Le Dictionnaire de l’Académie française, parfois abrégé DAF, est un dictionnaire dont la rédaction constitue l’une des missions de l’Académie française. Depuis la première édition publiée en 1694, l'Académie en a publié neuf, dont la dernière est parue en . Par cet ouvrage l'Académie entend être garante du « bon usage », et s'imposer en tant qu'autorité normative de la langue française.

D'abord élaboré collégialement jusqu'en 1805, sa rédaction est ensuite confiée à la Commission du Dictionnaire, dirigée par le secrétaire perpétuel, qui compte un nombre restreint d'académiciens. Depuis 1973 le travail de la Commission prend pour base celui du Service du Dictionnaire qui compte des collaborateurs inconnus extérieurs à l'Académie.

Bien que l'ouvrage jouisse du prestige de l'Académie, il fait toutefois l'objet de nombreuses critiques. Sont notamment pointées du doigt la lenteur de son élaboration peu adaptée à l'évolution rapide de la langue, sa volonté normative incompatible avec la description de l'usage, et l'absence de légitimité de ses rédacteurs, l'Académie ne comptant parmi ses membres aucun linguiste ni lexicographe.

Élaboration

Une mission statutaire Comme le précise l'article XXVI des statuts de l'Académie, elle se doit de travailler à composer : « un dictionnaire, une grammaire, une rhétorique et une poétique »Statuts et règlements de l'Académie française.. Parmi ces quatre projets, seul le dictionnaire fait l'objet d'un travail régulier depuis le .

Suivant ce même article, une Grammaire de l'Académie française a connu deux éditions en 1932 et 1933. Si elle a été un immense succès de librairie, elle a fait l'objet de vives critiques, notamment de la part du linguiste Ferdinand Brunot, et n'a pas donné lieu à d'autres travaux. Dans son allocution sur la grammaire de l'Académie, Abel Hermant précise : « [L'Académie] semble avoir renoncé à la Rhétorique et à la Poétique, qui ne sont plus au goût de notre temps : c’est une petite hardiesse que personne, j’imagine, ne lui reprochera ». Enfin, il faut aussi mentionner que l'Académie a publié le premier Dictionnaire historique de la langue française, paru en quatre tomes de 1865 à 1894. Projet ambitieux et novateur pour l'époque, une méthode de travail trop lourde n'a pas permis à l'ouvrage d'aller au-delà de la lettre A.

Le premier dictionnaire

Le dictionnaire doit originellement répondre à ce but et non donner un recueil alphabétique de mots et de leur explication. Les académiciens choisissent mots et phrases dans le de la conversation, les discours publics, la poésie, les écrits. Ils rejettent la plupart des vieux mots et des termes d'art et de sciences (regroupés par le dictionnaire de Thomas Corneille), certaines façons de parler à la mode, le vocabulaire qui pourrait offenser la religion et la pudeur, comme celui du peuple et des provinciaux.

L'agencement des termes se fait par les racines, mais cet ordre est abandonné dès la édition. Les rédacteurs refusent les citations et choisissent de retenir Il est donc décidé d'ôter, insensiblement, les superfluités, . Gardant l'ancienne orthographe des plus célèbres écrivains, l'Académie .

La norme et « le bon usage »

La posture de l'Académie dans la production de son dictionnaire est clairement normative. Ses statuts précisent que sa fonction est de « donner des règles certaines à notre langue » (article XXIV). Cette position est encore prônée de nos jours, comme en témoigne la préface de la neuvième édition, mais aussi la rubrique « Dire, Ne pas dire » sur son site webClémentine Darmestädter, « Modernité et modernisation du ''Dictionnaire de l'Académie française'' : quelles transformations de la huitième à la neuvième édition ? » dans .

Cette posture se double par la volonté d'être garant, non seulement de l'usage, mais du « bon usage ». Ainsi, dans la préface du premier tome de la neuvième édition, Maurice Druon rappelle que « Le Dictionnaire de l’Académie est celui de l’usage, simplement et suprêmement, le dictionnaire du bon usage, qui par là sert, ou devrait servir, de référence à tous les autres. ».

Rédaction

Depuis 1805, l'élaboration du DAF est confiée à la Commission du Dictionnaire. Elle est présidée par le secrétaire perpétuel. Actuellement, les membres de la Commission sont Amin Maalouf (Secrétaire perpétuel), Frédéric Vitoux, Dominique Fernandez, Jean-Luc Marion, Danièle Sallenave, Michael Edwards, Dany Laferrière, Barbara Cassin, Michel Zink et Pascal Ory.

Depuis 1973 la Commission du Dictionnaire est assistée par le Service du Dictionnaire qui compte des collaborateurs extérieurs dont l'identité n'est pas connue. Christophe Benzitoune, membre du collectif des linguistes atterrées, précise qu'il s'agit de professeurs agrégés de lettres modernes détachés par le ministère de l'éducation national.

Évolution de la forme L'élaboration de la première édition s'étale sur le , époque à laquelle la langue française est encore en train de se fixer dans sa forme. Il faut aussi prendre en compte que le genre du dictionnaire monolingue définitionnel, inauguré en 1611 par le Tesoro de la lengua castellana o española de Covarrubias, est encore récent. La forme du DAF a donc évolué au fil de ses différentes éditions.

Dans sa première édition, les mots ne sont pas classés par ordre alphabétique mais regroupé par famille. Par exemple la section GER contient le mot « G[É]RER » sous lequel sont listés et définit Gestion, Gérondif, Digérer, Indigeste et Suggestion (entre autres). Le classement strictement alphabétique sera adopté dans les éditions ultérieures.

Concernant le nombre de mots contenu dans les éditions successives, il était de dans la édition, de dans la . À titre de comparaison, le Petit Larousse et le Petit Robert en comptent , le Grand Robert , et le Wiktionnaire .

Critiques

Le dictionnaire de l'Académie française a fait l'objet de nombreuses critiques.

L'Académie : une autorité incompétente ?

La légitimité de l'Académie dans ses travaux lexicographiques est remise en cause : elle ne compte parmi ses membres aucun linguiste ni lexicographe. Ainsi, le collectif des linguistes atterrées mettent en cause l'utilité et la pertinence du travail mené par les académiciens en « [exigeant] de l’Académie qu’elle tourne la page de la lexicographie, à moins d’une réinvention totale de son principe ».

« Bon usage » et élitisme

Le DAF a pour but, moins de décrire l'usage effectif de la langue, que de prescrire ce qu'elle juge être le bon usage. Cette posture exclut certains champs lexicaux : les mots rares sortis d'usage ; les régionalismes ; le vocabulaire techniqueLe vocabulaire technique y est absent, bien que les statuts de l'Académie prévoient qu'elle travaille à rendre la langue « capable de traiter les arts et les sciences » (article 24). Il fait l'objet d'une autre publication, le Dictionnaire des termes des Arts et des Sciences de Corneille, paru en 1694...

À propos de la première édition du DAF, Tristan Hordé précise qu'elle « n'accueille que les termes spécialisés relatifs à l'art militaire, à la chasse, à l'équitation et à l'escrime, parce que ces techniques anciennes sont propres au public de la Cour. L'usage ainsi décrit répond à la définition donnée auparavant par Vaugelas dans son recueil de Remarques sur la langue française (1647) : . Le souci du « bon usage » conduit les académiciens à proscrire de cette édition l'usage de citations d'écrivains des siècles précédents pour illustrer les exemples. Au lieu de cela, des exemples sont « forgés », c'est-à-dire inventés par les auteurs, pour l'occasion.

en ligne La publication de la neuvième édition a notamment fait réagir le collectif des linguistes atterrées qui a publié plusieurs tribunes dans la presse. Il met en avant son inactualité, mais aussi certaines entrées jugées sexistes, racistes ou homophobes : « Si certaines définitions peuvent faire sourire, d’autres posent des problèmes plus graves : jaune est défini comme « personne à la peau jaune par opposition à noir ou blanc », […] et négroïde est « caractéristique des noirs ». La connotation péjorative ou injurieuse n’est pas indiquée. Un hétérosexuel a des relations sexuelles « naturelles », précision absente de la définition de l’homosexualité. ». Ces définitions ont également fait réagir la ligue des droits de l'homme qui a appelé l'Académie à « rectifier d'urgence » ses définitions.

Si les définitions problématiques restent dans l'édition papier du dictionnaires, l'édition en ligne, consultable sur le site de l'Académie, est quant à elle corrigée au gré des polémiques, et de façon non transparente. Par exemple, le mot Mariage était défini comme « l'union légitime d'un homme et d'une femme » jusqu'en , avant d'être corrigé en « union légitime de deux personnes ». Ainsi, les linguistes atterrées questionnent l’utilité même de l'édition papier : « Quel intérêt y aurait-t-il dès lors à rassembler chez soi ces quatre volumes hétéroclites qui ne correspondent pas à la version en ligne ? ».

Éditions

: 1694 Première édition : Le Dictionnaire de l'Académie françoise dedié au Roy, Paris, 1694, 2 vol.

Numérisations : tome 1 (A-L) ; tome 2 (M-Z) .

Éditions préliminaires et contrefaites Les premières éditions du DAF ont été imprimées en 1687. La toute première est imprimée par Pierre Le Petit et est tirée à 500 exemplaires. Une édition de contrefaçon est publiée la même année en Allemagne à Francfort-sur-le-Main par . Cette première édition contenant trop d’erreurs, elle sera mise au pilon. À la suite d'une révision, une nouvelle édition est imprimée en 1692. Également sujette à de nombreuses fautes, elle est retirée du commerce, puis détruite en 1714. Les premières feuilles du dictionnaire de l'Académie française imprimées par feu M. Le Petit, Paris, Le Petit, 1687, 500 exemplaires, . (De A à Nouveau, ou Nouvel, Nouvelle.) [contrefaçon] Le grand dictionnaire de l'Academie françoise. Premiere partie. Suivant la copie imprimée à Paris chez Petit, libraire de l'Academie françoise, Francfort-sur-le-Main, 1687, , . (De A à Confiture.) Le Dictionnaire de l'Académie françoise, 1692. (De A à Neuf.) Après la publication de la première édition du DAF en 1694, quatre autres contrefaçons seront imprimées, à Paris et en Hollande, en 1695 et 1696.

: 1718 Deuxième édition : Nouveau Dictionnaire de l'Académie françoise dedié au Roy, Paris, 1718

Numérisations : tome 1 (A-L) ; tome 2 (M-Z) .

: 1740 Troisième édition : Le Dictionnaire de l'Académie françoise, Paris, 1740.

Numérisations : tome 1 (A-K) tome 2 (L-Z) .

: 1762 Quatrième édition : Le Dictionnaire de l'Académie françoise, Paris, 1762.

Numérisations : tome 1 (A-K) tome 2 (L-Z) .

: 1798 Cinquième édition : Le Dictionnaire de l'Académie françoise, Paris, 1798.

Numérisations : tome 1 (A-K) tome 2 (L-Z) .

: 1835 vignette|La de 1835.

Sixième édition : Dictionnaire de l'Académie française, Paris, 1835.

Numérisations : tome 1 (A-H) tome 2 (I-Z) .

: 1878 vignette|Vocabulaire de la langue française par Charles Nodier et Paul Ackermann, Paris, 1868.

Septième édition : Dictionnaire de l'Académie française (), Paris, 1878.

Numérisations : tome 1 (A-H) tome 2 (I-Z) .

: 1932-1935 Huitième édition : Dictionnaire de l'Académie française, Paris, 1932-1935.

Numérisations : tome 1 (A-G) tome 2 (H-Z) .

: 1992-2024

gauche|vignette|Les Académiciens en 2007.L'élaboration de la neuvième édition du DAF commence sous la direction de Maurice Druon avec la publication en 1986 d'un premier fascicule, puis du premier tome en 1992. Cette entreprise se poursuit sous la direction d'Hélène Carrère d'Encausse en 1999. Le travail prend fin sous la direction d'Amin Maalouf avec la publication du dernier tome du Dictionnaire en . Cette édition compte un total de .