La guerre des Gaules est une série de campagnes militaires menées par le proconsul romain Jules César contre plusieurs nations gauloises. La guerre de Rome contre elles dure de 58 à 51-, et aboutit à la décisive bataille d'Alésia en , qui mène à l'expansion de la République romaine sur l'ensemble de la Gaule.

La division interne entre les nations gauloises — militairement aussi fortes que les Romains — facilite la victoire de César, et la tentative d'unification des Gaulois par Vercingétorix contre l'invasion romaine ne survient que trop tard. Bien que César ait décrit cette invasion comme une action préventive et défensive, la plupart des historiens s'accordent à dire que la guerre est menée principalement pour stimuler sa carrière politique et pour lui permettre de rembourser ses dettes considérables. Cette guerre ouvre la voie à la guerre civile de César, qui le laisse seul dirigeant de la République romaine. Cependant, la Gaule est d'une importance significative pour les Romains, car ils ont été attaqués par divers membres des civitas natives de la Gaule et plus au nord : la conquête de la Gaule permet à Rome de sécuriser la frontière naturelle du Rhin. Elle est décrite par César dans ses , qui restent, concernant le conflit, la source historique la plus importante.

Commentaires sur la guerre des Gaules

right|thumb|Une édition de 1783.

Le récit de la guerre des Gaules est principalement basé sur l'œuvre de son principal artisan, Jules César : ses Commentaires sur la guerre des Gaules, qui sont considérés comme un ouvrage d'histoire. Les sept premiers livres sont écrits par César pendant la campagne militaire depuis , sont publiés à Rome par deux ou trois, puis rassemblés en trois mois après la reddition d'Alésia vers 52-. Le huitième livre est écrit plus tard par Aulus Hirtius, qui y décrit les derniers combats de et la situation en Gaule en ..

L'intention avouée de César est, selon Aulus Hirtius, de « fournir des documents aux historiens sur des événements si considérables ». Cette œuvre n'est pas un ouvrage d'histoire traditionnel mais appartient au genre des , recueil de notes brutes () prises sur le terrain et destinées à servir de source, d'où l'organisation chronologique des huit livres, leur aspect factuel et leur style concis. L'ouvrage, écrit à la troisième personne, ne fournit aucune indication directe sur les opinions, pensées et jugements de César. Ses adjoints joignent des descriptions ethnographiques ou géographiques tirées d'auteurs grecs, et trient les données factuelles (notes dictées, lettres, rapports au Sénat) rassemblées durant la guerre. César n'a ensuite plus qu'à rédiger la version définitive.

thumb|left|Statue de César (Nicolas Coustou, 1713).

Dès sa publication, l'ouvrage est jugé comme un chef-d'œuvre littéraire. Cicéron admire ces , et affirme qu'Cicéron, Brutus, 75..

Ces commentaires sont la seule source de première main disponible ; les textes de Tite-Live sont perdus, et aucun autre ouvrage contemporain conservé n'évoque le sujet. Leur auteur étant le principal protagoniste de la conquête, leur fiabilité a souvent été mise en doute. Tout d'abord par d'autres témoins de l'entourage de César ayant une vision différente , puis par les pourfendeurs du césarisme, comme Montaigne, qui dans ses Essais dénonce les Montaigne, Essais, 1595, livre II, chap. 10.. À partir du milieu du , le débat passe du plan idéologique au plan scientifique.

La valeur factuelle de l'ouvrage est reconnue, et les spécialistes de l'Antiquité considèrent que César n'aurait pu déformer beaucoup la réalité, étant donné la multiplicité des sources d'information dont disposaient ses contemporains (notamment par ses lieutenants lors de la campagne, choisis par le Sénat, parfois opposants à César sur la scène politique, tel Titus Labienus, qui sera son pire adversaire pendant la guerre civile qui s'ensuit). Comme toujours, en matière historique notamment, il faut prendre d'indispensables précautions face à un instrument de travail incontournable.

Jérôme Carcopino, dans son œuvre Jules César, souligne que . Michel Rambaud analyse dans sa thèse les subtils procédés rhétoriques qui permettent de présenter César sous un jour qui convient aux intérêts d'alors du proconsul : descriptions systématiquement mélioratives du général, minoration du rôle de ses légats, valorisation de la vaillance des adversaires dans le seul but de valoriser sa victoire. Au total, on peut considérer que tout l'art de César à cet égard est de parvenir à un équilibre subtil en présentant les choses à son avantage sans perdre sa crédibilité par des manipulations excessives de la réalité.

Contexte historique Histoire de la Gaule transalpine right|thumb|Le monde romain (en jaune) avant la conquête de la Gaule.

Non sans mal et après de nombreux combats face aux Celtes, Rome s'est rendue maîtresse de la Gaule cisalpine depuis la fin du , de la plaine du Pô aux Alpes, ainsi que d'une grande partie de l'Hispanie. Sous le prétexte d'une aide militaire apportée à Massilia, Caius Sextius Calvinus conquiert les territoires des Salyens à partir de et provoque la fuite de leur roi. En , les Romains, menés par les consuls Quintus Fabius Maximus Allobrogicus et Cnaeus Domitius Ahenobarbus (consul en -122), affrontent une coalition arverne et allobroge, dirigée par Bituitos, au confluent de l'Isère et du RhôneStrabon, Géographie, Livre IV, 1.. Rome, en effet, attaque ces derniers peuples car ils auraient accueilli le roi salyen comme réfugié. Le roi arverne, Bituitos, est alors fait prisonnier et emmené en triomphe en Italie. Au même moment, les Gaulois rivaux de l'hégémonie arverne, à savoir les Éduens, sont reçus au Sénat et sont proclamés . Après cette défaite gauloise, le reste des territoires situés au sud et à l'est des Cévennes sont rapidement soumis et érigés en province romaine : c'est la Gaule transalpine, appelée narbonnaise plus tard ou simplement la . Cela permet d'unir l'Hispanie romaine à l'Italie par voie de terre. Au nord, s'étend l'immensité de la Gaule indépendante.

Vers , toutefois, un aristocrate du nom de Celtillos, père du futur Vercingétorix, tente de restaurer un pouvoir régalien sur les Arvernes, comme au temps de Luernius et de Bituitos. Mais il échoue et est exécuté par d'autres aristocrates. Son frère Gobannitio semble avoir été son principal rival lors de cette affaire, puisqu'il est connu qu'il devient alors le premier par son pouvoir chez les Arvernes.

Consulat de César et prorogation

left|upright=0.7|thumb|Jules César. right|thumb|Pompée le Grand.

Pompée, auréolé de sa victoire en Orient contre le roi Mithridate VI Eupator, apparaît alors au sommet de son influence. Cette campagne permet à Rome de s’étendre en Bithynie, au Pont et en Syrie. Pompée revient couvert de gloire avec ses légions mais, conformément à la règle, il les licencie après avoir reçu le triomphe, en

Sous son consulat de , Jules César, avec l'appui des autres triumvirs, Pompée et Crassus, obtient par le plébiscite de la Lex Vatinia du le proconsulat sur les provinces de Gaule cisalpine et d'Illyrie pour une durée de cinq ans, et le commandement d'une armée composée de trois légions (les VII, VIII et IX).

Normalement, le Sénat de la République romaine ne proroge le mandat d'un consul que pour un an, mais César contourne cette règle avec l’aide d'un tribun de la plèbe. Celui-ci s'appelait Sebastos Charreatus. Pour sauver une apparence d’autorité, le Sénat vote une résolution ajoutant la Gaule transalpine., dont le proconsul est mort subitement, laissant ainsi le commandement de la dixième légion (la X) positionnée près de la capitale de la province, Narbonne, à l'époque Narbo Martius..

Suétone rapporte que César, se vantant devant le Sénat d'être enfin parvenu à ses objectifs, et promettant une victoire éclatante en Gaule, reçoit un outrage d'un de ses nombreux adversaires qui s'écrie . César réplique que cela n'a pas empêché Sémiramis de régner sur l'Assyrie, et les Amazones de posséder jadis une grande partie de l'Asie.

Dès la fin de son consulat, César gagne rapidement la Gaule, tandis que le préteur Lucius Domitius Ahenobarbus et le tribun de la plèbe, Antistius, le citent en justice pour répondre à l'accusation d'illégalités commises pendant son mandat. En fin juriste, César fait objecter par les autres tribuns qu'il ne peut être cité en application de la Valère Maxime, Actions et Paroles mémorables, livre III, chap. VII, 9., qui interdit toute poursuite contre un citoyen absent de Rome pour le service de la République (). Pour éviter toute autre mise en cause devant la justice, César s'applique durant son proconsulat à demeurer dans ses provinces. Il passe ainsi chaque hiver en Gaule cisalpine, où il reçoit partisans et solliciteurs et s'assure chaque année d'avoir parmi les élus à Rome des magistrats qui lui soient favorables.. La gestion de ses affaires à Rome même est confiée à son secrétaire Lucius Cornelius Balbus, un chevalier originaire d'Hispanie, avec qui il échangera par précaution des courriers chiffrésAulu-Gelle, Nuits attiques, Livre XVII, 9..

César et l'Illyrie Le fait que César s'alloue initialement la province d'Illyrie dans son imperium et que, en , trois légions stationnent à Aquilée, peut indiquer qu'il a l'intention de rechercher la gloire et les richesses pour accroître son pouvoir et son influence militaire et politique. César souhaite faire contrepoids à Pompée qui a construit le sien par ses victoires dans l'Orient, et a reçu les honneurs du triomphe : il aspire donc à la gloire militaire. César a déjà rempli les plus hautes magistratures, fait couler l'argent à flots, notamment par des jeux grandioses pour son édilité, mais il est aussi et surtout très endetté. Il lui faut trouver la gloire et s'enrichir dans une campagne militaire pour pouvoir surpasser Pompée, le seul à lui faire de l'ombre.

right|thumb|Campagne militaires dace de Burebista (60-).

C'est probablement la planification d'une campagne dans les Alpes carniques sur le Danube, profitant de la menace croissante de tribus de Dacie (aujourd'hui la Roumanie), qui, sous l'impulsion de Burebista, sont entrées dans les plaines hongroises à l'ouest de la rivière Tisza, sur le Danube, et sont dangereusement proches de l'Illyrie romaine et de l'Italie entre et Burebista est connu de Rome pour avoir battu une armée vingt ans plus tôt, puisque vers , durant la troisième guerre mithridatique, il a battu une armée romaine commandée par Caius Antonius Hybrida près d'Histria. Mais la horde dace cesse brusquement d'avancer, peut-être par crainte d'une possible intervention romaine. Alors, au lieu de continuer vers l'ouest, Burebista retourne dans ses bases en Transylvanie vers , puis assiège et détruit l'ancienne colonie grecque d'Olbia (près d'Odessa) en .

César et la Gaule La menace dace étant contenue, César s'intéresse alors à la Gaule et à ses peuples, divisés en de nombreuses factions, dont certaines sont favorables à Rome, et dont une conquête, au moins apparemment, semble plus aisée qu'une campagne militaire en Dacie. Un seul prétexte suffit à César pour mettre le pied en Gaule. .

Quand César vient avec ses troupes dans cette région, il trouve une terre habitée, non seulement par les Celtes, qui occupent la plupart du territoire, mais aussi par les Belges (plus exactement des Gaulois belges, un ensemble de peuples celtes et de quelques peuples germaniques celtisés), qui occupent, depuis le , les terres au nord-est de la Gaule, des populations comme les Ligures et les Rhètes au sud-est, ainsi que les Ibères au sud-ouest, près de la péninsule Ibérique. thumb|right|Carte des peuples gaulois (). thumb|left|Pièce d'or du peuple celte des Parisii, (Cabinet des médailles, Paris).