Le Jutland () est une race de chevaux de trait originaire de la péninsule du Jutland, à l'ouest du Danemark. De robe habituellement alezan à crins lavés, c'est un cheval compact et musclé réputé pour son calme et son bon tempérament.
Ses origines sont évoquées dès la période anglo-saxonne, au en Grande-Bretagne. La première trace écrite de ses ancêtres remonte au , où ils semblent être très populaires comme chevaux de guerre. Le Jutland est croisé avec le Frederiksborg pendant le , mais le développement du type moderne de ce cheval de trait n'a pas commencé avant 1850, avec de nombreux croisements, principalement avec le Suffolk Punch et d'autres races de trait. Un registre généalogique est créé à la fin du . La population de Jutland atteint un maximum d'environ en 1900. Leur nombre a diminué par la suite. En 2017, on estime qu'il reste seulement environ .
Cette race initialement développée pour une utilisation agricole désormais devenue rare, est à présent élevée pour sa viande et reste visible dans les milieux urbains et en concours d'attelage. Quelques-uns des chevaux les plus connus de cette race sont employés par la brasserie Carlsberg pour tirer les chariots de bière à Copenhague, lors de compétitions et de démonstrations. Célébré par différents écrivains danois, le Jutland a été statufié à Randers, ville du nord-est de la péninsule homonyme.
Dénomination alt=Carte en couleur du Danemark montrant une longue péninsule entre deux mers, de couleur verte, bordée au sud par l'Allemagne|vignette|Le Jutland (en vert), péninsule du Danemark ayant donné son nom au Jutland. Cette race de chevaux doit son nom à la province du Jutland, la péninsule de l'Ouest du Danemark. Elle est aussi connue sous le nom de « Danois sang-froid » en français.
En danois, son nom est , , ou . Le nom de la race en anglais est également « Jutland ». En allemand, il est nommé .
Histoire vignette|La jument danoise Dagmar, née en 1895 dans le Jutland, par Thomas von Nathusius.|alt=Gravure d'un cheval vu de profil avec le ventre proéminent. Le Jutland constitue la seule race de chevaux de trait originaire du Danemark. Ses origines lointaines ne sont pas certaines ni suffisamment documentées.
L'auteur autrichien Martin Haller voit dans le Jutland un descendant du cheval lourd des plaines d'Europe du Nord, l'autrice tchèque Helena Kholová le lie au cheval des forêts européen ou à des chevaux indigènes de la Baltique et des côtes atlantiques, déjà présents à l'époque romaine. Les auteurs anglais Elwyn Hartley Edwards et américain Nicola Jane Swinney estiment possible que les ancêtres de la race aient été utilisés par les Vikings au début du . Les représentations d'art anglo-saxon de l'époque montrent des raids vikings sur ce qui est maintenant la Grande-Bretagne, avec des chevaux proches du Jutland moderne. Certains de ces chevaux ont pu être laissés sur place, contribuant à la naissance de la race du Suffolk Punch.
La première mention certaine de chevaux élevés dans le Jutland remonte au , ils sont alors décrits comme des chevaux de guerre dotés de nombreux attributs utiles.. Les chevaux du Jutland sont exportés vers des pays de langue germanique comme l'Angleterre, le Saint-Empire romain germanique et la France au Moyen Âge. Ils auraient été populaires pour les chevaliers médiévaux, particulièrement en joute équestre. S'il est certain que le Jutland est une terre d'exportation de chevaux au Moyen Âge, il n'existe aucune information à propos de ces chevaux, qui pourraient être eux-mêmes importés et/ou présenter un format bien différent de celui du cheval de trait connu de nos jours.. L'exportation des chevaux du Jutland vers l'Allemagne perdure plusieurs siècles durant.
Le Frederiksborg, une autre race danoise, éclipse le Jutland en tant que monture de prestige à partir du , ce qui relègue cette race aux travaux agricoles. Il influence le Jutland au . Le Frederiksborg, qui possède des origines espagnoles, donne au Jutland de meilleures allures, avec davantage d'ampleur et de vivacité ; les deux races ont depuis évolué indépendamment.
Au vignette|Gravure représentant un Suffolk Punch en 1869.|alt=Gravure représentant un cheval de profil gauche, attaché à sa mangeoire, et tout équipé pour le trait. Le commerce de chevaux entre l'Angleterre et le Danemark se poursuit durant tout le ; cependant les éleveurs du Jutland évitent de croiser leur cheptel avec le Pur-sang..
Formation de la race L'origine du Jutland est surtout liée à celle des chevaux allemands de traction lourde. Vers 1850, année considérée comme l'origine de la race, la sélection du cheval connu de nos jours se met en place, en visant l'utilisation au travail agricole. Un système de primes est instauré par le R. Prosch, afin d'encourager les éleveurs de la région. À partir de 1852, ces primes sont versées aux éleveurs des étalons et des juments présentés lors des concours agricoles.
Le Jutland est croisé avec des Suffolk Punch (ou bien des croisés Suffolk Punch et Shire) et des Ardennais. Son modèle semble être fortement influencé par le Suffolk Punch et le Shire. Des Cleveland Bay et carrossiers du Yorkshire (croisement de Cleveland Bay et de Pur-sang) complètent peut-être ces influences au , mais sans laisser de traces notables. Le développement de la race est considérablement influencé par un étalon alezan nommé Oppenheim LXIIVoir l'élément Wikidata de Oppenheim LXII., importé de l'Angleterre vers le Danemark en 1862. Les sources divergent quant à savoir si Oppenheim était un pur Suffolk Punch, un Shire ou un croisé Suffolk / Shire. D'après Edwards, c'est un marchand de chevaux allemand du nom d'Oppenheim qui a importé des chevaux Suffolk Punch vers le Mecklembourg. Six générations après le cheval Oppenheim, son descendant Aldrup Menkedal (orthographié Oldrup Munkedal selon certaines sources), naît. Aldrup Munkedal est considéré comme l'étalon fondateur de la race Jutland moderne. La plupart des Jutland que l'on trouve de nos jours peuvent voir leur ascendance retracée à deux de ses fils, Hovding et Prins af Jylland.
En 1864, l'État danois perd les duchés de Schleswig et de Holstein., au sud du Jutland, et instaure des primes aux éleveurs d'étalons âgés de plus de 4 ans dans 13 districts, dont ceux du Jutland.
Jules Godefroy, secrétaire de la société des agriculteurs de France, décrit la race locale comme suit en 1878 :
Développement des sociétés d'élevage Le stud-book du Jutland est créé en 1881, avec des subventions de l'État. La création de la première société d'élevage de chevaux au Jutland est attribuée au Comité de l'élevage et de l'agriculture () et à l'association agricole du Jutland () en 1881, dans lequel, entre autres, s'investissent des hommes comme Mourier-Petersen, l'inspecteur Buus, le propriétaire du terrain Harald Branth, et le consultant de la , Jessen. La première véritable association d'éleveurs est fondée le à Høver Kro. Elle reçoit le nom de Jyden (Jutland). Le premier concours d'étalons est organisé l'année suivante et se pérennise, en même temps qu'est créée l'Association coopérative des éleveurs de chevaux du Jutland. En 1887, des subventions d'État sont accordées aux sociétés d'élevage de chevaux afin d'acquérir des étalons. Le Jydske Hesteavlsforeninger est fondé le et rassemble alors 20 éleveurs membres, ce nombre atteignant les 153 membres en 1903. D'après Jensen, . En 1898, les Sociétés fédérées d'élevage de chevaux de Fionie sont créées à Fionie, et se consacrent au développement de l'élevage du cheval du Jutland et d'autres chevaux de trait lourds...
vignette|gauche|Étalon du Jutland, photographié par J. Jensen vers 1900.|alt=Photographie en noir et blanc d'un cheval mâle, vu de profil. En 1900, J. Jensen, du conseil agricole de l'État pour l'élevage du cheval, estime à le nombre de chevaux de race Jutland dans l'ensemble du Danemark, dont sur la péninsule à laquelle ils doivent leur nom, avec 120 sociétés d'élevage locales. Il est alors exporté sous le nom de « cheval danois », remplaçant le Frederiksborg sous cette appellation.. La plupart de ces chevaux exportés, soit à par an, sont des hongres. Un étalon de race Jutlandaise se vend alors environ , et un étalon de race Frederiksborg, .
Depuis le Quelques croisements avec l'Ardennais surviennent au début du . Avant la Première Guerre mondiale, les éleveurs de la région du Jutland exportent environ par an vers l'Allemagne.. Après la Seconde Guerre mondiale, les effectifs de la race décroissent rapidement. Dans les années 1940, il reste fréquent de voir des chevaux du Jutland travailler dans les champs depuis le lever du jour jusqu'à la fin de l'après-midi, mais le plan Marshall met un terme rapide à l'usage du cheval pour la traction agricole.. En 1950, environ 405 haras élèvent cette race dans tout le Danemark, soit environ .
Dans les années 1980, un très faible nombre d'étalons sont utilisés pour la reproduction, entraînant une augmentation importante de la consanguinité. Cette consanguinité passe d'une moyenne de 5 % à une moyenne de 8 à 9,4 % dans les années 2000. Le croisement avec le Suffolk Punch et le Shire est réintroduit après plusieurs décennies d'élevage en race pure. Depuis 1950, ces influences extérieures représentent moins de 5 % des influences sur la race.
Les effectifs du Jutland baissent constamment jusqu'au début du , le nombre de juments poulinières tombant à environ 200. En 2003, un plan de sauvegarde est mis en place par le Comité des ressources génétiques danois afin de stopper cette chute des effectifs. Ce plan est un succès en ce qui concerne l'augmentation du nombre de chevaux. En 2016, un nouveau plan de sauvegarde est adopté afin d'augmenter le nombre d'étalons reproducteurs en fonction de leur consanguinité. En , 11 étalons et 88 juments sont sélectionnés, avec un soutien financier à leurs éleveurs, afin de réduire la consanguinité chez la race Jutland. Cela donne lieu à une sélection d'étalons par l'association d'élevage Den Jydske Hest au Lykkeshøj Ridecenter à Randers le , constituant , d'après le communiqué de presse de cette association..
Description Le Jutland est un cheval à sang froid. Excepté pour ce qui est des fanons sur la partie inférieure de ses membres, il ressemble beaucoup au Suffolk Punch.. Le Jutland ressemble aussi fortement au Trait du Schleswig, une autre race de trait lourd avec des origines similaires, influencée par Oppenheim LXII et ses descendants jusqu'au début du ; cela n'est pas surprenant dans la mesure où le Schleswig a une frontière commune avec la péninsule du Jutland.
Taille et poids
C'est un cheval de taille moyenne., à d'après CAB International, Edwards, Bongianni et Hubrecht citant une fourchette de à , et Kholová à . Les mesures de références enregistrées sur la base de données DAD-IS sont de chez les femelles et chez les mâles. Le guide Delachaux cite une taille moyenne de à chez les mâles, pour à chez les femelles.
Le poids moyen de est facilement atteint ; il peut aller d'un minimum de 650 jusqu'à un maximum de .
Morphologie vignette|Tête d'un Jutland dans son box.|alt=Tête d'un cheval roux et blond dépassant d'une grille.
Dans l'ensemble, c'est une race de type bréviligne, lourde, compacte et musclée, qui dégage une impression générale de puissance. D'après Nissen, par comparaison au trait du Schleswig, le Jutland est un peu plus massif et plus grand.
La tête est carrée, lourde, ordinaire et fruste, grosse à moyenne de taille, et de profil rectiligne ou légèrement convexe. L'œil est petit. Les oreilles sont longues et droites.