Cet article traite de l’histoire de la prostitution en Occident depuis ses origines jusqu'à nos jours. La prostitution (du latin mettre devant, exposer au public) est une activité consistant à accepter ou obtenir des relations sexuelles, en échange d'une rémunération, pendant une période déterminée. Cette activité, qui met essentiellement en relation deux parties, deux individualités (l'individu qui offre des services sexuels et l'individu qui achète ces services), est pratiquée par les membres des deux sexes, mais elle est le plus souvent le fait des femmes pour des raisons socio-politiques liées essentiellement à la domination masculine. La prostitution concerne donc aussi les hommes, qui proposent ainsi des prestations dans un cadre hétérosexuel, homosexuel, travesti ou transsexuel. Les termes génériques employés sont prostitué(e) et client(e).

Tout au long de l'Histoire, ce type d'activité fut tour à tour régulé ou réglementé, sans pour autant écarter l'aspect clandestin voire illégal. La prostitution appartient à l', un domaine longtemps considéré comme tabou, et est l'endroit d'études contemporaines liées aux cultural studies.

Antiquité

La « prostitution sacrée »

La prostitution sacrée est la pratique aujourd'hui révolue, de relations sexuelles dans le cadre d'un culte religieux.

Elle a notamment été pratiquée dans les cultures préjuives (Mésopotamie), et indiennes (monde indien).

Jean Bottéro est un des rares historiens à s'être posé la question des origines de la prostitution dans son ouvrage MésopotamieRéférence:Mésopotamie : l'écriture, la raison et les dieux (Jean Bottéro). Il considère que les premières femmes à avoir été consacrées à la prostitution sacrée pour honorer la déesse de la fertilité, Inanna à Sumer, devenue Ishtar pour les Babyloniens, étaient les femmes stériles ; ne pouvant assurer la procréation au sein d'une famille avec un seul homme, elles trouvent une place dans la société en servant la déesse, devenant l'épouse de tous.

L'historien grec HérodoteLe monde des religions parle dans son premier livre des prostituées sacrées, quelquefois nommées harots des temples d'Ishtar et d'autres divinités des civilisations de Mésopotamie. Le Code de Hammurabi, notamment la loi 181, fait référence à une hiérarchie des prostituées sacrées sans faire ouvertement référence à une rémunération par les fidèles.

La constitution d'une dot Dans de nombreuses sociétés archaïques, ce fut par exemple le cas dans la société étrusque, la prostitution n'était pas mal vue et représentait pour les femmes de condition libre une source de revenus pour se constituer une dot et accéder ainsi au mariage qui était un statut recherché, à la grande indignation des Grecs qui reprochèrent de ce fait aux Étrusques la légèreté des mœurs de leurs femmes.

Dans le monde grec

En Grèce, à Athènes, on attribue à Solon, le père fondateur de la démocratie, au , la création dans tous les quartiers de la ville d’établissements municipaux : l'offre et la vente de corps se déroulent dans des lieux publics, rigoureusement séparés de l'espace privé (l'oikos, la maison) et considérés comme des zones de commercialisation, des espaces qui transforment les humains en produits. Très vite purent s’ouvrir des établissements privés, soumis à autorisation et redevables de taxes.

Les prostitués sont généralement des esclaves, mais peuvent être des jeunes hommes ou des femmes ayant perdu parents ou tuteurs et restés sans ressources. Celles et ceux qui ne sont pas en maison doivent racoler leur clientèle : les ports sont leur terrain de chasse favori et chaque arrivée de bateau voit affluer les prostitués venant sélectionner les patrons ou les riches marchands. À Corinthe par exemple, ville prospère, le temple d’Aphrodite compte plus de prostituées. Par ailleurs, les hétaïres, littéralement, « compagnes, amies », sont des prostituées libres, anciennes esclaves affranchies, qui prodiguaient une distraction intellectuelle, culturelle, mais aussi sexuelle à l'aristocratie. Aspasie (), amante scandaleuse de Périclès, en est une figure.

Rome À Rome, comme ailleurs dans le bassin méditerranéen, ceux qui possèdent des esclaves peuvent en user à leur guise puisque l'esclave est une propriété privée. La femme esclave est d’ailleurs exclue du champ d’application des lois sur l’adultère : son compagnon ne peut l’accuser, que son amant soit le maître ou un tiers. Par ailleurs, les lois condamnant les maîtres qui prostituent leurs esclaves sont si peu efficaces qu’elles vont être souvent reproclamées du , de même que les lois assimilant à l’adultère les rapports sexuels entre la maîtresse et son esclave.

Cependant, la prostitution reste florissante à Rome où elle se présente sous des formes multiples : les prostitués se trouvent en maison signalée par des bougies allumées pendant les heures d'ouvertureLes maisons closes émission Deux mille ans d'Histoire sur France Inter le 20 octobre 2010, dans des auberges, dans des loges, ou dans la rue, devant les arcades (appelées fornix d'où le terme de fornication) comme devant la porte de leurs domiciles. Dans les maisons closes, le client peut échanger un type de jeton, appelé spintria, contre une faveur sexuelle spécifique.

Très tôt, dès le , ils sont inscrits sur un registre spécial et doivent être munis d’une licence d’exercice. Civilement, ils sont frappés d’indignité. Leur condition varie, des plus miséreuses, esclaves, aux courtisans et courtisanes de luxe dont les services se monnaient très cher. Leur population est renouvelée par le trafic d’esclaves alimenté par les guerres et la piraterie : à Délos, esclaves sont vendus chaque jour, et dans l’empire ce sont des dizaines de milliers d’enfants et d’adolescents qui approvisionnent chaque année ce marché du plaisir.

Les ruines d'un lupanar à Pompéi témoignent de l'exercice de la prostitution dans la Rome antique. La profession, jugée dégradante, était cependant licite ; la sexualité n'étant pas bridée dans l'Antiquité comme elle le deviendra dans le monde christianisé. Il est difficile d'avoir une image unique de la prostitution à l'époque romaine. Le proxénétisme, lenocinium, fut souvent l'objet d'interdiction et de punition. Néanmoins la présence de prostitués et prostituées, lenones, atteste du contraire. L'empereur fit même taxer la profession pour augmenter les recettes de l'État. Bien que tolérée, cette pratique n'était pas exempte de risques. Un papyrus du relate un procès entre une vieille femme ayant livré sa fille à la prostitution et l'assassin de cette dernière à qui elle demandait réparation. Certaines époques où l'adultère était puni de mort ont vu des dames de la haute société s'inscrire sur le registre des prostituées pour éviter la condamnation.

Les Hébreux De leur côté, les Hébreux de la Bible instituent un monothéisme qui, par nature, interdit les rites spécifiques aux différents dieux, et donc théoriquement la prostitution sacrée. La prostitution ordinaire est interdite aux femmes et aux hommes du peuple hébreu (Dt 23,18-19)Liste des citations bibliques faisant référence à la prostitution, mais autorisée pour les étrangères. En fait, cette interdiction fonctionne grâce à un tour de passe-passe, car n’est pas appelée « prostituée » la femme que son père prête contre de l’argent, mais seulement la femme qui est sous l’autorité d’un homme et qui, sans son approbation, vend ou donne ses charmes. C’est le détournement du « bien » d’un chef de famille qui est interdit, pas le commerce sexuel.

La Bible montre de fait que les hommes ont facilement recours aux prostituées (Genèse 38,15), alors que les livres de sagesse répètent à qui mieux mieux le conseil d’éviter celles qui prendront les hommes dans leurs filets pour les dépouiller de tous leurs biens. Les recommandations sont du domaine de la prudence, non du respect des personnes, et la prostituée est un personnage bien présent dans le monde biblique.

Les Hébreux connaissaient aussi la prostitution sacrée. D'après le Deuxième Livre des Rois, Josias, vers 630 av. J.-C., « ordonna [...] de retirer du sanctuaire de Yahvé tous les objets de culte qui avaient été faits pour Baal, pour Asherah et pour toute l'armée du ciel [...]. Il démolit la demeure des prostituées sacrées, qui était dans le temple de Yahvé [...] »Deuxième Livre des Rois, 23:4 et suivants.. Ce passage est souvent interprété comme renvoyant à de la prostitution au sein du temple, alors que le terme hébreu d'origine peut simplement désigner l'adoration religieuse sans connotation sexuelle, comme dans l'expression « se prostituer auprès d'autres dieux ». Ailleurs dans la Bible, la prostitution sacrée, au sens littéral, est clairement évoquée dans le Deutéronome XXIII:18. Quant à l'histoire de Tamar, dans la Genèse XXXVIII, qui fait également allusion à la prostitution, rien n'indique qu'il s'agisse de prostitution sacrée.

Christianisme ancien

Le Jésus des Évangiles a une attitude très personnelle avec les prostituées qu’il traite amicalement et qu’il donne en exemple de foi : « En vérité je vous le dis, les publicains et les prostituées arrivent avant vous au royaume de Dieu » (Matthieu 21,31). La prostituée est coupable d’une grave faute morale, mais elle peut être sauvée par la foi.

Par la suite, la tradition chrétienne considère la prostitution comme un moindre mal. Les Pères de l'Église en témoignent, d'Augustin d'Hippone au , qui estime qu’elle est naturelle et permet de protéger les femmes honorables et les jeunes filles du désir des hommes, jusqu'à Thomas d'Aquin au , qui juge qu’elle est nécessaire à la société comme les toilettes à une maison : cela sent mauvais, mais sans elle(s), c’est partout dans la maison que cela sentirait mauvais. La prostitution est d’ailleurs tellement naturelle que, pour plusieurs théologiens, il est préférable qu’une femme pousse son mari à y recourir plutôt que de consentir à certains rapports sexuels considérés, eux, comme de graves péchés.

En Arabie À l'époque anté-islamique, la répudiation d’une femme par son époux la laissait sans droits et sans recours. Conséquence de la condition féminine de l'époque, un homme épousait à sa guise et en même temps le nombre de femmes qu’il voulait, et qui dépendaient souvent de lui pour survivre ; de la même manière, il pouvait aussi en répudier autant qu’il voulait, sans avoir d’obligations légales vitales vis-à-vis d’elles.

Assez vite, ces femmes répudiées se retrouvaient dans la misère. Lorsqu’elles ne tombaient pas en esclavage dans le strict sens du mot, elles se livraient à la prostitution. Pour attirer l’attention, elles avaient souvent la poitrine nue, à l’image des prostituées sacrées, connues en Mésopotamie et en Inde, régions avec lesquelles la péninsule arabique commerçait et avait des échanges culturels et humains intenses.

Les lieux où se pratiquait la prostitution étaient signalés par un drapeau rouge, d’où le nom des "femmes aux drapeaux". Lorsqu’une prostituée mettait au monde un enfant, une femme physionomiste qafah indiquait lequel des hommes ressemblaient à l’enfant et le lui attribuait. S’il s’agissait d’un enfant que l’on n’avait pas attribué, le propriétaire de la prostituée se l’attribuait et en faisait le commerce. Mais dès l’apparition de l’islam, les choses changèrent car la religion condamnait la prostitution comme péché, notamment par l'interdiction du proxénétisme, et par l’obligation du respect des femmes, de leur droit de choisir un mari. La polygamie légale en islam permettait également à des femmes veuves ou orphelines d'acquérir une protection et une familleLouis Massignon, "Le Coran condamne le proxénétisme" Esprit, septembre 1953 ().

Moyen Âge occidental