vignette|Alcôve de salon

Une alcôve est un renfoncement plus ou moins grand aménagé dans un mur pour un usage particulier, notamment le placement de la tête d'un lit ou d'un placard avec portes coulissantes ou rideaux. Ce sens est encore fréquemment utilisé de nos jours dans l'aménagement d'une chambre à coucher. En littérature et dans la société, le mot désignait dans la seconde moitié du le lieu où se tenait un salon ou un salon littéraire, tout comme le mot « ruelle ».

Définitions et étymologie ALCOVE. s. m. & f. mais plus ordinairement féminin. Endroit dans une chambre séparé du reste où l'on place d'ordinaire le lit. Alcôve doré. Belle alcôve. vignette|gauche| Alcôve mauresque, croquis (1832), Eugène Delacroix. vignette|Delacroix, Alcôve dans le palais des sultans de Meknes « L'alcôve est la partie d'une chambre qui est séparée par une estrade et quelques colonnes ou ornements d'architecture, où on place d'ordinaire le lit ou des sièges pour recevoir une compagnie. Le mot est venu de l'espagnol Alcoba, et les Espagnols l'ont pris de l'arabe Elkauf ». (Furetière) Alcoba signifie une chambre à coucher, un cabinet, une chambre accompagnée d'un salon, et le mot espagnol vient du mot arabe al-cobba, al-qubba القبة qui signifie un dôme, une coupole, une voûte, une petite chambre contiguë ou de al-kauf, désignant une niche pour dormir « Le mot européen « alcôve » dérive du mot arabe al-qubba (coupole) قبة - طاقة qui, par extension, désigne une pièce au plan en T, déjà connu dans l’Antiquité et très diffusée dans les maisons maghrébines »Qantara en hébreu kubbah קבה, tente ronde et voûtée, pavillon Même racine que le verbe kabab = creuser, creux, cavité qui ont donné cuve et coupe, cabane , etc. voir Livre des Nombres, 25,6 Encyclopédie théologique, Jacques-Paul Migne p. 992 -Pour plus de précisions lire : « ALCOBA » dans le Glossaire des mots espagnols et portugais dérivés de l'arabe de Reinhart Pieter Anne Dozy, Willem Herman Englemann, 1869. page 90-91 et « KUBAB » Specimen of the conformity of the European languages de Stephen Weston page 126, etymologie hébraïque.

Dans la langue française, le mot « alcôve » apparaît tardivementIl est absent du Thrésor de la Langue Françoise (1606) par Jean Nicot, du Grand Dictionnaire François-Latin, recueilli de plusieurs hommes doctes, entre autres de M. Nicod (1625) et du Dictionnaire François et Anglois de Cotgrave (1632) (Cf. Charles Athanase Walckenaer, Mémoires touchant la vie et les écrits de Marie de Rabutin-Chantal, dame de Bourbilly, marquise de Sévigné, troisième édition, Paris, Firmin Didot, 1856, .).. Furetière l'emploie dans Le Roman bourgeois : ouvrage comique (1666« ...elle avoit certains jours de la semaine destinez à recevoir le Monde dans son Alcove [sic] » (Antoine Furetière, Le Roman bourgeois : ouvrage comique, prémière édition 1666, réédition Amsterdam, chez Gérard Kuyper, 1704, .).). La Fontaine qualifie aussi bien le mot que le concept d'« invention moderne » (Psyché, 1669« Ne vous étonnez pas de ce mot d'alcôve : c'est une invention moderne, je vous l'avoue ; mais ne pouvait-elle pas être dès lors en l'esprit des fées ? Et ne serait-ce point de quelque description de ce palais que les Espagnols, les Arabes, si vous voulez, l'auraient prise ? » (La Fontaine, Les Amours de Psyché et de Cupidon, Livre I, 1669.).). Le lemme figure dans l'édition originale du Dictionnaire françois (1680) de RicheletPierre Richelet, Dictionnaire françois : contenant les mots et les choses..., Genève, J.-H. Widerhold, 1680, .Édouard Charton « Alcôves et ruelles au », In : Magasin pittoresque, Volumes 37 à 38, .. « C'est, dans une chambre à coucher, la partie où est placé le lit, quelquefois avec de menus meubles dont on peut avoir besoin. Deux petits cabinets sont souvent placés aux deux côtés de l'alcôve ; dans tous les cas, une décoration particulière, soit en menuiserie, soit en étoffe, fait de l'alcôve une partie distincte du reste de la chambre à coucher. On a aussi fermé les alcôves par de grandes portes qui ne restent ouvertes que la nuit; on a renoncé à cette disposition, qui est malsaine, le lit et les vêtements de nuit ayant besoin d'être aérés. Autrefois, dans les appartements des princes, les alcôves étaient assez grandes pour qu'on put y admettre et y faire asseoir quelques personnes de la plus parfaite intimité »Dictionnaire de la conversation et de la lecture : inventaire, William Duckett.. Scarron et Milon l'employèrent au masculin, Boileau et Ménage, au féminin. Richelet en 1680, et l'Académie française en 1694, dans leurs dictionnaires, ne se décidèrent pour aucun de ces deux genresAlamand, Nouvelles Observations, ou guerre civile des François sur la Langue, 1688, in-12,p. 89.. L'usage a fait prévaloir le fémininMémoires touchant la vie et les écrits de Marie de Rabutin-Chantal, Charles Athanase Walckenaer..

Aménagement L'alcôve était une ruelle encadrée : le balustre était conservé, et la devanture avait de chaque côté une porte pour conduire dans l'espace appelé plus anciennement la ruelle. « Les riches hôtels de Paris conservèrent jusqu'au dernier siècle, dans les grands appartements, la chambre de parade avec le lit antique, les ruelles et le balustre. » vignette|Adumbratio altitudinae geometralia : Élévation de l'alcôve antique pour le baron T***, dessin de Jean-Jacques Lequeu sur vélin, 1788.

L'aménagement de la chambre était meilleur avec une alcôve qui tenait plus au chaud, l'ameublement de la chambre à coucher « plus facile et plus gracieux » avec une alcôve séparant le lit de la chambre. Des deux côtés de l'alcôve, il y avait une porte et une allée de communication avec les garde-robes (Laugier, 1753)Essai sur l'architecture Laugier, Marc-Antoine (1713-1769), sur Gallica, , 1753. .

Alcôves et Ruelles « Alcôves et Ruelles » symbolisent aussi un courant littéraire, la préciosité, et les salons littéraires tenus en ces lieux, représentés par Madeleine de Scudéry et Madame de Lafayette.

Ruelles

L'espace qui restait libre de chaque côté d'un lit, jusqu'au mur de côté, s'appelait aux la ruelle, quelle qu'en fût la largeur : c'est ainsi que, dans les ordonnances du palais de Louis XIV et de Louis XV, s'appelaient les deux côtés du lit ; c'est ainsi que cet espace s'appelait du temps de Henri IV, qui jouait de son lit avec ses courtisans dans la ruelle à droite, et donnait des audiences dans la ruelle à gauche. La Place Royale était le quartier des belles ruelles. Les salons littéraires et salons précieux s'y tenaient.

Le nom de ruelle paraît avoir été abandonné, à une époque difficile à préciser, et fut remplacé par celui dalcôve : la « ruelle » élégante et recherchée qui réunissait quelquefois jusqu'à cinquante personnes devint l'« alcôve » et le « réduit ».

Le calendrier des ruelles était le calendrier de rendez-vous des salons littéraires. On attribuait cet usage à de ScudéryLe calendrier des ruelles en savoir plus : * Le calendrier des ruelles. La Précieuse ou le Mystère de la Ruelle est un livre écrit par l'Abbé Michel de Pure en 1656.

« L'alcôve des Précieuses »

Expression employée au pour désigner de la partie de la chambre où certaines femmes de qualité (les Précieuses) tenaient salon : Sauval dit que les dames de son temps s'attribuaient l'invention des alcôves, sortes de petites chambres insérées dans une plus grande, où se trouvait placé le lit. L'alcôve enfoncée formait un réduit obscur, dont on aimait le demi-jour ; le lit s'y trouvait exhaussé sur une estrade qui occupait toute cette partie de la chambre. On en faisait un « réduit plus distingué et plus paré, afin d'y recevoir les gens apparents », et on le couvrait de grands tapis de Turquie… Il a une alcôve, tapisserie de haute lice. Il reçoit les dames dans sa chambre à onze heures du soir, lorsqu'il est couché. La garniture de la chambre était composée, outre le lit, de douze ou dix-huit sièges. « Les sièges sont des fauteuils qui ont un dossier et des bras, des chaises qui n'ont qu'un dossier, des placets et des tabourets qui n'ont ni l'un ni l'autre. » (Furetière) On avoit encore les sièges pliants, ou simplement espliants, sur lesquels, munis d'un dos, mais alors sous le nom de perroquets, on s'asseyait à table. C'était une grave question que celle des sièges. Les fauteuils, dont les courtisans autrefois se faisaient gloire de confondre le nom avec celui des chaises, étaient l'objet de mainte dispute de préséance. vignette|Alcôve aménagée en lit-clos L'Illustration européenne 1881 Victor Ravet.

Dans ces alcôves, on causait, on échangeait des nouvelles, on rapportait quelque commérage de la cour, on chantait des chansons et on se divertissait. On discutait surtout de questions littéraires, telle la bonne prononciation des mots ou l'emploi de termes, on créait des expressions nouvelles. On lisait des lettres, on apprenait à faire des « billets » et des récitsLe dictionnaire des précieuses, Volume 1 Par Antoine Baudeau de Somaize.

Les habitués des alcôves prirent le nom d'alcôvistes : Mais, outre ces profès en l'art des précieuses et ces jeunes initiés, on rencontrait encore chez chaque femme un individu qui, revêtu du titre singulier d’alcôviste, était son chevalier servant, l'aidait à faire les honneurs de sa maison et à diriger la conversation. De graves dissertations sur des questions frivoles, de pénibles recherches pour trouver le mot d'une énigme, de la métaphysique sur l'amour, des subtilités de sentiments, et tout cela discuté avec une recherche exagérée de tours et un raffinement puéril d'expressions, tels étaient les sujets dont s'occupait cet aréopage hermaphroditeHistoire de la poésie Par Augustin Henry, L'hôtel de Rambouillet...

L'hôtel de Rambouillet vignette|Chambre du roi Louis XIV, France, Château de Versailles, avec balustre et alcôve Charles Athanase Walckenaer, dans ses Mémoires sur de Sévigné , a fait une description de l'alcôve où se réunissait la société littéraire de l'Hôtel de Rambouillet :

Un grand paravent, tiré entre la porte et la cheminée, formait dans la chambre même une chambre intérieure [...] et à travers les colonnes dorées de cette alcôve, sous sa voûte ornée d'ingénieuses allégories sur l'hymen, l'amour, le sommeil et l'étude, on eût aperçu une troupe folâtre de jeunes femmes et de jeunes gens, qui, par la quantité de plumes et de rubans dont ils étaient chargés, ressemblaient à un parterre de fleurs, dont les couleurs vives et varièes éclataient dans l'ombre. [...] Douze autres jeunes seigneurs étaient aussi moitiè assis, moitiè couchés sur leurs manteaux, dont les étoffes de soie, d'or et d'argent brillaient sur le tapis, ou flottaient sur les pieds des dames.[...] Toutes les dames tenaient une petite badine, que quelques-unes s'amusaient à faire tourner entre leurs doigts.[...] Sur le devant de l'alcôve et en avant des colonnes étaient assis sur des chaises et sur des placets, sortes de tabourets bas et larges, des personnages que leurs habillements plus modestes faisaient reconnaître à l'instant pour des hommes de lettres ou des ecclésiastiques.

Divers Jean Marot et Jean Le Pautre ont publié plusieurs recueils de dessins d'alcôves, inventés et gravés par eux. « Dans l’alcôve sombre » et « Une alcôve au soleil levant » sont deux poèmes de Victor Hugo. « Alcôves et Ruelles par M. Grandin de Champignolles » est le titre d'une supercherie littéraire des Frères Goncourt Images de Paris etfreres-goncourt « Alcôves et Ruelles par M. Grandin de Champignolles » . Secrets d'alcôve est un film français à sketches de Jean Delannoy, Henri Decoin, Gianni Franciolini et Ralph Habib sorti en 1954.

En Chine et au Japon En Chine : alcôve chauffée par un fourneau.