêche en Islande. Exilée à Paris avec son père, ancien pêcheur enrichi, Gaud revient dans son pays natal de Paimpol et tombe amoureuse de Yann au cours d'une noce. Mais celui-ci doit repartir en Islande, comme chaque année, de février à fin août. À son retour, Gaud ne parvient pas à s'ouvrir à Yann qui se comporte avec beaucoup de distance vis-à-vis d'elle et ce n'est que lors de la troisième année qu'ils se marient, juste avant le départ de Yann. Mais son bateau se perd en mer.
Personnages vignette|Yann dessiné par Pierre Loti. Marguerite (Gaud) Mével, jeune Bretonne bourgeoise dont le père perd sa fortune au jeux et qui épouse Yann Gaos. Yann Gaos, marin-pêcheur de Pors-Even de 27 ans. Sylvestre (ou Lurlu) Moan, jeune marin-pêcheur de 17 ans qui sera envoyé pour son service militaire dans l'escadre de Formose au cours de la Guerre franco-chinoise. Il est fiancé à la sœur de Yann. Veuve Moan, la grand-mère de Sylvestre qui vivra avec Gaud.
Loin de la typologie classique du personnage de roman, la mer est pourtant omniprésente dans le roman. Sa personnification tout au long de l'intrigue en fait le témoin de toutes les péripéties des personnages. La mer est à la fois la mère, l'amante et la faucheuse, celle qui fait naître les marins et qui les emporte.
Aspects formels Le roman est dédié à la femme de lettres madame Adam (Juliette Lamber), avec la mention : « Hommage d'affection filiale ».
Le récit prend place entre 1883-1884 soit au moment où l'activité des « Islandais » est à son sommet.
Organisation du roman Le roman est divisé en cinq parties. Chacune d’entre elles est rythmée par les saisons de pêche de sorte que l’on voit à la fois ce qu’il se passe en mer, mais également ce qu’il se passe sur la terre ferme.
vignette|Carte postale représentant le port de Paimpol et les navires des Islandais. Collections du Musée de Bretagne.
Première partie : La première partie s’ouvre en mer où l’on fait la connaissance de deux jeunes marins Yann et Sylvestre qui travaillent sur le même navire, La Marie. On en apprend sur les conditions de vie des pêcheurs lors de leur saison en Islande, mais également sur les méthodes utilisées pour pêcher. Du côté de la côte bretonne, on découvre le personnage de la grand-mère de Sylvestre, Yvonne Moan, et le personnage de Marguerite, Gaud, une jeune femme revenue à Paimpol avec son père. Cette première partie met notamment en scène la première rencontre entre Yann et Gaud, relation qui est au centre du roman. Si Gaud tombe rapidement amoureuse de Yann, cela ne semble pas être le cas de son côté. L’attente d’un geste de la part de Yann est renforcée par son départ pour une nouvelle saison de pêche.
Deuxième partie : La deuxième partie est marquée par la séparation des deux amis Yann et Sylvestre. Yann part pour une nouvelle saison à bord de La Marie, alors que Sylvestre embarque dans un navire pour le Tonkin afin d’effectuer son service militaire. À Paimpol, le père de Gaud est décédé, la laissant sans le sou.
Troisième partie : La troisième partie s’ouvre sur une scène de bataille où Sylvestre est blessé. Sa blessure étant grave, il se retrouve à bord d’un navire pour être rapatrié. Le jeune breton agonise et perd la vie pendant le voyage. À l'annonce de la mort de son petit-fils, la grand-mère Moan est affaiblie et Gaud décide de s’installer chez elle pour s’occuper d’elle. De son côté, Yann qui avait appris la mort de son ami en mer, revient à Ploubazlanec après la saison de pêche. Touché par le geste de Gaud, il se rend compte des sentiments qu’il éprouve pour elle depuis leur rencontre. Les deux jeunes gens se rapprochent et finissent par se fiancer.
Quatrième partie : Le mariage de Gaud et de Yann se fait précipitamment avant l'ouverture de la saison de pêche, exactement six jours avant le départ pour l'Islande. Dans la quatrième partie, on les voit profiter du peu de temps qu'il leur reste avant le départ de Yann. Ce dernier embarque à bord de son nouveau bateau, la Léopoldine, six jours après leur mariage.
vignette|Carte postale représentant le mur des disparus en mer de Ploubazlanec. Ce mur est évoqué dans Pêcheur d'Islande de Pierre Loti. 1900-1925. Collection du musée de Bretagne.
Cinquième partie : La cinquième partie est centrée autour de Gaud. Si pendant tout le roman, elle n'a fait qu'attendre le retour de Yann, la voilà maintenant dans une nouvelle position : celle d’épouse de marin. Jusque-là on alternait entre les points de vue en Islande et les points de vue en Bretagne, mais cette partie n'intègre que les sentiments et pensées de Gaud. Cette dernière attend impatiemment le retour de la Léopoldine. Cependant, alors que les autres bateaux reviennent, le navire de Yann reste absent. Ce dernier est passé par-dessus bord lors de cette campagne et s’est noyé, laissant Gaud veuve.
vignette|Carte postale du début du représentant une femme bretonne et un enfant attendant le retour d'un marin et inscription d'un poème de Théodore Botrel. Editions E.Hamonic, 1901. Collection des Arts graphiques du Musée de Bretagne.
Inspiration L'œuvre est largement inspirée par les séjours de l'auteur à Paimpol. Dans ses journaux, il raconte ses escapades dans la ville avec ses amis Guillaume et Sylvestre, tous deux marins, qui ont inspiré les personnages de Yann et de Sylvestre. Le personnage de Gaud serait même inspiré de la sœur de Guillaume dont Loti serait tombé amoureux.
Motifs et thèmes
La Bretagne Comme dans tous les romans de Loti, le décor a valeur de personnage même si celui-ci, la Bretagne, paraît moins exotique que les nombreux récits rapportés de ses pérégrinations par l'écrivain voyageur.
La Bretagne est la région où se déroule l'essentiel de l'intrigue du roman Pêcheur d'Islande. Les protagonistes du roman évoluent entre Paimpol et Ploubazlanec, deux villes traditionnellement liées à la grande pêche.
vignette|Vue de l'exposition Terre-Neuve/Terre-Neuvas du Musée de Bretagne. 2013-2014;
La grande pêche est ancrée dans l'histoire et les traditions bretonnes avec les Islandais et les Terre-Neuvas. Le Musée de Bretagne a organisé, en 2013-2014, une exposition intitulée "Terre-Neuve/Terre-Neuvas" pour mettre en exergue ce pan de l'histoire de la côte bretonne.
Pêche et pêcheurs L'auteur s'attache à une description à valeur presque ethnologique de la vie des pêcheurs partant en campagne de pêche en Islande, mais aussi de celle de leurs épouses restées à les attendre au port durant de longs mois.
Les conditions de vie à bord des navires Le thème central du roman est la pêche. La mer est donc la toile de fond d'une grande majorité du roman.
Lui-même marin, mais jamais pêcheur, Pierre Loti s'attache à retranscrire les détails de la vie en mer. Il décrit la promiscuité sur les navires, les problèmes de malnutrition et les habitudes et mœurs des marins.
vignette|Tablier de marin Islandais. Collection du Musée de Bretagne.
L'alcool est utilisé comme moyen de supporter la rudesse des longs mois en mer et la fatigue du rythme de pêche.
L'auteur s'attache également à décrire les tenues des marins, mais également les outils et techniques qu'ils utilisent. La pêche pratiquée dans le roman se rapproche de la pêche dite "errante".
Calendrier de la pêche La grande pêche respecte un calendrier relativement précis. Dès la fin de l'hiver, les marins embarquent sur leur navire et entament leur long voyage jusqu'en Islande. Ils passent plusieurs mois sur les côtes islandaises avant d'entamer leur retour.
Rapport à la mort vignette|Correspondance d'une proche de marin avec des vers de Théodore Botrel évoquant la mort des marins. Edition A.Waron.1901. Collection du Musée de Bretagne.
Si l'on évoque la grande pêche, il faut également évoquer la mort comme thème du roman. En effet, la mort est en arrière-plan de toutes les activités des marins. Dans le roman Pêcheur d'Islande, le passage de Gaud devant le mur des disparus de Ploubazlanec est un signe annonciateur du destin de Yann, mais également le rappel d'une réalité bien connue des Paimpolais.
Famille de pêcheurs Le va-et-vient entre la mer et la côte rythme le roman de Pierre Loti. Ainsi, l'auteur nous donne à voir des bribes de la vie quotidienne des familles de pêcheurs.
L'un des éléments importants est l'aspect générationnel de la grande pêche. On parle de familles de marin où l'on pêche de père en fils. Ainsi, Yann descend d'une longue lignée de marins, tout comme Sylvestre.
Pierre Loti évoque également le rôle des femmes dans la préparation des marins.
vignette|Croix des Veuves de Ploubazlanec.
L'attente était le lot quotidien des femmes de marins. La croix des Veuves de Ploubazlanec est le témoin de ce temps passé à attendre le retour des Islandais. En 2017, une statue a été érigée, sur le site de Lann Vras, en hommage à ces femmes de marins. Cette œuvre, intitulée Veuves d'Islandais, a été inspirée par l'attente "éternelle" de Gaud et le chagrin de la grand-mère Moan.
Cérémonies et rituels de pêche Le roman s'attache également à décrire les cérémonies liées à la mer et notamment des cérémonies des "pardons". Le Pardon de Paimpol est décrit à plusieurs reprises dans le roman et il est même un moment important dans la construction de la relation entre Yann et Gaud.
vignette|La bénédiction au reposoir lors du départ des Islandais à Paimpol. 1900. Collection du Musée de Bretagne.
L'un des rituels décrits dans le roman est la bénédiction au reposoir.
Réception Pêcheur d'Islande obtient le prix Vitet..
vignette|Paroles de La Paimpolaise de Théodore Botrel. 1942. Collection du Musée de Bretagne.
Pierre Loti se voit reprocher son ambition et de ne pas être un vrai marin. Le livre n'atteint pas le succès escompté.
Le roman de Pierre Loti n'a pas été bien reçu dans les premiers temps après sa publication. En effet, on lui a reproché de ne pas être breton ou islandais et donc d'évoquer une réalité qu'il ne connaissait pas.
Malgré tout, l'œuvre de Pierre Loti a inspiré d'autres artistes, tels que Théodore Botrel. Ce dernier a composé la chanson La Paimpolaise à partir de Pêcheur d'Islande.
vignette|Couverture du cahier de chanson La Paimpolaise de Théodore Botrel. 1942. Collection du Musée de Bretagne.
L'œuvre de Loti et celles qu'il a inspirées ont participé à la création du mythe de l'Islandais, mais également à faire connaître la grande pêche à un plus large public.
Adaptations Livre illustré Pêcheurs d'Islande, compositions de Gaston Manchon et Paul-Léon Jazet, Librairie Léon Conquet, 1886-1888. Pêcheurs d'Islande, compositions d'Edmond-Adolphe Rudaux, Paris, Calmann-Lévy, 1893.
Cinéma 1915 : Pêcheur d'Islande, film muet français de Henri Pouctal, avec Romuald Joubé, Berthe Jalabert et Camille Bert 1924 : Pêcheur d'Islande, film muet français de Jacques de Baroncelli, avec Charles Vanel (Yann) et Sandra Milovanoff (Gaud) [critique dans La Bretagne touristique 4e année n° 46, ] 1933 : Pêcheur d'Islande, film français de Pierre Guerlais, avec Thomy Bourdelle (Yann), Marguerite Weintenberger (Gaud) et Yvette Guilbert (La grand-mère Mohan) 1959 : Pêcheur d'Islande, film français de Pierre Schœndœrffer, avec Jean-Claude Pascal (Yann), Juliette Mayniel (Gaud) et Charles Vanel (l'armateur Mével)
Télévision 1996 : Pêcheur d'Islande (1996), téléfilm français de Daniel Vigne, avec Stéphane Freiss, Mathilde Seigner, Anthony Delon
Théâtre Adaptation de Pierre Loti et Louis Tiercelin, , au Grand Théâtre.