Hovhannes Khatchatouri Bagramian (en ), également connu sous la forme russifiée de son nom, Ivan Khristoforovitch Bagramian (en ), né le ( selon le calendrier grégorien) dans le village de Tchardakhly, appartenant au gouvernement d'Elizavetpol dans l'Empire russeActuellement en Azerbaïdjan, c'était jusqu'au conflit du Haut-Karabakh un village de peuplement exclusivement arménien., et mort le à Moscou en URSS, est un maréchal soviétique d'origine arménienne.

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, Bagramian a été le premier officier non-slave de l'Armée rouge à devenir commandant d'un front.

L'expérience de Bagramian dans la planification militaire lui permit de se distinguer comme un commandant efficace dans les premiers stades des contre-offensives de l'Union soviétique contre le Troisième Reich. Il reçut son premier commandement d'unité en 1942. En novembre 1943, il reçut le commandement du premier front de la Baltique.

Biographie De 1897 à 1941 Son nom de baptême signifie « Jean ». Il naît dans une famille arménienne pauvre : son père, Khatchatour Bagramian, est un ouvrier cheminot autodidacte qui devient starost du village, car il était estimé pour sa sagesse, et sa mère, Mariam, est la fille d'un forgeron de village et s'occupe de ses sept enfants. Il reçoit sa première éducation à l'école paroissiale arménienne d'Elizavetpol et ensuite de 1907 à 1912 étudie à l'école des chemins de fer de Tiflis, puis de 1912 à 1915 dans une école supérieure technique et en sort avec son diplôme de technicien supérieur.

thumb|right|Bagramian en 1916.

Il ne travaille que quelques mois comme employé des chemins de fer impériaux, car il se porte volontaire pour partir au front en 1915 et il russifie son prénom en « Ivan »« Jean » en russe. Ses états de service sont décrits sous son nouveau nom. Il signe plus tard son autobiographie en tant qu'Ivan Khristoforovitch Bagramian.. Il combat au sein d'un bataillon d'infanterie, puis dans le d'infanterie des garde-frontières. Jusqu'en , il est dans le Caucase dans un régiment de combat de la cavalerie. Considéré comme brave et lettré, il est accepté pour faire ses classes de sous-lieutenant dans une école militaire, jusqu'au début 1917. Il accueille la révolution de Février avec enthousiasme et soutient par la suite un parti nationaliste arménien proche de la Fédération révolutionnaire arménienne. L'Arménie est pour quelque temps indépendante, aussi Bagramian s'engage-t-il dans des combats contre les forces turques (soutenues par l'Empire allemand). Il fait partie du de tirailleurs, puis du de cavalerie de la division arménienne de l'éphémère Première République d'Arménie, sous le commandement du général Silikian (ou Silikov).

Cependant en 1920, il s'oppose au gouvernement arménien dachnak et rejoint les insurgés de , puis s'engage dans l'Armée rouge arménienne au grade de commandant d'escadron du arménien. Il prend part au sein de la à la liquidation des places fortes du régime et soutient la cause de l'internationalisme socialiste, en appuyant la prise de pouvoir des bolchéviques en Arménie, puis en Géorgie. Il demeure commandant d'escadron jusqu'en . De mars à , il est secrétaire de la représentation militaire de l'Arménie bolchévique auprès de la Géorgie, puis retourne à l'escadron. Il dirige aussi le contre-espionnage de son régiment jusqu'en . La guerre civile s'achève et Bagramian, après avoir terminé ses cours de commissaire militaire, est nommé en 1923 commandant du régiment de cavalerie de Leninakan au sein de la division d'infanterie arménienne.

Il est envoyé à l'automne 1924 à Léningrad pour suivre les cours de l'Académie militaire supérieure de cavalerie. Il y fait la connaissance d'une génération de futurs officiers supérieurs qui joueront un rôle éminent pendant la Seconde Guerre mondiale, comme Joukov, Eromenko, Tchistiakov, Romanenko ou Rokossovski. La formation est accélérée et, au lieu de deux ans, les cours sont menés de manière intensive sur la durée d'une année. Il retourne ensuite dans son régiment d'origine, jusqu'en 1931, date à laquelle il entre dans la prestigieuse Académie militaire Frounzé à Moscou. De là encore, il en sort avec des louanges, car selon son dossier de sortie (appelé « attestat académique » en russe) il y a fait entre autres preuve d'un :

Il est nommé à sa sortie en 1934 chef du département de planification et de préparation des opérations de terrain à l'état-major de la de cavalerie du district militaire de Kiev qu'il dirige jusqu'en 1936. Entre-temps, il est nommé colonel le . Il passe ensuite dans le département équivalent, cette fois-ci à l'état-major de l'armée en . Cependant c'est aussi la période noire de la répression stalinienne, notamment au sein de l'armée. Un dossier est monté contre lui pour avoir servi . Il est heureusement lavé de tout soupçon grâce à l'intervention de Mikoyan. Il est choisi pour entrer en quelques semaines plus tard à la toute nouvelle Académie de l'état-major général, où il fait partie de la même promotion que les commandants de brigade Vladimir Klimovskikh et Johann Berbis et que les colonels Argounov, Skorobogatkine, Trofimenko et Sviridov. Il en sort avec mention très bien en . Le colonel Bagramian devient alors professeur de cette académie et il occupe une chaire de tactique militaire, en s'intéressant particulièrement aux chars d'assaut, comme moyen offensif sur le front des opérations. Toutefois il ne monte pas en grade et contrairement à ses anciens camarades de promotion qui poursuivent une carrière classique sur le terrain il semble se faire oublier. En effet, il n'est pas membre du parti communiste à cette époque de terreur. Il reste au même poste et au même grade jusqu'à l'automne 1940. Il reçoit tout de même en fin de compte le poste de chef du département de la planification des opérations à l'état-major de la du district de Kiev, en septembre. Deux mois plus tard, il est chef en second du département de planification des opérations de tout le district. L'Europe est en proie au feu de la guerre, il va donc sauter le pas et s'inscrire au parti communiste en 1941. Mais ce sont ses qualités qui vont accélérer sa carrière lorsque la guerre éclate quelques mois plus tard.

Grande Guerre patriotique La Grande Guerre patriotique éclate le par l'opération Barbarossa. Bagramian est alors chef du département des opérations à l'état-major du front du sud-ouest, puis chef d'état-major du front du sud-ouest. Il est lieutenant-général à partir de , puis général d'armée commandant le premier front de la Baltique à partir de . En il commande le troisième front biélorusse et devient l'un des vainqueurs de la bataille de Königsberg.

1941 Le district militaire de Kiev qui était sous le commandement du général JoukovC'est lui qui accepta d'y faire servir son ancien camarade de promotion qui le lui avait demandé. devient au déclenchement de la guerre le front sud-ouest. Bagramian est le chef en second de son état-major, sous le commandement du général Kirponos, et chef des opérations de planification de terrain. Il prépare l'organisation de l'opération de Lwow-CzernowitzAujourd'hui Lvov, ou Lviv, et Tchernovtsy. qui se déroule en juin-juillet et constitue l'une des premières contre-attaques soviétiques avec l'utilisation d'engins mécanisés. Mais le les avions allemands attaquent. C'est à côté de Doubno qu'a lieu une terrible bataille de chars. Le général von Kleist avec son blindé (1. Panzergrupp) écrase au bout de cinq jours les unités mécanisées de l'Armée rouge qui battent en retraite le . Les Allemands s'installent dans la région, la Bucovine du nord et l'Ukraine occidentale tombent, et ils se dirigent vers Kiev.

En , Bagramian prend part à la bataille de Kiev qui est menée selon une stratégie défensive. La bataille se termine par une catastrophe pour les Soviétiques. Le , la et l'état-major du front sont encerclés. Alors que Bagramian surveillait la bonne marche d'un convoi militaire, il parvient à miner les flancs-gardes allemands et à s'échapper avec hommes. En revanche, le général Kirponos est tué, ainsi que le chef-d'état-major du front sud-ouest, Vassili Toupikov, et des dizaines de généraux soviétiques tombent ou sont faits prisonniers.

Il reçoit le sa première décoration d'importance, l'ordre du Drapeau rouge.

Pendant la bataille de Moscou, où le désarroi des Soviétiques augmente, Bagramian participe à la planification de contre-attaques dans la région de Rostov-sur-le-Don à l'issue desquelles l'ennemi est chassé de la ville. Lorsque les Soviétiques réussissent à contre-attaquer aussi autour de Moscou (les Allemands sont arrivés à Khimki à moins de de la capitale), Bagramian prépare à l'état-major du front sud-ouest le mouvement de ses troupes vers Moscou. Elles s'attaquent d'abord à la Armée allemande basée à Yelts et l'aile droite du front du sud-ouest parvient en à faire reculer le front de 80 à et à libérer la zone de Yelts, tout en continuant à lutter victorieusement autour de Moscou. Il est nommé en conséquence de ses faits lieutenant-général le , et le jour suivant il commande tout l'état-major du front du sud-ouest. Il met au point l'opération Barvenkovo-Lozovaïa qui aboutit à ce que, dans la seconde moitié de , l'ennemi est repoussé de 90 à à l'ouest et au sud-ouest. Désormais pour les Allemands la communication avec leurs troupes du Donbass est rendue difficile et leur position est fragilisée. Les Soviétiques, après avoir subi de lourdes pertes dans les environs d'Izioum, coupent finalement la liaison Dniepropetrovsk-Stalino par voie de chemin de fer qui était la route principale de la Armée blindée allemande. Pour ce faire, ils s'emparent de la base principale de la Armée allemande (cette armée est commandée par le fameux général Ruoff) située à Lozovaïa, mènent des opérations dans le Donets du nord notamment à Izioum, menacent les Allemands à Kharkov et parviennent à traverser le Dniepr.

1942-1943 thumb|right|Situation de la contre-offensive soviétique du 6 décembre 1941 au 7 mai 1942.

A nouveau le général Bagramian, qui commande l'état-major du front sud-ouest et au front sud-ouest lui-même à partir d', se fait remarquer pour ses qualités de planificateur et de stratège. Pourtant une épreuve terrible va survenir. Après avoir percé, les Soviétiques décident de continuer leur avancée vers Kharkov par une offensive du maréchal TimochenkoNikita Khrouchtchev en tant que membre du conseil de guerre y participe aussi., qui commande alors le front sud-ouest. Les Allemands décident de contre-attaquer le . En deux semaines, soldats sont faits prisonniers et plus de chars de l'Armée Rouge sont neutralisés. Les Allemands perdent quant à eux hommes seulement en seize jours. Ils peuvent désormais se porter plus facilement vers le Caucase et vers Stalingrad. La responsabilité de ce grave échec échoit en fait à Timochenko et à Khrouchtchev, mais Staline n'en tient rigueur qu'au général Bagramian qu'il considère comme seul responsable. C'est encore le général Joukov qui va sauver son ancien camarade de promotion du tribunal de guerre. Il fait remarquer à Staline qu'il faut rechercher les responsabilités au sein de l'état-major général et de la Stavka. Joukov admet aussi que l'Armée rouge manque de commandants en chef expérimentés. Cependant, Staline écrit le pour demander dans une lettre fort sévère au commandement du front sud-ouest de renvoyer Bagramian de son poste. Il compare la défaite de Kharkov à celle de Rennenkampf et Samsonov en province de Prusse-Orientale pendant la Première Guerre mondiale à Tannenberg, ce qui équivaut à une grave condamnation. Cependant, à la fin de la lettre, il donne une seconde chance au général en lui laissant le commandement de la Armée.