William Cosmo Gordon Lang, né le à Fyvie et mort le à Kew, est un ecclésiastique anglican britannique d'origine écossaise. Il a successivement occupé les postes d'archevêque d'York (1908-1928) et d'archevêque de Cantorbéry (1928-1942).

Fils d'un pasteur de l'Église d'Écosse, Cosmo Lang abandonne ses ambitions politiques pour devenir prêtre dans l'Église d'Angleterre. Il est ordonné en 1890 et commence sa carrière comme diacre dans les quartiers pauvres de Leeds et de Portsmouth. En 1901, il est nommé évêque suffragant de Stepney, à Londres, où il continue à œuvrer auprès des classes populaires tout en servant comme chanoine à la cathédrale Saint-Paul.

Malgré son statut relativement mineur de suffragant, Lang devient archevêque d'York en 1908, dix-huit années seulement après son ordination – un record dans l'histoire récente de l'Église d'Angleterre. Il adopte une position dans l'ensemble anglo-catholique, avec une dose de protestantisme libéral. Entré à la Chambre des lords comme Lord Spirituel, il sème le désarroi dans les milieux traditionalistes en s'élevant, puis en votant contre la proposition de rejet du People's Budget de David Lloyd George. Il se défait cependant de ce radicalisme par la suite.

Au début de la Première Guerre mondiale, un discours de Lang est jugé trop pro-allemand et suscite des critiques virulentes, qui ont peut-être contribué à la prise d'âge rapide de l'archevêque durant les années de guerre. Après la fin du conflit, il se fait le champion de l'union des Églises et soutient un « Appel à tous les chrétiens » durant la conférence de Lambeth de 1920. Il soutient également des propositions controversées de réformes du Livre de la prière commune, mais ne poursuit pas ces projets après son arrivée à Cantorbéry.

Cosmo Lang devient archevêque de Cantorbéry en 1928. Il condamne l'invasion de l'Abyssinie par l'Italie et l'antisémitisme européen, mais soutient la politique d'apaisement du gouvernement britannique. Lors de la crise d'abdication d', il adopte une position morale rigoureuse, jugée peu compatissante à l'égard de l'ex-roi. Il préside au couronnement de l'année suivante.

Lang prend sa retraite en 1942. Nommé baron Lang de Lambeth, il continue à assister aux sessions de la Chambre des lords jusqu'à sa mort, trois ans plus tard. À la fin de sa vie, il estime n'avoir pas été à la hauteur de ses critères moraux, mais son énergie, son efficacité et son engagement ont été salués par la postérité.

Les années formatrices

Enfance

thumb|Le père de Cosmo Lang est nommé pasteur de Barony Church de Glasgow en 1873.

Cosmo Gordon Lang naît le à la manse de Fyvie, dans l'Aberdeenshire. Il est le troisième fils du révérend John Marshall Lang, pasteur de l'Église d'Écosse, et de sa femme Hannah Agnes Lang.. L'enfant est baptisé à l'église de Fyvie par un pasteur du voisinage. C'est à cette occasion qu'il reçoit par erreur le prénom « William », peut-être à la suite d'une confusion avec le laird William Cosmo Gordon. Il utilisera très peu ce troisième prénom. Après la nomination de John Lang comme pasteur dans le district d'Anderston, la famille Lang part vivre à Glasgow en . Trois ans plus tard, elle déménage à nouveau pour Morningside, un quartier d'Édimbourg, avant de revenir à Glasgow lorsque John Lang est nommé pasteur de Barony Church en 1873..

Lang fait sa scolarité à l'école de Park School. Il y remporte un prix pour une rédaction de littérature anglaise et joue à l'occasion au football, mais dans l'ensemble, il se rappelle par la suite . Les vacances sont l'occasion de visiter différentes parties de l'Écosse, notamment l'Argyll où Lang retourne fréquemment par la suite. Il réussit son examen de en 1878 et entre à l'université de Glasgow à l'automne, malgré son jeune âge – il n'a que quatorze ans.

Glasgow

À Glasgow, Lang compte parmi ses professeurs quelques-uns des plus brillants esprits de l'Écosse : le classiciste Richard Claverhouse Jebb, le physicien William Thomson (futur Lord Kelvin) et le philosophe Edward Caird. Par la suite, Lang notera à quel point certains de ces éminents personnages étaient incapables de maîtriser , et exprimera son regret de ne pas avoir su développer ses connaissances en mathématiques. Parmi ses enseignants, c'est Caird qui influence le plus profondément le jeune Lang, et suscite de son esprit. Un jour qu'il traverse Kelvingrove Park, il est frappé par cette soudaine conviction :

Lang fait son premier voyage hors d'Écosse en 1881 : il se rend à Londres pour assister à un sermon du théologien Henry Parry Liddon à la cathédrale Saint-Paul. Il a également l'occasion d'écouter débattre William Ewart Gladstone et Joseph Chamberlain à la Chambre des communes. La même année, il rend visite à un ami étudiant à Cambridge, et découvrir la chapelle de King's College le convainc d'y poursuivre ses études. Il passe l'examen d'entrée en , mais son enthousiasme est douché lorsqu'il apprend que les mathématiques constitueront l'une de ses matières d'évaluation. Il se rabat sur Balliol College, à l'université d'Oxford, où il est accepté. Il termine ses études à Glasgow en décrochant un , ainsi que des récompenses pour des dissertations en politique et en histoire religieuse..

Oxford

thumb|Lang étudie à Balliol College de 1882 à 1886.

Cosmo Lang entre à Balliol College en . Au terme de son premier semestre, il décroche la bourse Brakenbury, selon son biographe J. G. Lockhart.. Il prononce son premier discours à l'Oxford Union en , une argumentation contre la séparation de l'Église et de l'État en Écosse. Ce premier discours est bien accueilli : le secrétaire du club le compare à Démosthène. Lang devient président du club en 1883 et participe à la fondation de l'Oxford University Dramatic Society l'année suivante..

Bien que Lang se considère comme un progressiste, il adhère au Canning Club, le principal club conservateur de l'université, et en devient le secrétaire. Son contemporain Robert Cecil se rappelle que les idées « progressistes » de Lang étaient plutôt mal vues des Tories traditionalistes, mais qu'ils respectaient son talent. Après avoir assisté à un sermon du vicaire de Whitechapel Samuel Augustus Barnett, Lang participe par la suite à la fondation du centre social de Toynbee Hall, dans l'East End londonien, et en devient l'un des premiers secrétaires étudiants. Il s'y implique tellement qu'il en néglige ses études au point d'être blâmé par Benjamin Jowett, le Maître de Balliol.. Lang obtient son diplôme en 1886, avec les en histoire, mais il échoue à obtenir une place de à All Souls College, à cause de l'éducation médiocre reçue à Glasgow selon lui.

Vers l'ordination

thumb|Cosmo Lang découvre sa vocation à l'église paroissiale de Cuddesdon en 1889.

À l'origine, Cosmo Lang souhaite faire carrière dans le domaine juridique, afin d'entrer en politique et de devenir ministre dans un gouvernement conservateur. Il entame des études de droit en 1887 chez le futur procureur général William Robson, dont de Lang ; Lang, cité dans .. Lang se désintéresse de la religion durant cette période, mais il continue à aller à l'église par (), selon sa propre expression. Il assiste à la messe à l'église non-conformiste de City Temple, et parfois à la cathédrale Saint-Paul. , confessera-t-il par la suite ; Lang, cité dans ..

Lang devient à All Souls en , et partage dès lors son temps entre Londres et Oxford.. À Oxford, plusieurs de ses amis préparent leur ordination, et Lang se retrouve souvent impliqué dans leurs conversations, et il finit par envisager à son tour cette carrière.. La révélation lui vient un dimanche soir du printemps 1889, alors qu'il assiste à une messe à l'église paroissiale de Cuddesdon. Il se rappelle avoir entendu qui lui dit : Il rompt aussitôt tout contact avec le barreau, renonce à ses ambitions politiques et s'inscrit au séminaire de Cuddesdon College. Grâce à l'un de ses contacts à All Souls, il obtient que sa confirmation dans l'Église d'Angleterre soit supervisée par l'évêque de Lincoln Edward King. Son père est déçu par sa conversion à l'anglicanisme et son désir de devenir prêtre, mais il lui écrit :

Premières armes

Leeds

thumb|L'église de Leeds.

Cosmo Lang est ordonné diacre après une année d'études à Cuddesdon. Souhaitant être actif dans une paroisse difficile, il repousse l'offre de devenir chapelain de All Souls.. Il s'identifie à la tradition anglo-catholique de l'Église d'Angleterre, en partie en réaction à son éducation évangélique au sein de l'Église d'Écosse. Ses idées se rapprochent particulièrement de la branche progressiste de l'anglo-catholicisme, telle qu'elle apparaît dans les articles Lux Mundi, publiés en 1888 par un groupe de théologiens progressistes d'Oxford. L'un d'eux, Edward Stuart Talbot, est devenu vicaire de l'église paroissiale de Leeds en 1889, et Lang s'empresse d'accepter l'offre d'une cure sous les ordres de Talbot. Il arrive à Leeds à l'automne 1890

L'église de Leeds, reconstruite en 1841, est presque de la taille d'une cathédrale, et commande une vaste paroisse dirigée par de nombreux curés. Le district échu à Lang est celui de Kirkgate, l'un des quartiers les plus pauvres de la ville, peuplé de dont beaucoup de prostituées.. Lang et ses collègues convertissent un ancien pub en presbytère. Lui-même s'installe peu après dans un bâtiment condamné où il réside jusqu'à la fin de son service à Leeds.. Outre les tâches qui lui incombent, Lang remplace brièvement le principal du séminaire de Leeds, sert de chapelain à l'hôpital de la ville et dirige un club masculin comptant une centaine de membres. Il est ordonné prêtre à part entière le .

Lang retourne de temps en temps à Oxford lorsqu'il le peut. En , lors d'une visite à All Souls, le poste de de Magdalen College lui est proposé. Parmi toutes les propositions qui s'offrent à lui (l'évêque Ernest Wilberforce veut faire de lui le vicaire de la cathédrale de Newcastle, tandis que Benjamin Jowett lui propose d'enseigner la théologie à Balliol College), Lang choisit Magdalen : l'idée d'être responsable de jeunes hommes susceptibles de s'élever à de hautes conditions le séduit. Il quitte Leeds en , non sans regrets toutefois..

Magdalen College

Les responsabilités du comprennent la cure pastorale, ainsi que la supervision de la chapelle et de son chœur. Cette dernière tâche enchante Lang : il souhaite tellement obtenir un son parfait qu'il demande aux visiteurs de . En 1894, une nouvelle charge de travail vient s'ajouter aux responsabilités de Lang sous la forme du vicariat de l'église St Mary the Virgin. Il y restaure un service régulier, choisit avec soin les personnes qu'il y invite à prêcher, et reconstitue ainsi peu à peu la congrégation..

Ne se jugeant pas encore prêt à quitter Oxford, Lang décline en l'offre du vicariat de Portsea, une grande paroisse au sein de la ville de Portsmouth. Quelques mois plus tard, des arrière-pensées lui viennent : ses doubles responsabilités commencent à lui peser, et . En apprenant que le poste est toujours disponible, il décide d'accepter l'offre, non sans scrupules..

Portsea