vignette|Carte des camps. vignette|Pancarte présentant les personnes d'ascendance japonaise sommées de se présenter avant leur déplacement. vignette|À la une du journal californien San Francisco Examiner (avril 1942). vignette|Un Nippo-Américain affiche cette banderole sur son magasin après l'attaque de Pearl Harbor. Cette photo de Dorothea Lange a été prise en mars 1942, juste avant l'internement de cet homme.

L’internement des Nippo-Américains est un événement historique de la Seconde Guerre mondiale Hirasaki National Resource Center : « Resources – Frequently Asked Questions », sur le site du , janm.org, consulté le 28 octobre 2009.Élise Prébin, « Mémoire des camps américains. L’exemple japonais », Ateliers, 30, « Ethnographies japonaises », avril 2006, 251-282, mis en ligne le 8 juin 2007, consulté le 28 octobre 2009. Daniel Sabbagh, « Le statut des « Asiatiques » aux États-Unis – L’identité américaine dans un miroir », Critique internationale 20, juillet 2003, 77-78, sur le site ceri-sciencespo.com, consulté le 28 octobre 2009. qui a vu la déportation et l'incarcération d'environ ressortissants japonais et américains d'origine japonaise dans des Centres de relogement précaires et éloignés.

L'origine L'attaque de Pearl Harbor qui fait entrer en guerre les États-Unis, exacerbe le sentiment anti-japonais dans la population américaine, même à l'endroit des Nippo-Américains bien intégrés. Entre le 7 et le , le FBI procède à l’arrestation arbitraire de Nippo-Américains.. Le , le Joint Immigration Committee affirme dans un rapport que « les Japonais ethniques sont totalement inassimilables » et que leur loyauté va à l'Empereur du Japon Andrew E. Taslitz, Stories of Fourth Amendment Disrespect: From Elian to the Internment, 70 Fordham Law Review, 2257, 2306-07 (2002). Un fait divers, l'incident de Niihau, où des « Nisei » ont collaboré spontanément et volontairement avec un pilote de l'aéronavale japonaise en , a eu une influence probable sur la décision d'internement massif. Selon Hallstead, le comportement des Nisei impliqués a été mentionné dans un rapport officiel de la Marine daté du . Son auteur, le lieutenant de vaisseau C. B. Baldwin, écrit : « Le fait que les deux résidents d'origine japonaise à Niʻihau, qui n'avaient montré jusque-là aucune tendance anti-américaine, aient aidé le pilote parce que la mainmise japonaise sur l'île semblait possible, montre une probabilité que des résidents japonais que l'on croyait fidèles aux États-Unis puissent aider le Japon si d'autres attaques japonaises paraissaient avoir des chances de succès. »..

La suspicion à l'encontre des citoyens japonais ou d'origine japonaise prend de l'ampleur avec la crainte d’une invasion japonaise et la présence redoutée d'une « cinquième colonne ». Le , le général John DeWitt (qui a notamment déclaré que les Japonais et qu'André Kaspi, Franklin Roosevelt, Fayard, 2012, 540 pages.) donne aux autorités civiles le pouvoir d'arrêter systématiquement tous les Japonais, y compris les Japonais naturalisés américains, et de les enfermer dans des camps de détention comme ceux de Manzanar et de Terminal Island Kevin Starr, California : A History, . L'objectif officiel est d'assurer la sécurité de l'État, et d'empêcher les opérations d'espionnage ou de sabotage sur le territoire américain Transcript of Executive Order 9066: Resulting in the Relocation of Japanese (1942), consulté le 21 juillet 2008. Le président Franklin D. Roosevelt entérine cet internement massif par le décret présidentiel nº 9066, qui permet aux autorités militaires locales de désigner des « zones militaires » en tant que « zones d'exclusion », desquelles « toutes les personnes pouvaient être exclues ». Cette faculté est utilisée pour déclarer que toute personne d'ascendance japonaise est exclue de l'ensemble de la côte Ouest, notamment la Californie dans sa totalité, ainsi qu'une grande partie occidentale des territoires de l'Oregon et de l'État de Washington, mais aussi le Sud de l'Arizona.

Cette disposition est diversement appliquée aux États-Unis. Sur la côte ouest, tous les Japonais-américains sont internés (soit 1,2 % de la population de Californie). À Hawaï, où les Américains d'origine japonaise sont au nombre de et composent près d'un tiers de la population de l'archipel, formant l'ossature de l’économie des îles, leur traitement est un peu moins drastique, et c'est entre et qui sont touchés par la mesure. Parmi les internés, 62 % étaient des « Nisei », autrement dit des Japonais américains de seconde génération donc de citoyenneté américaine et 38 % des « Issei », c'est-à-dire des Japonais de première génération résidents aux États-Unis.

De nombreux internés deviendront célèbres malgré tout : Taky Kimura, maitre en arts martiaux, Michio Itō, chorégraphe, Tōyō Miyatake, photographe, Fred Korematsu, George Takei, acteur de la série Star Trek, déporté au camp de Rohwer Rohwer Internment Camp, In Their Words, Pat Morita, acteur dans Happy Days et Karaté Kid (The Karate Kid), déporté au camp de Gila River Actor Pat Morita on being held in a Japanese Internment camp during WWII, EMMYTVLEGENDS.ORG sur YouTube, le 5 décembre 2011, ou encore Kiyoshi Kuromilla, auteur américain.

Les camps Des camps de concentration temporaires sont rapidement créés, tel le Camp Harmony à Puyallup (Washington). Puis dix camps d'internement, appelés Relocation Centers (« centres de relogement »), disséminés dans l'ouest du territoire américain, sont mis en place par la War Relocation Authority (WRA, « autorité de relogement par temps de guerre »), une agence fédérale créée spécialement à cet effet.

Centre de Manzanar (près d'Independence, Californie), Parmi les dix camps d'internement, le camp de Manzanar (« pommeraie » en espagnol) est le camp d’internement le plus connu aux États-Unis. Il accueille des citoyens japonais ainsi que des citoyens américains d’origine japonaise. Manzanar est situé au pied de la Sierra Nevada dans la vallée d’Owens en Californie entre les villes de Lone Pine au sud et Independence au nord, à environ au nord-est de Los Angeles. Manzanar est aujourd'hui un site historique national Manzanar National Historic Site, U.S. National Park Service.

Camp Jerome (près de Jerome, Arkansas), Le camp Jerome dans l’Arkansas est le premier camp à fermer ses portes, le .

Centre de Tule Lake (près de Tulelake, Californie), Le camp de Tule Lake, où l’on dénombre jusqu’à internés, est un camp de haute sécurité où sont internés les éléments les plus réfractaires, et c'est le dernier camp à fermer ses portes, en .

Centre de Minidoka (près de Twin Falls, Idaho), Le camp de Minidoka est créé le à Hunt dans l'état du Idaho et est constitué de 600 baraques sur Christian Kessler, « U.S.A. / Japon : l’anniversaire du Civil Liberties Act du 10 août 1988 », La Revue des Ressources, le 25 octobre 2013. En , il accueille la plupart des internés du Camp Harmony. Il est fermé le Minidoka shūyō-jo (Idaho. - camp de concentration), Ressources de la Bibliothèque nationale de France.

Centre de Poston (près de Parker, Arizona), Le camp de Poston est créé le en Arizona pour regrouper les Japonais et les citoyens américains d'origine japonaise de la côte ouest des États-Unis. Poston est composé de trois camps distincts, implantés dans la réserve indienne Colorado River, malgré l'avis négatif des autorités tribalesPoston relocation center (Ariz.. - camp de concentration), Ressources de la Bibliothèque nationale de France.

Centre de Rohwer (près de McGehee, Arkansas), Le camp de Rohwer est créé le dans le comté de Desha. Ce camp a servi à emprisonner jusqu'à . Nippo-Américains. Il ferme le . Il ne subsiste plus que le cimetière du camp, qui est un monument localVoir sur intheirwords.org..

Camp de Gila River (au sud-est de Phoenix, Arizona),

Centre de Topaz (près de Delta, Utah),

Centre de Heart Mountain (près de Ralston, Wyoming), Le Centre de relogement de guerre de Heart Mountain (Heart Mountain Relocation Center) est un camp d'internement situé dans le nord-ouest du Wyoming.. Il ouvre le . Sa population maximale est de internés en , ce qui en fait provisoirement la du Wyoming en termes de population. Les internés sont soumis à la conscription militaire, 85 iront en prison pour refus de s'y soumettre, et 799 sont envoyés à l'armée. Le camp ferme le .

Centre de Granada, ou « camp Amache » (près de Granada, Colorado), environ

Le Centre de relogement de guerre de Granada (Granada War Relocation Center) est un camp d'internement situé dans le sud-est du Colorado. Il ouvre en et sa population maximale est de en , lesquelles proviennent principalement de Los Angeles. Environ internés passent par ce camp de 1942 à 1945. Le centre est renommé « camp Amache » pour éviter des problèmes postaux avec la ville voisine de Granada. Il ferme en . C'est le seul camp où le gouverneur de l'État (Ralph Lawrence Carr, républicain, du Colorado, de 1939 à 1943) se déplace, accueille les déportés et leur souhaite la bienvenue dans l'État, à rebours des sentiments anti-japonais de l'époque. Cela lui fait probablement perdre sa course au Sénat en 1942 et signe la fin de sa carrière politique. Le camp Amache est le plus petit camp des 10 camps de la WRA et probablement le moins coercitif.

Camp d'internement de Crystal City

Ce camp d'internement, créé près de Crystal City au Texas a servi à emprisonner des personnes d'ascendance japonaise, allemande et italienne durant la Seconde Guerre mondiale.

La déportation thumb|Deux enfants déportés dans le camp de Manzanar.

Les mesures discriminatoires envers la communauté japonaise commencent en par des couvre-feu, le blocage des comptes bancaires, et l’interdiction de s’éloigner de 8 km autour de son domicile. Puis le FBI, appuyé par des soldats, mène des rafles et expulse sommairement de leur foyer chaque occupant. Les déportés sont rassemblés dans des centres de triage improvisés et comparaissent devant un « conseil d’évaluation du loyalisme de la Commission de contrôle des ressortissants d’un pays ennemi ». À l’issue de cet interrogatoire, sous surveillance étroite, des trains fermés les amènent dans des régions désertiques, inhospitalières où ils sont parqués dans des baraques en bois. Les conditions varient selon les camps : cela va des étables aux villes fantômes du désert. Ces camps sont entourés de miradors et de fil de fer barbelé. À ce moment, pour expliquer ces mesures, le gouvernement prétexte la protection de gens à qui la propriété et la dignité sont enlevées. Les camps d’internement sont nommés « camp de relocalisation ».

L'impact sur la population nippo-américaine La déportation des Nippo-Américains se passe dans le calme, les files de familles japonaises chargées de ballots se dirigent docilement vers une destination inconnue. Dans son livre Farewell to Manzanar, Jeanne Wakatsuki Houston consacre un chapitre au concept de Shikata ga nai et s'en sert pour expliquer pourquoi les Américains d'origine japonaise réagissent peu à leur internement.

Le sociologue Marvin Opler travaille de 1943 à 1946 comme ethnologue (Community Analyst) dans le camp d'internement des Nippo-Américains de Tule Lake. Ses vues sont critiques, et il n'hésite pas à dénoncer les abus commis dans le camp. Il rapporte également le November Incident, la révolte des résidents du camp contre la prise en main de celui-ci par les autorités militaires. Il remarque enfin que les Nippo-Américains, lors de leur internement, renforcent leur identité d'origine en réaction à l'identité nationale dégradée, qui désormais les opprime.

La libération