L'abbaye Saint-Philibert de Tournus est un ancien monastère bénédictin situé à Tournus, dans le département français de Saône-et-Loire et la région Bourgogne-Franche-Comté. De nombreuses parties de ce monastère sont conservées (réfectoire, cellier, cloître, salle capitulaire, etc.), et son église abbatiale est l'un des plus grands monuments romans de France.

Depuis 2022 l'église abbatiale a pour recteur le père Bernard Binon, curé de la Paroisse Saint-Philibert en Tournugeois..

Protection Saint-Philibert de Tournus fait l’objet de multiples protections au titre des monuments historiques. : un classement par la liste de 1840 pour l'église abbatiale ; une inscription en 1927 pour la tuilerie du Moutier et la tour du Trésorier ; des classements en 1928 pour divers vestiges de l'abbaye (notamment les restes de l'ancienne enceinte comprenant la tour de Quincampoix ou du Colombier, les deux tours de la porte des Champs et la tour du Portier) ; une inscription en 1930 pour les vestiges du cloître ; un classement en 1951 pour le logis abbatial, la salle capitulaire et le réfectoire des moines.

Une association s'est créée en 2014 pour demander le classement de l'abbaye au Patrimoine mondial de l'UNESCO..

Histoire de l'abbaye Antiquité 175 : les Romains implantent un castrum (camp fortifié) sur le site, servant de relais pour les légions et les courriers de l'Empire. : à Lyon débute des persécutions contre les chrétiens (martyrs de Lyon). Certains s'enfuient vers le nord, dont un certain Valérien qui s'installe à Tournus et y évangélise. 178 (ou 179) : saint Valérien est décapité. Il aurait été inhumé à l'emplacement de la crypte actuelle de l'égliseLa localisation initiale de son inhumation n'est pas connue avec précision, probablement proche du castrum.. Le tombeau du martyr devient alors un lieu de recueillement clandestin pour les chrétiens. On en connaît très peu de chose, et aucun vestige matériel sauf un sarcophage, actuellement déposé dans la crypte. Le site ayant été peu fouillé, on ignore tout des édifices qui ont vraisemblablement occupé une partie de l'assiette de l'abbatiale actuelle entre la fin de l'Antiquité et la fin de la période carolingienne, soit un demi-millénaire. Au , après l'édit de tolérance de Milan (313) : construction probable du premier oratoire sur la tombe du saint.

Haut Moyen Âge Au , Grégoire de Tours mentionne la présence d'un sanctuaire proche du castrum. 731 : possible raid de Sarrasins qui remontent le Rhône et la Saône. 854 : le roi donne Tournus à l'évêque de Mâcon, qui fonde une modeste abbaye augustinienne en l'honneur de saint Valérien, dont le premier abbé est le prêtre Radon (ou Randon), jusque là gardien des reliques du saint. Le , l'abbaye de Saint-Valérien et ses dépendances ainsi que la ville de Tournus et son castrum sont à nouveau donnés par le roi à la communauté des moines bénédictins de l'abbaye Saint-Philibert de NoirmoutierD'après Saint-Jean Vitus la localisation archéologique des édifices religieux avant le et la correspondance entre l'église romane de Saint Valérien et le monastère initial n'est pas certaine.. Ces moines, depuis 836, pour se protéger des invasions vikings, quittent leur monastère d'origine d'Hério avec les reliques de saint Philibert et commencent une pérégrination de près de quarante ans sous la protection du pouvoir carolingien. Ils avaient d'abord déposé ces reliques à l'abbaye de Saint-Philbert-de-Grand-Lieu avant de continuer, après 847, leurs pérégrinations vers l'est pour trouver un abri. L'évêque de Mâcon est dédommagé pour cette spoliation. Le monastère devient bénédictin sous le vocable de monastère de sainte Marie et de saint Philibert avec la mention où repose le corps du glorieux martyr saint Valérien. Il retrouve une nouvelle vigueur par l'apport spirituel, intellectuel et matériel des moines de Noirmoutier et la protection politique du pouvoir carolingien. : les moines de Saint Philibert (ancienne orthographe : Filibert) s'installent avec les reliques du saint, non sans quelques conflits, aux côtés des moines de Saint-Valérien. L'empereur confirme aux moines le privilège d'élire leur abbé ainsi que plusieurs avantages économiques, exemption de tonlieu et droits de marché et l'ensemble des abbayes et domaines qui leur ont été concédés pendant leur voyage. Cette donation est confirmée par le pape Jean VIII un an plus tard. Cette abbaye devient alors la tête d'un réseau monastique s'étendant de l'Aquitaine, la vallée de la Loire à la Lotharingie, ainsi que au sud dans la vallée du Rhône. 889 : un diplôme du roi Eudes confirme la restauration du rempart du castellum par l'abbé Blitgaire, successeur de Geilon, à cause des persécutions des normands. Entre 889 et 1316, les abbés reçoivent le droit de battre monnaie. De 928 à 946, abbatiat d'Aimin. En 936 - 937, des invasions hongroises pillent et incendient les bâtiments ; les précieuses reliques sont sauvées ; les destructions sont sans doute limitées car aucune reconstruction n'est évoquée par Louis IV d'Outremer dans son diplôme en faveur de Tournus en 941. Entre 945 et 949, une deuxième pérégrination d'une partie des moines avec les reliques de Philibert vers l'Auvergne est rapportée. Le comte de Chalon tente d'imposer Gui comme abbé, une partie des moines refuse ce diktat et part, emportant les reliques de leur patron. Ils se réfugient à Saint-Pourçain-sur-Sioule et élisent comme abbé Hervé. Un concile à Tournus permet leur retour avec les précieuses reliques, ainsi que celles de saint Pourçain et met fin, dit la chronique, aux malheurs qui se sont abattus sur la Bourgogne pendant leur absence et celle des reliques du saint protecteur. 960 : élection de l'abbé Étienne, qui est désigné par la tradition comme le premier constructeur de l'abbaye. 979 : translation des reliques de saint Valérien. (Le trajet des reliques n'a pu être déterminé exactement). Le corps de saint Filibert est déposé dans le chœur de l'église. Un conflit éclate à ce propos avec les partisans de saint Valérien et le problème est réglé par le dépôt du corps de Valérien dans la crypte. De 980 à 1008, abbatiat de Wago.

Construction des bâtiments actuels (XIe au ) Le , un incendie oblige à faire de nouvelles constructions dans l'abbaye et à restaurer le chevet de l'église. La plupart des bâtiments conventuels datent des -. Entre 1008 et 1028, abbatiat l'abbé Bernier. Il entreprend la reconstruction en commençant le chevet, les cinq chapelles rayonnantes et le transept avec pour chaque bras une abside semi-circulaire orientée. Le , consécration du chœur de l'église par les évêques de Chalon et de Mâcon. Entre 1028 et 1056, Ardain de Tournus est abbé de Tournus. Il modifie le projet de reconstruction. Il fait entreprendre l'avant-nef (narthex) à l'ouest et construit la chapelle supérieure (Saint-Michel). Entre 1030 et 1033, une terrible famine décime la population. De 1066 à 1108, pendant l'abbatiat de (1066-1105), construction des murs du haut-vaisseau de la nef centrale, qui sont alors couverts d'une simple charpente, à la façon des basiliques italiennes. Avant 1087 : rédaction par Falcon de Tournus, moine de Tournus, à la demande de l'abbé Pierre, de la Chronique de Tournus Avant 1114 et après 1120, abbatiat de Francon de Rouzay. Reconstruction des parties hautes du transept et du chœur, en pierre de taille blanche. Le chantier monte jusqu'au premier étage du gros Clocher, qui couvre la croisée du transept. 1119 : confirmation des dépendances de l'abbaye par le pape . Quelque 270 possessions sont recensées, répartis sur une vingtaine d'évêchés, essentiellement dans le Val-de-Loire, le Poitou, la Bourgogne, l'Auvergne et la Vallée du Rhône. Le , consécration du nouveau chœur par le pape . 1140 : translation des reliques de saint Ardain du cloître dans la nef. fin du XIIe siècle - déb. XIIIe, ajout par le comte de Mâcon Guillaume IV du Clocher rose, en style roman "baroque" très orné. Le comte est enseveli dans l'avant-nef, presque sous ledit clocher, en 1224. Au , vers 1240, voûtement spectaculaire du haut-vaisseau de la nef par des berceaux transversaux et reconstruction de la salle capitulaire en style gothique.

1339 : construction de la chapelle du Saint Sacrement dans le collatéral gauche par Geoffroy de Berzé. 1422 : prise de Tournus par les Armagnacs, mais les fortifications ceinturant l'abbaye lui permettent de ne pas être mise à sac. 1425 : construction de deux autres chapelles dans le collatéral gauche et de la chapelle Saint-Vincent. Ces chapelles gothiques servent de soutènement à la nef qui commençait à déverser de manière inquiétante.

Renaissance Le dimanche , passage du roi effectuant un pèlerinage vers Saint-Claude Au , le palais abbatial actuel est construit. 1498 : l'abbaye est donnée en commende. 1562 : l'abbaye est saccagée par les Huguenots, qui détruisent une partie des reliques.

Temps modernes 1627 : suppression, sous l'abbatiat du cardinal François de La Rochefoucauld, de l'abbaye telle qu'elle fut fondée, à la suite de sa sécularisation. Les moines réguliers encore présents cèdent la place à un collège de dix chanoines et de six demi-chanoines. 1722 : réfection du sol de l'église, qui est totalement nivelé d'un bout à l'autre. 1733 : publication, par le chanoine Pierre Juénin de sa Nouvelle histoire de l'abbaïe royale et collégiale de Saint-Filibert et de la ville de Tournus. 1785 : suppression du collège de chanoines. 1790 : l'église devient propriété communale. thumb|upright|Une Vierge vénérée : Notre-Dame la Brune () 1793 (décembre) - 1794 (mai) : l'abbaye est affectée au culte athée de la Raison (l'inscription « Temple de la Raison » est inscrite au frontispice de l'ancien portique de l'abbatiale). Aux rites liturgiques succède un culte reposant sur la lecture des lois nouvelles, des promenades ou défilés civiques, des discours officiels, des hymnes et chants patriotiques, des banquets fraternels. Notre-Dame la Brune, vierge en bois de cèdre de la seconde moitié du , est sauvée de l'autodafé par une habitante de Tournus, madame Lassalle, qui prétexta la vouloir comme jeu pour ses enfants et la rendit ultérieurement à l'église (elle fut réinstallée dans sa niche en 1802, année de la réouverture de l'église).. : instauration du culte de l'Être suprême () ; l'édifice est transformé en temple décadaire, la municipalité faisant retirer l'inscription « Temple de la Raison » gravée au frontispice de l'église pour la remplacer par : « Le peuple français reconnaît l'existence de l'Être suprême et l'immortalité de l'âme ».

Monument historique 1802 : l'église est restituée au culte et devient celle de la paroisse de Tournus. L'abbé Jacques Létienne, prêtre insermenté réfugié en Suisse, ancien élève de la maîtrise de la collégiale et vicaire de Saint-André au début de la Révolution, est choisi pour être le premier curé après le an II. 1840 : classement de l'église abbatiale qui figure dans la première liste des monuments classés. De 1841 à 1851, restauration de l'église par l'architecte Charles-Auguste Questel et reconstruction du portail de la façade occidentale, de l'escalier tournant de la chapelle Saint-Michel. Entre 1908 et 1915, les services des Monuments historiques font un décapage général de l'intérieur (architecte Ventre). Ce dernier eut l'idée de faire disparaître les enduits qui protégeaient la totalité des surfaces et de supprimer également les derniers tirants (poutres) de bois qui, dans la nef, rigidifiaient les grandes arcades ainsi que les doubleaux des bas-côtés, depuis la construction. 1927 () : inscription par arrêté de la tour du Trésorier et des bâtiments claustraux. 1928 () : classement par décret des restes de l'ancienne enceinte comprenant la tour Quincampoix (ou du Colombier) et la partie de courtine attenante à l'est.