Crematogaster scutellaris, la fourmi acrobate, fourmi scutellaire ou fourmi écussonnée., est une espèce de fourmis de la sous-famille des Myrmicinae. Cette espèce arboricole, très commune dans le bassin méditerranéen, se reconnaît à la tête rouge contrastant avec le reste du corps sombre, et à son gastre pointu qu'elle relève en cas de menace. Elle forme des colonies monogynes mais polydomes, dont les nids sont creusés dans le bois (troncs, souches, charpentes) et peuvent compter plusieurs milliers d'ouvrières..
Description C'est une espèce monogyne (avec une seule reine), voire oligogyne (plusieurs reines acceptées par les ouvrières dans la colonie, mais les reines sont agressives entre elles) qui fonde des colonies de manière indépendante. L'essaimage a lieu de septembre à octobre. C'est une espèce très prolifique.
L'ouvrière mesure de 3,5 à 5,0 mm, qui cite .. Sa tête est d'un rouge jaunâtre brillant, qui contraste avec l'alitronc brun et le gastre sombre ; les antennes comptent 11 articles. Le gastre, vu de dessus, a une forme de cœur terminée en pointe. La reine est nettement plus grande que les ouvrières, de l'ordre de 8 mm.
Elle vit dans des nids très peu humides, généralement dans du bois et peut entrer en diapause de novembre à février à environ 13 à 15°C.
Ces fourmis sont facilement reconnaissables à leur tête rouge et à leur abdomen en pointe qu'elles relèvent lorsqu'elles se sentent agressées..
Lorsqu'elle est menacée, l'ouvrière effectue des flexions caractéristiques du gastre..
Confusions possibles Un patron de coloration où la tête, le thorax et le pétiole sont tous brun rougeâtre, avec un gastre noir, correspond à Crematogaster schmidti et non à C. scutellaris, cité par AntWiki.. Sur le terrain, l'identification certaine nécessite l'observation du pétiole et du post-pétiole à la loupe ou au microscope.
Répartition C. scutellaris est signalée du Maghreb jusqu'à l'ouest de la Russie selon certains auteurs, mais les mentions les plus fiables se concentrent entre la Méditerranée occidentale et les Balkans occidentaux (Croatie). Elle est présente notamment en France (Corse comprise), en Espagne, au Portugal, en Italie, en Suisse, en Autriche, en Allemagne du Sud, au Maroc, en Algérie et en Tunisie.
L'espèce est parfois introduite par le commerce du liège : des colonies se sont temporairement installées dans des entrepôts et des usines en Angleterre. Un premier nid extérieur a été découvert en Belgique, dans la région de Bruxelles-Capitale, au printemps 2022..
Habitat et nidification
L'espèce vit dans les milieux naturels comme dans les milieux anthropisés du bassin méditerranéen. Elle y est une espèce dominante dans les arbres, ce qui influence la structure des communautés de fourmis et d'autres arthropodes..
Les nids sont creusés dans les troncs, les souches ou les bois morts, et peuvent abriter jusqu'à plusieurs milliers d'ouvrières. L'espèce occupe aussi les galles de cynips du chêne (Andricus kollari)...
Biologie
Organisation sociale Une étude génétique menée dans une oliveraie de Toscane a confirmé que les colonies sont monogynes (une seule reine) et polydomes : un nid central contient la reine, entouré d'un réseau de nids satellites, souvent répartis sur plusieurs arbres. Les différences génétiques entre nids ne sont pas corrélées à la distance, ce qui suggère une dispersion à longue distance lors de l'accouplement ou de la fondation des colonies. Environ la moitié des rencontres expérimentales entre colonies voisines ont donné lieu à des agressions, celles-ci augmentant avec la proximité spatiale et la ressemblance des profils d'hydrocarbures cuticulaires, un effet interprété comme celui du « voisin désagréable » (nasty neighbour).
Des reines exposées à une dose non létale d'un champignon entomopathogène ont produit des ouvrières plus résistantes au même pathogène, ce qui constitue, selon les auteurs, la première mise en évidence d'une immunisation transgénérationnelle chez les fourmis..
Les ouvrières réagissent à la perturbation du nid (par exemple en frappant le tronc) en sortant en nombre pour défendre la colonie. La fondation des colonies est claustrale et le vol nuptial a lieu de la fin de l'été à l'automne.
Défense chimique Face à d'autres fourmis, les ouvrières fléchissent fréquemment le gastre pour tenter d'appliquer leur sécrétion abdominale sur l'adversaire. La toxicité de ce venin varie fortement selon les espèces testées : certaines meurent après trois gouttes seulement, d'autres résistent à 90 gouttes. Toutes les espèces testées sont en revanche immédiatement repoussées par le contact avec la sécrétion, dont l'activité principale semble donc être la répulsion des autres fourmis. Elle n'est pas utilisée lors des conflits entre ouvrières de l'espèce ni pour capturer des proies.
Régime alimentaire et relations trophiques C. scutellaris est une prédatrice efficace dans la canopée..
Elle exploite aussi des ressources sucrées : le miellat des insectes piqueurs-suceurs : dans les oliveraies méditerranéennes, elle entretient les cochenilles molles, et la présence de ses nids est corrélée à l'infestation par ces cochenilles. ; les pucerons : elle est associée à plusieurs espèces (Aphis fabae, Aphis pomi, Aphis spiraecola, Chaitophorus melanosiphon, Pterocomma rufipes), et transporte dans ses nids de galles des pucerons vivants (Panaphis juglandis), sans trace de prédation. Ceux-ci sont probablement conservés pour passer l'hiver, bien qu'une utilisation occasionnelle comme nourriture ne puisse être exclue ; les nectaires extrafloraux, par exemple ceux de la renouée de Bohême (Reynoutria × bohemica) en Toscane.
Interactions avec d'autres organismes
Punaise diabolique : en laboratoire, l'espèce a un impact prédateur significatif sur tous les stades pré-imaginaux de Halyomorpha halys sauf les œufs. La survie des stades 1 et 2 baisse de 85 à 95 %, celle des stades 3 à 5 de 38 à 52 %.. Mouche méditerranéenne des fruits : des signaux chimiques de la fourmi réduisent le comportement de ponte de Ceratitis capitata. Moineau domestique : dans les nids de Passer domesticus, la présence de la fourmi a été étudiée comme moyen de contrôle de l'acarien hématophage Pellonyssus reedi, avec des résultats variant selon la phénologie.. Myrmécophiles et parasites : le grillon Myrmecophilus fuscus vit dans ses nids en Méditerranée, et le diptère phoridé Menozziola schmitzi est signalé comme parasitoïde.
Interactions avec l'être humain
Du fait de sa prédation sur des ravageurs et de son abondance dans les arbres cultivés, C. scutellaris est étudiée comme auxiliaire potentielle en lutte biologique, notamment contre Halyomorpha halys. Son rôle reste ambivalent, car elle favorise en parallèle les insectes producteurs de miellat, comme les cochenilles dans les oliveraies. Les auteurs de ces travaux concluent à un intérêt probable en complément d'autres antagonistes ou méthodes de lutte, non comme solution unique.
Notes et références Olivier, 1795 : Encyclopédie méthodique. Histoire naturelle. Insectes. Tome 6. Paris, .
Liens externes
Catégorie:Myrmicinae Catégorie:Espèce d'Apocrites (nom scientifique)