Le genre désigne en sciences sociales les processus et rapports sociaux qui divisent, polarisent et organisent l'humanité en différentes catégories sexuées et sexuelles (telles que masculin / féminin, homme / femme, mâle / femelle, cisgenre / transgenre, intersexe / dyadique, homo / hétéro).
Initialement introduit par les sciences psycho-médicales dans les années 1950, puis développé sous l'impulsion des sciences sociales à partir des années 1970, le genre servait alors à distinguer ce qui dans la division entre les sexes relevait du psychologique ou du social et non du biologique. Bien qu'étant encore employé dans ce sens, notamment dans le langage courant, cette dichotomie biologique/social, comme si le social venait se surajouter au biologique, a été remise en cause par les études sur le genre et la définition du genre s'est déplacée vers le principe de division et de catégorisation d'une part, et de classification et de hiérarchisation d'autre part. Le genre est de nos jours une notion rattachée à un champ de savoirs pluridisciplinaires : les études sur le genre. En effet, plusieurs disciplines (philosophie, anthropologie, sociologie, histoire, économie, psychologie) et plusieurs courants ( constructionnisme, matérialisme, interactionnisme, poststructuralisme), ont contribué à forger différentes théorisations du genre.
Une opposition à la notion de genre est formulée au sein du clergé catholique qui parle de et de . Cette dernière expression gagne en popularité dans les années 2000, notamment à travers l'offensive menée par le Vatican contre l'ouverture du mariage aux couples de même sexe, à l'homoparentalité et la procréation médicalement assistée.
Introduction Liminaires vignette|Mary Frith a scandalisé la société anglaise du en portant des habits masculins et en fumant la pipe, attributs typiquement masculins à l'époque. Le genre est un concept rattaché à un champ de savoirs pluridisciplinaires : les études sur le genre. Il désigne les processus sociaux par lesquels les identités sexuées et sexuelles sont produites. Cela signifie que le genre est théorisé comme une production du social et non de la nature. En ce sens, on peut parler de construction sociale. C'est un outil de dénaturalisation (le fait de révéler comme social ce qui est pensé comme le produit de différences biologiques) permettant de nommer des réalités sociales liées au travail, à l'économie, à la démographie, aux normes, aux représentations sociales, aux inégalités, mais aussi au corps, à la sexualité. Autrement dit, le genre permet de décrire la réalité empirique d’une forme d'organisation sociale. Le genre permet une explication du social par le social (selon l'aphorisme durkheimien).
Le genre désigne donc les processus et rapports sociaux qui divisent l'humanité en différentes catégories de « sexe » et de sexualité . Il faut noter que, dans beaucoup de publications en sciences sociales, le terme « genre » est interchangeable avec l’expression « rapports sociaux de sexe ». Ces processus sociaux, donc par définition non naturels, attribuent notamment à chaque catégorie, via la socialisation par exemple, des rôles différenciés qui peuvent varier dans le temps et l'espace. Le concept de genre met l'accent sur le principe de division et de catégorisation d'une part, et de classification et de hiérarchisation d'autre part. Ainsi, le genre permet un déplacement de l'analyse des parties divisées vers le principe de division lui-même. Autrement dit, le genre n’exprime pas la part sociale de la division mais il est plutôt cette division. C'est pourquoi « genre » au singulier n'est pas « genres » au pluriel, dans le sens où il ne renvoie pas seulement à l'appartenance à un groupe de sexe.
vignette|Une femme à l'usine aux États-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale, occupant ainsi un rôle traditionnellement vu comme masculin.
Si le terme « genre » a émergé en 1955, ce ne sont pas les sciences sociales qui ont été les premières à utiliser le terme mais les sciences médicales (sexologues, psychologues et psychiatres en particulier John Money, , et Robert Stoller) dans une perspective normative. C'est à partir des années 1970 que la sociologie, et plus largement les sciences sociales, s'emparent de la notion dans une perspective critique et dénaturalisante, c'est-à-dire que les hommes et les femmes n'y sont pas tant des entités naturelles que naturalisées, opérant ainsi une rupture épistémologique. Ainsi, le genre est un concept polysémique qui renvoie à des théorisations et définitions distinctes en fonction : des époques, des scientifiques, des influences théoriques, des objets de recherche (Simone de Beauvoir, Ann Oakley, Elena Gianini Belotti, Joan Wallach Scott, Christine Delphy, Nicole-Claude Mathieu, Colette Guillaumin, Michel Foucault, Gayle Rubin, Judith Butler, Danièle Kergoat, Bell Hooks, Donna Haraway).
Étymologie et usages Étymologie Le mot « genre » vient du latin , passé par l'ancien français « gendre ». Le mot a d'abord le sens de « catégorie, type, espèce » puis le sens de « sexe ». Le mot a longtemps été majoritairement associé au genre grammatical. Le terme de « genre » () a été employé pour la première fois avec un sens non grammatical dans une publication scientifique américaine de 1955 par le psychologue et sexologue John Money, dans un article où il introduit le concept de « rôle de genre » ()..
Usages aux États-Unis En 2012, la sociologue Isabelle Clair propose de distinguer quatre acceptions du mot gender : Le psychiatre Robert Stoller en 1964 introduit la distinction entre sex biologique et gender identity socialement acquis. Redéfini par la sociologue Ann Oakley en 1972 qui insiste sur le processus de classification sociale. Redéfini par l’anthropologue Gayle Rubin dès 1975 qui inclut les sexualités. « Le » gender désigne un « système de sexe/genre » qui « assujettit » des individus en raison de leur sexe perçu ou de leurs pratiques sexuelles. « Les » genders peuvent désigner différentes façons d’incarner « le » gender. Ici le pluriel ne désigne pas nécessairement la bicatégorisation, c'est-à-dire le fait qu'il y aurait un gender « masculin » et un gender « féminin », mais une liste indénombrable de « performer » « le » gender.
En anglais, le mot « gender » est utilisé de manière courante, généralement pour exprimer les différences entre femmes et hommes en insistant sur les différences culturelles plutôt que biologiques..
Usages en France En France, le terme « » a d'abord circulé dans le champ des études féministes sans être traduit. Entre les années 1970 et le début des années 1990, la sociologie française utilisait principalement des termes comme « rapports sociaux de sexe » ou « patriarcat » et l'usage du terme « genre » était encore assez rare. Le terme s’est progressivement introduit pour s’imposer dans les années 2000. La sociologue française Christine Delphy qui utilise le terme « genre » depuis 1977 a contribué à définir le concept à partir du terme . Les bornes sémantiques des termes et genre ne sont pas les mêmes.
Dans un entretien de 2016, Christine Détrez indique que l'acception française dominante dans le langage courant s'inspire de la démarcation sexe/genre proposée par la sociologue Ann Oakley en 1972 et de la définition proposée par l'historienne Joan Scott en 1988. Ainsi, le sens commun du genre que l'on connaît aujourd'hui est celui . Christine Détrez souligne que cette définition a été une première étape dans la dénaturalisation des différences femmes-hommes. Elle précise également que la bicatégorisation et la démarcation sexe/genre ont été remises en question notamment par la sociologue Christine Delphy et la biologiste Anne Fausto-Sterling.
Dans l’émission radiophonique La Grande Table idées, le démographe Emmanuel Todd, qui rejette l'usage du terme « genre », soutient que celui-ci , ce qui produit selon lui ..
Usage du genre dans les institutions nationales et internationales Plusieurs institutions internationales proposent leur propre définition du genre : Le guide EQUAL de la Commission européenne en 2004 entend par genre La Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique, en 2011, indique que Les Nations unies à travers la Recommandation générale 28 du CEDAW de 2010 indique que L'OMS, en 2018, entend par genre
Plusieurs institutions nationales proposent leur propre définition du genre : Le Haut Conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes (France), en 2016, Un rapport d'information de l'Assemblée nationale française, rédigée en 2016 par la députée Maud Olivier, indique que . Dans ce rapport elle précise que le genre est un concept scientifique et souligne quatre piliers pouvant être mobilisés dans le cadre de la recherche identifiés par Laure Bereni, sociologue chargée de recherche au CNRS : le processus de construction sociale des rôles sexués ; la dimension relationnelle du concept de genre, qui recouvre également l’étude des rapports sociaux entre les femmes et les hommes ; les rapports de pouvoir, la hiérarchie et l’asymétrie entre les sexes ; « l’intersectionnalité » des rapports de genre qui sont imbriqués dans les autres types de rapports sociaux.
Bien que le recours au terme « genre » se soit largement généralisé dans les universités des pays francophones, et malgré l'emploi de « genre masculin/féminin » pour désigner hommes et femmes remontant au , la Commission d'enrichissement de la langue française, un dispositif interministériel français hors du monde académique, déconseillait en 2005 d'employer « genre » malgré son utilisation croissante dans certains champs des sciences sociales..
Par ailleurs, il existe différentes distinctions et articulations entre genre, sexe et sexualité qui constituent un selon une expression emprunté à la sociologue Rebecca Jordan-Young. C'est pourquoi les notions d'orientation sexuelle (hétérosexualité, bisexualité, homosexualité, pansexualité, asexualité), de préférence sexuelle, de transidentité ou encore d'intersexuation sont liées au concept de genre.
Définitions et multidimensionnalité du genre Le genre est un outil conceptuel aux multiples définitions (sociologique, anthropologique, philosophique, psychologique).
Point de vue en sociologie Le genre en sociologie désigne un rapport social et un processus de catégorisation qui peut se définir de la manière suivante : un système de bicatégorisation hiérarchisée entre les sexes (hommes/femmes) et entre les valeurs et représentations qui leur sont associées (masculin/féminin). Définir le genre comme un « système » indique que c'est ce dernier qui produit la division des catégories de sexe et des représentations qui leur sont associées, les « sexes » désignent ces catégories produites par ce système, « bicatégorisation » indique une division en deux classes mutuellement exclusives et « hiérarchisée » signifie que ces classes sont organisées selon un ordre de priorité, elles sont dissymétriques. Défini ainsi, le genre produit la division en deux classes exclusives (homme/femme) dont l'une est prioritaire sur l'autre.
Les études sur le genre montrent que le rapport entre femmes et hommes est hiérarchisé dans la majorité des sociétés connues et étudiées. Ainsi la distribution des ressources économiques, la distribution du pouvoir politique, et la distribution de ce qui est valorisé symboliquement, tend à être inégale, avec des modalités et une intensité variables. Les théoriciennes féministes matérialistes, comme les sociologues Christine Delphy et Colette Guillaumin ou l'anthropologue Nicole-Claude Mathieu, qualifient le système de subordination des femmes par les hommes de « patriarcat ».
Pierre Bourdieu utilise le terme de domination masculine pour désigner .
Point de vue en anthropologie