thumb|upright=1.7 |Iris à Yatsuhashi (les huit ponts). Ogata Kōrin. Paire de paravents sur six. Après 1709. Encre et couleurs sur feuille d'or sur papier, ch. Metropolitan Museum of Art
L'école Rinpa (琳派), parfois transcrit « Rimpa », est une des écoles historiques majeures de la peinture japonaise décorative. Mais il ne s'agit pas d'une « école » suivant la tradition japonaise, avec un maître et des apprentis, ses futurs héritiers. Le nom Rinpa vient du nom d'un artiste du milieu de l'époque d'Edo, Ogata Kōrin (1658-1716), auquel on a emprunté le caractère « rin », accolé au caractère « pa » : « faction », « école », mais qui englobe des artistes du début du qui ont fait le choix de s'approprier des éléments du style introduit par les premiers ou leurs successeurs.
Ce terme, « Rinpa », littéralement « l'[école] de Korin », est donc attribué rétrospectivement à des artistes divers qui utilisent certains traits stylistiques initialement mis en usage au début du par deux artistes. En effet le mouvement dans lequel s'était situé Korin était apparu au tout début du , début de l'époque d'Edo, avec les artistes Hon'ami Kōetsu (1558-1637), qui pratiquait essentiellement la calligraphie, la céramique sans décor et le laque, et Tawaraya Sōtatsu (mort aux alentours de 1643), qui pratiquait la peinture décorative. Ils ont parfois travaillé ensemble, mais pas de manière constante.
Une cinquantaine d'années plus tard, les frères Ogata Kōrin et Ogata Kenzan se sont approprié des éléments du style de leurs prédécesseurs. Dans cette seconde vague, la peinture décorative se trouve encore associée, souvent, aux poèmes calligraphiés illustrés, mais on voit apparaître la céramique décorée avec les objets laqués d'Ogata Kenzan. Puis des publications firent circuler ces motifs, qui virent leur application s'étendre au vêtement, les kosode (kimono), tout en étant repris, ponctuellement, par d'autres artistes.
La production de ce courant décoratif Rinpa perdure jusqu’à aujourd’hui.
Contexte initial et caractéristiques L'art à Kyoto, capitale impériale / Edo, centre politique et administratif centre|vignette|650px|Afin de pouvoir mesurer l'énorme écart entre la voie choisie par les fondateurs de l'école Rinpa et son contexte artistique et politique, voici, dans un style héritié de celui de l'école Tosa : Scènes dans et autour de Kyoto. Ici l'accumulation d'anecdotes détaillées, alors que pour Kōetsu et Sōtatsu leurs réalisations ne comptent que des évocations allusives, des formes simples, des compositions brèves. Paravent (de g.) à six feuilles, d'une paire. Encre et couleurs, papier, or, , v. 1615. Iwasa MatabeiIwasa Matabei est souvent vu comme le père de l'ukiyo-e. . , Musée national de Tokyo.
Sōtatsu et Kōetsu Le peintre qui signe, à partir de 1616, du nom de Sōtatsu semble avoir été nommé Tawaraya, qui pourrait être le nom de son atelier, auparavantOkudaira Shunroku dans . Les activités connues de ce type d'atelier de décoration, à Kyoto, réunissent toutes les disciplines en lien avec la peinture : enluminure, peinture sur éventail, lanternes, coquillages et paravents, dessin d'architecture, dessin sur textile, poupées. Ils n'étaient pas seulement tournés vers le public mais aussi vers l'empereur, sa cour et l'aristocratie. Hon'ami Kōetsu, né dans une famille qui vivait de l'expertise des sabres, est manifestement un personnage raffiné, calligraphe réputé, au style d'écriture enlevéMatsubara Ryūichi et Fukui Masumi dans . Sa participation, aux côtés du deuxième maître de la famille Raku a ouvert la voie d'une expression plus personnelle dans l'art de la céramique. Il entretient aussi des relations avec les shoguns Tokugawa et avec d'autres figures de l'élite. Tous deux voulaient raviver le raffinement et l'élégance de la Cour impériale de Heian (794-1185)Hosomi Yoshiyuki dans . Les métaux précieux, l'or et l'argent, sont largement utilisés avec la calligraphie (en général de Kōetsu) très déliée, fluide, et des procédés picturaux (en général de Sōtatsu) souvent d'une extrême économie de moyens: courbes tracées d'un unique coup de pinceau, pour évoquer l'herbe, estampage ou empreinte de plantes ou de gros points, ailleurs, un vol d'oiseaux : des groupes habilement disposés et tracés de deux coups de pinceaux posés en croix : il n'en faut pas plus, c'est chaque fois un oiseau différent qui plane !
Le rappel de l'époque de Heian En 1602 le nom de Sōtatsu apparait pour la restauration d'un recueil de sutras, ancien. Il s'agit d'une offrande déposée dans un sanctuaire par la famille Heike en 1164, à la fin de l'époque de Heian (aux ). L'époque de Heian (794-1185) est considéré comme « l'âge d'or » de la culture japonaise. Pour les paysans ce ne fut pas un âge d'or. Pierre-François Souyri (Nouvelle histoire du Japon, 2010) souligne, comme tous les auteurs, la très grande misère paysanne, les paysans ruinés qui fuient à travers le pays, et les réformes qui, en fin de compte ne profitent qu'à l'aristocratie et aux religieux. Dans le même temps, la classe dirigeante ne cesse de pressurer le pays. Francine Hérail (L'histoire du Japon, des origines à nos jours, 2009, , ) a ces mots : La beauté de la capitale et du palais, la splendeur des grands temples bouddhiques [...] étaient procurés par les provinces. Longtemps la cour et ses annexes ont pompé toutes les ressources disponibles du pays.. À cette époque le Japon s'émancipe, peu à peu, de son rapport à la Chine pour s'engager dans une voie originale. Bien que le chinois demeure la langue officielle de la Cour impériale de la période Heian, l'introduction des kana favorise le développement de la littérature japonaise. Ce sont les premiers romans de la littérature mondiale, comme Le Dit du Genji (), et les poèmes waka, tous écrits en caractères japonais et non en chinois classique. La peinture Yamato, Yamato-e, pratiquée à l'époque de Heian, emploie des codes qui se démarquent de la peinture chinoise, en particulier pour la représentation des scènes d'intérieur, selon la perspective aux toits enlevés, et dans la stylisation des corps en habits de cour, des hommes comme des femmes. Ce sont ces peintures qui enluminent les textes des romans, sur les emaki (rouleaux narratifs peints), et des poèmes, ou des contes, comme les contes d'IseFukui Masumi dans , sur des feuilles séparées. L'atelier Tawaraya produisait probablement ces feuilles carrées, shikishi, ou oblongues, tanzaku. La référence à l'époque de Heian, au style très particulier des enluminures de ce recueil, aura une importance essentielle pour SōtatsuOkudaira Shunroku dans et ensuite pour toute l'école Rinpa. Le début de l'époque de Kamakura (1185-1333), qui suit l'époque de Heian, sert aussi de référenceFukui Masumi dans .
Il faut dire, à ce propos, que cette référence vers l'âge d'or de la culture japonaise concerne en premier lieu l'aristocratie, la cour de l'empereur et l'empereur, lui-même, Go-Yōzei (1572-1617) et Go-Mizunoo (1596-1680), ainsi que les riches marchands de Kyōto au cours de ces années qui voient s'affirmer définitivement la puissance guerrière de Tokugawa Ieyasu (1543-1616) et de sa dynastie. Edo est promue capitale administrative et économique en 1603, tandis que Kyoto, avec l'empereur se veut le centre culturel de l'empire. La référence à l'époque de Heian est clairement une démarche élitiste, pour exemple, la littérature de Heian n'était répandue que parmi la cour et le clergé bouddhiste.
Cette culture raffinée, autour de l'empereur, aux références littéraires constantes, se distingue de celle valorisée par les guerriers. Les nouveaux potentats, comme les Tokugawa, s'entourent de signes ostentatoires de la puissance, figures monumentales de lions, portraits de guerriers, et de vastes scènes détaillées avec une application laborieuse des écoles Kanō et Tosa (fondées seulement au ). De son côté, l'aristocratie avec l'empereur à sa tête, vont se distinguer par le choix du style Yamato, de la fin de l'époque de Heian , avec ses codes si particuliers et sa sobriété, style qui échappe à l'application laborieuse, au dessin fignolé, et joue plus sur le pouvoir de l'évocation poétique - où ce qui est représenté acquiert une force de suggestion dans un contexte littéraire plus ou moins explicite.
L'art zen au début du Au début du , après de longues années de guerre civile (Guerre d'Ōnin) et d'instabilité sociale, le gouvernement Tokugawa centra ses efforts sur une gestion maîtrisée des affaires de la nation et le Néoconfucianisme - tradition tournée principalement vers les valeurs éthiques et sociales - prit le pas sur la philosophie du zen en tant que mode de pensée dominant dans le pays.
L'intérêt national se tournait alors vers les grands ateliers de l'École Kanō et vers Tawaraya Sōtatsu ; le zen et les arts qui y étaient associés, lorsqu'ils l'étaient, et bien qu'ils fussent toujours largement pratiqués, furent néanmoins relégués au second plan et perdirent la bénédiction du gouvernement central. C'en était fini de la grande vogue d'un zen soutenu par les plus hautes autorités. C'est le suibokuga, l'un des arts associés à ce courant spirituel désormais exclu des feux de la rampe, qui allait devenir le mode d'expression fétiche de l'artiste marginal qu'était Niten, plus connu sous le nom martial de Miyamoto Musashi (1584-1645).
Fondateurs de l'école Rinpa
vignette|Calligraphie de Hon'ami Kōetsu. Poème : Renkyushita Waka, v. 1600. Encre sur papier, H. 33 cm. Musée national de Tokyo vignette|Scène de Sekiya du Roman de Genji. Tawaraya Sōtatsu, début . Paravent à six feuilles, or et couleurs sur papier, H. 151,7 ; L. 354 cm. Musée d'art Seikadō Bunko
Hon'ami Kōetsu appartient à une famille de polisseurs de sabres, au nord de Kyoto, qui avait servi la cour impériale ainsi que les deux plus grands chefs militaires de l'époque, Oda Nobunaga et Toyotomi Hideyoshi ; ils entretenaient par ailleurs des relations avec les shoguns Ashikaga. Le père de Kōetsu expertisait des sabres pour la noble famille des Maeda, et Kōetsu lui-même poursuivit, avec la famille Maeda, ces expertises et la réparation des lames, des laques et de la nacres - matières employées pour les poignées et les gardes d'épées - en plus d'autres activités similaires qu'il avait dans le domaine de l'art, activités qui le mirent en contact avec des personnalités artistiques. Ceci l'amena, à côté de son talent dans l'expertise des sabres, à s'investir plus dans le domaine de la peinture, de la calligraphie, du travail de la laque, et enfin à en faire un collectionneur de calligraphies anciennes et un amateur de la cérémonie du thé auprès du maître de thé Furuta Oribe (1543-1615). Il fut, dans ce domaine de la céramique japonaise, un créateur de bols à thé selon la technique du Raku. Son propre style, en peinture, s'inspire de sa connaissance de l'art aristocratique de la période Heian.
Kōetsu connaissait Tawaraya Sōtatsu. Au début de sa carrière, cet artiste travaillait dans un atelier - l'atelier Tawaraya - qui procurait à l'empereur et à sa cour des papiers décorés pour la calligraphie. Dans cet atelier, en tant que Tawaraya, il peignait aussi des éventails, avant de recevoir des commandes plus importantes, comme la restauration d'un ancien recueil de poèmes de l'époque de Heian. Cette époque apparaissait, tant à l'empereur qu'à sa cour, comme un âge d'or, que chacun faisait revivre par les poèmes, mis en parole, peut-être en musique, mais surtout, pour nous, en calligraphies inspirés sur des papiers décorés choisis, pour être en accord avec la poésie prévue.