Mário Raul de Morais Andrade, né le à São Paulo et mort le dans la même ville, est un poète, romancier, musicologue, photographe et critique d'art brésilien.

Il fut l'un des fondateurs du modernisme brésilien et peut être considéré comme le père de la poésie brésilienne moderne avec la publication en 1922 de son recueil Paulicéia Desvairada (littéralement « São Paulo inexplorée », traduit par Hallucinated City en anglais, « cité hallucinée »). Son influence fut considérable sur la littérature brésilienne moderne et, par ses publications académiques et ses essais (il était un pionnier du domaine de l'ethnomusicologie), il rayonna bien au-delà du BrésilAlbuquerque, Severino João. « Construction and Destruction in Macunaíma ». Hispania 70, 1 (1987), 67–72..

Andrade fut pendant vingt ans la figure de proue du mouvement d'avant-garde de São PauloAmaral, Aracy and Kim Mrazek Hastings. « Stages in the Formation of Brazil's Cultural Profile ». Journal of Decorative and Propaganda Arts 21 (1995), 8–25.. Pratiquant la musique, et mieux connu en tant que poète et romancier, Andrade était une personnalité impliquée dans presque tous les domaines liés au modernisme de São Paulo, et devient le polymathe national du Brésil. Ses photographies, ainsi que ses essais consacrés à un large éventail de sujets, de l'histoire à la littérature et à la musique, furent largement publiés et diffusés. Il fut le moteur de l'organisation de la Semaine d'art moderne (aussi appelée « Semaine de 22 »), événement de 1922 qui façonna le nouveau visage de la littérature et des arts visuels au Brésil. Il était également membre du cercle d'avant-garde du "Groupe des Cinq". Les idées portées par la Semaine de 22 sont approfondies par Andrade dans la préface de son recueil Pauliceia Desvairada, ainsi que dans les poèmes eux-mêmes.

Après avoir travaillé comme professeur de musique et éditorialiste de presse, il publia son roman majeur, Macunaíma, en 1928. Les travaux suivants d'Andrade sur la musique folk brésilienne, la poésie, et autres sujets, se succédèrent irrégulièrement, souvent interrompus par ses relations instables avec le gouvernement brésilien. A la fin de sa vie, Andrade devint le directeur fondateur du Département de la Culture de São Paulo, formalisant un rôle qu'il avait déjà longtemps joué en tant que catalyseur de l'entrée de la ville, et du pays, dans la modernité artistique.

Biographie Andrade est né à São Paulo, où il vécut pratiquement toute sa vie.

Les débuts Enfant, il est un prodige au piano, et plus tard étudie au conservatoire de musique et de théâtre de São Paulo. Son éducation formelle fut entièrement tournée vers la musique mais, ainsi que notifié par Albert T. Luper, il étudiait au même moment, en autodidacte, des disciplines variées comme l'histoire, l'art, et particulièrement la poésie. Andrade avait une maîtrise solide du français et lisait Rimbaud ainsi que les principaux symbolistes. Bien qu'il écrivît déjà de la poésie à l'époque de ses études de musique, il ne songea pas à en faire son métier avant d'être forcé de renoncer à la carrière de pianiste professionnel à laquelle il aspirait.

En 1913, son frère Renato meurt soudainement à l'âge de 14 ans lors d'un match de football ; Andrade quitte alors le conservatoire pour résider à Araraquara où sa famille possède une ferme. À son retour, son jeu au piano est parasité par des tremblements intermittents des mains. Bien qu'il ait finalement obtenu son diplôme de piano, il ne donna jamais de concert et commença à étudier le chant et la théorie musicale, avec en tête l'idée de devenir professeur de musique. C'est à la même époque qu'il commence à écrire sérieusement. En 1917, l'année de son diplôme, il publie son premier recueil de poèmes, Há uma Gota de Sangue em Cada Poema (Il y a une goutte de sang dans chaque poème), sous le pseudonyme de Mário Sobral. Le livre contient des indices indiquant qu'Andrade a le pressentiment d'une identité brésilienne distinctive, mais l'ouvrage reste inscrit dans le contexte d'une poésie qui (comme la majorité de la poésie brésilienne de l'époque) est encore fortement ancrée dans une tradition européenne, et particulièrement française.

Son premier livre n'a pas un grand écho, et Andrade décide d'élargir le champ de son écriture. Il quitte São Paulo pour la campagne, et commence le travail méticuleux qui l'occupa tout le reste de sa vie : la documentation de l'histoire, du peuple et de la culture, particulièrement musicale, de l'intérieur brésilien, à la fois dans l’État de São Paulo et dans les zones plus sauvages du nord-est. Il publie ses essais dans des magazines de São Paulo, occasionnellement accompagnés de ses propres photographies, mais son activité principale reste l'accumulation de vastes quantités d'informations sur la vie et le folklore brésiliens. Entre ses excursions, Andrade enseigne le piano au conservatoire ; il y devient professeur en 1921.

C'est en 1922 qu'Andrade publie Paulicéia Desvairada, qui fera de lui l'un des fondateurs du modernisme brésilien. Influence majeure pour la littérature brésilienne des s, il fut également entre chercheur et essayiste, et notamment pionnier du domaine de l'ethnomusicologie. Avec Dina Dreyfus (épouse Levi-Strauss), il fonde la première société d'ethnologie du Brésil ; et ce fut grâce à son influence que Dina et Claude Lévi-Strauss obtinrent la permission d'entreprendre des missions de recherche dans l'intérieur du paysE. Spielmann, Das Verschwinden Dina Lévi-Strauss' und der Transvestismus Mário de Andrades, Berlin 2003..

En parallèle de ses excursions ethnographiques, Andrade se constitua un groupe d'amis parmi les jeunes artistes et écrivains de São Paulo qui, comme lui, étaient conscients de l'ampleur du mouvement moderniste qui fleurissait en Europe. Une partie d'entre eux furent plus tard reconnus sous le nom de Grupo dos Cinco (le Groupe des Cinq) : Mário Andrade, les poètes Oswald de Andrade (sans lien de parenté) et Menotti del Picchia, ainsi que les artistes Tarsila do Amaral et Anita Malfatti. Malfatti avait visité l'Europe avant la Première Guerre mondiale, et elle fit découvrir l'expressionnisme à São Paulo.

Paulicéia Desvairada Paulicéia Desvairada est le plus célèbre recueil de poésies écrit par Mário de Andrade.

Jack E. Tomlins, traducteur du second ouvrage d'Andrade, décrit dans sa préface la genèse du recueil : en 1920, alors qu'il venait de rencontrer le sculpteur moderniste Victor Brecheret et d'acquérir l'une de ses sculptures nommées « Buste du Christ », qui représentait le Christ sous les traits d'un Brésilien aux cheveux tressés, sa famille fut (apparemment à sa propre surprise) choquée et furieuse. Andrade se retira alors seul dans sa chambre. Plus tard, lors d'une conférence retranscrite par Tomlins, il se remémora que, encore « délirant », il était sorti sur son balcon et avait « regardé le square en contrebas sans vraiment le voir ».

Andrade retint ce titre (qui signifie littéralement « São Paulo inexplorée »), et travailla sur l'ouvrage pendant les deux années suivantes. Il produisit très rapidement un « cantique barbare », ainsi qu'il l'appela dans la même conférence, puis apporta à ce premier jet des modifications graduelles jusqu'à obtenir un texte d'environ la moitié de sa taille d'origine.

Les poèmes de Paulicéia Desvairada sont très différents de ses œuvres antérieures, plus formelles et abstraites. Les vers, dont la longueur et la structure syntaxique varie amplement, sont essentiellement des descriptions impressionnistes et fragmentées, parsemées de morceaux de dialogues en dialecte de São Paulo qui donnent le sentiment d'avoir été glanés et restitués de manière décousue. Le narrateur des poèmes semble souvent dépassé par les méandres des dialogues qui ne cessent de l'interrompre, un peu à la manière de « Colloque Sentimental ».

“     A rua toda nua . . . As casas sem luzes . . .E a mirra dos martírios inconscientes . . . Les rues toutes nues . . . Les maisons sans lumière . . .Et la myrrhe des martyrs inconscients . . .     —Deixe-me pôr o lenço no nariz.Tenho todos os perfumes de Paris!""Laisse-moi porter mon mouchoir à mon nez.J'ai tous les parfums de Paris ! »Hallucinated City (English), 69. ”

Une fois la composition des poèmes achevée, Andrade écrivit ce qu'il nomma une « Préface Extrêmement Intéressante », qui était pour lui une manière de prendre du recul pour essayer d'expliquer le contexte théorique entourant les poèmes (à noter cependant que, selon le critique Bruce Dean Willis, les théories développées dans la préface sont davantage à mettre en relation avec ses travaux ultérieurs qu'avec Paulicéia). La préface emploie un ton auto-dépréciatif (« Cette préface—bien qu'intéressante—inutile ») mais ambitieux, présentant non seulement une théorie poétique, mais une véritable esthétique du langage, afin d'expliquer les innovations de ses poèmes. Andrade explique leurs enchevêtrements de langages en employant une terminologie musicale :

Il établit cependant une distinction claire entre langage et musique : Quoi qu'il en soit, ainsi que l'a noté Willis, la préface a quelque chose de pessimiste. Dans l'un des passages-clés du texte, Andrade compare la poésie aux richesses englouties d'El Dorado, disparues à jamais.

La Semaine d'art moderne

Andrade fut le moteur de l'organisation de la Semaine d'art moderne (aussi appelée « Semaine de 22 »), événement de 1922 qui façonna le nouveau visage de la littérature et des arts visuels au Brésil.

En 1922, tout en préparant la publication de Paulicéia Desvairada, Andrade collabora avec Malfatti et Oswald de Andrade à l'organisation d'un événement unique destiné à amener le grand public à découvrir leur travail : la Semana de Arte Moderna (Semaine d'art moderne). La Semana proposait des expositions de tableaux de Malfatti et d'autres artistes, des séances de lecture, ainsi que des conférences sur l'art, la musique et la littérature.

Andrade était l'organisateur en chef et la figure centrale de cet événement qui, bien qu'accueilli avec scepticisme, attira une forte affluence. Andrade y donna des conférences à la fois sur les principes du modernisme et sur son travail de documentation de la musique folklorique brésilienne, et donna une lecture de sa « Préface Extrêmement Intéressante ». En guise de point d'orgue de l'événement, il lut des passages de Paulicéia Desvairada. L'usage qui était fait dans les poèmes de la versification libre et d'expressions familières en dialecte de São Paulo, bien qu'inspiré de poèmes modernistes européens de la même période, était entièrement nouveau pour les Brésiliens. La lecture fut ponctuée de railleries persistantes, mais Andrade persévéra, et il découvrit plus tard qu'une large partie du public avait trouvé l'expérience troublante mais enrichissante. Cette lecture fut fréquemment citée comme l'événement fondateur de la littérature brésilienne moderne.

Le groupe des Cinq continua de travailler ensemble au cours des années 1920, pendant lesquelles leurs réputations gagnèrent en solidité, l'hostilité envers leurs travaux diminuant progressivement. Mais le groupe finit par éclater, notamment à la suite d'une dispute sérieuse (et en public) entre Mário de Andrade et Oswald de Andrade en 1929. De nouveaux groupes se formèrent à partir des débris du noyau originel, et en définitive, on peut établir que plusieurs mouvements modernistes différents découlent de l'héritage de la Semaine d'art moderne.

« L'apprenti touriste »