La forza del destino est un opéra en quatre actes, de Giuseppe Verdi, sur un livret de Francesco Maria Piave, tiré de la pièce de théâtre du Duc de Rivas Ángel de Saavedra.
Genèse En , Verdi répond à une demande du tsar Alexandre II de Russie, adressée par l'intermédiaire du ténor Enrico Tamberlick. Après avoir initialement envisagé un projet d'opéra sur Ruy Blas, il accepte, le , le drame de Rivas, Don Alvaro o la fuerza del sino, que lui soumet le théâtre impérial.
Le livret est confié à Francesco Maria Piave, et la partition composée entre juin et .
Création En , Verdi se rend à Saint-Pétersbourg pour les premières répétitions. La maladie de la soprano Emma La Grua prévue pour la création du rôle de Leonora et l'impossibilité de trouver une cantatrice à la hauteur pour reprendre le rôle amènent Verdi à envisager de rompre le contrat qui exige que ses œuvres soient chantées par les artistes de son choix. Finalement, un accord est trouvé pour un report à la saison suivante. Après six semaines de répétitions, au cours desquelles il parachève l'orchestration de l'opéra, celui-ci est créé le et connaît un triomphe de plusieurs semaines.
L'œuvre commence un tour d'Europe avant que Verdi n'en opère une profonde refonte, après la mort de Rivas : Piave étant entré en agonie, le livret est remanié par Antonio Ghislanzoni et la seconde création de l'œuvre a lieu le à la Scala de Milan. Dans cette seconde version, Verdi tend à plus de vraisemblance (remaniant notamment la fin de la pièce de Rivas, qui lui avait toujours déplu) et modifie de nombreux détails d'orchestration qui font toutefois regretter le caractère « pré-moussorgskien » de la version originale. Il gomme également tout ce qui pourrait rappeler son style ancien, ainsi que ses concessions au bel canto.
Premières représentations et versions La première représentation complète a lieu au Théâtre Imperial de Saint-Pétersbourg, aujourd'hui connu sous le nom de Théâtre Mariinski, le .
Ses débuts italiens ont lieu au Teatro Apollo de Rome le , sous le titre Don Alvaro avec Carlotta Marchisio et Barbara Marchisio. Le compositeur décrit ainsi à Vincenzo Luccardi ce succès du :
La deuxième version, pour laquelle Verdi a ajouté la célèbre symphonie, composé un final nouveau et apporté de nombreux autres changements dont la réécriture du livret sous la plume de Antonio Ghislanzoni, débuta avec succès au Teatro alla Scala de Milan le . Même la fin était modifiée : dans la deuxième version, don Alvaro survit à la mort de Leonora, quand la première version de l'œuvre se terminait, au contraire, sur le suicide d'Alvaro. Verdi écrivit ainsi à Opprandino Arrivabene le suivant :
Distribution PersonnageVocalitéInterprète de la première généraleEduardo Rescigno, Dizionario verdiano, BUR Dizionari, Rizzoli, Milano, 2001, , Saint-Pétersbourg(direction Eduardo Baveri)Interprète de la deuxième version27 février 1869, Milan(direction Eugenio Terziani)Le Marquis de CalatravabasseSignor MeoGiuseppe VecchiDonna LeonorasopranoCaroline BarbotTeresa StolzDon Carlo di VargasbarytonFrancesco GrazianiLuigi ColonneseDon AlvarotenorEnrico TamberlickMario TiberiniPreziosillamezzo-sopranoConstance Nantier-DidiéeIda BenzaPère GuardianobasseGian Francesco AngeliniMarcel JuncaFrère MelitonebarytonAchille De BassiniGiacomo RotaCurramezzo-sopranoSignora LagramantiEster NeriUn alcadebasseIgnazio MariniLuigi AlessandriniMastro Trabucotenor brillantGeremia BettiniAntonio TassoUn chirurgienbasseAlessandro PoloniniVincenzo Paraboschi
Personnages Marquis de Calatrava : seigneur espagnol altier, imbu de son rang, qui ressent intensément l'esprit de classe, et encore plus, si possible, l'honneur. À peu près soixante-cinq ans ; cheveux, moustaches et barbiche grises. Donna Leonora : fille du marquis, âgée de 20 ans, douce créature passionnée qui aime son destin plus que tout. Don Carlo : frère de Leonora, jeune homme ardent de 22 ans. Toujours animé par la soif de venger l'honneur offensé de sa famille ; si bien qu'il affronte résolument et avec ténacité toutes les difficultés, méprisant tous les dangers pour atteindre son but. Don Alvaro : amérindien de bonne famille, à l'âme ardente et indomptable, d'une générosité noble, il doit avoir environ 25 ans. Père gardien : homme d'une mansuétude vraiment évangélique, à la foi inébranlable. Il doit avoir 70 ans et il porte une barbe et des cheveux blancs. Frère Melitone : frère laïc bon vivant, quelque peu irascible mais facilement malléable. Il doit avoir environ 40 ans, il doit être fumeur et avoir tous les signes de la ruse. Preziosilla : jeune bohémienne, droite, spirituelle, coquette ; elle doit avoir environ 20 ans et toutes les caractéristiques de son genre. Curra : jeune femme de plus de 25 ans, insouciante et voulant voyager, raison pour laquelle elle accepte l'amour de don Alvaro avec sa maîtresse. Alcade : homme type, appartenant à la catégorie des innombrables gens importants, environ 50 ans. Trabucco : type original, spirituel, franc et ombrageux.
Histoire
L'action se déroule en Espagne et en Italie, au . Presque dix-huit mois s'écoulent entre le premier et le deuxième acte. Entre le deuxième et le troisième acte, quelques mois se passent ; et entre le troisième et le quatrième acte, cinq ans s'écoulent.
Acte
Donna Leonora di Vargas (soprano) et don Alvaro (tenor), pour contourner l'opposition à leur mariage du père de donna Leonora, le marquis de Calatrava (basse), se préparent à fuir, la nuit venue, de Séville. Leonora, attachée cependant à son père, médite sur l'incertitude de sa destinée et dit adieu à sa terre natale. L'arrivée d'Alvaro fait s'évanouir ses derniers doutes, mais les amoureux sont surpris par le marquis qui, rentré de manière impromptue, renie sa fille et ordonne à ses serviteurs d'arrêter le jeune homme. Ce dernier, après s'être déclaré l'unique coupable, se dit prêt à subir le châtiment du marquis, et il jette à terre son pistolet, d'où part un coup de feu qui tue le vieillard. Les deux malheureux amants disparaissent dans la nuit.
Acte
Le frère de Leonora, don Carlo (baryton), décidé à venger la mort de son père, est à la recherche des amants. Arrivé à Hornachuelos, il se fait passer pour un étudiant auprès des clients d'une auberge, parmi lesquels se trouvent des pèlerins, la bohémienne Preziosilla (mezzosoprano), quelques soldats, un mulatier et Leonora elle-même qui, travestie en homme, va au monastère de la Vierge des Anges, où elle entend vivre en tant qu’ermite. À partir du récit de don Carlo, Leonora découvre que don Alvaro, qu'elle croyait mort, est toujours vivant, et elle craint pour sa sécurité : elle s'apprête donc à se retirer du monde avec une vigueur renouvelée.
Arrivée au monastère, la jeune fille se confie à la Vierge, en la priant de pardonner ses péchés, puis elle demande une audience avec le père Guardiano (basse), à qui elle révèle sa vraie identité et son souhait expiatoire. Le Père, indulgent et compréhensif, l'avertit quand même que la vie qui l'attend est remplie de privations, et il essaie de la convaincre, pour la dernière fois, de se retirer au couvent plutôt que dans une grotte misérable. Face à la constance de Leonora, il consent à l'accepter, il lui donne un habit, il appelle les moines au recueillement, lesquels maudissent quiconque osera enfreindre l'anonymat de l’ermite, ils s'adressent en chœur à la Madone (« Virgine degli Angeli »).
Acte
En Italie en 1744 près de la Velletri. Il fait nuit, la lutte fait rage entre les Espagnols et les soldats impériaux. Don Alvaro est capitaine des grenadiers espagnols et, ne pouvant pas supporter ses mésaventures, il espère mourir à la bataille. En réévoquant son passé d'orphelin, lui le fils descendant de la famille royale Inca, il repense à la nuit fatale où il a vu pour la dernière fois Leonora, et, convaincu que la jeune fille est morte, il lui demande de prier pour lui.
Soudain, il entend les lamentations d'un soldat en détresse, il court à son aide et lui sauve la vie : l'homme n'est autre que don Carlo, qui ne reconnaît cependant pas le jeune indien. Les deux hommes se jurent une amitié éternelle. Mais le lendemain, Alvaro lui-même est blessé et est transporté chez don Carlo. Alvaro, pourtant, confie à Carlo une valise avec une enveloppe scellée, contenant un secret qui ne devra jamais être révélé : à sa mort, il faudra brûler cette enveloppe.
Carlo jure de le faire, mais une fois seul, suspicieux à la suite de l'horreur ressentie par son ami au nom des Calatrava, il ouvre la valise, dans laquelle il trouve un portrait de sa sœur : ses soupçons se confirment, il défie don Alvaro en duel. Les deux hommes croisent déjà le fer quand surgit la ronde : Alvaro s'échappe et se réfugie dans un monastère. Dans le camp, la vie quotidienne reprend cependant : la bohémienne Preziosilla prédit l'avenir et encourage les soldats au combat.
Acte
Dans les environs du monastère Notre Dame des Anges, le Frère Melitone (baryton) distribue la soupe aux pauvres. Ces derniers, regrettant son attitude, regrettent l'absence du Père Raffaele, nom choisi par don Alvaro lors de son entrée au monastère.
Le père Raffaele est demandé par don Carlo, et après avoir découvert la cachette de don Alvaro, il le provoque encore en duel. Dans un premier temps, don Alvaro refuse l'affrontement, mais étant traité de couard et de mulâtre, il se prépare à croiser le fer avec lui.
Autour de la grotte où elle s'est retirée, Leonora, qui éprouve encore de l'amour pour don Alvaro, pleure sur son destin. Entendant soudain des bruits aux alentours, elle se réfugie dans sa grotte mais est reconnue par don Alvaro, qui, après avoir blessé don Carlo mortellement, cherche un confesseur pour l'assister. Terrorisée, Leonora appelle à l'aide mais sitôt reconnue de manière inattendue par le jeune homme, elle se prépare à le rejoindre. Elle n'est pas informée de la blessure de don Carlo, mais elle se précipite chez lui qui, toujours obsédé par son désir de vengeance, la poignarde. Le père Guardiano la rejoint et Leonora expire dans les bras de don Alvaro, en souhaitant le retrouver au ciel. Resté définitivement seul sur terre, il maudit de nouveau son destin.
Orchestration
L'orchestration de la Forza del destino correspond aux standards traditionnels de l'orchestration verdienne, à savoir : 2 flûtes (jouant aussi en piccolo) ; 2 hautbois ; 2 clarinettes (la seconde clarinette jouant aussi la clarinette basse) ; 2 bassons ; 4 cors ; 2 trompettes ; 3 trombones ; 1 cimbasso (dont le pupitre est aujourd'hui tenu par le trombone basse) ; percussions : timbales, tambour, grosse caisse ; 2 harpes ; 1 orgue ; Les cordes.
À cet ensemble orchestral ordinaire, il faut ajouter une musique « de scène » composée pour 6 trompettes et 4 tambours.
Numéro des morceaux Les numéros des morceaux renvoient à la version de 1869.
Sinfonia Acte I 1 Scena e Romanza di Leonora Scena Buona notte, mia figlia... (Marchese, Leonora) Scène I Recitativo Temea restasse qui fino a domani! (Curra, Leonora) Scène II Romanza Me pellegrina ed orfana (Leonora) Scène II 2 Scena, Duetto di Leonora e Don Alvaro, Terzetto finale Scena M'aiuti, signorina... (Curra, Leonora) Scène II Duetto Ah! per sempre, o mio bell'angiol (Don Alvaro, Leonora) Scène III Tempo di mezzo È tarda l'ora... (Leonora, Don Alvaro) Scène III Cabaletta Seguirti fino agli ultimi (Leonora, Don Alvaro) Scène III Recitativo È tardi. - Allor di calma è d'uopo (Leonora, Curra, Don Alvaro) Scène III Finale I Vil seduttor!... infame figlia!... (Marchese, Leonora, Don Alvaro) Scène IV
Acte II 3 Scena dell'osteria Coro e Ballabile Holà, holà, holà! Ben giungi, o mulattier (Coro) Scène I Scena La cena è pronta... (Alcade, Don Carlo, Leonora, Trabuco, Coro) Scène I Recitativo Viva la guerra! (Preziosilla, Don Carlo, Coro) Scène II Canzone Al suon del tamburro (Preziosilla, Don Carlo, Coro) Scène II