Les œuvres de jeunesse de Balzac comprennent, d'une part, des essais philosophiques et des essais romanesques inachevés qui resteront inédits du vivant de Balzac, et, d'autre part, des romans de jeunesse produits à des fins alimentaires et sous divers pseudonymes (« Lord R’hoone », « Horace de Saint-Aubin » ou « Aurore Cloteaux »), entre 1820 et 1827. Longtemps « ignorés », ces premiers écrits ont suscité, depuis les années 1960, un certain intérêt auprès d’universitaires qui s’interrogent sur leur lien avec La Comédie humaineSamuel Silvestre de Sacy, appendice « La vie de Balzac » dans ..

Les essais philosophiques inédits Son « Discours sur l'immortalité de l'âme. », est constitué d'une série de fragments dans lesquels il réfute la position du dualisme cartésien en faveur du monisme. Le jeune Balzac s'appuie sur la philosophie des Lumières et le modèle mis de l'avant par Étienne Geoffroy Saint-Hilaire, qui défendait le principe d'unité de composition contre le système de Georges Cuvier.. Certains aphorismes révèlent déjà son ambition littéraire : Il affirme sa prédilection pour la philosophie d'Épicure, déplore la fadeur de la peinture des vertus et s'interroge sur le bonheur :

Ces essais contiennent aussi des notes sur ses « Lectures de philosophes » (Malebranche, Descartes, Spinoza, dont il traduit le début de lÉthique, et d'Holbach) ainsi qu'un bref « Essai sur le génie poétique » et un « Traité de la prière ». Ces divers textes sont tous inachevés.

Les essais romanesques inédits Entre 1820 et 1824, Balzac s'essaie à la littérature. Il travaille en 1820 à un projet de roman avorté, dont on a conservé deux ébauches successives, Agathise et Falthurne, récit qu'il attribue à un abbé italien fictif (Savonati) traduit par un traducteur fictif (un maître d’école nommé Matricante). Ces romans dont l’action se déroule en Italie et dont l’héroïne est dotée de pouvoirs surnaturels mêlent le style de Walter Scott et celui de Rabelais.. Le début et la fin en sont perdus.

Entre 1820 et 1821, il travaille à un roman épistolaire, Sténie ou les erreurs philosophiques, qu'il envisageait de publier en deux petits volumes, ainsi qu'en atteste le calibrage des signes, mais qu'il abandonna après 52 lettres.. Ce roman est inspiré à la fois de La Nouvelle Héloïse et de WertherP.-G. Castex, .. L'histoire porte la marque du romantisme, comme le note Maurice Bardèche :

Les romans de jeunesse Une production commerciale Poussé par des commanditaires peu scrupuleux, Étienne Arago et Auguste Lepoitevin, Balzac produit en même temps nombre de romans de jeunesse qu’il signe d'abord sous le pseudonyme de Lord R’hoone (anagramme d’Honoré) puis sous celui Horace de Saint-Aubin et, occasionnellement, Viellerglé (anagramme de l'Égreville, nom usurpé par Lepoitevin) et Aurore Cloteaux.. Ses commanditaires agissent comme des négriers. Ils disposent d’une réserve de jeunes plumes et s’autorisent à cosigner des textes rédigés par leurs « esclaves ». Ainsi L'Héritière de Birague paraît en 1821 sous les signatures de Lord R’hoone et d'Étienne Arago..

Lepoitevin . Étienne Arago, frère du célèbre astronome, collabore à cet et il offre une place au jeune écrivain. Le roman ici n’est pas un art, mais une fabrication en série. Balzac accepte, trop heureux de se .

Dans ce même esprit, Balzac publie en 1823 : L'Anonyme, ou, Ni père ni mère, Jean-Louis ou la fille trouvée, Clotilde de Lusignan ou le beau juif, Wann-Chlore, Le Vicaire des Ardennes, qui est aussitôt saisi et interdit :

Deux semaines plus tard, paraît Le Centenaire ou les Deux Beringheld, signé « Horace de Saint-Aubin, bachelier ès lettres », un roman . Puis en 1823 La Dernière Fée ou la nouvelle lampe merveilleuse, un livre exécrable, dans lequel .

Cette même année, Balzac publie sur commande d’Horace Raisson une brochure sur Le Droit d'aînesse et une Histoire impartiale des jésuites, puis Le Code des gens honnêtes ou l’art de ne pas être dupe des fripons, en 1825, signé de son commanditaire Horace Raisson. Si l’apprenti romancier peut enfin gagner de quoi vivre, assez largement, les conditions dans lesquelles il travaille lui deviennent peu à peu insupportables.

Balzac produit encore : L’Excommunié, Don Gigadas, des poèmes, des contes, des nouvelles. Il est certainement responsable, en tout ou en partie, de l'ouvrage intitulé Le Mulâtre, publié le sous le nom d'Aurore Cloteaux.. La liste des productions de celui qui ne signe encore ni Balzac, ni « de » Balzac, est vertigineuse. On peut s’en faire une idée à partir des Œuvres diverses ou des Premiers romans réédités en deux volumes, respectivement dans la collection « Bouquins. » ou en Pléiade..

Cet épisode de sa vie sera évoqué dans Illusions perdues, où les humiliations de Lucien de Rubempré journaliste, acoquiné avec une bande de voyous de la plume, ressemblent fort à celles que Balzac a connues. Écœuré par ce qu’il écrit, le jeune Balzac aurait alors songé à se suicider..

Ces œuvres sont hantées par des fantasmes de décapitation, qui peuvent être analysés comme une angoisse de castration et corrélés avec la thématique de la régression infantile symbolisée par les souterrains, , .. Le thème de l'inceste avec la sœur-amante se répète de roman en roman. Dans Sténie, Le Vicaire des Ardennes et Wann-Chlore, des amoureuses exceptionnelles sont engagées dans une passion d'autant plus impossible qu'elle se veut absolue ; ces amantes d'une pâleur livide, souvent associées à un milieu aquatique, partagent certaines caractéristiques des fantômes, des vampires et des goules..

Postérité des romans de jeunesse Plus tard, Balzac reniera énergiquement ces romans commerciaux qu’il considère comme des . Il va jusqu’à renier Les Chouans, dont il prétend que c’est sa première croûte, dans une lettre adressée au baron Gérard, auquel il envoie le roman avec les quatre premiers volumes des Études de mœurs : écrit-il le Correspondance, Roger Pierrot, Paris, Garnier, 1960-1969, t. II, 515.. Il les proscrira de l’édition de ses œuvres complètesLire l'avant-dernier paragraphe de l'avant-propos à La Comédie humaine., tout en les republiant en 1837 sous le titre Œuvres complètes de Horace de Saint-Aubin, et en faisant compléter certains ouvrages par des collaborateurs, notamment le marquis de Belloy et le comte de Grammont, , .. Pour mieux brouiller les pistes et couper tout lien avec son pseudonyme, il chargera Jules Sandeau de rédiger un ouvrage intitulé Vie et malheurs de Horace de Saint-Aubin, , ..

Ces textes que, selon Samuel Silvestre de Sacy, Balzac appelait , divisent les balzaciens : Parmi les premiers, on trouve, entre autres, ; dans les seconds : Balzac lui-même qui rejette ces textes au point d’en interdire la publication de son vivant, avec l’ensemble de ses œuvres complètes. Ce n’est qu’à partir de 1868 que les frères Michel Lévy lancent une édition illustrée luxueuse, puis vers la seconde moitié du , les études et réimpressions de luxe ou format de poche se succèdent et éveillent la curiosité des chercheurs, notamment au Japon où Balzac est un des auteurs les plus étudiésCent ans d'études balzaciennes au Japon.Cent ans d’études balzaciennes au Japon..

En dépit de leurs défauts, ces romans de jeunesse contiennent, selon André Maurois, les germes de ses futurs romans : Fabriqués dans des conditions humiliantes, longtemps ignorés, ces premiers écrits ont récemment suscité un regain d’intérêtVoir notamment Teruo Mitimune, ., même si les spécialistes restent divisés sur l’importance de ces textes.

Selon Stefan Zweig, Balzac, en prostituant sa plume dans une littérature commerciale, a contracté des habitudes de facilité et de négligence qu'il lui sera très difficile de corriger par la suite. Mais il y réussira, grâce à son génie et à sa force de volonté..

Notes et références

Bibliographie Rééditions Œuvres de jeunesse de Balzac illustrées : Argow le pirate, Jane la pâle, L’Excommunié, le Centenaire, Dom Gigadas, avec des dessins de Beaucé, Eugène Lampsonius (alias Eustache Lorsay), Andrieux, Coppin, Paris, Michel Lévy frères, 1868, 2 vol., t.1. Les Œuvres de Balzac, Lausanne, Éditions Rencontre, 1958-1962, 30 vol. Honoré de Balzac, Annette et le criminel, Paris, Flammarion GF, 1982 . . . . . . .

Ouvrages critiques Louis-Jules Arrigon, Les Années romantiques de Balzac, Paris, Perrin, 1927. Louis-Jules Arrigon, Les Débuts littéraires d’Honoré de Balzac, Paris, Perrin 1924. Pierre Barbéris, Balzac, Les romans de jeunesse, Slatkine, 1965 ; réimpression 1985. . .

. . . Teruo Mitimune, Exorde aux études des œuvres de jeunesse de Balzac, t. 1, Osaka, 1982. .

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. . . . Stéphane Vachon, « Agathise et Falthurne », Balzac, une poétique du roman, Groupe international de recherches balzaciennes, Université de Montréal, Presses Universitaires de Vincennes, 1996, . .