Friedrich Franz Karl Hecker (né le à Eichtersheim et mort le à Summerfield), est un homme politique et un révolutionnaire badois du milieu du .

, il est un ardent défenseur d'une unité allemande réalisée autour d'un idéal démocratique. Après avoir tenté de promouvoir ses idées dans un cadre parlementaire et légal, lors de la révolution qui touche les États allemands au début du printemps des peuples, il mène l'insurrection républicaine d'avril 1848 dans le sud du grand-duché de Bade.

Vaincu, il s'exile aux États-Unis d'Amérique, où il prend part à la guerre de Sécession.

Avant la révolution : du libéralisme au radicalisme thumb|right|Maison natale de Friedrich Hecker à Eichtersheim (aujourd'hui quartier de la commune d'Angelbachtal).

Un disciple du libéral Itzstein (1842-1846)

Né le à Eichtersheim (auj. Angelbachtal, dans le Kraichgau), Friedrich Franz Karl Hecker est le fils du Hofrat bavarois Josef Hecker (1777-1858) et de Wilhelmine von Lüder (1784-1839).

Josef Hecker était l'administrateur de la seigneurie du Freiherr Fritz de Venningen, qui fut le parrainBaptisé catholique, Friedrich Hecker fit preuve, à l'âge adulte, d'un certain anticléricalisme et fut proche de la secte schismatique rationaliste des « catholiques allemands » (créée en 1845). de Friedrich. Josef était plutôt de sensibilité libérale : en 1815, il fut l'un des auteurs d'une adresse assez critique au grand-duc de BadeCf. Sabine Freitag, pp. 35-36..

Friedrich étudia le droit à Heidelberg - et, brièvement, à Munich - dans les années 1830 pour devenir avocat. En 1838, il fut reçu au barreau de Mannheim et y devint avocat, au tribunal de première instance. L'année suivante, il épousa Maria-Josephine Eisenhardt (1821-1916), fille d'un marchand mannheimois. Le couple, qui aura dix enfants, s'installa dans le « Palais Pigage », une belle demeure du Ce « palais » avait été construit vers 1770 par l'architecte Nicolas de Pigage (1723-1796), originaire de Lunéville, qui y résida lui-même une dizaine d'années. Les Hecker l'achetèrent en 1840 puis, contraints à l'exil, furent obligés de s'en séparer huit ans plus tard. Il fut finalement détruit par un bombardement pendant la Seconde Guerre mondiale. située dans le « carré » B1 de la villeReconstruit à partir de la fin du selon un plan hippodamien, le centre-ville de Mannheim est composé de parcelles, appelées « carrés » (Quadrate), que l'on distingue les unes des autres par un système de chiffres et de lettres.

thumb|right|Friedrich Hecker, jeune député badois (années 1840). Fils d'un juriste libéral qui eut une grande influence sur la formation de ses opinions politiques, le jeune Friedrich put également entrer en contact avec les propagateurs d'idées progressistes très « avancées » (comme le socialisme utopique) lors du voyage d'études qu'il effectua à Paris en 1835-36Sa correspondance révèle qu'en 1835-36 Hecker résida au 24 de la rue Saint-André-des-Arts (Lettre de Philippe Dupin à Hecker, 27 février 1836 - Saint-Louis, WHMC, sl 451, « Hecker papers », b.1, f.2, F).. En , les électeurs de la circonscription de Weinheim-Ladenburg (près de Mannheim) l'élurent député à la seconde chambre du parlement (Landtag) badois.

En vertu de la constitution badoise de 1818, inspirée de la Charte française de 1814, le parlement de Carlsruhe se composait de deux chambres : la première était constituée de membres de la haute aristocratie ou du clergé, nommés par le grand-duc ou héréditaires, ainsi que de membres élus par les seigneurs terriens et les professeurs d'université ; la seconde était constituée de soixante-trois députés dont huit étaient nommés par le grand-duc, les cinquante-cinq autres étant élus pour huit ansSelon le paragraphe 38 de la Constitution, les députés étaient élus pour huit ans. Dans les faits, leur mandat était souvent écourté par des dissolutions, comme celle du 8 février 1846. Cf. Siegmann, p. 49. au suffrage indirect, selon un système de grands électeurs, par les hommes de plus de vingt-cinq ans bénéficiant du droit de cité ainsi que par les détenteurs de fonctions publiques. Pour être éligible, il fallait avoir plus de trente ans, être chrétien et disposer d'une fortune ou de revenus importants. thumb|left|La chambre des députés de Carlsruhe en 1845. Hecker y siégea de 1842 à 1848. D'apparence libérale, ce système limitait cependant les pouvoirs du parlement, l'initiative des lois revenant au grand-duc et à son gouvernement.

Les prérogatives du parlement badois étaient d'autant plus réduites que les décisions de la Diète (Bundestag) de la Confédération germanique, composée des ambassadeurs des États membres, prévalaient sur la législation des États. Ainsi, en 1831, quand le député libéral Welcker obtint le vote d'une loi sur la liberté de la presse qui entrait en contradiction avec les lois de censure de la Confédération (décrets de Karlsbad), elle fut purement et simplement annulée par le grand-duc au nom de l'autorité supérieure du Bundestag de Francfort. Ce dernier était alors le principal relais de l'ordre conservateur et liberticide mis en place par le chancelier autrichien Metternich, dont un des confidents n'étaient autre que Blittersdorff, chef du gouvernement badois de 1839 à 1843.

Revendiquant des réformes libérales et davantage de prérogatives pour leur assemblée représentative, les députés libéraux, regroupés autour de l'avocat Johann Adam von Itzstein, menèrent une opposition tenace contre le gouvernement conservateur de Blittersdorff. Par patriotisme, il ne s'opposaient pas au principe d'une autorité centrale surpassant celle des États membres de la Confédération, mais ils estimaient qu'elle devait émaner d'une assemblée nationale élue, remplaçant ainsi le fait des princes par une souveraineté nationale allemande.

Élu en 1842 en tant que candidat de cette opposition libérale, et réélu en 1846 et 1847, Friedrich Hecker participa avec vigueur à ce mouvement. Itzstein le considérait alors comme son plus proche disciple.

En 1845, Hecker et Itzstein entreprirent un voyage à travers l'Allemagne. Incarnant l'aile gauche du mouvement libéral allemand, les deux hommes furent expulsés de BerlinSelon l'édition de 1911 de l'Encyclopædia Britannica, Hecker et Itzstein auraient été expulsés de Stettin et non de Berlin. en mai par la police prussienne, ce qui entraîna un mouvement de protestation et de soutien à travers toute l'AllemagneVictor de Mars, « Chronique de la quinzaine », Revue des Deux Mondes, 14 août 1845..

Dans la seconde moitié des années 1840, les libéraux avaient beaucoup progressé au pays de Bade. Ils étaient majoritaires au Landtag de Carlsruhe et étaient représentés au gouvernement par Johann Baptist Bekk, ministre de l'Intérieur. Le contexte de crise sociale de la fin des années 1840 entraîna cependant une distinction progressive entre les libéraux plus modérés et les libéraux radicaux (ou « démocrates ») menés par le journaliste Gustav Struve. Après avoir tout d'abord joué un rôle de modérateur entre ces deux courants, Hecker se rapprocha de Struve à partir de 1846Selon l'édition de 1911 de l’Encyclopædia Britannica, cette évolution vers le radicalisme serait intervenue après la mort, en mars 1845, d'un de ses amis, un député libéral du nom d'Adolf Sander., année où les deux hommes fondèrent un « Comité pour l'amélioration du sort des classes laborieuses ».

Un champion du radicalisme (1846-1847)

thumb|Le programme radical d'Offenbourg (12 septembre 1847) a lancé les mots d'ordre de la révolution de Mars.

Dès 1846, Hecker était devenu une des figures emblématiques de l'extrême-gauche badoise (dont il qualifiait les membres de Ganze, d'« entiers », par opposition aux libéraux modérés, surnommés Halbe, les « moitiés », en référence à leur politique de juste milieu)Cf. Siegmann, p. 49, et Winkler, p. 92..

Il se fit également connaître et apprécier du grand public en prenant part au mouvement nationaliste de protestation suscité à partir de 1846 par la revendication, par le roi danois Christian VIII, d'une incorporation du duché de Schleswig au royaume de DanemarkVassal du roi du Danemark, le duché de Schleswig était par ailleurs indissociable, depuis le traité de Ribe de 1460, du duché de Holstein. En revendiquant sa pleine souveraineté sur le Schleswig (en soulignant à cette fin que la majorité de ses habitants était danophone) le roi du Danemark contrevenait ainsi à un ancien traité tout en blessant le sentiment national allemand, le duché étant peuplé par une importante minorité germanophone (Cf. Winkler, p. 93).. Le député badois fit connaître sa position dans un ouvrage publié en 1847F. Hecker, Deutschland und Dänemark : für das deutsche Volk, Schaffhouse, 1847.. L'année précédente, il avait déjà exprimé sa passion nationaliste en exposant à la chambre la menace du panslavisme qui pesait, selon lui, sur la « patrie allemande » et sur la « race germanique »Cyprien Robert, « Les Deux panslavismes » in Revue des Deux Mondes, t. 16, 1846..

Le , lors d'un meeting organisé à Offenbourg, Hecker fit acclamer un programme politique radical inspiré des idées de Struve. Outre les revendications politiques libérales (liberté de la presse, création d'une garde nationale sur le modèle français) et nationales (réunion d'un Parlement national allemand à Francfort), des revendications d'esprit démocratique (mise en place du suffrage universelL'article 13 du programme d'Offenbourg prévoit la suppression des privilèges et l'établissement de l'égalité de tous les citoyens, sans toutefois préciser si cette égalité pourrait s'étendre aux femmes. C'est donc vraisemblablement le suffrage universel masculin que les radicaux revendiquaient.) et social (« enseignement pour tous », « compensation de la disparité entre Capital et Travail ») furent également énoncées. Le rassemblement radical d'Offenbourg, dominé par Hecker et Struve, lança ainsi les mots d'ordre du mouvement révolutionnaire allemandSur le meeting d'Offenbourg, voir Siegmann, p. 17..

Ne souhaitant pas être en reste, les libéraux tinrent à leur tour une réunion, à Heppenheim, dès le mois suivant (), et y élaborèrent un programme reprenant les revendications libérales et nationales du meeting d'Offenbourg.

Pendant la révolution : du légalisme à l'insurrection

La figure emblématique de l'élan radical (février-mars 1848) Au début de la révolution badoise : un radical à l'avant-garde des réformes libérales thumb|right|Cette caricature allemande de 1848 ironise sur les revendications des révolutionnaires. L'association de la vox populi à une flatulence montre la méfiance des conservateurs et des libéraux modérés envers les radicaux, dont ils assimilaient les aspirations démocratiques aux risques de démagogie et de désordre social.

Le , la révolution parisienne renversa la monarchie de Juillet et mit en place une république. La nouvelle de cet événement parvint rapidement dans une Allemagne du Sud-Ouest prête à la révolution.