thumb|250px|Fermiers au Tibet (2009)
L'agriculture au Tibet était autrefois dominée par l'agriculture de subsistance, c'est-à-dire une agriculture ayant pour but de pourvoir uniquement à la subsistance de la famille.
Le tibétologue Andrew Martin Fischer indique que, selon un recensement chinois de 2000, les Tibétains restent massivement ruraux car le taux général de résidents tibétains en zone rurale est de 87,2 % avec 91,4 % dans le Qinghai, 90,9 % dans le Gansu, 89,5 % dans le Sichuan, 84,8 % dans la région autonome du Tibet et 80 % dans le YunnanAndrew Martin Fischer, L’économie politique de l’« aide boomerang » dans la Région autonome du Tibet, suivi de Débats sur la population au Tibet , traduit par Laure Courret, Perspectives chinoises, 3, 2009 ..
Depuis les années 1990, les agriculteurs et les pasteurs d'ethnie tibétaine de la région autonome du Tibet bénéficient d'une exemption complète d'impôts sur les revenus de l'exploitation agricole, mesure qui a été étendue à la minorité tibétaine de la province du Sichuan en 2004 Baogang He and Barry Sautman, The Politics of the Dalai Lama's New Initiative for Autonomy, 15 June 2005 : ..
Géographie thumb|Carte du Tibet historique Le Tibet historique ou Grand Tibet, comprenant les provinces traditionnelles tibétaines de l'Ü-Tsang, du Kham et de l'Amdo, est l'aire asiatique habitée par le peuple des Tibétains. Cette aire, revendiquée par le gouvernement tibétain en exil, est composée de trois régions : l'Ü-Tsang (dont la plus grande partie du territoire est aujourd'hui comprise dans la région autonome du Tibet), l'Amdo (correspondant aujourd'hui globalement aux provinces chinoises du Qinghai et du Gansu) et le Kham (dont le territoire est partagé entre les provinces du Sichuan et du Yunnan et la région autonome du Tibet)Cf. Quelle solution politique pour le Tibet?, rapport présenté par M. Louis de Broissia, sénateur, série Relations interparlementaires France-Tibet, 2006, : « Le territoire revendiqué par le gouvernement tibétain en exil depuis 1959 correspond au Pö Chölka Sum, c’est-à-dire au « Tibet des trois provinces » : Ü-Tsang, Kham et Amdo. Ce Grand Tibet a une superficie d’environ 3,8 millions de km, soit sept fois la France. Il représente donc près de 40 % de la superficie de la Chine dans ses frontières actuelles (9,6 millions de km) »..
La région autonome du Tibet, créée en 1965, s'étend sur un territoire de 1,2 million de km. Environ 80 % de ce territoire se trouve au-dessus de Wang Zhengxing (Chinese Academy of Sciences), Towards Sustainable Agriculture in a Marginal Area: A Case Study in Tibet..
Les principales terres agricoles sont situées dans les plaines alluviales s'étendant le long des rives des grands fleuves dans le Tibet central et méridional : le Brahmapoutre, le Yangzi Jiang, le Mékong et le Salouen. Ces vallées sont désignées comme le « grenier du plateau Tibétain ». Environ la moitié des 2,7 millions d'habitants de la région autonome vivent à l'intérieur ou sur le pourtour de ces vallées, à une altitude allant de à . Si les hivers y sont froids et secs, l'été et l'automne sont idéaux pour la croissance des plantes grâce au soleil abondant, aux pluies constantes et à la possibilité d'irriguer une bonne partie des terres John Wilkins and John Piltz (eds), Increasing milk production from cattle in Tibet, Australian Centre for International Agricultural Research, Canberra, July 2008..
L'orge est la culture principale du Tibet. Il est cultivé essentiellement entre et d'altitude car cette céréale résiste bien au froid.
Histoire thumb|Champ d'orges, Khampa Dzong, 1938 Les années 1940
Ayant vécu au Tibet à la fin des années 1940, l'Autrichien Heinrich Harrer a laissé dans ses mémoires quelques notations sur l'agriculture à cette époque. Harrer qualifie les méthodes de culture de tout à fait médiévales Heinrich Harrer, Seven Years in Tibet, with a new epilogue by the author. Translated from the German by Richard Graves. With an introduction by Peter Fleming, First Tarcher/Putnam Hardcover Edition, 1997 : .. S'étant rendu dans plusieurs grands domaines à l'invitation de propriétaires nobles, il découvre que leurs paysans se servent encore d'un araire en bois muni d'un soc en fer, tiré toutefois par un excellent animal de trait, le dzo, croisement entre le bœuf et le yakHeinrich Harrer, op. cit. : .. Il s'étonne que les Tibétains ne pensent pas à détourner l'eau des ruisseaux et des rivières à la fonte des neiges pour arroser leurs champs au printemps, qui est généralement très secHeinrich Harrer, op. cit. : ..
Les années 1950 thumb|Dessiccation céréalière sur un échafaudage, 1938
Selon l'écrivain et journaliste Claude Arpi, directeur du pavillon de la culture tibétaine à Auroville, l'entrée de plus de militaires chinoisClaude Arpi, Tibet : le pays sacrifié, Thomas Laird, Une histoire du Tibet : Conversations avec le dalaï-lama, Christophe Mercier, Plon, 2007, , ..
Après l'Intervention militaire chinoise au Tibet (1950-1951) et la signature de l'Accord en 17 points, l’Armée populaire de libération (APL) entra le à Lhassa. Selon Philippe Hayez, la nécessité de nourrir les soldats à Lhassa et soldats des garnisons situées le long de routes stratégiques, entraîna une déstabilisation de la modeste économie tibétaine provoquant augmentation du prix des céréales et faminesPhilippe Hayez, Mourir pour Lhassa. Un épisode méconnu de la guerre froide : ..
Le ravitaillement des soldats de l'Armée populaire de libération auprès des populations tibétaines entraîna une raréfaction des denrées alimentaires. Devant ces problèmes d'approvisionnement l'armée chinoise installée à Lhassa réquisitionna les stocks de céréalessite du Sénat.. La population de Lhassa connut des restrictionsIrenees..
Selon Horst Südkamp, à l’époque de l’introduction de la politique de collectivisation dans la région du Kham, paysans chinois furent envoyés au Tibet Horst Südkamp, Breviarium der tibetischen Geschichte, Opuscula Tibetana, Éditeur Tibet-Institut, 1998 , ..
L'historien américain Melvyn C. Goldstein rapporte, pour cette même période, que la faction ultranationaliste et conservatrice de l'élite tibétaine opposée au retour des Chinois, rendit difficile le séjour de ces derniers à Lhassa, en particulier en créant des pénuries alimentaires afin de faire pression sur eux et les amener à retirer l'essentiel de leurs troupes et de leurs cadres Melvyn C. Goldstein, The Snow Lion and the Dragon, version en ligne, : Chapitre The Food Crisis, in Melvyn C. Goldstein, A History of Modern Tibet, vol. 2, The Calm Before the Storm: 1951-1955, Asian Studies Series, Édition illustrée, University of California Press, 2007, 639 p., en part. ..
Selon cet auteur, en , les effectifs de l’Armée populaire de libération à Lhassa et au Tibet central atteignirent les hommes. Pour les nourrir, il fallait 5,7 millions de jin (1 jin = 2,2 livres) de céréales par an, auxquels s’ajoutait 1,3 million de jin de fourrage par an pour chevaux et mules. Il fallait également de la viande, du beurre, du thé, du bois de chauffage et des légumes, et cela tout de suite car l’armée était arrivée sans guère de réserves, comptant sur l'exécution par le gouvernement tibétain des points 2 et 16 de l'Accord sur les mesures pour la libération pacifique du TibetMelvyn C. Goldstein, A History of Modern Tibet, vol. 2, op. cit., .
Le Tibet n’ayant pas de réseau routier et les clauses de l’accord en 17 points interdisant toute réquisition à l’armée populaire, celle-ci se lança dans la construction de deux routes, l’une méridionale depuis Chamdo, l’autre septentrionale depuis le QinghaiMelvyn C. Goldstein, A History of Modern Tibet, vol. 2, op. cit., . Il fut également décidé d’affecter une partie des troupes à la culture de nouvelles parcellesMelvyn C. Goldstein, A History of Modern Tibet, vol. 2, op. cit., . Mais, en attendant, il fallut acheter sur place, en dayan d’argent, nourriture et combustibleMelvyn C. Goldstein, A History of Modern Tibet, vol. 2, op. cit., .
Le point 16 de l’accord prévoyait que « le gouvernement local du Tibet aiderait l’Armée populaire de libération à acheter et transporter nourriture, fourrages et autres nécessités quotidiennes ». Au départ, le cabinet tibétain livra des grains au compte-goutte, prétextant que la production locale ne pouvait alimenter une armée aussi nombreuse (alors qu’on aurait pu approvisionner sans trop de mal la garnison chinoise pendant les deux ou trois premières années en demandant aux riches propriétaires nobles et monastiques de vendre leurs stocks de céréales et en faisant appel aux 2,8 millions de jin présents dans les greniers gouvernementaux)Melvyn C. Goldstein, A History of Modern Tibet, vol. 2, op. cit., .
Les ministres suggérèrent qu’une partie des hommes soit cantonnée dans d’autres villes que Lhassa, en fonction de quoi une année d’approvisionnement serait assurée à la troupe restée sur place, ce qui fut fait début . L’armée populaire décida de son côté de réduire de moitié les rations alimentaires si bien que certains soldats, tenaillés par la faim, en furent réduits à manger des racinesMelvyn C. Goldstein, A History of Modern Tibet, vol. 2, op. cit., .
La situation se débloqua grâce à la création, à l’initiative de Ngabo Ngawang Jigme, d’un sous-comité du Kashag chargé de faire l’inventaire des réserves de grains et de vendre celles-ci à l’APLMelvyn C. Goldstein, The Snow Lion and the Dragon, op. cit. . Mais entretemps, la mauvaise volonté du cabinet tibétain avait causé non seulement une famine larvée pour la troupe chinoise mais aussi une inflation du prix des aliments à Lhassa, source de mécontentement pour la populationMelvyn C. Golstein, A History of Modern Tibet, vol. 2, op. cit., .
D’autres mesures furent prises par les Chinois. En 1952, ils firent venir des milliers de tonnes de riz du Guangdong en les faisant transiter par l’Inde et le Sikkim via la route muletière entre Kalimpong et LhassaMelvyn C. Goldstein, A History of Modern Tibet, vol. 2, op. cit., section "Importing rice", .. Ils firent venir également des denrées à dos d’animal depuis le Sichuan et le QinghaiMelvyn C. Goldstein, A History of Modern Tibet, vol. 2, op. cit., ..
Les années 1960 Tsering Shakya (1999) The Dragon in the Land of Snows, Columbia University Press , . Rolf Stein, Tibetan Civilization, Stanford University Press, 1972 .. Selon Laurent Deshayes, ces réformes agraires furent une des raisons des rébellions tibétaines contre le gouvernement chinoisLaurent Deshayes Le monde de Clio : Les Chinois au Tibet..
En 1961, après avoir exproprié les biens fonciers des seigneurs et des lamas, le gouvernement chinois organisa les paysans en communes. Dans son article Friendly Feudalism: The Tibet Myth, Michael Parenti rapporte que fermiers locataires et paysans sans terre reçurent des centaines de milliers d’arpents. Les troupeaux appartenant à la noblesse furent remis à des collectifs de pasteurs pauvres. Des améliorations furent apportées à la reproduction du bétail tandis que de nouvelles variétés de légumes et souches de blé et d’orge étaient introduites. Ces mesures, jointes à une meilleure irrigation, auraient entraîné une augmentation de la production agricoleCf Dr. Michael Parenti, Friendly Feudalism: The Tibet Myth, Global Research, November 18, 2007; cet auteur donne comme source : Karan, The Changing Face of Tibet, London Times, 4 July 1966..
Thomas Laird a publié le témoignage de Tibétains datant des années 1980. Il interviewa des paysans tibétains pauvres d’une région isolée de la région autonome du Tibet. Selon le chef du village, les champs de sa région furent collectivisés dans les années 1960 et les paysans connurent des années de famine, ce qui n’était pas arrivé sous les noblesThomas Laird, Une histoire du Tibet : Conversations avec le dalaï-lama, Christophe Mercier, Plon, 2007, : .
Les années 1970