Le cheval nivernais est un grand et puissant cheval de trait de couleur noire, créé comme race dans la Nièvre par le comte de Bouillé à partir de 1872, afin d'obtenir une bête apte aux travaux agricoles. Il insiste pour que les éleveurs locaux croisent leurs rustiques juments morvandelles avec des étalons Percheron, toujours noirs. La race est reconnue en 1880. Dès la fin du , l'élevage de ce cheval remplace celui du bidet du Morvan. Ses éleveurs affrontent tour à tour l'hostilité de l'administration des haras quant à la reconnaissance de la race, la concurrence du Percheron pour les exportations aux États-Unis, puis celle des chevaux de trait Ardennais et Auxois pour le travail agricole durant l'entre-deux-guerres.

L'élevage du Nivernais pour l'agriculture perdure jusqu'aux années 1950 dans la région nivernaise, mais la motorisation provoque une baisse rapide des effectifs. En 1966, le registre généalogique du nivernais est fusionné avec celui du Percheron. Cet animal, qui n'est désormais plus considéré comme une race distincte par l'administration des haras, vient à être menacé de disparition. Des initiatives publiques, comme celles du parc naturel régional du Morvan qui fait appel à l'ethnologue Bernadette Lizet, et privées, se mettent en place dans les années 1980 pour le sauver. Le type du Nivernais, devenu celui d'un Percheron noir élevé dans la Nièvre, demeure rarissime et n'est plus reconnu malgré les demandes répétées de ses éleveurs pour lui faire retrouver un statut de race.

Ce grand cheval noir, historiquement voué à l'agriculture, a peut-être un avenir dans le débardage des zones boisées et le tourisme équestre attelé. Il participe à des reconstitutions folkloriques et diverses animations dans sa région d'origine, dont il est désormais indissociable.

Histoire thumb|left|upright=1.4|Portrait de Voltaire, un étalon percheron noir primé au concours de Nogent-le-Rotrou, par Rosa Bonheur en 1884. Ce type d'étalon est à l'origine de la race nivernaise.|alt=Dessin d'un cheval de trait noir tenu en main de profil. Le Nivernais est à la fin du , et n'est plus considéré comme une race depuis 1966.

La race nivernaise naît sous l'impulsion du maire de Nevers et surtout du président de la société d'agriculture de la Nièvre, le comte Charles de Bouillé, en 1872. Ils désirent obtenir un cheval de gros trait de couleur noire, justifiant ce choix par le contraste avec les bovins charolais, qui portent une robe claire. Le cheval de trait remplace alors lentement le bœuf pour la traction agricole, et fait figure de modernisation. Les riches pâturages du Morvan, associés à la nature du sol, favorisent l'émergence d'une race à forte carrure. La jumenterie locale, surtout composée de bêtes rustiques à la robe majoritairement noire, est croisée avec de bons étalons percherons de la même couleur, importés et introduits par le comte de Bouillé aux frais de la société d'agriculture de la Nièvre. Le cheval nivernais est hautement influencé par le Percheron, alors utilisé en croisement pour améliorer bon nombre de races de trait. Les poulains nés sur place sont ensuite sélectionnés pour perpétuer la race. Vingt ans plus tard, le projet du comte de Bouillé est couronné de succès, la création d'une race de trait nationale est revendiquée dans la Nièvre. L'élevage du cheval nivernais peine d'abord à s'implanter en raison de la forte tradition d'élevage bovin charolais et de traction bovine, dans une région qui laisse peu de place au cheval.

Au même moment, les Américains importent massivement de lourds et puissants chevaux de trait afin d'améliorer leur propre jumenterie, et achètent ces animaux à des prix élevés à l'expresse condition qu'ils possèdent des papiers d'origine. L'époque est favorable à la notion de généalogie et de « sang ». C'est pourquoi, le (ou le selon Marcel Mavré) et sous l'influence des Américains, la société d'agriculture de la Nièvre décide d'ouvrir un livre généalogique, le premier pour une race chevaline française. Cette reconnaissance favorise l'encadrement des éleveurs locaux, qui se lancent dans la production de bêtes de concours. Le berceau d'élevage de la « race noire » est originellement la Nièvre, puis ce cheval se répand dans l'Allier, le Cher, l'Indre et en Saône-et-Loire, malgré un conflit incessant avec l'administration des haras qui refuse longtemps toute reconnaissance officielle. En 1895, à la suite de réductions de subventions, le système d'encouragement des éleveurs nivernais disparait.

L'identité du cheval nivernais . La se diffuse en effet avant les chevaux ardennais et auxois (la ), qui entrent en concurrence sur le marché du cheval de trait au .

De 1900 à 1950 thumb|left|upright=1.4|Groupe de chevaux Nivernais à l'élevage Laporte, en 1913.|alt=Groupe de chevaux noirs vue de face, tenus en main par des hommes. Dans les années 1900, la robe noire du nivernais est favorable à ce dernier : les chevaux gris sont en effet fréquemment atteints de mélanomes, des tumeurs qui peuvent se révéler cancérigènes. C'est aussi une raison qui fait que les bouchers chevalins déprécient les chevaux gris, et que la société d'agriculture de la Nièvre continue à choisir des étalons noirs pour perpétuer la race.

En 1901, le syndicat des éleveurs nivernais commence à distribuer des primes aux meilleures juments et pouliches lors de son concours d'automne. En 1904, le trait nivernais participe à son premier concours officiel en tant que race contre des chevaux percherons, boulonnais et bretons. Les haras nationaux reconnaissent tardivement les qualités de la race, à laquelle ils attribuent la mauvaise réputation de consommer beaucoup de nourriture (ce qui est vrai, car plusieurs témoignages rapportent que pour un trait, le nivernais est un cheval de prix et de prestige, nécessitant une ration conséquente), d'être trop grande, peu énergique et de modèle critiquable.

thumb|right|upright=1.4|Ensemble de la race noire nivernaise de l'élevage Sonchon à Marzy, primé en 1907.|alt=Ensemble de la race noire nivernaise. En 1910 et 1911, ils achètent pourtant trois étalons nivernais pour faire la monte dans les dépôts d'étalons. En 1914, le nivernais est reconnu comme . La taille des animaux, très élevée, est toujours supérieure à .

Exportations américaines Au début du , aux États-Unis, le nivernais est importé parmi d'autres races de trait (notamment le percheron et le boulonnais), ces trois races formant la majorité des importations américaines United States. Dept. of Agriculture, Farmers' bulletin, numéros 601 à 625, G.P.O., 1914, ) sous le nom de . Ces chevaux sont enregistrés par l'Anglo-Norman Horse Association (ou National Norman Horse Association) à partir de 1876, association rebaptisée National French Draft Association en 1885. Elle déclare en 1876 que les races françaises sont essentiellement les mêmes, et doivent toutes être connues comme des . Elle déclare ensuite que tous les sont en fait des « percherons », indépendamment de leur lignée de sélection individuelle. Le but est de vendre les chevaux de trait de race aux utilisateurs américains à des prix plus élevés. Le Conseil de l'Agriculture de l'Illinois juge que seuls les percherons dont l'ascendance peut être prouvée devraient être enregistrés en tant que tels, et que toutes les autres races doivent être considérées séparément. Les éleveurs du Perche, voyant dans le cheval de la Nièvre une concurrence et dans les Américains recherchant des chevaux noirs une clientèle, se mettent à produire des percherons noirs en achetant des étalons nivernais au besoin, ce qui crée une concurrence et diminue la popularité de la race nivernaise à l'exportation, à la veille de la motorisation. Ce marché des exportations aux Américains disparait après la Première Guerre mondiale et la motorisation des transports outre-Atlantique.

Entre-deux-guerres Le , le stud-book du cheval nivernais est fermé aux croisements étrangers. Huit ans plus tard, il compte chevaux inscrits. Durant l'entre-deux-guerres, le marché est favorable aux chevaux (ardennais et auxois) qui se diffusent en Bourgogne par le nord-est. Le sud-ouest de la Nièvre forme le foyer de résistance de la nivernaise. La réputation du cheval nivernais est celle d'un animal au mauvais caractère, ce qui fait baisser les prix d'achat et rend la « race rouge » bien plus populaire. Les éleveurs nivernais éduquent rarement leurs poulains, qu'ils laissent libres avec des bœufs charolais dont ils se nourrissent des refus d'herbes. Ainsi, au moment de la vente, les poulains nivernais sont indisciplinés et non dressés, au contraire des chevaux percherons, boulonnais ou bretons, habitués depuis leur plus jeune âge au contact de l'homme. Les éleveurs du nivernais subissent toujours la concurrence des éleveurs du percheron.

Après 1945 thumb|right|Percherons. Depuis 1966, le même stud-book répertorie les chevaux nivernais, de robe noire, et les percherons, généralement de robe grise comme ceux-ci.|alt=Chevaux de trait gris à l'attache tête au mur. Les restrictions en carburant durant la Seconde Guerre mondiale rendent le cheval indispensable. En 1946, dans le Bazois, l'élevage du cheval nivernais est toujours lucratif, mais secondaire. Les poulains sont vendus en novembre sur la foire de Tannay.

L'utilisation du cheval pour le transport a cessé complètement et l'animal de trait n'est plus utilisé qu'en agriculture, tandis que l'usage du tracteur agricole se généralise. La boucherie devenant la seule alternative pour les éleveurs de traits nivernais, ceux-ci, plutôt que de se spécialiser dans la production de bêtes à viande, revendent massivement leurs animaux aux abattoirs et s'orientent vers un autre type d'élevage. De ce fait, les années 1950 sont celles d'une très forte régression de l'élevage de chevaux nivernais. Pourtant, ce dernier est réputé dans la production bouchère pour la qualité de sa viande et sa robe foncée qui le prémunit des mélanomes, au contraire du percheron gris. Les éleveurs ne s'étant pas spécialisés dans la production de viande de cheval, en 1967, les droits de douane sont supprimés pour l'importation de chevaux de boucherie vivants depuis les pays de l'Est, ce qui pousse encore davantage les éleveurs de chevaux de trait français à abandonner leur production.

Quelques érudits tel que le baron de Saint-Palais entreprennent des classifications des races de trait et rapprochent le nivernais du percheron. En 1966, le nivernais est désigné comme une et englobé par la société hippique percheronne dans le livre de ce dernier, avec le trait du Maine, le berrichon et l'augeron. Il n'est dès lors plus officiellement considéré comme une race distincte, bien que ses éleveurs locaux continuent à le désigner comme tel.

Sauvegarde thumb|left|upright=0.7|Logo du parc naturel régional du Morvan, représentant un cheval Nivernais stylisé. Les effectifs continuent à diminuer jusqu'en 1980, où le statut de cette population chevaline attire l'attention. Les concours de races ne voient plus défiler que quelques spécimens dont un certain nombre sont de robe grise (37 femelles et 26 mâles présentés en 1984). Les éleveurs ont la sensation de perdre leur identité régionale, le cheval nivernais semble sur le point de disparaître.