Basil Lewis D'Oliveira, surnommé « Dolly », est un joueur de cricket sud-africain devenu international anglais né officiellement le (probablement en 1928) au Cap en Afrique du Sud et mort le en Angleterre. Métis du Cap, les règles en vigueur à l'époque en Afrique du Sud interdisent à ce joueur polyvalentUn joueur polyvalent () est utilisé à la fois pour ses qualités de batteur et de lanceur., comme à tous les autres joueurs de couleur, de participer aux principales compétitions nationales. Le cricket tel qu'il est pratiqué par ceux qui ne sont pas blancs est à l'époque ignoré par les instances officielles.

Il entame une carrière professionnelle en 1960 dans la Central Lancashire League, en Angleterre, avant de rejoindre le Worcestershire County Cricket Club en 1964, mentant sur son âge pour faire croire qu'il est plus jeune qu'il n'est. Devenu citoyen britannique, il dispute en 1966 son premier test-match avec l'équipe d'Angleterre, alors qu'il a entre 35 et 40 ans. Il compte quarante-quatre sélections à ce niveau, la dernière en 1972.

En 1968, il est au centre de l'« Affaire D'Oliveira ». Une partie de la presse considère que sa non-sélection par le Marylebone Cricket Club pour la tournée anglaise en Afrique du Sud est due aux pressions du gouvernement sud-africain de John Vorster. Il est finalement intégré à la liste lorsqu'un autre joueur est blessé. Vorster fait alors annuler la tournée. L'Affaire D'Oliveira est une des étapes vers l'isolement sportif de l'Afrique du Sud à partir de 1970.

Biographie Trois décennies en Afrique du Sud Naissance

Basil D'Oliveira naît dans le quartier de Bo-Kaap, sur les flancs de Signal Hill, au Cap. Il est le fils aîné de Lewis et Maria D'Oliveira, un couple de Métis du Cap. Cette origine leur vaut d'être considérés, dans le contexte sud-africain, comme «  » .. Sa date de naissance, régulièrement donnée comme le , est incertaine. Il ment sur son âge au moment de son recrutement par le Worcestershire County Cricket Club, en 1964, prétendant avoir vu le jour en 1934. Au cours de sa carrière internationale avec l'équipe d'Angleterre, qui commence en 1966, il affirme être né en 1931, année couramment citée, mais, dans son autobiographie publiée en 1980, reconnaît que cette date doit être encore corrigée :

Pat Murphy, journaliste de la BBC qui a coécrit cette autobiographie avec Basil D'Oliveira, soutient que ce dernier est né en 1928 :

Jeunesse

Enfant, il pratique quasiment quotidiennement le cricket dans la rue .. Jeune adolescent, il préfère créer son propre club avec des amis, les « », plutôt que de rejoindre St Augustine's, le club dans lequel son père est capitaine ..

Il quitte l'école à l'âge de quinze ans, en 1946, pour travailler dans une imprimerie. Il y est chargé de nettoyer les presses. Durant son temps libre, il s'adonne à ses deux passions : le cricket et le football .. À seize ans, il accepte finalement d'intégrer St Augustine's. Il observe longuement les autres joueurs à l'entraînement pour se perfectionner .. Dans la même optique, il assiste parfois à des matchs de l'équipe d'Afrique du Sud, réservée aux Blancs, dans la seule partie du stade de Newlands accessible à ceux qui ne le sont pas : la « Cage » .. D'Oliveira est avant tout un batteur agressif, capable d'accumuler des points très rapidement. Il est souvent capable de redresser des situations difficiles pour son équipe.

À partir de la saison 1950-1951, il succède à son père à la tête de son club. Il met l'accent sur l'entraînement physique, ses coéquipiers et lui faisant plusieurs séances de jogging par semaine. Le week-end, les matchs ont lieu à Green Point, une étendue que se partagent une vingtaine d'équipes, sans équipements .. Dans l'Afrique du Sud ségrégationniste qui précède le régime d'apartheid qui lui succède en Afrique du Sud, personnes blanches et de couleur pratiquent le cricket de manière séparée. Le cricket non-blanc est totalement ignoré par les autorités. Les joueurs n'ont pas accès aux bons terrains, ni à aucun équipement.

À la même période, il est sélectionné pour la première fois dans l'équipe de la Province de l'Ouest qui dispute le Sir David Harris Trophy sous les auspices de la South African Coloured Cricket Association (SACCA). Il débute en 1953 dans le Dadabhay Trophy dans l'équipe de la SACCA .. Cette compétition est organisée à quatre reprises entre 1951 et 1958 par le South African Cricket Board of Control (SACBOC). Le SACBOC, fondé en 1947, fédère le cricket non-blanc, jusqu'alors morcelé selon des bases ethniques. Le Dadabhay Trophy oppose justement des sélections nationales ethniques représentant chacune des trois puis quatre fédérations constituantes du SACBOC ..

Capitaine de l'équipe du SACBOC

Au cours de la saison 1956-1957, le SACBOC organise en Afrique du Sud une tournée de joueurs kenyans d'origine asiatique. C'est la première jamais arrangée par une association de cricket non-blanche en Afrique du Sud. Les visiteurs comptent parmi eux Shakoor Ahmed, qui a déjà joué pour le PakistanShakoor Ahmed n'a jamais joué de match international avec le Pakistan, mais plusieurs rencontres contre des équipes locales au cours d'une tournée en Angleterre., et d'anciens participants au Ranji Trophy, en Inde .. Trois rencontres copiant le format des test-matchs se tiennent notamment entre les Kényans et une équipe du SACBOC. La encore, c'est une première : jamais encore l'Afrique du Sud n'avait compté de sélection nationale représentative des tous les non-blancs, qui sont écartés de l'équipe officielle. Basil D'Oliveira est nommé capitaine du SACBOC pour les trois matchs.

Après une partie difficile avec l'équipe de la Province de l'Ouest, il marque 70 courses dans la première manche du premier match de l'équipe du SACBOC, au Cap, et conduit sa sélection à la victoire, lorsqu'il marque les points qui lui sont nécessaires pour gagner dans la seconde manche. Il réalise un score de 44 courses dans le deuxième test, mais, blessé ne peut participer au troisième .. Ce dernier est interrompu par la pluie et aucune équipe n'en sort vainqueur. Les Sud-Africains gagnent donc la série 2-0.

Deux ans plus tard, l'équipe du SACBOC, toujours sous la direction de D'Oliveira, effectue une tournée en Afrique de l'Est .. Le voyage dure dix semaines et il commence et se finit au Kenya. Les visiteurs sont lourdement battus au cours de leur premier match malgré 59 courses de leur capitaine ., mais les trois « test-matchs » sont facilement gagnés. D'Oliveira réalise notamment un score de 139 courses dans le premier, et finit la tournée avec la deuxième meilleure moyenne à la batte derrière Cec Abrahams. Il prend également 25 guichets à une moyenne au lancer inférieure à 12 ..

Le SACBOC organise une tournée beaucoup plus importante pour fin 1959 : la venue de l'équipe des Indes occidentales, menée par Frank Worrell et avec la plupart de ses internationaux, mais sans les joueurs blancs. La situation convient parfaitement au régime d'apartheid : les joueurs de couleur jouent avec des joueurs de couleur, pas avec des Blancs .. La South African Sports Association (SASA) du poète Dennis Brutus, opposée à l'apartheid et qui milite contre toute ségrégation raciale dans le sport sud-africain, considère que cette tournée valide la politique du gouvernement. La SASA et le Congrès national africain (ANC) font pression sur le SACBOC, et la tournée est annulée. Dans le même temps, la SASA demande à la South African Cricket Association (SACA), qui gère l'équipe d'Afrique du Sud, si elle daigne inviter les meilleurs joueurs non-blancs, principalement D'Oliveira, à des matchs de sélection avant la tournée en Angleterre de 1960, mais se voit adresser une fin de non-recevoir. D'Oliveira se désespère de cette annulation de la visite des Indes occidentales, sa seule chance de se mesurer à quelques-uns des meilleurs joueurs du monde. Il se décide à tenter l'expérience anglaise, mais si aucune occasion ne se présente, il pense abandonner le cricket ..

Arrivée et débuts professionnels en Angleterre (1960-1965) Recrutement grâce à John Arlott

À la fin des années 1950, Basil D'Oliveira entame une correspondance avec le journaliste britannique John Arlott pour lui demander son aide. Il espère être embauché comme professionnel dans l'une des ligues fermées du Nord de l'Angleterre. Dans ces compétitions, les clubs emploient systématiquement un unique professionnel .. Arlott, qui commente les matchs de cricket sur la BBC, s'est publiquement prononcé contre l'apartheid depuis qu'il a suivi une tournée de l'équipe d'Angleterre en Afrique du Sud.. Dans le même temps, Damoo Bansda et Syd Reddy, deux amis journalistes de D'Oliveira, écrivent également à Arlott pour vanter les exploits de leur protégé .. Durant l'hiver 1959-1960, celui-ci entre en contact avec John Kay, correspondant au . Mais ce dernier informe Arlott qu'il n'y a pas de place pour D'Oliveira dans les ligues pour la saison à venir : les clubs préfèrent employer un international reconnu pour attirer le public.

Trois mois avant le début de la saison en Central Lancashire League, le Middleton Cricket Club, qui représente Middleton, se retrouve sans professionnel à la suite de la défection de Wes Hall. Middleton accepte alors de faire une offre à D'Oliveira : pour la saison, auxquels s'ajoutent des bonus .. D'Oliveira hésite : il a peur de l'échec et le billet d'avion n'est pas financé par le club. Mais ses soutiens, Bansda notamment, organisent divers matchs pour collecter des fonds et lui permettre de partir. Une rencontre, préparée dans le plus grand secret, oppose même D'Oliveira à une équipe de joueurs blancs menée par le futur international Peter van der Merwe .. D'Oliveira quitte l'Afrique du Sud avant le début de la saison anglaise en laissant sa femme, Naomi, enceinte de quatre mois .. Pour John Arlott, avoir fait venir D'Oliveira en Angleterre est rétrospectivement l'une des meilleures actions qu'il ait réussi à faire de sa vie..

Quatre saisons en Central Lancashire League

Lorsque Basil D'Oliveira arrive en Angleterre pour disputer la saison 1960 de la avec Middleton, il n'a quasiment jamais été entraîné et n'a presque pas encore joué sur des pistes gazonnées. Son adaptation est difficile à tous les niveaux. Il se sent seul et le climat ne lui est pas familier .. Il a même des attitudes conditionnées par la ségrégation raciale subie dans son pays .. Sur le plan sportif, ses débuts dans la compétition, malgré quelques matchs prometteurs, ne sont pas à la hauteur de ce que le professionnel d'un club de la ligue doit apporter à son équipe .. Une partie de ce rôle consiste à entraîner ses coéquipiers, mais c'est plutôt l'inverse qui se produit. Il veut mettre fin à son contrat et rentrer en Afrique du Sud. Avec le soutien d'un autre joueur du club, il essaye de s'améliorer, et réussit des performances bien meilleures en deuxième partie de saison, si bien qu'il finit avec la meilleure moyenne à la batte de la compétition devant Garfield Sobers. Il marque en tout 930 courses et prend 71 guichets ..

Un nouveau contrat de deux ans avec Middleton en poche, emménage définitivement en Angleterre en 1961 avec sa femme, Naomi, et leur nouveau-né Damian .. Cette saison-là, il dépasse la barre des 1000 courses marquées dans la ligue.. Il est invité à participer à une tournée privée en Afrique avec des internationaux renommés de diverses nations, malgré son manque de notoriété par rapport à eux .. À Nairobi, il réussit notamment un rapide ..

D'Oliveira dispute deux saisons supplémentaires avec Middleton, jusqu'en 1963. Au cours de ses deux dernières années au club, D'Oliveira marque à chaque fois près de courses et prend plus de 60 guichets ..

Débuts avec le Worcestershire