Larabe algérien est la principale langue véhiculaire d'Algérie, langue maternelle de 75 à 80 % de la populationLes statistiques sur bases linguistiques sont interdites en Algérie, et il est donc difficile de donner un chiffre plus précis. et maîtrisée par 95 à 100 % de la population algérienne. Ses locuteurs le dénomment dardja ou darja « dialecte » ou darijaLa darija, une langue à part entière?, Le carnet des Glycines, Études algériennes. (), qui désigne l'arabe dialectal, par opposition à l'arabe littéraire appelé fuṣḥa ().
En Algérie soit dardja, derdja ou darja, et parfois darija.
C'est un idiome arabe rattaché au groupe de l'arabe maghrébin, avec le marocain, le tunisien, le libyen ainsi que le maltais. Sa morphologie, sa syntaxe, sa prononciation et son vocabulaire diffèrent de ceux de l'arabe littéral. L'arabe algérien s'établit à partir du sur un substrat initialement berbère, latin (Langue romane d'Afrique). Il a en outre été enrichi par les langues des puissances ayant influencé cette région à partir du , on citera notamment le turc ottoman, l'espagnol et le françaisKhaoula Taleb Ibrahimi, « L’Algérie : coexistence et concurrence des langues », dans L'Année du Maghreb, vol.1 (2004) (Lire en ligne).. Il regroupe des parlers ruraux et des parlers citadins, répartis en quatre grandes régions dialectales : l’Est, l’Algérois et son arrière-pays, l’Oranie puis le Sud.
Le nombre de locuteurs de cette langue est estimé à 39 millions en Algérie (dont 31 millions en tant que langue maternelle) et 1 million à l'étranger., parmi la diaspora installée principalement en France, au Québec, en Belgique, au Royaume-Uni et en Espagne.
Variétés régionales vignette|Dialectes algériens L'arabe algérien se caractérise par quatre grandes variétés régionales et des parlers urbains dénommés « hadri » dans les villes de traditions arabo-andalouses et turques Queffélec Ambroise, Derradji Yacine, Debov Valéry et al., « Chapitre 2. Les langues et les groupes linguistiques en présence », dans : , Le français en Algérie. Lexique et dynamique des langues, sous la direction de Queffélec Ambroise, Derradji Yacine, Debov Valéry et al. Louvain-la-Neuve, De Boeck Supérieur, « Champs linguistiques », 2002, p. 31-39. : L'arabe algérois, qui couvre toute la zone centrale du pays. l'arabe oranais, à l'Ouest. La variété de l'Est du pays, parlée en parallèle avec le chaoui et le kabyle dans certaines régions. La variété du Sud.
Toutefois, ce découpage ne reflète qu'imparfaitement la réalité de la distribution des parlers dialectaux qui possèdent une grande intercompréhension, en raison de la forte interpénétration des différentes sphères linguistiques résultant des multiples mutations socio-économiques.
Du fait des mouvements profonds qu'a connus la population depuis l'indépendance, une variété standard de cette langue a tendance à émergerDevenir langue dominante mondiale: un défi pour l'arabe, Mohamed Benrabah, Librairie Droz, 2009 - 300 pages, P.276., amplifiée par l'influence de la musique populaire et les séries télévisées largement diffusées par les chaînes de radio et de télévision nationales.
Origines
Apports migratoires Il est généralement admis que l'arabisation du territoire de l'Algérie actuelle s'est faite à travers deux importants flux de population arrivant du Moyen-Orient durant la période d'islamisation.
La première étape suit directement la conquête islamique des . Cette arabisation n'est que superficielle puisqu'elle ne concerne que les villes conquises et où les Arabes s'installèrent et constituèrent une classe dominante et aristocratique qui diffusa sa langue au reste des habitants de ces villes. Les campagnes et la vaste majorité du pays restant quant à elles purement de langue berbère. Les dialectes issus de cette vague d'arabisation sont appelés préhilaliens (ou "sédentaires").
La deuxième étape résulte des incursions bédouines en Algérie aux , principalement les Banu Hilal et les Banu Maqtil. Cette arabisation fut beaucoup plus forte et plus profonde que la première, puisqu'elle toucha non seulement les villes, mais aussi les hauts plateaux, les plaines et certaines oasis, entraînant ainsi l'arabisation progressive du pays entre les . Les langues berbères se maintenaient au dans les montagnes densément peuplées, les plaines adjacentes et dans certaines oasis du sud appelés ksours. Les dialectes issus de cette arabisation sont appelés post-hilaliens (ou "nomades").
Le flux de ces populations depuis le Moyen-Orient n'a jamais été suffisamment important., plus tard, les immigrés andalous et les confréries religieuses contribuent à d'autres avancées de l'arabisation.
Les traits sédentaires : ils sont dominants dans les parlers des régions qui ont subi la première arabisation mais pas la deuxième. On distingue les parlers citadins d'origine des grandes villes (d'Alger, de Tlemcen, Nedroma, Oran, Constantine, Annaba, Blida, etc.) et les parlers ruraux qui sont issus du mélange des échanges entre les villes et les populations berbères environnantes (les parlers des Traras dans l'ouest et les parlers du pays Kotama dans l'est sont des exemples notoires). Les traits nomades : ils sont dominants dans les parlers des régions qui n'ont connu que la seconde arabisation et pas la première ; ils regroupent l'essentiel des parlers arabes des Hauts-Plateaux et du Sahara algérien dans les wilayas de Tébessa, Biskra, M'sila, Bordj Bou Arreridj, Sétif, El Oued, Djelfa, Saïda, Tiaret, Ouargla. Les parlers mixtes, présentant à la fois des traits préhilaliens et hilaliens, résultent d'une arabisation généralement plus tardive des populations du Tell et sont présents dans les plaines côtières. Ce groupe inclut les parlers des wilayas de Constantine, Alger, Blida, Annaba, Skikda, Chlef, Médéa, Aïn Defla, Boumerdès, Oran, Mostaganem et Relizane. Ils forment également aujourd'hui l'essentiel des Koinès urbaines majoritaires.
La lettre « qaf » est prononcée « qaf », « kaf » ou « alef» dans les parlers sédentairesRemarques sur le parler urbain de Mostaganem, Synergies Algérie - 2009 Ibtissem Chachou : ., alors qu'elle est prononcée « gaf » dans les parlers nomades, et à l'instar de leurs natures mitigées on peut retrouver les deux formes dans les dialectes mixtes.
quelques caractéristiques trait sédentaire trait nomade exemple (sédentaire / nomade) (français) lettre t (ﺕ) ts attesté t ntsa / nta (toi) lettre q (ﻕ) q (ﻕ) , k (ﻙ) ou a (أ) g (ڨ) qareb / gareb (approcher) modal pour les verbes au présent parfois ka ou tsa aucun ka yebni / yebni (il construit) genres masculin et féminin (pour les verbes) parfois confondus toujours différenciés ntina tnoud / nti tnoudi (tu te lèves) (féminin) consonnes interdentales Dh (ﻅ, ﺽ, ﺫ) et Th (ﺙ) souvent altérées respectivement en D (ﺩ) , T (ﻁ) et Ts prononcées telles quelles hada / hadha (celui-là)
Évolution Au fil des siècles, ces deux types de parlers arabes se sont considérablement mélangés, surtout dans le vocabulaire ainsi que dans la prononciation, au point que l'on pourrait parler aujourd'hui d'arabe algérien au singulier. Notamment, la forme mixte se répand maintenant de plus en plus partout dans le pays et notamment dans les villes importantes, les chefs-lieux de wilayas et leurs alentours. Le fond berbère est présent quasiment dans tous les dialectes du pays et forme un substrat ancré au travers d'un patrimoine culturel communLe substrat berbère de la culture maghrébine..
Dans sa forme actuelle, cet arabe algérien reflète les différentes étapes qu'il a vécu au cours de son histoire. Au point de vue lexical, on note la présence de nombreux mots berbères tels qu'aïreuj (« passoire ») ou aghhbal (« escargot ») qui varient d'une région à l'autre et un grand nombre d'autres mots puisés dans le vocabulaire de l'agriculture, l'élevage et la toponymie. La présence de mots turcs et espagnols témoignent de l'influence du turc et de l'espagnol dans l'arabe algérien. Le français a aussi laissé un bon fonds lexical qui illustre la capacité d'adaptation de l'arabe algérienFiche Algérie dans tlfq.ulaval.ca..
Depuis l'ouverture économique de l'Algérie dans les années 1990, l'arabe algérien est marqué par un phénomène d'innovation lexicale hybride arabo-française de la part de la jeunesse algérienne. Ce phénomène s'observe dans l'ensemble de l'environnement social et des activités sociales (enseignes de magasins, produits commerciaux, etc.). Par exemple, Djezzy, l'un des principaux opérateurs téléphoniques, doit une partie de son succès, selon les spécialistes, à son slogan historique « ich la vie » (vis la vie).
L'humoriste et comédien algérien, Mohamed Fellag, décrit ainsi sa langue :
Théorie sur l'origine punique Les études actuelles privilégient l’idée que le Maghreb préislamique était essentiellement berbérophone et latinophone, la survivance du punique soutenue par Abdou Elimam n'étant pas attestée par les chroniqueurs arabes. Aucune trace linguistique ni aucune source arabe médiévale ne montre que le punique ait subsisté jusqu’à la conquête. Les géographes et historiens arabes décrivent au contraire un arrière-pays uniformément tribal et berbère, le latin ne se maintenant que dans certains centres urbains romanisés.
Statut et usages
Omniprésence et clandestinité Bien que cette langue soit dominante dans les échanges verbaux à tous les niveaux, l'arabe littéral reste la langue officielle de l'Algérie, donc celle utilisée dans les échanges écrits avec l'administration. Il est aussi employé dans la présentation du journal télévisé des chaînes nationales, et dans les grands quotidiens arabophones comme El Khabar et Echourouk.
Des formes écrites de l'arabe algérien se retrouvent par contre dans la poésie et sur de nombreux journaux tabloïds principalement sportifs. Du fait de sa non-codification, les règles d'écriture de cette langue peuvent varier en fonction de celui qui rédige un texte.
La langue algérienne n'était en général pas très prisée par le gouvernement. Elle fut souvent qualifiée de « dialecte » incapable de véhiculer une « culture supérieure ». Le critique égyptien Taha Husain aurait écrit à propos de l'arabe algérien : « Le dialectal ne mérite pas le nom de langue et ne convient pas aux objectifs de la vie intellectuelle. ».
Le président Abdelaziz Bouteflika a déclaré dans un de ses discours"Les spécialistes dénoncent l'hybridation linguistique", Le Soir d'Algérie, 17 février 2010. : « Je ne parviens pas à déterminer quelle langue parlent les Algériens. Ce n’est ni de l’arabe, ni du français ni même de l’amazigh (le berbère)… ce n’est qu’un mauvais mélange, des propos hybrides que l’on comprend à peine. Prenons l’exemple du terme mayixistiche (cela n’existe pas), qui ne peut être compris que par l’Algérien du . ».
Aujourd'hui le président Abdelmadjid Tebboune n'a aucun complexe à s'exprimer en dardja Algérien régulièrement lors de ses discours et apparitions officiel.
Musique, langue et culture populaire La musique raï, très populaire auprès des jeunes Algériens, se démarque par son adaptation exclusive de l'arabe algérien, son rejet de l'arabe classique, l'utilisation massive des expressions hybrides arabo-françaises et l'absence des textes proches de l'arabe littéraire contrairement à la musique andalouse, la musique patriotique, et la musique citadine chaâbiRenouvellement social, renouvellement langagier dans l'Algérie d'aujourd'hui Par Chafia Yamina Benmayouf (books.google.fr)..
Poésie L'arabe algérien est utilisé depuis longtemps en poésie, comme dans les poèmes de Sidi Lakhdar Ben Khlouf du (son poème Ma3rakat Mazagran), Mohammed Benmsayeb, poète tlémcénien du , Ahmed Ben Triki (), et Mustapha El Kebabti du . Les poèmes (qssayed) du chaabi sont nombreux, particulièrement représentés par Mohamed El Anka, on retrouve également l'arabe algérien dans la poésie bédouine de Mohamed Ben Guittoun du avec son célèbre poème Hiziya..
Théâtre