La cire d'abeille est la cire naturelle particulière sécrétée par les abeilles à miel. Elles l'utilisent pour construire les rayons de leur ruche afin d'y stocker le miel, le pollen et leur couvain.

Chimiquement, la cire d'abeille se compose principalement d'esters d'acides gras et de divers alcools à longue chaîne.

Histoire L'utilisation de la cire d'abeille est attestée dès la fin du , notamment sur le site archéologique de Dikili Tash..

Mis à part la cire des abeilles à dard, la cire des abeilles sans dard, les meliponini ou mélipones a aussi été utilisée historiquement. La cire noire de cette abeille fut aussi utilisée par les enfants et d'autres pour modeler des figures humaines et animales grotesquesAnthropological Papers, No. 3 The Caribs of Dominica. By DOUGLAS TAYLOR..

Description

La cire d'abeille (nom scientifique : cera alba) est réalisée à partir des écailles blanches et transparentes qui apparaissent à l'ouverture des quatre paires de glandes cirières situées sous l'abdomen de l'abeille.

La nouvelle cire est d'abord limpide et incolore, devenant opaque après la mastication et l'adultération avec le pollen par les abeilles ouvrières de la ruche. En outre, la cire devient progressivement plus jaune ou brune par l'incorporation d'huiles de pollen et de propolis. Les écailles de cire ont une largeur d'environ et une épaisseur de , et environ 1100 sont nécessaires pour former un gramme de cire.

Pour que les abeilles cirières sécrètent de la cire, la température ambiante dans la ruche doit être de . Les cirières consomment de miel pour pouvoir produire de cire mais ce kilo de cire permettra ensuite de bâtir assez d'alvéoles pour contenir 27 kilos de miel.

« Étrange sueur presque aussi blanche que la neige et plus légère que le duvet d'une aile », dont la production se réalise par une augmentation de température « au plus profond de la foule » agglomérée en un cône (Maurice Maeterlinck, La vie des abeilles, livre III, chap 12 et 13)..

Extraction

Utilisation

La cire d'abeille est comestible, en raison de sa toxicité négligeable similaire aux cires végétales. Elle est approuvée comme additif alimentaire dans la plupart des pays, ainsi que dans l'Union européenne sous le numéro E901. Cependant, les monoesters de la cire d'abeille sont mal hydrolysés dans les intestins humains (et d'autres mammifères), de sorte qu'ils ont une valeur nutritive insignifiante. La cire est utilisée par exemple comme revêtement pour le fromage. L'étanchéification à l'air limite sa détérioration (croissance des moisissures) Beeswax absorption and toxicity. Large amounts of such waxes in the diet pose theoretical toxicological problems for mammals..

L'encaustique est un produit constitué de cire d'abeille et d'essence de térébenthine. Il est utilisé pour la protection et le lustrage de finition de nombreux matériaux comme les meubles, les parquets, les cadres en bois..

La peinture à l'encaustique est une technique artistique utilisant des couleurs délayées dans de la cire d'abeille fondue, employée à chaud.

La cire d'abeille est une cire de qualité alimentaire. Elle est utilisée pour la fabrication de beeswax wrap, un emballage alimentaire réutilisable. constitué d'une toile textile de coton fusionnée à de la cire d'abeille, la rendant souple, étanche, auto-adhérente et adapté au contact alimentaire.

La cire d'abeille est aussi utilisée par les industriels de la cosmétique pour les produits de beauté comme les crèmes, les lotions, les onguents et les rouges à lèvres, pour ses propriétés occlusives, émollientes et humectantes, ainsi que son rôle dans le soutien de la barrière cutanée et la formulation de produits dermatologiques..

C'est un excipient pharmaceutique mentionné dans la pharmacopée ancienne (dont en Égypte), comme permettant de donner de la consistance aux pommades et onguents, d'améliorer la conservation de préparations médicinales, et à former un film protecteur sur la peau ou à protéger des plaies (par ses qualités émollientes, hydrophobes et antibactériennes). Elle n'est plus très utilisée en pharmacie de nos jours, remplacée par des excipients synthétiques, mais reste utilisée dans certaines préparations magistrales et en apithérapie. Elle semble avoir été utilisée qu Néolithique (vers 6500 ans avant notre ère) pour combler et protéger les cavités de dents abimées...

Ses propriétés hydrophobes et antibactériennes en faisaient l'un des principaux ingrédients de la momification par les embaumeurs de l'Égypte de l’AntiquitéCONNAN J (2005) « La momification dans l’Égypte ancienne : le bitume et les autres ingrédients organiques des baumes de momies ou Les ingrédients organiques des baumes de momies égyptiennes : bitume, cire d’abeille, résines, poix, graisse, huilevin », in AUFRERE S. H. (éd.), Encyclopédie religieuse de l’univers végétal, croyances phytoreligieuses de l’Égypte ancienne, , Montpellier, CNRS-Université Paul Valéry – Montpellier III, ..

Elle est également très utilisée pour la fabrication de bougies. Les bougies en cire d'abeille offrent une combustion propre, sans fumée toxique, et dégagent une subtile odeur naturelle de miel. Elles brûlent plus lentement et plus chaudement que les bougies classiques en paraffine.

Caractéristiques Composition typique de la cirePourcentagehydrocarbures14 %monoesters35 %diesters14 %triesters 3 %hydroxy monoesters4 %hydroxy polyester8 %acide d'esters 1 %acide de polyesters 2 %acides 12 %alcool 1 %non identifié6 % La cire d'abeille peut se conserver très longtemps. Sa transformation est simple, un procédé de chauffage et de filtrage suffit à préparer la cire, qui peut être vendue en petits morceaux sans protection particulière. Toutefois ce procédé simple n'assure pas que la cire soit dénuée d'impuretés : en effet, la cire d'abeille (notamment utilisée en apiculture pour fabriquer les cadres de ruches) présente une forte affinité pour les polluants industriels et les pesticides.

Production mondiale +Production mondiale de cire d'abeille en milliers de tonnes d'après la Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture.19641969197419791984198919941999200420092013 30 37 41 44,5 47,5 475257,56060,664,8

Pollution/contamination des cires d'abeilles La pollution des cires d'abeilles est avérée. Selon l'ANSES, en 2025, la quasi-totalité des cires analysées, y compris vendues en France, contiennent des traces de résidus chimiques toxiques. L'élimination complète de ces contaminants lors du processus de recyclage de la cire s'avère actuellement très difficile, voire impossible. Ceci est en partie dû à la nature lipophile de la cire, c'est-à-dire qu'elle absorbe ou adsorbe les corps huileux et de nombreuses molécules insolubles dans l'eau, ce qui transforme les cadres de ruche en « éponges » chimiques capables d'accumuler et de durablement conserver divers contaminants. La contamination de la cire utilisée pour fabriquer les cadres de ruches est un enjeu sanitaire majeur pour l'apiculteur, car affectant directement la santé des colonies et la qualité des produits de la ruche..

En décembre 2025, l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (ANSES) a publié, dans un rapport de 422 pages, un état des lieux exhaustif de ces contaminants pour la France hexagonale, soulignant que le recyclage des cires favorise cette concentration de polluants. Des recherches sont en cours pour mieux définir les seuils toxicologiques de référence pour les contaminants dans la cire et pour développer des indicateurs de risque.

Origine et nature des contaminants Les sources de contamination sont multiples et résultent de l'interaction entre l'activité apicole et l'environnement agricole. Historiquement, les résidus de médicaments vétérinaires, principalement des acaricides utilisés contre le parasite Varroa destructor (comme le tau-fluvalinate ou le coumaphos), ont été identifiés comme polluants majeurs des cires d'abeille. Toutefois, l'expertise de l'ANSES de 2025 nuance ce constat pour ce qui concerne la toxicologie : quand ces traitements sont appliqués aux doses et fréquences prescrites, ils ne représentent qu'une part mineure du risque toxicologique globalAnses3Dec2025 ; le risque principal provient désormais des contaminants environnementaux, et agricoles notamment. Les abeilles, via le nectar, le pollen et l'eau, rapportent à la ruche des résidus de produits pesticides (insecticides, fongicides, herbicides). Parmi les substances les plus préoccupantes, les pyréthrinoïdes sont détectés dans plus de 40 % des échantillons de cires gaufrées commercialisées et présentent le quotient de risque le plus élevé pour les abeilles. Ce risque est aggravé par le piperonyl butoxyde (ou PBO), retrouvé dans plus de 50 % des échantillons, car ce synergisant démultiplie la toxicité des insecticides en inhibant les enzymes de détoxification des insectes , pour augmenter l’efficacité des pyréthrinoïdes et d'autres produits insecticides ou acaricides). Des analyses antérieures montraient déjà que près de 98 % des cires pouvaient contenir au moins un résidu de pesticide.

En marge de ces pollutions chimiques, la cire peut aussi faire l'objet d'une adultération.. Des substances étrangères, telles que des paraffines, cérésine, de la Stéarine ou des graisses animales (suif), peuvent y être ajoutées pour en réduire les coûts, ou dans le cadre d'une fraude. Les analyses récentes montrent que 70 % des échantillons de cire d'abeille vendue en France contiennent de la paraffine, mais en faible quantité (moins de 1 %), suggérant une contamination résiduelle due à des recyclages successifs plutôt qu'une falsification intentionnelle. En revanche, l'acide stéarique, bien qu'assez rarement retrouvé (moins de 4 % des cas) est à surveiller, car hautement toxique pour le couvain (les larves d'abeilles). L'adultération en était déjà dénoncée il y a plus d'un siècle..

Impact du cycle de recyclage et provenance La toxicité de la cire est très lié à son mode de production et à son origine géographique. Le modèle économique apicole repose largement sur l'achat de feuilles de cire gaufrée fabriquées à partir de cires fondues et recyclées. Ce processus industriel tend à concentrer les polluants chimiques persistants. À l'inverse, la cire la plus saine est la cire d'opercules (celle qui ferme les alvéoles de miel), car elle est fraîchement sécrétée par les abeilles et n'a pas encore subi de cycles de recyclage.

L'origine géographique est aussi déterminante : selon l'ANSES, des enquêtes montrent que les cires produites en France présentent statistiquement moins de risques toxicologiques que celles importées d'autres pays de l'Union européenne ou de pays tiers, où des substances interdites en France peuvent être utilisées et se retrouver dans les circuits commerciaux mondialisés. Les circuits courts, comme le « circuit fermé » où l'apiculteur recycle sa propre cire, offrent les meilleures garanties de sécurité, bien que cette pratique soit souvent réservée aux professionnels disposant d'un cheptel suffisant.

Recommandations et perspectives règlementaires Face à l'impact de ces contaminants sur la mortalité des abeilles, des mesures correctives s'imposent à tous les niveaux de la filière. Pour les apiculteurs, il est recommandé de privilégier l'usage de cires d'opercules françaises et d'utiliser des médicaments vétérinaires hydrophiles, qui s'accumuleront moins dans la cire.

Il n'y a pas encore de définition légale stricte de la « cire d'abeille destinée à l'apiculture », ce qui est une lacune majeure selon l'ANSES qui appelle à établir une définition normative et un seuil de toxicité critique (qui peut se baser sur l'outil Bee Tox Wax, avec un quotient de risque inférieur à ) au-delà duquel une cire devrait être interdite d'usage apicole, avec une traçabilité obligatoire et d'un agrément pour les ciriers, garantissant une transparence sur la composition et l'origine de leurs mélanges de cires.