LIS-3 ou JS-3 (IS étant l'abréviation de « Iosif Stalin-3 », en ) est un char lourd soviétique apparu à la fin de la Seconde Guerre mondiale sans qu'il ait eu le temps de prendre une part active aux combats. Succédant à l'IS-2, il s'agit du troisième char de la série des chars lourds IS. On a pu le voir pour la première fois lors du défilé militaire du , au cours duquel il impressionna les puissances occidentales par sa tourelle en forme de bol renversé et sa caisse, particulièrement bien profilée.

Histoire Genèse Dès que les premiers chars lourds IS-2 commencèrent à sortir de la chaîne de montage, la décision du Comité de Défense de l'État, demandant un successeur à l'IS-2 (devant porter l'appellation d'IS-3) fut actée le . La décision partait du fait établi en début 1944 que l'IS-2 n'était pas en mesure de résister aux tirs du canon de du Tigre en deçà de - et au du Panther en deçà de -..

Le développement du futur IS-3 (nom de code : Objet 703) a été attribué à deux bureaux d'études de Tcheliabinsk : celui de l'usine dirigé par Joseph Kotine et celui de l’usine Kirov (relocalisée à Tcheliabinsk) dirigé par Nikolaï Doukhov. Il faut remarquer qu'un autre prototype de char lourd, développé par l'usine Kirov, avait également reçu, à l'époque, l'appellation d'IS-3 ; lObjet 244, un IS-2 ré-armé avec un canon long D-5T-85-BM de à haute vitesse initiale, son développement ne sera pas poursuivi.

Prototypes Le prototype conçu par l'usine était semblable à l'IS-2 à l'exception de son glacis, incliné et formé de deux tôles d'acier à blindage soudées entre elles longitudinalement, lui donna une forme spécifique lui valant le surnom de nez de brochet. Contrairement à l'IS-2, le conducteur disposait d'un volet d'accès, surplombant le glacis.. Les essais du prototype de l'usine eurent lieu le , ils révélèrent des problèmes au niveau du train de roulement. En , des essais sur piste dans le cadre d'un parcours de révéla des problèmes techniques au niveau du moteur et de la boîte de vitesses.

Le prototype de l'usine Kirov, quant à lui, était basé sur les retours d'expériences issus du développement des prototypes Objet 244, Objet 245 et Objet 248 mais se démarquait par sa nouvelle tourelle, dessinée par G.V. Kroutchenykh, elle était aplatie ses formes hémisphériques rappelaient un bol retourné. Dans un effort de réduction du poids du char, les flancs de la caisse étaient également inclinés vers l'intérieur afin de réduire le volume interne. Les essais du prototype de l'usine Kirov, baptisé Kirovets-1 eurent lieu du au . Les performances du prototype furent jugées satisfaisantes par les autorités militaires. Néanmoins, afin de réduire l'effort mécanique, son moteur diesel V-11 de dut être remplacé par le moteur V-2-IS de , nécessitant un allongement du compartiment moteur.

En parallèle aux essais, L'institut de métallurgie d'Iekaterinbourg (TsNII-48) entreprit une étude comparative visant à combiner les meilleurs atouts des deux prototypes ; le glacis du premier, la tourelle et les bords inclinés de la caisse du second.

Cette combinaison amena à la décision (ordre du ) d'entamer la construction de 10 chars IS-3 de présérie pour le . Le , le troisième IS-3 fut envoyé à Koubinka pour participer à des essais organisés par le gouvernement soviétique.

Problèmes techniques À cause de problèmes divers engendrés par la production prématurée du char d'assaut IS-3, ce dernier n'est pas prêt même à la fin de la guerre en Europe le , participant seulement le de la même année au défilé de l'Armée rouge dans Berlin, en complément des de la armée blindée de la Garde.

L'IS-3M Entre 1948 et 1952, un projet de modernisation de l'IS-3 est lancé, avec pour but d'éliminer ses défauts les plus importants. De fait, son blindage est renforcé ainsi que les essieux et le support du moteur. En 1951, la fabrication de l'IS-3 cesse définitivement avec un total de construits jusqu'à cette date (d'autres sources bibliographiques avancent le nombre de ).

L'exportation de l'IS-3 semble avoir été minime. Deux unités furent par exemple envoyées en Pologne pour se familiariser avec ce nouveau char et pour l'entretenir. Par ailleurs, une unité supplémentaire fut donnée à la Tchécoslovaquie. Deux régiments furent déployés en Corée du Nord durant la guerre de Corée. de plus furent vendus par l'URSS à l'Égypte à la fin des années 1950 mais la majorité des chars IS-3 et IS-3M furent livrés entre 1962 et 1967.

Caractéristiques techniques Le char lourd IS-3 possède une conception tout à fait nouvelle pour son époque. Avec une masse supérieure de à son prédécesseur, le char IS-2, l'IS-3 est plus bas et roule donc plus près du sol. Par ailleurs, il se révèle mieux protégé que son homologue. Le point le plus marquant dans sa conception réside dans sa partie frontale ainsi que sa tourelle. En effet, ce sont à ces endroits que prédominent les angles abrupts. Le blindage avant du char est en effet très incliné, en diagonale et se termine en coin, ce qui permet de protéger ce dernier des obus ennemis qui ricochent sur les côtés du char et non vers le blindé lui-même. Sa tourelle, trapue, présente une forme ronde qui offre un haut degré de protection pour ce qui se faisait à l'époque en matière de tourelles. La nouvelle tourelle du char IS-3 ainsi que le nouveau design de la coque font que le char IS-3 est plus petit que les modèles précédents. Cette particularité rend plus difficile pour les autres chars de le viser..

Armement thumb|Un IS-3M égyptien saisi par l’État d'Israël et exposé aujourd'hui au musée Yad La-Shiryon en Israël. Le char IS-3 était équipé du puissant canon rayé D-25T de calibre , de conception soviétique. Ce canon, déjà employé par le char IS-2, pouvait projeter des obus à une vitesse initiale de . La vitesse initiale des projectiles du char IS-3 était inférieure à celle de la majorité des canons allemands, cependant compensée par leur masse plus importante : le calibre est nettement plus gros que les calibres et , les plus fréquemment retrouvés au sein de l'armée allemande. La lourdeur des projectiles de libérait une énergie cinétique de contre pour les canons de allemands.

La masse de l'obus tiré par le canon D-25T avoisine les , ce qui se révèle très efficace quand il est tiré contre les parties moins ou non protégées des chars ennemis mais également par rapport aux plus petits calibres. Cependant, le gros calibre de cet obus joint à la petite tourelle équipant l'IS-3 et le peu d'espace intérieur du char ne permettent pas à ce dernier de transporter un grand nombre de ces projectiles. En effet, le nombre maximum d'obus que peut transporter l'IS-3 se réduit à , tout comme pour l'IS-2, ce qui n'apporte pas d'amélioration sur ce point. Par ailleurs, les munitions employées sont constituées d'un noyau dur, ce qui affecte considérablement la cadence du tir de projectile de par sa lourdeur, à tel point que seulement 2 à 3 tirs peuvent être exécutés en moyenne par minute avec un maximum de 6 tirs pour un équipage particulièrement expérimenté, alors que pour un T-34/85, on est au-dessus des 6 à 8 tirsSteven J. Zaloga, Jim Kinnear et Peter Sarson. "Le Char moyen T-34/85". Osprey Military. par minute et jusqu'à 10 dans le même temps pour un Tigre allemand"El tanque IS-2 vs el Tiger-II" por Alejandro_ en http://www.militar.org.ua.

Bien souvent le char IS-3 fut critiqué pour cette faible capacité en munitions, mais les concepteurs et constructeurs soviétiques jugèrent que, tout comme pour son frère l'IS-2, étaient suffisants pour toute la durée d'une offensive, bien que durant les combats urbains dans Berlin en et , les chars IS-2 déployés alors utilisèrent parfois jusqu'à trois fois plus de munitions que ceux-ci ne pouvaient en contenir.

+Tableau représentant les capacités de perforation des munitions perforantes de MunitionType Incidence Pénétration du projectile (en mm) à 500 m à à à BR 471boulet perforant non-coiffé 0° 150 130 115 100 30° 120 105 95 80 BR 471Bboulet perforant coiffé d'une fausse ogive aérodynamique 0° 155 145 135 125 30° 125 120 110 100 BR 471Dmuni d'une coiffe de pénétration sous la fausse ogive 0° 185 170 155 145 30° - 150 140 125

Comme il a été précisé auparavant, la masse des projectiles influe beaucoup sur leur puissance. L'inclinaison des blindages fait ricocher les obus ennemis ou réduit considérablement leur pénétration. Mais plus le projectile est lourd, moins il a de chances de rebondir sur les blindages. Ainsi, les Soviétiques préféraient doter leurs chars de canons pouvant tirer de lourds obus. En effet, dans notre cas, l'obus de et de qui était utilisé par le canon de l'IS-3 avait davantage de probabilités de percer le blindage des chars et d'y causer plus de dégâts que les projectiles de et qui armaient les canons des chars allemands. De plus, les canons de calibre soviétiques tiraient des obus suffisamment lourds pour que, du premier coup et sans même avoir percer le blindage, mettre hors de combat l'équipage ou avec moins de chance l'étourdir du fait du choc provoqué. Les obus explosifs de ce calibre étaient aussi capables de détacher la tourelle de son châssis (on sait que c'était possible sur des blindés jusqu'au , pas d'informations quant au ) à la seule force du souffle du projectile explosif.

Quant à la précision du tir, l'IS-3 ne possédait pas de tourelleau pour permettre au chef de char d'orienter les tirs mais disposait cependant d'un périscope donnant une bonne visibilité. Le canon D-25T se révélait de bonne conception et d'une qualité appréciable. Il pouvait ainsi dévier jusqu'à sur l'axe vertical et sur l'axe horizontal, ce qui est beaucoup pour un canon de cette époque. Le canon D-25T se révélait en effet l'un des meilleurs de sa génération en ce qui concerne la précision et l'angle de tir. Il faut dire aussi que la masse de la munition utilisée aidait à obtenir ce degré élevé de précision.

Les systèmes de visée et la visibilité à l'intérieur de l'IS-3 étaient excellents. Depuis 1944, les concepteurs et constructeurs de chars soviétiques avaient fait de gros efforts et entrepris de réelles améliorations sur les systèmes de visée de leurs blindés.

Les amateurs et passionnés de chars de combat préconisaient davantage l'utilisation de projectiles perforants alors que les spécialistes en la matière assuraient que durant une guerre, bien plus d'obus explosifs étaient employésSteven Zaloga y Peter Sarson. "Les Chars lourds JS-2 et JS-3", Osprey Military. . Dans ce cas, l'IS-2 constituait une arme très efficace, car le gros calibre de son canon était l'idéal pour remplir des fonctions semblables à celles d'artillerie de soutien, tout comme pour le char SU-122 ou encore le ISU-122. Le canon automoteur ISU-122 était en effet constitué du châssis de l'IS-2 et du canon D-25T. Quant au SU-122, il disposait d'un obusier M-30 de calibre mais ce dernier était monté sur un châssis de T-34. Comparé au canon de calibre allemand, le D-25T était supérieur à ce dernier en ce qui concerne le calibre d'artillerie autopropulsée.

L'armement secondaire de l'IS-3 ne suit pas le sillage de son prédécesseur, enlevant deux mitrailleuses et maintenant seulement une DT de jointe à une DShK de calibre antiaérienne.

L'IS-3 pouvait transporter jusqu'à au total, dont 18 explosifs et 10 autres perforants. La munition antiblindage était peinte en noir et l'explosive en gris acier. Quant à l'armement des mitrailleuses, il se composait de réparties dans indépendants, avec de chacune situées dans des différentes caisses de munitions.

Protection thumb|Schéma de profil montrant les différentes épaisseurs du blindage de l'IS-3. thumb|Esquisse informant des différences d'épaisseur de blindage du char IS-3.