thumb|Le seul dreadnought encore existant, l', lancé en 1912.
Le (en anglais abréviation de , « qui ne redoute rien ») est le type prédominant de cuirassé du . Il tire son nom du navire de guerre britannique , lancé en 1906, qui présentait deux caractéristiques nouvelles pour l'époque : son artillerie principale n'était que d'un seul calibre () et il était propulsé par un système révolutionnaire de turbine à vapeur. Son impact fut si grand que les cuirassés construits après lui reprirent ces caractéristiques et furent appelés des . Ceux construits avant furent appelés pré-dreadnoughts.
L'idée de n'équiper les navires que d'un seul calibre pour l'armement principal était étudiée depuis plusieurs années. La Marine impériale japonaise avait commencé à travailler sur ce concept en 1904, mais était restée à une conception plus conventionnelle. La Marine américaine était également en train de construire des cuirassés à canons de type unique. La bataille de Tsushima, en 1905, où les navires russes à bout de souffle furent tous coulés à grande distance par les plus gros canons des navires japonais, fut le déclencheur de la décision britannique d'accélérer les choses. Aussi les Britanniques mirent-ils secrètement en chantier la même année le HMS , premier exemplaire de ce nouveau type de navire à l'artillerie « », ce qui signifie littéralement « tout en gros canons », pour le lancer en 1906 et l'achever dans l'année. L'apparition de ce bateau relança une nouvelle course à l'armement, principalement entre le Royaume-Uni et l'Empire allemand mais avec des répercussions dans le monde entier. Cette nouvelle classe de navire surclasse tous les types de navires préexistants et du même coup rend obsolète les nombreux cuirassés de la Royal Navy.
Les développements techniques continuèrent rapidement pendant l'ère des dreadnoughts, avec des changements dans l'armement, le blindage et la propulsion. Côté armement, après le HMS Dreadnought, on chercha à multiplier les canons de 12 pouces (), puis Américains et Britanniques franchirent le pas du (), puis, au début de la Première Guerre mondiale, adoptèrent le (). À partir de là, ces navires furent dénommés « super-dreadnoughts ». La seule bataille ayant opposé des flottes de dreadnoughts durant ce conflit fut la bataille du Jutland en 1916, entre la marine britannique et la marine impériale allemande.
Le terme « » pouvait aussi inclure les croiseurs de bataille, type de navire dont les caractéristiques sont similaires à celles du cuirassé mais avec un blindage plus léger, et une plus grande vitesse.
Origines L'artillerie composée uniquement de canons de très gros calibres, particularité des , fut développée dans les premières années du lorsque les marines cherchèrent à améliorer la puissance de feu et la portée. La majorité des pré-dreadnoughts possédaient une artillerie principale composée de quatre canons de , une artillerie secondaire de six à huit canons à tir rapide dont le calibre variait de 119 à et d'autres armes plus légères. Certaines classes emportaient une artillerie secondaire peu inférieure à l'artillerie principale, avec des canons de . À partir de 1903, plusieurs projets de navires utilisant uniquement l'artillerie lourde furent lancés dans plusieurs pays.
Ce type de conception apparut simultanément dans trois marines. La Marine impériale japonaise autorisa la construction du Satsuma possédant douze canons de , commencée en après une commande de 1904. La Royal Navy commanda le en et sa quille fut posée en octobre. L'US Navy ordonna la construction de l'USS Michigan en mars, la construction démarra en .
Le passage vers une artillerie monocalibre offrait un avantage en matière de puissance de feu et de portée. Les nouveaux canons de avaient une meilleure portée et étaient plus puissants que les canons de 254 ou de . Certains historiens considèrent également que cela a amélioré le contrôle de tir ; à longue portée, les canons visent en se fiant aux gerbes produites lorsque les obus tombent à l'eau lors des salves, et il était presque impossible de distinguer les gerbes faites par les différents calibres. L'importance de ce point sur l'évolution de l'artillerie navale reste sujet à controverseM. Seligmann, New Weapons for New Targets, International History Review, juin 2008..
Artillerie à longue portée Dans les batailles navales des années 1890, l'arme décisive était le canon de moyen calibre (), à tir rapide, opérant à courte portée, car l'artillerie navale était incapable de viser une cible à longue portéeÀ courte portée, l'obus suit une trajectoire quasiment rectiligne et les canons peuvent être pointés directement sur l'ennemi. Sur les navires de guerre, cela est compliqué par le roulis du navire. À longue portée, le canonnier doit incliner son canon pour que l'obus suive une trajectoire parabolique. Cela nécessite au préalable l'évaluation correcte de la distance de la cible, ce qui à l'époque était problématique. . À courte distance, les canons légers pouvaient tirer rapidement une grande quantité d'obus sur la cible. À la bataille du fleuve Yalou en 1894, les Japonais ouvrirent le feu à sur des navires chinois, mais la plus grande partie de l'engagement se déroula à seulement .
Au début des années 1900, les amiraux britanniques et américains s'attendaient à ce que les futurs cuirassés commencent leur engagement à longue portée du fait de l'amélioration de la portée des torpillesLambert, Sir John Fisher's Naval Revolution, . En 1903, l'US Navy commanda une torpille efficace à . Les deux nations conclurent que l'engagement devrait se faire à plus longue distance. En 1900, John Arbuthnot Fisher, commandant de la flotte en Méditerranée, ordonna que l'entraînement au tir se déroule à une distance de avec des canons de Lambert, Sir John Fisher's Naval Revolution, . En 1904, le Naval War College étudia les effets sur les tactiques navales de torpilles ayant une portée de .
La portée des canons légers et moyens était limitée et la précision diminuait fortement à longue distanceLes projectiles légers ont un faible ratio masse sur surface frontale, ce qui signifie qu'ils sont plus vite ralentis par la résistance de l'air.. À longue distance, l'avantage de la cadence de tir diminuait également ; la précision des tirs dépendait de l'endroit où tombaient les obus de la précédente salve d'où la nécessité de pouvoir distinguer la salve en question.
Dans les premières années du , la distance efficace des canons lourds augmenta. Cela fut établi pendant les exercices de tir et durant la bataille de Tsushima en 1905À partir de 1904, l'artillerie avait fait de tels progrès que des tirs décisifs pouvaient être réalisés à longue distance. Cette conclusion fut confirmée par les batailles de la guerre russo-japonaise mais les plans pour des navires avec une artillerie uniformément lourde existaient déjà auparavant, basés sur des tests faits en temps de paix. .
Les pré-dreadnought vignette|Le HMS Agamemnon, un semi-dreadnought de la , était armé de quatre canons de et dix de . Pour augmenter la puissance de feu des cuirassés, une solution était de réduire l'artillerie secondaire et de la remplacer par des pièces de 230 ou . Ces navires désignés comme pré-dreadnought correspondaient aux classes britanniques , , française et japonaise avec le Satsuma. Néanmoins il y eut de vives discussions sur l'opportunité de supprimer l'artillerie secondaire.
L'édition de du Naval Institute contenait les commentaires de P.R. Alger, l'expert en artillerie de l'US Navy, qui proposait une artillerie principale de huit canons de en tourelles doubles. En , le bureau de la construction navale proposa la conception d'un cuirassé équipé de douze canons de en six tourelles, deux aux extrémités et quatre sur les côtés. Le lieutenant H.C. Poundstone proposa au président Roosevelt un papier défendant la construction de navires plus imposants. Le collège naval et le bureau de la construction développèrent ces idées entre 1903 et 1905. Des études commencées en « montrèrent qu'un navire équipé de douze canons de disposés en hexagone serait équivalent à trois navires de conception conventionnelle ».
Dans la Royal Navy, la même tendance se développa. Une conception circula en 1902 pour « un navire puissant équipé de quatre canons de et douze de », citant un article de l'INA du 9 avril 1919 par Sir Philip Watts.. Cependant, l'Amirauté privilégia le lancement de trois autres navires de la (un mélange de canons de 305, 230 et ). Le concept fut relancé pour la . Des restrictions sur la longueur du navire forcèrent les architectes à réduire le nombre de canons en supprimant les canons de et une partie de ceux de . Le concepteur de la classe, J.H. Narbeth, avait soumis l'idée de douze canons de mais la Royal Navy n'était pas encore prête à accepter cette idée. L'une des raisons invoquée pour conserver ce type de navires était le besoin de construire rapidement des navires pour faire face à la tension provoquée par la guerre russo-japonaise.
Les débuts des conceptions « all-big-gun » Le remplacement des canons de 152 et par des canons de calibre 234 et a permis d'accroître la puissance de feu des cuirassés, particulièrement à longue distance. Cependant, un armement uniformément composé de canons lourds offre d'autres avantages. Cela permet, par exemple, de simplifier la logistique en utilisant des obus de même calibre. De plus, un armement uniforme ne nécessite qu'une seule série de calculs pour la conduite de tir. Certains historiens considèrent aujourd'hui qu'un armement de calibre uniforme était nécessaire pour éviter la confusion entre les gerbes provoquées par les obus de différents calibre lors des salves. Cependant, ce point est controversé car le contrôle de tir de 1905 n'était pas assez avancé pour utiliser la technique de la salve, lors de laquelle les confusions sont les plus fréquentes, et cette considération ne semble pas avoir influencé le développement de l'armement uniforme. Néanmoins, la probabilité d'engagements à longue portée fut importante dans le choix des canons les plus lourds, d'où le choix de canons de au lieu de canons de .
De plus, les nouveaux canons de disposent d'une plus grande cadence de tir, retirant ainsi l'un des avantages des canons de calibre inférieur. En 1895, un canon de pouvait tirer un coup toutes les quatre minutes ; en 1902, deux coups par minute étaient courants. En 1903, l'architecte naval Vittorio Cuniberti publia un article dans Jane's Fighting Ships intitulé « Un cuirassé idéal pour la flotte britannique », plaidant pour la construction d'un navire de armé de douze canons de , protégé par de blindage et possédant une vitesse de 24 nœuds (). L'idée de Cuniberti (qu'il avait déjà proposée à la flotte italienne, la Regia Marina) était d'utiliser la haute cadence de tir des nouveaux canons de pour produire un déluge d'obus de fort calibre en remplacement de la « pluie » de projectiles de plus petit calibre. Cette augmentation de la cadence de tir nécessitait en revanche une amélioration importante de la conduite de tir.
Les premiers dreadnoughts thumb|Le britannique, le premier .
Au Japon, les deux cuirassés du programme naval 1903-1904 furent les premiers à posséder un armement uniformément lourd avec huit canons de . Cependant, le blindage était trop mince ce qui nécessita une reconception importante. Les pressions financières dues à la guerre russo-japonaise et le manque de canons de firent que les navires furent équipés d'un mélange de canons de 305 et . De plus, ils étaient propulsés à l'aide de machines à vapeur à triple expansion.