Hugo Wilhelm Geissler, né le à Strasbourg et mort le à Murat, est, durant la Seconde Guerre mondiale, un officier subalterne de la SS ayant un grade équivalent à celui de capitaine et il fut également Kommandeur de la Sicherheitspolizei (Sipo) et du Sicherheitsdienst (SD) - le « Sipo-SD » - à Vichy.

Éléments biographiques Hugo Geissler naît le , à Strasbourg, dans une qui, depuis 1871, est annexée à l'Empire allemand. Son père, né à Saverne, est employé dans les chemins de fer allemands en qualité de conducteur de locomotive. Sa mère, née également à Strasbourg, est couturière. Il est le deuxième d'une fratrie de cinq enfants.

En 1919, l'Alsace étant redevenue française à l'issue de la Première Guerre mondiale, la famille doit quitter Strasbourg. Le couple s'installe avec ses enfants d'abord à Leipzig, en Saxe, avant de s'établir, peu de temps après à Berlin où, durant son adolescence, Hugo Geissler acquiert une formation technique.

Entre 1930 et 1933, lors d'un long séjour à Paris, Hugo Geissler aurait été chef de réception au Grand-Hôtel, rue Scribe, près de l'OpéraSéjour à Paris indiqué par E. Martres, mais contesté par S. Grundmann.. Parfaitement bilingue, l'allemand étant sa langue maternelle, il parle très bien français, sans accent. De retour en Allemagne, à 25 ans, il choisit de s'installer à Dresde, capitale de la Saxe.

En 1933, le , Hugo Geissler entre dans les SA. Le , il adhère au parti nazi, ayant compris rapidement que sa carrière dépend de son adhésion au parti.

En 1934, toujours fixé à Dresde, Hugo Geissler devient membre des SS. Le , il se marie religieusement avec une jeune fille de Cunewalde.

De 1935 à 1937, Geissler, entré dans la police criminelle, et nommé à Dresde, suit avec la plus grande attention l'ascension du parti nazi et la vie politique de son pays. En 1938, de retour à Leipzig, il devient officier dans le Sicherheitsdienst, appelé couramment le « SD », service de renseignement et de surveillance du parti nazi.

En 1939, il est nommé à Erfurt, en tant que commissaire de police criminelle. Le , les troupes hitlériennes entrent à Prague, en Tchécoslovaquie. À la suite de cette occupation, Geissler est envoyé à Prague où il retrouve le commandant Karl Bömelburg, son mentor.

Durant la Seconde Guerre mondiale Le , Hugo Geissler, SS-Hauptsturmführer (capitaine SS), qui est à Prague, est nommé commissaire de police criminelle (Kriminal-Kommissar) ; il est alors rattaché au service de la Sicherheitspolizei (Sipo), tout en restant membre du Sicherheitsdienst (SD) ; puis il est détaché à Kolín, à l'est de Prague, où il est le représentant de Karl Boemelburg.

Dès , il est muté à Paris, au siège du Sipo-SD, au 72, avenue Foch, service dirigé par Helmut Knochen, colonel SS (Standartenführer) - la Gestapo n'étant, en fait, que la section IV du Sipo-SD. Le , il y apprend que le gouvernement français, à Vichy, a adopté le premier statut d'exclusion des juifs.

Décembre 1940, Vichy : H. Geissler prend ses fonctions Le , le capitaine SS Hugo Geissler (nommé par H. Knochen) arrive à Vichy en tant que chef de la Deutsche Polizei-Delegation (Délégation de la police allemande), avec cinq collaborateursDelarue Jacques, Histoire de la Gestapo, 2011, page 514.. Il exige alors du gouvernement de Vichy la livraison de Fritz Thyssen, industriel allemand réfugié en France, et de sa femme.

À Vichy, boulevard des États-Unis, en bordure de l'Allier, les services du capitaine SS Geissler sont remarquablement situés. Peu après son arrivée, il fait la connaissance d'un Français, Joany Batissier, dit Jany, originaire de Moulins, ancien policier révoqué et réintroduit dans l'entourage de l'amiral Darlan (président du Conseil, jusqu'en ). La sœur de Batissier, Colette, devient rapidement la compagne attitrée et officielle de Geissler.

Le 2 juin 1941, le gouvernement de Vichy adopte le deuxième statut des juifs. Désormais, à partir de cette date, le capitaine SS Geissler, en raison de ses fonctions, est à même de superviser les arrestations et les transferts des juifs apatrides et étrangers en zone libre.

Au début de , Geissler est de nouveau envoyé à Prague, où il est chargé, par Heinrich Himmler, de diriger de lourdes représaillesSelon P. Miannay, mais non évoqué par S. Grundmann. en réponse à l'attentat du (à Prague) contre le général SS Reinhard Heydrich.

En , en ., Hugo Geissler est nommé Kommandeur der Sicherheitspolizei und des Sicherheitsdienstes in Vichy (commandant de la Sipo et du SD) pour l'ensemble du territoire de l'Auvergne et du Bourbonnais - nomination par Heinrich Himmler qui, à Berlin, dirige le Reichssicherheitshauptamt (RSHA), l'Office central de sécurité du Reich.

Dès lors, Geissler dirige le Kommando régional du Sipo-SD, autrement dit le tout-puissant KdS-Vichy, soit un service de police allemand de 75 à 80 policiers ; son service vient ainsi renforcer les forces de police et de répression du gouvernement de Vichy. Il dispose, sous ses ordres, des quatre départements suivants : l'Allier, le Puy-de-Dôme, le Cantal, la Haute-Loire.

À Vichy, le Kommandeur Geissler est le représentant de Carl Oberg, SS-Obergruppenführer (général SS de corps d'armée) qui, à Paris, boulevard Lannes, est le chef suprême des SS et de la police (SD) en France, et qui a le contact direct avec Berlin ; Helmut Knochen étant, avenue Foch, le (commandant de la police de sûreté) pour la France et, à ce titre, le bras droit d'Oberg.

Février 1943, R1 : le Kommandeur vise l'Armée secrète Ayant été alerté par les services secrets allemands de la mise sur pied d'une Armée secrète (AS)La véritable Armée secrète, celle de Jean Moulin et du général Delestraint, composée des formations paramilitaires des trois mouvements de la Résistance, Combat, Franc-Tireur, Libération ; ne pas la confondre avec la formation paramilitaire du mouvement Combat, dite AS de Combat (dans la Loire, Pierre Desgranges en a été le responsable désigné)., en , en région Rhône-AlpesLa Région R1 de la résistance non communiste., dont Lyon est le cœur névralgique, le Kommandeur se donne dès lors un nouvel objectif. Il va être amené à opérer dans trois villes , dont seules Lyon et Saint-Étienne, quoique relativement proches, se trouvent au-delà de la région de l'Auvergne et du Bourbonnais (périmètre habituel de ses interventions).

D'après le rapport Kal, 27 mai 1943., la répression frappe l'Armée secrète. Hugo Geissler orchestre et mène, avec son équipe (dont Batissier, son adjoint), trois opérations importantes destinées à abattre l'AS - commandée, dans le secret d'une armée totalement clandestine, par le général Delestraint.

Depuis l'invasion de la zone libre (), Frenay Henri, La nuit finira, 1940-1945, Paris, Laffont, 1973, page 271. pour les résistants les plus engagés. Le lundi , Geissler, bien renseigné, se trouve justement à Lyon, à l'affût de sa proie... ; place du Pont, il arrête le capitaine Claudius Billon (aviateur, pilote de chasse), premier chef régional de l'Armée secrèteEn septembre 1942, Billon a été désigné par le général Delestraint., et son adjoint, Pierre Lavergne, premier chef régional des Maquis.

Le mercredi , à Saint-Étienne, Geissler et ses hommes, sans doute guidés (?), se dirigent vers le 31, rue Basse-des-Rives, où se déroule une réunion clandestine des cadres de l'Armée secrète Loire. Faisant irruption dans l'appartement du premier étage, ils y arrêtent le lieutenant Gaëtan Vidiani (artilleur), premier chef départemental de l'AS Loire, et les cadres qui font partie de son état-major : Denis Paret, chef départemental Loire de Combat (début , il a succédé à César Garnier, lui-même successeur d'Henri Perrin, arrêté en mai), Gaston Quitaud, chef départemental Loire de Franc-Tireur (en , il a succédé à Jean Nocher, arrêté le 27 du mois), Antoine Rambeaud, membre de Franc-Tireur, et membre du comité directeur de " 93 " (mouvement de résistance ligérien), Roger Laporte, membre du comité directeur de " 93 ", et chef de l'AS pour le secteur de Saint-Étienne, uniquement.

La réunion se tient dans l'appartement de Denis Paret ; sa femme, Louise Paret, est donc présente, mais son jeune fils, Jean-Baptiste, par chance, est absent. Louise Paret est également arrêtée par Geissler et son équipe, tandis que leur fils de 16 ans, au Conservatoire, leur échappe.

Le lendemain, , toujours à Saint-Étienne, le Kommandeur Geissler rend visite au préfet de la Loire et l'entretient Luirard Monique, La Région stéphanoise dans la guerre et dans la paix, 1936-1951, Université de Saint-Étienne, CEF, 1980, 1024 pages, ..

Le samedi , toujours menottés et bien encadrés, ces six résistants sont conduits de Saint-Étienne à Lyon, où Geissler les fait incarcérer à la prison Montluc, alors prison gérée directement par les occupants.

Le , ayant enfin rejoint Le Puy-en-Velay pour la suite des opérations, Geissler et ses hommes y arrêtent le capitaine Alfred Salvatelli, premier chef départemental de l'AS Haute-Loire, à son domicile, au 14, rue de la Gazelle (domicile qu'il a regagné la veille, revenant de Lyon). Puis, ce même jour, mais dans différents endroits de la ville, ils arrêtent également six autres responsables clandestins de l'AS Haute-LoireDont les noms sont cités par A. Salvetelli. Cf. Granet Marie, Michel Henri, Combat : histoire d'un mouvement de résistance, de juillet 1940 à juillet 1943, Paris, PUF, 1957, 330 pages ; malgré divers oublis, erreurs et confusions, un tableau, (?), permet de mesurer le séisme provoqué par l'arrestation de Salvatelli. .

À noter: , Hugo Geissler, arrête François de la Rocque, et les deux jours suivants, 152 membres du Parti social français. Rapport Kaltenbrunner : 18 arrestations par Geissler Le , à Vichy, le général SS Karl Oberg, chef suprême des services de sécurité allemands en France, préside une réunion où se mêlent les Kommandeure régionaux des services de sécurité - dont, au premier chef, le Kommandeur Geissler pour le Massif centralE. Martres, op. cit., 1998, page 69..

L'information des trois opérations menées par Geissler contre l'AS, en Région R1, est transmise par Karl Oberg, supérieur hiérarchique direct de Geissler ; via Paris, elle remonte jusqu'au docteur Ernst Kaltenbrunner, SS-Gruppenführer (général de division), à Berlin. Ce dernier, chef de la Police de sûreté (Sipo) et du Service de sécurité (SD) du Reich, qui, à la tête du RSHA depuis le , a succédé à Heydrich, y prépare un rapport dont l'unique objet est .

Le rapport Kaltenbrunner est daté du ; il met l'accent sur les trois opérations menées par Geissler , en R1 ; il en porte, en bonne place, la trace précise et claire : , ce qui contraste quelque peu avec réalisée, à la mi-mars, par une anonyme.

À Berlin, au siège de la Sipo et du SD du Reich (Prinz-Albrechtstraße 8), le général SS Ernst Kaltenbrunner adresse son rapport au ministre des Affaires étrangères du Reich, Joachim von Ribbentrop (Wilhelmstraße 74-76)Rapport en 48 exemplaires, dont un sur le bureau d'Hitler..

Septembre 1943, R6 : Geissler mène d'autres opérations En , Geissler, chargé avant tout de la sécurité des troupes allemandes dans le sud de la France, renforce sa lutte contre la Résistance intérieure en Auvergne . En , la répression s’y intensifie. Le , le chapelier Nestor Perret, responsable des Mouvements Unis de la Résistance pour la ville de Clermont-Ferrand, est arrêté par la Gestapo, ainsi que son beau frère René Brault. Ils sont enfermés dans la même cellule et torturés, mais ne parlent pas. Au cours de la nuit suivante, Perret réussit à détacher les cordes qui liaient ses poignets et s'en sert pour se pendre à un barreau de la fenêtre.

À Clermont-Ferrand, le capitaine SS Geissler met en place un Kommando spécial (Sonderkommando) chargé des opérations contre les maquis, commandé par Paul Blumenkamp, puis, en , par le lieutenant SS Eckardt. Il se fait alors aider du Service d’ordre légionnaire (SOL) et puis à partir du , de la Milice française de Joseph Darnand.