Andrea Gritti, né en 1455 à Bardolino, près de Vérone, et mort le à Venise, est le doge de Venise. Élu en 1523, son dogat dure jusqu'à sa mort. Il exerça les fonctions de marchand, de militaire et d'homme politique.
Biographie
Enfance Né dans les alentours de Vérone de Francesco di Triadano et Vienna di Paolo Zane, il est orphelin de père alors qu'il n'a que 5 ans. Sa mère se marie à nouveau en 1460 avec Giacomo Malipiero di Dario avec qui elle aura deux enfants.
Andrea Gritti est éduqué par son grand-père qui lui donne une éducation à Venise et à Padoue. Il l'emmène avec lui lors de ses nombreuses ambassades qu'il occupe pour la république de Venise en Europe . Né et mort à Kotor dans l’actuel Montenegro alors sous domination vénitienne et portant le nom de , le grand-père du futur doge reflète l’histoire de la famille Gritti et de nombreuses familles vénitiennes qui a gagné de l’importance grâce au commerce.
Mariage En , il se marie avec Benedetta di Luca Vendramin qui meurt en couche la même année après avoir donné naissance à Francesco. Nièce d’Andrea Vendramin élu au poste de doge cette même année, l’union des Vendramin et des Gritti est un exemple de mariage patricien de la République.
Constantinople vignette|Croquis du quartier de Péra, par Jérôme Maurand en .|135x135px|gauche En 1476, âgé de trente ans et veuf, il s'installe à Constantinople où il s'engage dans des activités marchandes, que ce soit pour son propre compte ou en collaboration avec un génois du nom de Pantaleo Coresi. Dans la cité ottomane, son grand-oncle, Battista est déjà installé à l'instar de nombre de ses compatriotes. Il habite dans le quartier de Péra avec une grecque avec qui il aura quatre enfants: Alvise, Giorgio, Lorenzo et Pietro.
L'essor de ses activités commerciales le positionne en tant que représentant de la communauté vénitienne et un des italiens les plus en vue de la capitale, ce qui lui permet d'avoir des liens avec le grand vizir Karamani Mehmed Pacha et le sultan Bayézid II. C'est par ailleurs Andrea Gritti qui rapporte au Sénat l'attrait du sultan pour les sciences de la mécanique, de l'alchimie, mais aussi l'attention du chef de la maison d'Osman pour l'astrologie de par l'étude constante de cette discipline.
Après l'expulsion de Girolamo Marcello en 1492 pour espionnage, Gritti reprend cette fonction pour la Sérénissime et devient un informateur de la République. Dans un contexte de dégradation des relations entre le palais des doges et la Sublime Porte, et au début d'une nouvelle guerre vénéto-ottomane, les marchands vénitiens sont emprisonnés. Proche du sultan, Gritti est laissé libre et commence à envoyer des missives pour informer la république des agissements des armées turques.
C’est à travers des messages codés à l’attention du podestat de Lépante Giovanni Moro et du secrétaire du sénat Zaccaria Freschi qu’il indique la taille de la flotte turque ou encore les objectifs militaires du sultan. Gritti s’appuie alors sur un vaste réseau d’informateurs allant de Raguse à Thèbes en passant par Constantinople. Cette activité n’est pas sans risque: une de ces missive est stoppée et le cavalier qui la porte est empalé. Le réseau de Gritti mis au jour, il est condamné à mort par le sultan. Les vizirs Ibrahim Pacha et Ahmed Pacha défendent Gritti et demandent que la peine capitale ne lui soit pas appliquée en raison de son importance. Il est emprisonné en dans la prison des sept tours. Il est relâché après plusieurs années (1503) et tient un rôle important de négociateur entre le Sultan Bayezid II et Venise en apportant la lettre qui conclut la paix entre les deux puissances.
Un vénitien en Orient La présence de Gritti à Constantinople est un témoignage de la présence vénitienne dans l'outre-mer et les contrées du Levant. Andrea Gritti n'est pas le seul de ses compatriotes à vivre ainsi au tournant des . Ces habitants vénitiens , qui établissent parfois de véritables fortunes doivent se soumettre aux lois ottomanes. L'établissement de ces lois s'accompagne pourtant de certaines ambiguïtés comme en témoigne le statut de musta'min qui, en théorie ne doit durer qu'un an mais qui peut s'étendre dans la pratique comme le montre la durée de l'épisode stambouliote de Gritti.
Après l'acquisition de terres fermes, la République commence à opérer un pivot vers l'intérieur des terres. Si le changement de paradigme sera long, il inquiétera néanmoins de futurs doges comme Girolamo Priuli au milieu du alors que le patriciat continuera d'investir dans les outre-mers jusqu'à la fin du siècle. Andrea Gritti est donc un exemple des dernières générations à constituer une grande richesse en Orient.
Retour à Venise Après cet épisode, et en ayant perdu la confiance de la Sublime Porte, Gritti quitte Constantinople et s'installe à Venise où il continue à exercer des fonctions politiques.
Le retour dans la Sérénissime est marquée par le refus des autorités vénitiennes de reconnaître la noblesse de ses enfants nés en pays ottoman. Seul Lorenzo sera reconnu a posteriori grâce à ses exploits militaires. La raison de ce refus est le délai entre la naissance et l’inscription de ses enfants dans le livre d’or. Toutefois, pour Alvise, il lui sera aussi reproché son teint et sa maîtrise supérieure du turc par rapport au vénitien. Le statut des enfants d’Andrea ne pourra pas être modifié même après l’accession de ce dernier à la plus haute fonction de l’État. En 1506, son premier fils, Francesco, meurt.
Carrière militaire Alors en guerre, la république fait face à la ligue de Cambrai. Alors âgé de et après avoir exercé toute sa vie une carrière de négociant, Gritti est nommé provéditeur général. C'est donc sans expérience ni formation militaire préalable que Gritti est impliqué sur les champs de bataille où il se fera remarquer. Ses premières armes sont toutefois marquées par un échec cuisant: alors qu'il doit affronter l'armée française près d'Agnadel, Bartolomeo d'Alviano, second de l'armée vénitienne attaque de front les armées de Louis XII. La défaite d'Agnadel est un véritable traumatisme pour la république où le général Niccolò di Pitigliano doit se replier sur Venise et Gritti à Brescia.
Prise de Padoue vignette|Conquête de Padoue par Palma le Jeune (1584).|240x240px En , il est le protagoniste de la reprise de Padoue. Cette reconquête, symbolique pour la Sérénissime après ses échecs lors de la guerre de la ligue de Cambrai, prend place le , jour de la Sainte Marguerite (en italien ). C'est en effet dans l'église de Venise que le doge Michele Steno, qui prit la ville pour le compte de la République en , est enterré. Alors que la République fait appel à de nombreux condottieri pour mener ses armées, l'entrée d'un vénitien rend le symbole plus fort. Gritti, alors en route depuis Trévise doit alors agir avec célérité pour rentrer dans la ville avant d'autres troupes venant de Venise. C'est ainsi que le matin du , il mène un assaut composé d'unités de cavalerie et rentre dans la ville, qui n'offre peu de résistance, en premier.
Avec ce fait d'arme, Gritti acquiert de la notoriété et est vu comme une personnalité de premier plan par les patriciens de l'époque. Par la suite, le Sénat ordonne la création d'une procession annuelle sur la tombe du doge Steno pour fêter cette victoire. Cette dernière sera suivie en particulier par Gritti quand il sera doge à partir de 1523.
Après la prise de Padoue, l'empereur Maximilien décide de reprendre la ville et envoie trente-mille soldats pour reprendre la cité vénète. Le siège de Padoue, le plus important tenu par la Sérénissime dans une ville italienne depuis , est levé après plus de deux mois et l'implication d'une grande partie de l'armée vénitienne. C'est lors de ce siège qu'il tient un discours qui marque les patriciens: réunissant les condottieri dans la basilique Sainte-Justine, il leur fait promettre sur un missel de se battre jusqu'à la libération de l'Italie.
Cet épisode de la guerre de la ligue de Cambrai est représenté sur de nombreuses peintures de l'époque. Ainsi, dans le palais des doge se trouve une œuvre de Palma le Jeune représentant Gritti rentrant dans Padoue. On peut voir ainsi sur le tableau l'écu coupé d'azur et d'argent, avec une croix alaizée d'argent sur l'azur, symbole de la famille Gritti sur l'étendard de gauche et sous la patte avant gauche du lion de saint Marc de l'étendard au centre de la peinture. Gritti est aussi présent dans la peinture de Ludovico Fiumicelli exécutée en 1536, probablement à l'instigation du doge, dans la sacristie de l'église des Érémitiques de Padoue où on peut le voir avec les attributs des doges présentant la ville à la Vierge et l'enfant.
Reprise des villes de Vénétie et capture Après Padoue, Andrea Gritti mène des troupes vers l’intérieur des terres et reprend de nombreuses villes. En 1510, après la mort de Nicolo di Pitigliano, Gritti prend le commandement de l'armée vénitienne. Dans le Frioul et dans le reste de la Vénétie, des soulèvements populaires contre les forces de l'empereur et du royaume de France précèdent l'arrivée des troupes de Gritti. Cette série de victoires s'arrête toutefois à Brescia en où, après un siège dans le château de Brescia, la ville est prise par Gaston de Foix. Capturé par les Français lors du sac de la ville, la perte du comme le rapporte Sanudo, est reçue par Venise comme une des plus grandes pertes de cette défaite et en même temps positionne le provéditeur comme un survivant du massacre de Foix, assurant un peu plus sa popularité.
Il est emmené à Milan au château des Sforza où il est entre les mains de Gian Giacomo Trivulzio qui lui parle d'une possible alliance franco-vénitienne. Il est par la suite transféré dans les mains des Français qui l'emmènent à Amboise puis à Blois où il continue toutefois à informer la Sérénissime des agissements des Français. C'est lors de ce séjour, où Gritti dispose d'une large liberté, qu'il se rapproche de nombreuses personnalités françaises de l'époque. Il côtoie ainsi Charles de Bourbon, Louise de Savoie qui lui offre un portrait, le futur François avec qui il devient ami. Il s'approche aussi de Florimond Robertet qui l'invite dans sa demeure au style italien l'Hôtel d'Alluye. Il se distingue de nouveau lors des négociations de paix grâce à sa proximité acquise avec le roi de France Louis XII. Après la trêve, il se joint à l'armée française en route vers l'Italie en .
Il participe et échappe à la bataille de Novare qui voit les forces françaises défaites par les troupes suisses. Il rejoint alors Venise où il est accueilli en héros. Après la défaite de la France, la Sérénissime se trouve seule contre les forces impériales et espagnoles. C'est dans ce contexte que Gritti, à la tête de plus de perd la bataille de La Motta en grande partie à cause du comportement d'Alviano qui força la bataille et conduisit l'armée vénète à battre en retraite à Vicence et à Padoue. Après cette défaite, Gritti indique au Sénat qu'il renonce à participer à l'effort de guerre de la Sérénissime tant que le condottiere ombrien se bat sous l'étendard de Saint-Marc. Il est alors nommé , responsable de l’Arsenal même s’il ne conduit aucune opération maritime. Cette position indique qu'Andrea Gritti n'était donc pas présent lors de la victoire de Marignan en mais fait partie de l'ambassade vénitienne qui entre dans la ville en novembre de la même année.