Le style pompéien a été découvert aux , lors des fouilles de Pompéi et des sites apparentés d'Herculanum, de Stabies et d'Oplontis mettant au jour un grand nombre de fresques, d'une période qui couvre du à l'année 79. L'archéologue allemand August Mau (1840-1909) répartit, en 1882, les peintures pompéiennes selon des catégories formelles et chronologiques, au nombre de quatre, qu'il nomme « style »August Mau, Geschichte der decorativen Wandmalerei in Pompej, Reimer, Berlin, 1882.

Outre les centaines de fresques découvertesÀ l'époque, une moitié du site a été fouillée, et environ 800 tableaux et fragments de peintures prélevés sont présentés au musée archéologique de Naples., Mau pouvait s'appuyer sur le traité De architectura de Vitruve (livre VII), qui donne une description précise de l'évolution de la peinture romaine, de ses origines jusqu'au début du règne d'Auguste, à qui il dédia son ouvrageVitruve, De architectura, livre VII, 2-4 (lire en ligne)., soit les premier et deuxième styles identifiés par Mau.

Le système normatif de Mau fut discuté et affiné par ses successeurs, dont Amedeo Maiuri, surintendant du site de Pompéi de 1924 à 1961Amadeo Maiuri, La peinture romaine, Genève, 1953.. Les coupures chronologiques d'un style à l'autre demeurent des sujets de discordes : passe-t-on du deuxième au troisième style aux environs de l'ère chrétienne ou de la mort d'Auguste en 14 ? Le quatrième style commence-t-il à la fin du règne de Tibère vers 37, sous Claude (41-54) ou après le tremblement de terre de 62 qui secoua PompéiRobert Étienne, La vie quotidienne à Pompéi, Paris, Hachette, 1989, . ?

La classification selon ces quatre styles constitue encore de nos jours une référence commode que l'on a étendue au-delà du périmètre de Pompéi, pour qualifier les fresques trouvées à Rome, notamment dans la maison d'Auguste et la Domus aurea de Néron, et dans le reste de l'Empire romain.

Premier style, ou « style à incrustation »

Le premier style, qui apparaît au , est aussi appelé « style à incrustation ». Dépourvu d'éléments figuratifs il a pour origine le monde hellénistique oriental et ses décorations en grandes dalles de marbre dont il reproduit les éléments.

Le décor, en relief, est réalisé en stuc polychrome imitant les marbres de couleurs. La paroi, divisée en trois parties horizontales et verticales, respecte une tripartition stricte. La partie inférieure présente un socle reposant sur une plinthe jaune, imitant le bois, séparé de la partie médiane par un bandeau. Cette dernière est composée de grands panneaux en relief appelés orthostates, séparés par des panneaux plus étroits : les lésènes. Au-dessus des orthostates et des lésènes, une assise de carreaux et boutisses (alternance de blocs larges et de blocs étroits). La partie supérieure, quant à elle, représente une corniche en stuc à très forte projection, de style ionique (atrium de la maison samnite) ou imitant un temple tétrastyle ( de la maison du Faune).

Ce premier style, qui avait déjà trois siècles lors de l'éruption du Vésuve en 79, n'est connu que par un petit nombre de maisons campaniennes. Il est aussi connu par les écrits de Vitruve qui décrit ainsi cette première décoration : Exemples : atrium de la , premier péristyle de maison du Faune, maison du Centaure.

Deuxième style, aux phases architectonique et ornementale

Le deuxième style se développe après la guerre sociale (vers -88) jusqu'au début du règne d'Auguste, vers -20. Il présente une rupture importante avec le premier style puisqu'il n'y a plus de relief en stuc. Désormais, les parois sont peintes. Hendrik Gerard Beyen, spécialiste du second style pompéien, le divise en deux phases Die pompejanische Wanddekoration, vom zweiten bis zum vierten Stil, Hendrik Gerard BeyenProposition cependant contestée par Gilles Sauron : une première phase dite architectonique et une deuxième phase dite ornementale.

Première phase, dite architectonique La phase dite « architectonique » a pu être datée grâce au mur de construction de la maison des Griffons, à Rome. En effet, l'opus reticulatum du mur de la demeure est typique du , et plus particulièrement des années -80. Cette maison est un parfait exemple de cette première phase. Ainsi la pièce 3 présente, dans sa partie inférieure, une plinthe surmontée d'une assise à carreaux et boutisses au-dessus de laquelle de grands orthostates verticaux de couleur rouge sont séparés par de fines lésènes de couleur verte. La partie supérieure présente une triple assise de blocs isodomes disposés en . Si la division en trois parties est toujours respectée, le relief est suggéré en trompe-l'œil. Lors de cette première phase, qui dure une cinquantaine d'années, l'utilisation du dessin et de la couleur sont au service d'une composition architecturale illusionniste et symétrique.

Vitruve donne une description détaillée de ce style :

Seconde phase, dite ornementale La seconde phase, dite « ornementale », présente une architecture beaucoup plus fastueuse. Selon Gilles SauronBiographie sur le site paris-sorbonne.frGilles Sauron, La Peinture allégorique de Pompéi, le regard de Cicéron, Éditions Picard, 2007, ., cette nouvelle décoration est fortement influencée par l'architecture palatiale et théâtrale. Le passage d'un décor architectonique à un décor scénographique va également de pair avec une ouverture de la paroi : arrière-plans composés de villes, de ciel, de tholos… La paroi montre souvent un haut podium au premier plan sur lequel sont érigées deux ou quatre colonnes qui la divisent. Sur ces colonnes reposent des architraves, des arcs et des plafonds à caissons. Les effets d'espace sont suggérés par des ouvertures du décor, dans la partie centrale et les parties supérieures de la fresque, qui donnent sur un paysage extérieur ou d'autres éléments architecturaux comme vus depuis une fenêtre.

Progressivement, le faste des scénographies théâtrales est remplacé par des peintures mythologiques et des mégalographies. Celles-ci sont présentes notamment à la villa des Mystères où la répartition en trois niveaux horizontaux est maintenue, mais les éléments architecturaux sont réduits au minimum. Les colonnes, de plus en plus grêles, annoncent le style candélabre, et la sobriété et l'austérité croissantes des décors, le corpus décoratif de la première phase du troisième style. Ainsi des décors comme ceux du triclinium C de la villa sous la Farnesine à Rome témoignent de ces prémices. La transition se fera sous le règne d'Auguste entre -40 et -30.

Vitruve qualifia de dépérissement de l'art cette évolution, qu'il jugeait fantaisiste et irrationnelle : .

Troisième style, dit « style ornemental »

Le troisième style, ou « style ornemental », d'influence égyptisante, apparait vers -20 et disparaît sous Claude (empereur de 41 à 54). C'est un style de réaction contre l'illusionnisme du deuxième style et ses solutions baroques du trompe-l'œil. Les parois se ferment et les décors sont plus simples. Des candélabres ou des colonnes devenues de simples bandes verticales divisent la paroi. On trouve par exemple dans le tablinum de la à Pompéi un édicule encadrant un grand tableau avec, de part et d'autre, de petits tableaux pendus à des candélabres. Les éléments architecturaux sont très fins et purement décoratifs. Dans la partie supérieure, quelques architectures en trompe-l'œil, des décors de miniature aux couleurs vives sont réalisés sur des fonds noir ou blanc, sans liaison avec le reste du décor. L'innovation la plus significative est l'introduction du grand tableau, peint à même la paroi et non plus enfermé dans une petite armoire en bois suspendue. Il occupe la partie centrale du décor, placé à l'intérieur d'un édicule flanqué de panneaux, qui portent aussi des tableautins mineurs, des vues champêtres ou figuratives. Les thèmes sont tirés de la mythologie, de la religion ou idylliques. Une technique impressionniste apparait dans la peinture.

Quatrième style, dit « style fantastique »

Le quatrième style ou « style fantastique », va du règne de Claude à la disparition de Pompéi c'est-à-dire de 50 à 79. Ce style fait un retour aux perspectives architecturales et à l'illusionnisme. Il s'agit d'une synthèse des deux styles précédents. On revient aux effets d'ouverture et de profondeur. Le goût ornemental subsiste avec des décors exubérants, des dorures, des ciselures, des médaillons, des candélabres et des reliefs en stuc. On délaisse le système tripartite imposant frise et plinthe, les architectures irréelles de la frise s'intègrent mieux dans la composition d'ensemble.

Les couleurs sont plus nettes et des oppositions chromatiques apparaissent. L'architecture est peinte en trompe-l'œil sur un podium et la zone centrale de la fresque est divisée en trois par des portiques à étages. Les thèmes sont mythologiques, naturalistes, montrent des scènes de la vie quotidienne, des natures mortes ou des portraits. Ces scènes sont peintes avec une technique impressionniste. Des tapis en trompe-l'œil apparaissent aux murs avec au centre de petites figurines.

Notes et références

Annexes

Bibliographie Mario Torelli, « Dalla tradizione 'nationale' al Primo Stile », Pittura ellenistica in Italia e in Sicilia. Linguaggi e tradizioni, Atti del Convegno di Studi (Messina 24-25 sett. 2009), Archaeologica, 163, Rome, 2011, pp. 401-414 Jean-Michel Croisille, La peinture romaine, Paris, Picard, 2005, 375 p. Donatella Mazzoleni, Umberto Pappalardo, Fresques des villas romaines, Citadelles et Mazenod, Paris, , Giuseppina Cerulli Irelli et al., La peinture de Pompéi, Paris, Hazan, 1993 Roger Ling, Roman painting, Cambridge, Cambridge University Press, 1991 Irene Bragantini, Valeria Sampaolo, La pittura pompeiana, Naples, Electa Napoli, 1986 Alix Barbet, La peinture murale romaine, Picard, Condé-sur-Noireau, , 285 p, Karl Schefold, La peinture pompéienne. Essai sur l'évolution de sa signification, Bruxelles, Latomus, revue d'études latines, 1972 Amedeo Maiuri, La peinture romaine, traduction française de Rosabianca, Skira, 1953, 155 pages

Liens externes

« Dissolution and Becoming in Roman Wall-Painting » (Dissolution et devenir dans la peinture murale romaine). Introduction en français sur creadm.solent.ac.uk.

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