Stigand est un ecclésiastique anglais mort le 21 ou le . Il est archevêque de Cantorbéry de 1052 à 1070.

Issu d'une famille anglo-scandinave, Stigand entre au service du roi Knut le Grand en tant que chapelain de la fondation royale d'Ashingdon en 1020. Il joue ensuite un rôle de conseiller auprès du roi, puis de ses fils et successeurs. Sous le règne d'Édouard le Confesseur, Stigand semble devenir le principal responsable de l'administration du royaume. Il est nommé évêque d'Elmham en 1043, puis évêque de Winchester quatre ans plus tard. En 1052, il est choisi pour succéder à l'archevêque de Cantorbéry Robert de Jumièges, qui s'est enfui d'Angleterre. Comme son prédécesseur n'est pas mort, il ne bénéficie pas d'une légitimité incontestée, et plusieurs évêques anglais élus dans les années qui suivent préfèrent être sacrés par son homologue d'York, voire par le pape.

Ayant conservé le siège de Winchester en plus de celui de Cantorbéry, Stigand accumule au fil des ans une immense fortune personnelle : il est le troisième homme le plus riche d'Angleterre en 1066, après le roi Édouard et le comte Harold Godwinson. Cette année-là, il assiste aux derniers instants du roi, puis au couronnement de son successeur, Harold. Après la mort de ce dernier à la bataille d'Hastings en octobre, il se soumet à Guillaume le Conquérant. Le jour de Noël, il assiste au sacre de Guillaume, mais n'y officie pas : c'est l'archevêque d'York Ealdred qui couronne le nouveau roi.

En dépit de pressions croissantes, Stigand continue à apparaître à la cour et à consacrer des évêques pendant plus de trois ans. Il est déposé en 1070 par des légats pontificaux et emprisonné à Winchester, où il trouve la mort deux ans plus tard. Par la suite, les Normands noircissent volontiers son image pour justifier de la nécessité de réformer le clergé anglais.

Origines

thumb|upright|gauche|Monnaie de Knut le Grand.

On ignore la date de naissance de Stigand, mais on sait qu'il est originaire d'Est-Anglie, peut-être de Norwich. Il est issu d'une famille anglo-scandinave mixte, comme en témoigne l'onomastique : son nom à lui est d'origine norroise ( « celui qui marche à grandes enjambées », « au pied vif »), mais celui de son frère Æthelmær est purement anglo-saxon. Cet Æthelmær fait lui aussi carrière dans les ordres, et succède à Stigand comme évêque d'Elmham en 1047. La fratrie comprend également une sœur qui possède des terres à Norwich, mais son nom est inconnu.

Stigand est mentionné pour la première fois en 1020 comme chapelain du roi d'Angleterre Knut le Grand, chargé de l'église royale d'Ashingdon, fondée pour le salut des âmes des hommes tombés à la bataille d'Assandun en 1016. Stigand apparaît comme témoin sur quelques chartes du règne de Knut, ce qui implique qu'il bénéficiait d'une position à la cour, mais on ne sait pas grand-chose de sa situation durant cette période. Après la mort de Knut, en 1035, Stigand reste au service de ses deux fils et successeurs, Harold Pied-de-Lièvre puis Harthacnut. Ce dernier meurt en 1042 et son demi-frère Édouard le Confesseur lui succède. Stigand entre alors au service de la reine-mère Emma de Normandie, veuve de Knut et mère de Harthacnut et d'Édouard. Il devient son conseiller, et peut-être également son chapelain. Il est possible qu'il ait déjà été le conseiller d'Emma du vivant de Knut, et qu'il ait été nommé à Ashingdon grâce au soutien de la reine, mais la vie de Stigand avant 1043 est si mal connue qu'il est difficile de déterminer à qui il devait cette position.

Évêque

thumb|Emma de Normandie dans l'Encomium Emmae.

En 1043, peu après le couronnement d'Édouard le Confesseur, Stigand est nommé évêque d'Elmham, probablement sur la recommandation d'Emma. Il est le premier évêque nommé sous le règne d'Édouard. Le diocèse d'Elmham, qui recouvre l'ancien royaume d'Est-Anglie, est à l'époque l'un des sièges les plus pauvres d'Angleterre. Avant la fin de l'année, Édouard dépose Stigand et lui confisque ses biens pour des raisons inconnues, mais vraisemblablement liées à la chute d'Emma de Normandie. Selon certaines sources, Emma aurait invité le roi Magnus de Norvège, prétendant au trône d'Angleterre, à envahir le royaume en lui promettant des fonds puisés dans sa fortune personnelle. Il est possible que ce soit Stigand qui ait conseillé à Emma d'offrir son soutien à Magnus, d'où sa déposition.

Édouard rétablit Stigand à Elmham en 1044, et l'évêque apparaît de nouveau comme témoin sur les chartes du roi en 1046, signe de son retour en faveur. En 1047, il est transféré au diocèse de Winchester, mais semble être resté en poste à Elmham jusqu'en 1052. Cette promotion est peut-être due au soutien du comte Godwin de Wessex, le beau-père du roi Édouard, mais cette hypothèse ne fait pas l'unanimité chez les historiens. Emma, qui s'est retirée à Winchester après avoir retrouvé les bonnes grâces de son fils, a également pu jouer un rôle dans l'avancement de son ancien protégé. Après son arrivée à Winchester, Stigand témoigne sur toutes les chartes d'Édouard connues pour la période 1047-1052.

Le comportement de Stigand durant le conflit qui oppose le roi au comte Godwin en 1051-1052 est inconnu : pour certains historiens, comme Frank Barlow et Emma Mason, il soutient le comte ; pour d'autres, comme Ian Walker, il reste neutre. S'il a soutenu Godwin, en tout cas il ne suit pas le comte en exil en . Selon certains auteurs médiévaux, Stigand participe aux négociations entre Édouard et Godwin qui aboutissent à leur réconciliation l'année suivante, et le récit qu'en fait le manuscrit F de la Chronique anglo-saxonne décrit à cette occasion Stigand comme le chapelain et le conseiller du roi.

Archevêque

Une nomination contestée

Le conflit entre Édouard et Godwin s'étend également à l'archevêché de Cantorbéry. À la mort de l'archevêque Eadsige, en 1050, le siège de Cantorbéry reste vacant pendant cinq mois avant que les moines du chapitre de la cathédrale n'élisent pour lui succéder un certain Æthelric, apparenté au comte Godwin. Le roi s'oppose à cette élection et nomme archevêque le Normand Robert de Jumièges, évêque de Londres depuis 1044. Ce refus du candidat élu prouve que le roi ne souhaite pas entièrement se soumettre aux projets de réforme ecclésiastique soutenus par le pape Léon IX (1049-1054), qui cherche à lutter contre la simonie. Léon IX avait déclaré en 1049 qu'il s'intéresserait de près aux affaires ecclésiastiques anglaises, et notamment aux antécédents des candidats épiscopaux.

Lorsque Robert de Jumièges revient de Rome, où il est allé recevoir confirmation de sa nomination par le pape, il s'oppose au candidat choisi par Édouard pour le remplacer comme évêque de Londres, Spearhafoc. Par la suite, Robert tente également de recouvrer des biens ecclésiastiques confisqués par Godwin de Wessex, ce qui contribue à la querelle entre le comte et le roi. Lorsque Godwin rentre d'exil, en 1052, Robert est à son tour banni du royaume, et le roi nomme Stigand pour le remplacer. Cette nomination constitue clairement une récompense, venant soit de Godwin (pour le soutien de Stigand durant son conflit avec Édouard), soit d'Édouard (pour le rôle qu'il a joué dans les négociations ayant mis un terme au conflit). C'est la première fois depuis Dunstan, mort en 988, qu'un archevêque n'a pas de carrière monastique préalable.

La papauté refuse de reconnaître Stigand archevêque, puisque Robert de Jumièges est toujours vivant et que sa déposition n'a pas été le fait du pape. Robert fait appel à Léon IX, qui convoque Stigand à Rome et, n'ayant reçu aucune réponse de sa part, l'aurait excommunié. Si l'on en croit des textes postérieurs à la déposition de Stigand, cette excommunication aurait ensuite été confirmée par les quatre successeurs de Léon IX : Victor II (1055-1057), Étienne IX (1057-1058), Nicolas II (1058-1061) et Alexandre II (1061-1073). Plusieurs historiens remettent en question cette version des faits : en effet, Stigand participe en 1062 à un concile avec des légats d'Alexandre II qui le traitent comme archevêque de plein droit, ce qu'ils n'auraient sans doute pas fait s'il avait été excommunié. L'historien Nicholas Brooks estime plus probable que la réaction pontificale se soit limitée à interdire à Stigand d'exercer son autorité de métropolitain.

Contrairement à plusieurs de ses prédécesseurs, Stigand ne se rend pas à Rome pour y recevoir le pallium, symbole de l'autorité archiépiscopale. On ignore même s'il en a fait la demande au pape après sa nomination : il savait probablement qu'elle ne serait pas acceptée. Selon certains auteurs médiévaux, il utilise le pallium de Robert de Jumièges à la place. En 1058, l'antipape Benoît X, opposé au mouvement réformateur, lui en envoie un. On ignore si ce don est une initiative de l'antipape ou s'il provient d'une demande de Stigand. En tout état de cause, Benoît X est déposé au début de l'année suivante et tous ses actes, dont cet envoi de pallium, sont annulés.

Après son arrivée à Cantorbéry, Stigand laisse le siège d'Elmham à son frère Æthelmær, mais il conserve celui de Winchester. Cantorbéry et Winchester sont alors les deux diocèses les plus prospères d'Angleterre. Bien qu'il existe des précédents d'évêques détenant à la fois un siège pauvre et un autre plus riche afin de s'assurer un revenu suffisant, c'est la première fois que l'on voit un évêque occuper en même temps deux sièges riches. Stigand détient également l'abbaye de Gloucester et celle d'Ely, et peut-être des abbayes supplémentaires. Il n'est pas établi qu'il conserve Winchester par appât du gain ou parce que son emprise sur Cantorbéry est mal assurée, mais il est certain qu'il se rend coupable de pluralisme en détenant ainsi plusieurs bénéfices, une pratique que le mouvement réformateur de l'Église cherche à éliminer. L'historienne Emma Mason estime qu'Édouard refuse de chasser Stigand malgré cette situation parce que cela entamerait la prérogative royale qui consiste à choisir évêques et archevêques sans en référer à Rome. En 1061, le pape Nicolas II (1059-1061) aggrave encore la situation de Stigand en décrétant le pluralisme non canonique, sauf s'il est approuvé par le pape.

Affaires ecclésiastiques

L'archevêché d'York profite des difficultés de Stigand pour accroître son influence au détriment de celle de Cantorbéry, notamment en affirmant son autorité sur les sièges de Lichfield et de Dorchester, outre celui de Worcester qui est souvent détenu par l'archevêque d'York lui-même depuis la deuxième moitié du . En outre, plusieurs évêques anglais refusent d'être sacrés par Stigand : c'est le cas de Léofwine de Lichfield et Wulfwig de Dorchester en 1053, puis de Gisa de Wells et Walter de Hereford en 1061, ces derniers se rendant jusqu'à Rome pour y être sacrés par le pape lui-même. Mais l'autorité du nouvel archevêque ne semble pas avoir été contestée en dehors de ces refus. À l'inverse, Stigand sacre les évêques Æthelric de Selsey et Siward de Rochester, ainsi que les abbés de plusieurs monastères, par exemple Æthelsige à Cantorbéry, Baudouin à Bury St Edmunds et Thurstan à Ely. Après la conquête normande, Stigand est accusé d'avoir vendu des charges d'abbé, mais dans la mesure où aucun abbé n'a été forcé d'abdiquer pour simonie, cette accusation reste douteuse.

Stigand effectue d'abondantes donations à diverses institutions ecclésiastiques, en terres comme en objets précieux. Il offre de grands crucifix d'or et d'argent aux abbayes d'Ely, de Cantorbéry et de Bury St Edmunds, ainsi qu'à sa cathédrale de Winchester, et offre également à Ely des calices en or et en argent et une chasuble brodée d'or. Une hagiographie du mentionne ses nombreux dons (objets précieux et reliques) à l'abbaye d'Echternach, ce qui impliquerait que Stigand est parti en pèlerinage à un moment donné de son existence.

Le conseiller du roi

thumb|upright|left|Monnaie d'Édouard le Confesseur.