de Sicile, dit Guillaume le Mauvais, est le second roi normand de Sicile de 1154 à 1166. Il doit son épithète de « Mauvais » au chroniqueur Hugues Falcand et aux barons normands révoltés qui ont cherché à donner de lui une mauvaise réputation. Après avoir défendu victorieusement le royaume de Sicile contre une invasion byzantine en 1156, il résiste à une révolte des barons normands en 1161. Les recherches récentes nuancent toutefois l'image d'un souverain simplement discrédité par ses adversaires, en soulignant que son règne se déploie dans un royaume où, sur le continent, l'autorité monarchique dépend encore largement de la coopération des comtes et des grands barons des Pouilles et de la Terre de Labour. Son fils lui succède en 1166.

Biographie Origine et accession au trône vignette|Le royaume de Sicile à l'avènement de Guillaume en 1154. Né autour de l'an 1120 Francesco Panarelli, « , re di Sicilia », Dizionario Biografico degli Italiani, vol. 60, 2003 ., Guillaume est le quatrième fils du roi et de la princesse . Étant le quatrième fils, il n'était pas censé devenir roi un jour. Mais les décès successifs et précoces de ses frères aînés Tancrède, Alphonse et Roger, changent l'ordre de succession et il est associé à la couronne le . À la mort de son père, Guillaume devient le second roi du royaume de Sicile ; il est officiellement couronné le en la cathédrale de Palerme.

Si Guillaume hérite d'un royaume puissant et en plein apogée, son règne s'annonce néanmoins difficile. En effet, à l'extérieur, il est menacé par l'alliance entre la papauté et le Saint-Empire, et, à la mort de Roger, le royaume de Sicile est toujours en guerre avec l'Empire byzantin. À l'intérieur, les barons normands sont mécontents de voir le royaume administré par des hommes de condition inférieure, et revendiquent leur ancienne indépendance. Quant aux villes, elles regrettent leurs anciennes libertés et font cause commune avec l'aristocratie. Tous haïssent le personnage le plus puissant du royaume, l'« émir des émirs » Maion de Bari, qu'ils jugent responsable de la conduite du roi à leur égard. Les travaux récents invitent ainsi à dépasser une lecture trop simple d'une opposition entre la couronne et une « féodalité » abstraite : dans les provinces péninsulaires, la monarchie devait composer avec des structures comtales enracinées et des solidarités aristocratiques sans lesquelles le contrôle du territoire restait précaire.

L'aristocratie, sous la bannière du comte n'hésite pas à chercher l'appui de l'empereur germanique Frédéric Barberousse, mais aussi de l'empereur byzantin , afin de renverser l'ordre établi.

Guerre contre Rome et Constantinople L'autorité de Guillaume est contestée par l’empereur Manuel Comnène, ennemi juré des Normands qui espère encore conquérir l'Italie, ainsi que par le pape . À la fin de l'année 1155, les troupes byzantines s'emparent de Bari et assiègent Brindisi Edmund Curtis, « . of Sicily », Encyclopædia Britannica, 1911. .. Le pape entre également en campagne ; il gagne Capoue puis s'installe à Bénévent. L'intervention du pape, combinée à la révolte des vassaux siciliens, facilite l'avancée des troupes byzantines.

thumb|Le Palais de la Zisa, à Palerme, témoignage de la culture de la Sicile normande. Guillaume, pourtant habitué à une vie molle et voluptueuse, et aimant peu l'action, décide de prendre les devants. Il débarque en Italie du Sud, remporte une victoire décisive contre les Byzantins à Brindisi le et réduit la ville de Bari en cendres. Les sujets rebelles sont pendus, aveuglés ou précipités dans la mer. Les villes et les seigneuries révoltées, terrorisées, se soumettent les unes après les autres. Le prince de Capoue, , tente de s'enfuir mais est rattrapé au moment de traverser le Garigliano. Il est envoyé en prison à Palerme où le roi lui fait crever les yeux. Assiégé dans Bénévent, le pape se soumet et signe, le , le traité de Bénévent par lequel il reconnaît l'autorité de Guillaume sur la Sicile, l'Apulie, la Calabre et la principauté de Capoue. La crise de 1155-1156 montra cependant combien l'emprise royale sur le continent restait vulnérable : les comtes fidèles n'étaient réellement efficaces qu'en coordination avec les forces du roi, tandis que les coalitions rebelles pouvaient exploiter les réseaux aristocratiques régionaux pour fragiliser l'autorité sicilienne. Un renversement d'alliances se produit. Le souverain normand devient alors un fidèle allié de la Papauté. C'est surtout contre les menées de l’empereur germanique Frédéric Barberousse qui cherchait à étendre son empire en Italie que Guillaume et le pape unirent leurs efforts. En effet un traité sera alors établi entre les deux souverains pour officialiser leur collaboration..

Après s'être assuré de la neutralité de Venise, Guillaume lance ensuite une expédition contre Manuel Comnène en 1157. Une flotte de cent quarante galères commandée par Étienne de Bari débarque en Eubée et saccage la ville de Chalcis, avant de retourner en Sicile. En représailles, l'empereur byzantin effectue plusieurs raids en Apulie et suscite une nouvelle rébellion en Campanie. Au printemps 1158, à Constantinople, Guillaume et Manuel signent une paix de trente ans.

En Afrique du Nord, Guillaume tente de poursuivre la politique expansionniste, méditerranéenne et orientale de son père mais finit par perdre toutes les places fortes normandes. La population chrétienne de Sfax est massacrée en ; la révolte touche ensuite Djerba, puis Tripoli. Le dernier bastion normand du royaume normand d'Afrique, Mahdia, tombe entre les mains des Almohades le .

Révolte des barons vignette|Tancrède de Lecce, l'un des barons révoltés, futur roi de Sicile. L'année 1160 marque également le retour des troubles secouant le royaume : Maion de Bari est assassiné en novembre dans Palerme, victime d'un complot de la noblesse dirigé par Mathieu Bonnel. Des membres de la famille royale et des barons importants participent également aux troubles : Tancrède de Lecce, Roger Sclavo, Richard de Mandra, , ainsi que l'archevêque Hugues de Palerme. Richard de Mandra, souvent présenté comme un simple baron rebelle, apparaît aussi dans la documentation royale comme l'un des grands maîtres constables du royaume, ce qui rappelle le poids des officiers militaires dans la coordination des troupes royales au milieu du . Le , Guillaume lui-même est capturé et emprisonné à la suite d'un complot de barons rebelles. Les conjurés sont cependant divisés. Certains souhaitent placer le fils de Guillaume, Roger, sur le trône, mais d'autres lui préfèrent le frère bâtard du roi, Simon de Tarente.

Le parti du roi profite de ces divisions pour lever contre les conjurés la population sicilienne, qui entame le siège du palais royal. Le roi est libéré mais le jeune Roger, âgé de neuf ans, est tué accidentellement par une flèche égaréeSelon Hugues Falcand, c'est le roi lui-même qui aurait fait tuer son fils, mécontent du rôle qu'il aurait joué pendant l'insurrection. Pour Ferdinand Chalandon (p. 279), cette version est peu probable.. La paix est conclue avec les conjurés ; un certain nombre de seigneurs sont bannis, d'autres reçoivent le pardon du roi. Pourtant, une insurrection générale des vassaux éclate peu après. Guillaume entre en campagne et détruit successivement les villes de Piazza et de Butera. La Sicile une fois pacifiée, l'armée royale passe sur le continent et s'empare de Taverna. Les chevaliers capturés sont sévèrement châtiés : leurs mains sont coupées et leurs yeux crevés. Le souverain prend ensuite Tarente et soumet toute l'Italie du sud, avant de regagner la Sicile. Un impôt extraordinaire, dit de rédemption, est institué afin de punir les villes ayant participé à la révolte. La répression fut suivie d'une recomposition du tissu comtal sur le continent, où la couronne chercha à stabiliser les Pouilles et la Terre de Labour en redistribuant ou en redéfinissant certaines seigneuries fragilisées par les révoltes.

Fin de règne et mort vignette|Sarcophage de dans la cathédrale de Monreale. Guillaume passe les dernières années de son règne au fond de son palais. Il supervise la construction du palais de la Zisa à Palerme, et abandonne à ses ministres l'exercice du pouvoir. Ce recentrage ne signifia pourtant pas la disparition du gouvernement continental : dans les dernières années du règne, la stabilisation du royaume s'appuya de plus en plus sur des officiers et des aristocrates cumulant justice, commandement militaire et contrôle territorial. Il meurt de maladie à Palerme le . Avant de mourir, il nomme comme successeur son jeune fils Guillaume, âgé de douze ans.

Son corps est d'abord déposé dans la crypte de la chapelle palatine puis inhumé vers 1185 dans la cathédrale de Monreale..

Relations avec le pape thumb|Le pape . Guillaume entretiendra des relations ambivalentes avec le pape . Il entre d'abord en conflit, refusant de rendre hommage au souverain pontife. Le pape Adrien marchera alors lui-même à la tête d'une armée pour combattre Guillaume. Par contre à l'issue des combats fut emprisonné à Bénévent. Guillaume fixa alors lui-même les conditions de la libération du pape mais accepta tout de même de lui payer un tribut annuel..

D'un autre côté, reconnu à partir de 1156 par le pape, Guillaume devint alors un fidèle allié de la Papauté. C'est surtout contre les menées de l’empereur germanique Frédéric Barberousse qui cherchait à étendre son empire en Italie que Guillaume et le pape unirent leurs efforts. En effet un traité sera alors établi entre les deux souverains pour officialiser leur collaboration.

Description Guillaume mesurait près de six pieds, soit environ 1,82 mètre, plutôt grand pour un homme du Moyen Âge, d'où sa réputation de colosse capable de soulever un cheval avec son cavalier. Un chroniqueur contemporain le décrit comme un homme gigantesque « à qui son épaisse barbe noire conférait un aspect terrible et sauvage et qui remplissait de terreur de nombreuses personnes ».

Selon Romuald de Salerne, Guillaume était beau de visage (pulchra facie), gras (corpore pinguis), de haute stature (statura sublimis), et plus craint qu'aimé (plus formidini quam amori) Romoaldi Annales a. 1166, In: G. H. Pertz, MGH, , « Regnum Siciliae », , Hanovre, 1866, p. 435 (lire en ligne)..

Dans les arts et la littérature Alexandre Dumas fait mention de ce roi dans le Speronare : « Grecs et Normands », récit de son voyage dans le royaume de Naples.

Notes et références

Voir aussi Bibliographie Sources primaires Romuald de Salerne, Chronicon sive Annales. Hugues Falcand, Liber de Regno Siciliae.

Sources secondaires . . . . . John Julius Norwich, The Kingdom in the Sun, 1130-1194, Longman, Londres, 1970. Giovanni Battista Siragusa, Il regno di Guglielmo I in Sicilia, Palermo, 1885. (lire en ligne)

Articles connexes Guerres byzantino-normandes Baronnage italo-normand

Liens externes

de Sicile sur Medieval Lands « detto il Malo Re di Sicilia » d'Alberto Gentile

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