L'enceinte de Thiers est une enceinte créée autour de Paris sous Louis-Philippe, convaincu que la construction d'une enceinte de fortifications autour de la capitale empêcherait Paris de tomber aux mains d'armées étrangères comme lors de la bataille de Paris en 1814 et rendrait la ville imprenable.

Le premier projet, présenté en 1833 à la Chambre des députés par le maréchal Soult, président du Conseil et ministre de la Guerre, est vivement rejeté par la gauche, qui soupçonne de la part du gouvernement des arrière-pensées de politique intérieure. La crise d'Orient qui débute à la fin des années 1830 entraîne un regain de tension entre l'Angleterre et la France, ce qui remet à l'ordre du jour la question de la défense de Paris et de l'intégrité des frontières maritimes. La construction de l'enceinte peut commencer en 1840, à la suite de l'approbation donnée par le président du Conseil et ministre des Affaires étrangères de l'époque, Adolphe Thiers.. Elle dure de 1841 à 1845.

Englobant la totalité de la capitale, soit près de , l'enceinte de Thiers se situe alors entre les actuels boulevards des Maréchaux, appelés à l'origine « rue Militaire » et le futur emplacement du boulevard périphérique« L'enceinte des Fermiers généraux et l'enceinte de Thiers », paris-atlas-historique.fr.. Elle est détruite entre 1919 et 1929.

Caractéristiques thumb|right|upright=1.6|Les limites de Paris, du à 2015.

L'enceinte englobait une superficie totale de et s'étendait sur de long, en suivant de près les limites actuelles de la commune de Paris, bois de Boulogne et de Vincennes non compris.

Appelée « les fortifications » et plus familièrement « les fortif’ », cette enceinte était constituée de : quatre-vingt-quinze bastions ; dix-sept portes ; vingt-trois barrières ; huit passages de chemins de fer ; cinq passages de rivières ou canaux ; huit poternes dont celles de Montempoivre et des Peupliers.

Les ouvrages étaient desservis et approvisionnés par la rue Militaire, secondée par une ligne de chemin de fer, la ligne de Petite Ceinture.

L'enceinte est composée : d'une rue militaire intérieure ; d'un parapet de 6 mètres de large ; d'un mur d'escarpe de 3,5 mètres d'épaisseur et de 10 mètres de haut ; d'un fossé sec de 40 mètres ; d'une contrescarpe en pente légère ; d'un glacis de 250 mètres de large.

À l'extérieur du mur d'enceinte, de son fossé et de sa contrescarpe se trouvait une bande de terre de de large : le glacis. Désignée comme zone non ædificandi (zone non constructible), elle fut occupée par des bidonvilles dès la fin du , avec l'abandon de sa fonction militaire. Cette bande était désignée comme la Zone, les miséreux habitant là étant appelés les « zoniers », et péjorativement les « zonards », terme qui a subsisté et qui s'est généralisé.Zone, Zonards, apaches : le peuple des bordures de Paris, criminocorpus.hypotheses.org..

Ouvrages complémentaires

L'enceinte est complétée par seize forts détachés :

et d'autres ouvrages :

Historique Origine Louis-Philippe, proclamé roi des Français en 1830, est convaincu que la clé de la défense du territoire consiste à empêcher Paris de tomber aux mains d'armées étrangères comme lors de la bataille de Paris en 1814. Il projette donc de construire autour de la capitale une enceinte de fortifications qui rendrait la ville imprenable.

Un premier projet est présenté à la Chambre des députés au début de 1833 par le maréchal Soult, président du Conseil et ministre de la Guerre. Il suscite d'emblée une très vive résistance de la part de la gauche, dont les orateurs soupçonnent de la part du gouvernement des arrière-pensées de politique intérieure : on affirme que les fortifications sont en réalité destinées non à défendre la France, mais à menacer les Parisiens au cas où ils viendraient à se révolter contre le pouvoir royal.

Construction Le budget pour la construction de l'enceinte est attribué en 1841. Les fortifications sont terminées en 1844.

Les fortifications englobent non seulement Paris (limité au mur des Fermiers généraux), mais également tout ou partie d'un anneau de communes situées autour de la capitale : Saint-Ouen, Montmartre, La Villette, Belleville, Charonne, Saint-Mandé, Bercy, Ivry, Montrouge, Vaugirard, Issy-les-Moulineaux, Auteuil, Passy et Batignolles-Monceau.

Extension de Paris

En 1860, Paris étend ses limites directement jusqu'à l'enceinte de Thiers et annexe les communes (ou parties de communes) qu’elle englobe. Sont entièrement absorbées et deviennent des quartiers de Paris : Belleville ; Grenelle ; La Villette ; Vaugirard.

Sont partiellement absorbés, devenant pour une partie des quartiers de Paris, pour le reste rattaché à d'autres communes : Auteuil (Paris et Boulogne) ; Batignolles-Monceau (Paris et Clichy) ; Bercy (Paris et Charenton-le-Pont) ; Charonne (Paris , Montreuil et Bagnolet) ; La Chapelle (Paris , Saint-Ouen, Saint-Denis et Aubervilliers) ; Montmartre (Paris et Saint-Ouen) ; Passy (Paris et Boulogne).

Sont annexées d'une partie de leur territoire les communes de : Ivry-sur-Seine, le nord de la commune est rattaché au 13 arrondissement (quartier de la Gare) ; Montrouge, le nord de la commune est rattaché au 14 arrondissement (quartier du Petit-Montrouge) ; Saint-Mandé, l'ouest de la commune est rattaché au 12 arrondissement (principalement quartier du Bel-Air) ; Issy-les-Moulineaux, le nord de la commune est rattaché au 15 arrondissement (quartier de Javel) ; Neuilly-sur-Seine, l'est de la commune est rattaché au 17 arrondissement (quartier des Ternes) ; Saint-Ouen, le sud de la commune est rattaché au 18 arrondissement (quartier de Clignancourt).

Guerre de 1870

Durant la guerre franco-allemande de 1870, après la défaite des armées impériales et la capitulation de , l'enceinte est mise à l'épreuve durant le siège de Paris. Celui-ci se déroule du au , jusqu'à l'armistice signé par la IIIe république.

Un certain nombre de fortifications ne sont pas terminées, comme sur les hauteurs de Montretout et de Châtillon, et sont abandonnées par les troupes en place. Ces abandons vont coûter cher aux Français. En effet, c'est au plateau de Châtillon que les Prussiens installent leur grosse artillerie, qui foudroie les forts et la capitale. Par la suite, les Français tentent de reprendre ces fortifications (première bataille de Châtillon).

De Paris encerclée, plusieurs tentatives de sortie pour desserrer l'étau prussien sont entreprises : Combat de Montmesly et première bataille de Châtillon (13–) Deuxième bataille de Châtillon () Première bataille de Buzenval () Première bataille du Bourget (28–) Bataille de Champigny (–) Deuxième bataille du Bourget () Seconde bataille de Buzenval ()

Commune de Paris Après la fin du siège, les armées allemandes obtiennent de Thiers une occupation symbolique des Champs-Élysées du au . L'Assemblée nationale s'installe à Versailles pour éviter la pression de la Garde mobile parisienne en état de quasi-insurrection. Enfin, la journée du entraîne l'instauration de la Commune de Paris. Alors que la convention d'armistice n'autorise que français en région parisienne, Bismarck libère rapidement près de de guerre, qui peuvent s'adjoindre aux dont dispose Thiers.

À la suite de cela, le gouvernement de la République assiège la commune. C'est le second siège mené par les armées régulières contre les insurgés. Les fédérés de la Commune négligent de s'installer au fort du Mont-Valérien, permettant ainsi aux Versaillais d'occuper le cette position qui, dominant toute la proche banlieue ouest de Paris, leur donne un avantage considérable.

Le , Jules Ducatel, piqueur des Ponts et Chaussées, monte sur le pour avertir les Versaillais que la place n'est plus gardée. L'armée régulière pénètre alors dans Paris par la porte de Saint-Cloud. C'est le début de la semaine sanglante, qui s'achève le .

Déclassement

vignette|L'enceinte mise en alerte en 1914 avec des canons Canon de Bange de 90 et Canon de 75.

L'enceinte devient obsolète dès la fin du du fait de l'augmentation de la portée de l'artillerie, en particulier celle de l'armée prussienne en 1871. Son démantèlement est envisagé dès 1882 .. La périphérie de l'enceinte, (zone inconstructible « La Zone ») est peu à peu occupée par des constructions sauvages et abrite environ au début du .

L'enceinte est déclassée par la loi du qui distinguait : les terrains des fortifications proprement dites, non grevés par la servitude non aedificandi, dont la destination devait être réglée par convention entre l’État et la Ville de Paris. les terrains comprenant la zone de servitudes militaires entourant l’enceinte, destinés à la création d'une ceinture verte : « dans l’intérêt de l’hygiène et de la salubrité publiques, ces terrains continueront d’être grevés de la servitude non aedificandi. Ils seront aménagés en espace libre à l’exception de ceux affectés à un service public, tels que voies publiques et chemins de fer, de pour l’établissement d'un parc d'expositions [futur parc des d'expositions de la porte de Versailles], du champ de manœuvres d'Issy [futur héliport] et de constructions destinées à la surveillance et à l’utilisation de ces espaces libres, ne pouvant excéder un vingtième de la surface de l’ensemble ». Les terrains et bâtiments de cette zone appartenant à des propriétaires privés devaient être expropriés.

Les terrains des fortifications, progressivement détruites jusqu’en 1929, sont utilisés au cours de l'entre-deux-guerres pour la construction d'immeubles de logements sociaux HBM au nord, à l'est et au sud, d'immeubles de luxe comme les immeubles Walter dans le , de quelques équipements sportifs (par exemple le stade Jean-Bouin et la piscine Molitor) et du musée des Colonies. La construction de ces s'effectue par tranches et non de manière homogène et globale, aucun grand architecte n'ayant souhaité répondre à l'appel d'offres lancéBruno D. Cot, « Paris. Les projets fous… auxquels vous avez échappé », cahier central publié dans L'Express, semaine du 29 mars 2013, p. XV.« Les pires projets architecturaux qu'a évité Paris », pariszigzag.fr, consulté le 28 décembre 2018..

Cette immense réserve foncière avait suscité des projets d'ensemble qui ne virent pas le jour. Adolphe Alphand proposait ainsi d'édifier une ceinture verte autour de Paris, avec des jardins, des hôtels et des casinos, idée que l'écrivain Nicolas Chaudun décrit comme . Portés par les idées hygiénistes en vogue à l'époque, d'autres architectes souhaitaient édifier des habitations entourées de jardins, comme Eugène Hénard et ses immeubles à redans ou Auguste Perret et ses maisons-tours allant de , chacune étant reliée aux autres par un pont.

L'ancienne zone non aedificandi pour laquelle la loi de 1919 envisageait la création d'une ceinture reste, pour la plus grande partie jusqu'aux années 1940, un ensemble de terrains vagues occupés par les bâtiments précaires de « la Zone ».

Après la Seconde Guerre mondiale, la démocratisation de l'automobile amène à réfléchir à la construction d'une nouvelle ceinture, cette fois-ci de transport.

Au cours des Trente Glorieuses, le projet de 1919 d'un vaste ensemble d'espaces verts différé pendant l'entre-deux-guerres est oublié.

Le boulevard périphérique de Paris est construit de 1958 à 1973 au-delà de l'emprise proprement dite de l'enceinte de Thiers, en bordure de « la Zone », et continue de matérialiser la séparation entre Paris et sa banlieue.

La création de cet axe autoroutier ne dérogeait pas formellement aux dispositions de la loi de 1919, qui autorisait les services publics tels que routes et chemins de fer sur l'ancienne zone inconstructible, mais était très éloigné de l'esprit du législateur de cette époque, qui prévoyait de laisser cet espace libre « dans l’intérêt de l’hygiène et de la salubrité publiques » pour y aménager une ceinture verte.

Restes contemporains