John Boydell, né le à (Shropshire) et mort le à Londres, est un éditeur et graveur anglais du spécialisé dans les gravures de reproduction. Il a contribué à faire basculer l'équilibre du commerce de la gravure entre la France et l’Angleterre en faveur de cette dernière et a été à l’origine d’une école de l'art britannique. Ancien graveur lui-même, Boydell a promu les intérêts des artistes ainsi que des mécènes et, ce faisant, son entreprise a prospéré.

Fils d'un arpenteur, Boydell se forme à la gravure auprès de William Henry Toms, un artiste qu'il admire. Il crée sa propre entreprise de commerce d'œuvres d'art en 1746 et publié son premier livre de gravures, , à la même époque. Développant peu son propre art, Boydell commence à acheter les œuvres des autres, devenant principalement un marchand d'estampes. Devenu un importateur prospère d'estampes françaises dans les années 1750, il est frustré par leur refus de vendre des estampes en nature. Pour susciter un commerce réciproque, il commande une gravure spectaculaire à William Woollett d'après de Richard Wilson, qui révolutionne l'imprimerie en Angleterre : dix ans plus tard, en grande partie à la suite de l'initiative de Boydell, le déséquilibre commercial a changé et il est nommé membre de la Royal Society pour ses efforts.

John Boydell publie plusieurs ouvrages notables et entreprend dans les années 1790, son plus grand projet : la « Boydell Shakespeare Gallery », qui devient à la fois une école d'artistes britanniques, et l'éditeur d'une importante et remarquable édition illustrée des pièces de Shakespeare ainsi que d'un in-folio d'estampes représentant des scènes de ses œuvres. Certains des peintres et graveurs les plus illustres de l'époque ont contribué, comme Benjamin West et Johann Heinrich Füssli.

Tout au long de sa vie, Boydell a consacré du temps à des projets civiques : il a fait don d'œuvres d'art à des institutions gouvernementales et s'est porté candidat à des charges publiques. En 1790, il devint lord-maire de Londres. Les Guerres de la Révolution française ont entraîné la cessation du commerce du Royaume-Uni avec le continent à la fin des années 1790, ce qui a pour conséquence de faire considérablement décliner les affaires de Boydell, qui meurt pratiquement en faillite en 1804.

Biographie Jeunesse et formation Jeunesse Si l'on en croit son monument à l' de Londres (transféré à l'église après la démolition de St Olave en 1887), John Boydell est né le dans le hameau de , qui fait partie de la paroisse de Woore, dans le Shropshire en Angleterre.. Ses parents sont Josiah (1691–1757?), arpenteur-géographe, et Mary (née Milnes) Boydell (c. 1693–1777)..

John Boydell fait ses premières études à la Merchant Taylors' School, dans le Hertfordshire, et étant l'aîné de sept enfants, il est censé suivre les traces de son père...

En 1731, lorsque Boydell a onze ans, la famille déménage à Hawarden (pays de Galles)..

En 1739, il devient intendant de maison pour le député John Lawton, qu'il accompagne à Londres. Un an plus tard, comme beaucoup d'autres jeunes hommes entreprenants de l'époque, Boydell décide de naviguer vers les Indes orientales dans l'espoir de faire fortune, mais il abandonne le plan pour rentrer au Flintshire et retrouver Elizabeth Lloyd, qu'il courtise. Il n'est pas clair s'il a l'intention de poursuivre l'arpentage en ce moment..

Formation comme graveur vignette|, la gravure de William Henry Toms (1740), qui a poussé John Boydell à se consacrer à la gravure. Vers 1740-1741, Boydell voit une estampe de William Henry Toms représentant le , il tombe sous le charme au point de souhaiter apprendre la gravure.. Son père souhaite que John poursuive dans la même profession que lui et désapprouve ce projet, mais celui-ci insiste..

Boydell décide alors de partir à Londres à l'âge de 21 ans, tandis qu'Elizabeth Lloyd promet de l'attendre. Après être allé le rencontrer directement lui-même, il devient apprenti chez William Henry Toms., auprès de qui il apprend le maniement du burin., et s'inscrit à l'Académie de St Martin's Lane pour apprendre le dessin : il travaille environ quatorze heures chaque jour pour Toms, puis suit des cours de dessin le soir..

Quand Boydell fait son apprentissage chez Toms, les arts visuels en Angleterre ne sont pas organisés autour d'institutions dédiées : ils dépendent du mécénat individuel, de petites organisations professionnelles, d'ateliers et de guildes .. La peinture britannique a peu de statut et la gravure pratiquement aucun, la faute à un retard important dans l'enseignement du dessin sur l'île ; les graveurs de reproduction s'appuient principalement sur le papier calque et les formes de projection comme méthodes de transfert sur les plaques de cuivre. rapporte peu après les premières œuvres de Boydell comme graveur paysagiste que , expliquant que les graveurs anglais sont incapables de réaliser et encore moins corriger leurs erreurs du fait de leur manque de bases en dessin.

Carrière Première boutique sur The Strand Après six ans, la diligence de Boydell lui permet de racheter la dernière année de son apprentissage, et il installe dès 1746 un magasin indépendant sur The Strand, spécialisé dans les gravures topographiques.

La volonté de Boydell d'assumer la responsabilité de sa propre entreprise si tôt dans sa carrière indique qu'il a de l'ambition et un esprit d'entreprise. Les magasins indépendants sont risqués dans les années 1740 car aucune loi stricte sur le droit d'auteur n'a été instituée, à l'exception de la loi sur le droit d'auteur de gravure de 1734 (connue sous le nom de « loi Hogarth »). Le piratage de livres et d'estampes est devenu une profession à part entière et a considérablement réduit les bénéfices d'éditeurs tels que Boydell..

Vers 1747, Boydell publie sa première œuvre majeure, (« Le Livre des ponts »), qui contient six gravures de paysage représentant un pont des environs de Londres. Il dessine et découpe lui-même les estampes, qui coûtent chacune un shilling ; il les relie ensemble pour les vendre. Il poursuit sa dynamique et produit 152 autres estampes de paysages. Il les rassemble dans un portfolio qu'il vend cinq guinées.

L'année suivante, Boydell, apparemment en sécurité financière, épouse Elizabeth Lloyd. Le couple n'aura pas d'enfants et Elizabeth meurt en 1781...

Abandon de la carrière de graveur pour celle d'éditeur et marchand d'estampes vignette|Portrait de William Hogarth gravé par Benjamin Smith d'après un autoportrait de Hogarth, et publié par John et Josiah Boydell en 1795. Metropolitan Museum of Art. Boydell se rend compte au début de sa carrière que ses gravures ont peu de valeur artistique, et affirmera plus tard qu'elles ont été collectionnées par d'autres . Cela peut expliquer pourquoi en 1751, quand il devient membre de la , il commence à acheter des plaques d'autres artistes et à les publier en plus des siennes. Habituellement, un graveur tel que William Hogarth, possède sa propre boutique ou apporte ses gravures achevées à un éditeur. En adoptant le double rôle d'artiste et d'éditeur-imprimeur, Boydell modifie l'organisation traditionnelle des imprimeries.. Il n'est ainsi pas soumis aux caprices du goût du public : si ses gravures ne se vendent pas bien, il peut compléter ses gains en vendent les gravures d'autres artistes. Il possède aussi la compréhension des deux métiers de graveur et d'éditeur. En tant qu'éditeur, il a beaucoup contribué à élever le niveau de respect pour les graveurs en plus de leur fournir des commissions mieux payées..

Deuxième boutique à Cheapside vignette|gauche|, gravure de 1751 publiée dans la série en 1755. Wellcome Collection. En 1751, John Boydell déménage avec son grand volume d'estampes dans de plus grands locaux au 90 Cheapside. En 1755, il publie (« Une collection de 102 vues, & C. en Angleterre et au pays de Galles »). Ce livre bon marché mais qui a du succès lui apporte du capital à investir.. Boydell devient de plus en plus immergé dans l'aspect commercial de l'imprimerie et, comme la plupart des marchands d'estampes, commence à importer des tirages pour les revendre. Il s'agit notamment de gravures de reproduction de paysages d'artistes tels que Claude Lorrain et Salvator Rosa. L'essentiel des importations provient des maîtres incontestés de la gravure au : les Français. Ce choix commercial rapporte à Boydell une petite fortune dans les années 1750.. À la mort d'Arthur Pond en 1759, Boydell acquiert une grande partie de sa collection de dessins de maîtres et de cuivres., ce qui lui permet de produire des retirages, c'est-à-dire de faire de nouvelles plaques. Il embauche, pour accomplir cet énorme travail, de nombreux dessinateurs et graveurs, dont Edward Edwards en 1763..

Renversement de la balance commerciale avec la France grâce au Niobe

Son premier succès est reconnu en 1760 quand il est nommé membre de la Royal Society.. Mais les Français dominent toujours le marché de l'art tandis que les Anglais souffrent d'une mauvaise image, et ne s'exportent pas sur le continent. Winifred Friedman, qui a beaucoup écrit sur Boydell, explique qu'en dépit de son succès, .

Alors que le besoin de l'élaboration d'un canon de peinture local et donc de la création de la Royal Academy (1768) se fait sentir, Boydell estime que le meilleur moyen de redorer l'image des artistes de son pays est le développement de la gravure. Il devient finalement responsable de transformer complètement la relation commerciale entre la gravure française et anglaise, et il le fait au moyen d'une série de , à travers l'encouragement économique. En 1761, Boydell décide qu'il doit essayer de commercer avec les Français en nature, malgré les refus par le passé en raison de la mauvaise qualité des gravures britanniques.

vignette|, gravure de William Woollett (1761), d'après un tableau de Richard Wilson (1760). Pour inaugurer ce changement, il se doit d'être en mesure de proposer une estampe vraiment spectaculaire. Tandis que jusque là son imprimerie importe plus d'œuvres qu'il n'en fait produire, il prend la décision cruciale d'investir abondamment dans un graveur anglais nommé William Woollett, l'un des meilleurs graveurs d'Angleterre du moment. Boydell l'engage pour graver (« Le Massacre des enfants de Niobé ») d'après Richard Wilson. Woollett avait déjà gravé avec succès le tableau de 1663 de Claude Lorrain Le Père de Psyché sacrifiant au Temple d'Apollon pour Boydell en 1760. Boydell le paye . pour le Niobe, un montant exceptionnel par rapport aux tarifs habituels.. Ce seul acte de mécénat augmente les honoraires des graveurs dans tout Londres. L'estampe connaît un succès retentissant, Woollett gagnant le statut de meilleur graveur de l'Angleterre du . et Boydell faisant d'importantes entrées d'argent. mais plus important encore : les Français l'acceptent comme paiement en nature. Il s'agit là de la toute première gravure britannique activement souhaitée sur le continent.. C'est ainsi qu'en 1770, les Britanniques exportent beaucoup plus d'estampes qu'ils n'en importent, et ceci est en grande partie dû à John Boydell...

Prospérité de son entreprise vignette|gauche|Portrait de John Boydell par Valentine Green en 1772. L'entreprise de Boydell prospère et il embauche son neveu, Josiah Boydell, pour l'aider. Dès 1767, Boydell cesse complètement de graver des gravures lui-même et commence à compter exclusivement sur les commissions et les reventes, dont il tire un grand profit. Le biographe de Boydell, Sven Bruntjen, émet l'hypothèse que l'une des raisons du succès précoce et spectaculaire de Boydell est sa spécialisation. Contrairement à Bruntjen fait valoir que La plus notable est l'interprétation de La Mort du général Wolfe de Benjamin West (1770, Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa), gravée par Woollett pour Boydell en 1776.