L’Honneur des poètes est le titre d'un recueil, préparé par Pierre Seghers, Paul Éluard et Jean Lescure, publié en 1943 par les Éditions de Minuit clandestines dans le cadre de la Résistance.

L’Honneur des poètes (juillet 1943) Historique En 1942, François Lachenal, ainsi que Jean Descoullayes, décident de rassembler et publier en Suisse, aux éditions des Trois Collines, des poèmes engagés et anonymes, semblables à ceux que Pierre Seghers et Pierre Emmanuel leur avaient envoyés à la fin de 1941 pour Traits, revue qu'il avait contribué à fonder à Lausanne en 1940 afin de réagir contre l'ordre nouveau prôné par Hitler.

Quinze jours après l'arrivée, en décembre, de Lachenal à Vichy où il est nommé attaché de la Légation suisse, il va voir Pierre Seghers à Villeneuve-lès-Avignon pour lui exposer ce projet. À Paris Seghers en fait part à Paul Éluard, qui lui assure s'en occuper. Le succès de la publication clandestine du Silence de la mer de Vercors rendait en effet possible l'édition d'autres ouvrages.

Mi-, Seghers présente au comité de lecture des Éditions de Minuit, avec lesquelles Éluard avait réussi à prendre contact, les poèmes rassemblés (Pierre Emmanuel, Louis Aragon, Jean Lescure, Pierre Seghers, Jean Tardieu, Paul Éluard, Eugène Guillevic, Édith Thomas, Loys Masson, Claude Sernet et Charles Vildrac) auxquels Éluard et Lescure ajoutent vingt autres poèmes (Robert Desnos, René Tavernier, Vercors, Lucien Scheler, Georges Hugnet, André Frénaud, René Blech, Francis Ponge et deux inconnus aux pseudonymes de Camille Meunel et d'Ambroise Maillard) .

L'Honneur des poètes fut, comme il est symboliquement indiqué dans son achevé d'imprimer, « publié aux dépens de quelques bibliophiles patriotes » « sous l'occupation nazie le jour de la liberté opprimée ».

Jean Lescure et sa femme distribuèrent un tract tiré de l'ouvrage en tandem dans Paris« Les volumes circulaient de la main à la main, les tracts étaient postés sous enveloppe, jamais plus de cinq par boîte aux lettres et la totalité des enveloppes dans la journée pour éviter qu'un postier ne détecte les enveloppes et que, le lendemain, la surveillance accrue ne les intercepte. J'avais en outre un petit réseau. Je crois qu'il comportait une cinquantaine de personnes. Je n'en connaissais que deux, le système de triangle. C'est à ceux qui le composaient et que je n'ai jamais connus que je remettais les documents à distribuer. Pour les tracts je faisais cela moi-même avec ma femme en tandem. C'était un bon sport. Le nombre de boîtes aux lettres visité me donne une approximation du tirage, je ne distribuais pas tout moi-même, mais peut-être 90 %. Je « faisais » près de 300 boîtes, cela veut donc dire, à cinq enveloppes la boîte, exemplaires à peu près. » (« Entretien avec Jean Lescure », texte en français, dans ). « Servez tous les poètes et littérateurs susceptibles d'apprécier ces poèmes. Aussi ceux qu'ils indigneront, les carpettes où nous essuierons nos pieds écarlates. », recommande Éluard à LescureExposition Résistance-Déportation, Création dans le buit des armes, Chancellerie de l'Ordre de la Libération, Paris, 1980, n.p. notice n° 425. Une dizaine d'exemplaires de L'Honneur des poètes furent remis à François Lachenal pour diffusion et réplication en Suisse par les éditions clandestines À la porte d'ivoire (nom trouvé par son ami Jean Starobinski) qu'il avait créées. Un nouveau tirage clandestin de 72 pages ajoutant, tout comme Éluard et Lescure l'avaient fait à Paris, au « fond commun » onze autres poètes anonymes déjà publiés dans les revues romandes (notamment Alain Borne, seul écrivain du nouveau recueil à ne pas avoir figuré dans L'Honneur des poètes), fut ainsi rapidement réalisé par François Lachenal à Genève sous le titre Poèmes français au début de l'automne 1943 .

La quasi-totalité des poèmes de L'Honneur des poètes ont été clandestinement enregistrés sur disques au début de l'année 1944 par Éluard et Lescure dans les studios de la radio« J'avais depuis le début de l'année établi le contact avec les studios de la radio de Vichy qui, rue de l'Université, avait installé son Club d'Essai que dirigeait Pierre Schaeffer. À l'insu de celui-ci […] nous avions entrepris d'enregistrer, les dimanches matin où Schaeffer ne venait jamais, les poèmes de L'Honneur des Poètes. J'avais prévenu Éluard. Nous étions seuls les deux premières séances et tout alla bien. Paul eut la malencontreuse idée d'inviter Aragon à la troisième. Jusque-là il lisait bien, à la manière un peu chantante d'Apollinaire, plus mesurée peut-être. Aragon entreprit de lui apprendre ce matin-là la bonne façon de dire. Il le faisait recommencer, le reprenait, lui donnait le ton. C'était celui, ampoulé et déclamatoire, des vieux cabots de l'Odéon, type 1900 amélioré. Je signifiai à Aragon, qu'il valait mieux qu'il ne revienne pas. Il ne revint pas en effet et nous prononçâmes, Paul et moi, tranquilles, l'achevé d'enregistrer le 1er mai 1944 » (). Voir aussi « Entretien avec Jean Lescure » dans ..

Autres éditions

Sous le même titre L'Honneur des poètes un ouvrage est publié en à Alger par l'Office français d'ÉditionExposition Résistance-Déportation, Création dans le bruit des armes, Chancellerie de l'Ordre de la Libération, Paris, 190, n.p. notice n° 345.

Une édition de 8 pages plus compacte a été réalisée en Catalogue des Librairies La Palourde et Vignes : L'intelligence en guerre—géographie nocturne, Paris-Nîmes, 2001, p. 19. Réalisée à la demande des auteurs communistes pour rompre avec la tradition bibliophilique des Éditions de Minuit, ces exemplaires pouvaient être diffusés comme des lettres.

Après la Libération, le recueil, de 94 pages, a été réédité par les Éditions de Minuit le , donnant cette fois les véritables noms des auteurs des poèmes. Une édition réservée à la Belgique a été réalisée en collaboration avec La Renaissance du Livre, Bruxelles.

L'ouvrage a été rééditéVoir sur printempsdespoetes.com. en 2014 par les éditions Le Temps des Cerises et Le Printemps des Poètes, à l'occasion de la seizième édition de la manifestation, et en partenariat avec le ministère de la Défense.

Sommaire Sous des pseudonymes imaginés par Éluard« Seule difficulté : les poètes n'aiment guère voir leur œuvre se perdre dans l'anonymat. Éluard leur trouva donc des pseudonymes » ()., L'Honneur des poètes réunit, après une introduction non signée d'Éluard, vingt-deux poètes :

L'honneur des poètes (Paul Éluard) Jacques DESTAING (Louis Aragon) : Prélude à la Diane Française, Ballade de celui qui chantait dans les supplices, Romance des Quarante Mille, La rose et le réséda Louis MASTE (Pierre Seghers) : OctobreLe massacre des otages de Châteaubriant en octobre 1941, Paris-Pentecôte, Le beau travail Claude SOLÈNE (René Tavernier) : Le ciel vous a été offert Camille MEUNEL (internée) : Drancy Lucien GALLOIS (déporté) (Robert Desnos) : Le Legs Jean DELAMAILLEC'est Éluard qui lui invente ce pseudonyme, parce que la moutarde lui monte facilement au nez (). (Jean Lescure) : Refuge Pierre ANDIER (déporté) (Robert Desnos) : Ce cœur qui haïssait la guerre Roland DOLÉE (Vercors) : La Patience Daniel THÉRÉSIN (Jean Tardieu) : Vacances, O Pays nommé France, Actualités SERPIÈRES (Eugène Guillevic) : Chanson, Chanson Jean SILENCE (Lucien Scheler) : Noël à la croix gammée, 40 Malo LEBLEU (Georges Hugnet) : Parce que tu es bon Benjamin PHÉLISSE (André Frénaud) ! Lamentation de la Pologne, Armée démontée Paul VAILLE (Loys Masson) : Écrit pour vous, Feu, Les mots État Français, Ils viennent jusque dans nos bras, Poème Jean FOSSANE (René Blech) : Les roses de Paris Jean AMYOT (Pierre Emmanuel) : Les dents serrées, Octobre ANNE (Édith Thomas) : Retour à Paris, Tous mes amis sont morts, Steppe, Tuileries Robert BARADE (Charles Vildrac) : Paris Roland MARS (Francis Ponge) : Dialectique non prophétie Ambroise MAILLARD : On a donné de grandes fêtes René DOUSSAINT (Claude Sernet) : Lui, Kriegsgefangene Maurice HERVENT (Paul Éluard) : Chant nazi, Les belles balances de l'ennemi, Courage

La plupart des écrivains réunis à partir de 1942 par Jean Lescure autour de la revue Messages qu'il dirige depuis 1939 collaborent ainsi sous des pseudonymes au recueil« Dans le domaine de la poésie, le travail accompli par Messages prenait le sens d'un recrutement. […] Les meilleurs poètes étaient déjà à nos sommaires. Ils ne pouvaient pas se dérober » écrit ..

Domaine français (décembre 1943) Parallèlement à la composition de L'Honneur des poètes, Jean Lescure forme, dès la fin de 1942, le projet d'« une autre anthologie, mais dont les œuvres seraient signées et la publication absolument normale » (voir Domaine Français, Messages 1943).

L'Honneur des poètes II Europe (mai 1944) Un second ouvrage, sous le titre L'Honneur des poètes II Europe, écrit Jean Lescure à François Lachenal début 1944 ()., fut publié aux Éditions de Minuit « aux dépens de quelques lettrés patriotes » « sous l'oppression » le Sur ce second ouvrage, voir ..

Dans un article anonyme Jean Lescure en fit en un compte rendu dans le des Lettres françaises clandestinesTexte reproduit (fac-similé) dans “Les Lettres françaises” et “Les Étoiles” dans la clandestinité, 1942-1944, présentées par François Eychart et Georges Aillaud, Paris, Le cherche midi, 2008, page 154..

Sommaire Préface (Louis Aragon) LA VALENTINE : Par-dessus le toit Écrits en prison A. : Le Châle rouge-gorge Pierre VILLESERTE : Le Camp Jacqueline FARGE (Lucie Guéhenneux) : Un Chant s'envole Isaac LACQUEDEM (Benjamin Fondane) : Journées de Juin Jean Noir (Jean Cassou) : Trois Sonnets composés au secret Europe (« Entretien avec Jean Lescure », dans . Grèce : Mort lucide (Georges Spyridaki)« Alors directeur du pavillon grec de la Cité universitaire et qui, à ce titre, eut plus d'une fois maille à partir avec l'occupant » (). Pologne : Tout a goût de cendre (André Frénaud)« Frénaud qui avait été lecteur de français avant 1939 à l'université de Lwow, ayant échoué dans sa quête de textes originaux, composera lui-même Tout a goût de cendre » (). Tchécoslovaquie : Prague (André Frénaud)« Pour ma part, j'avais écrit avant guerre (en octobre 38) au moment de l'occupation de Prague un poème de ce nom et je lui [Éluard] ai donné l'autorisation d'en prendre de ce qu'il voulait pour l'attribuer à un poète tchèque avec qui nous avions été en relations. Ce qu'il a fait en supprimant la moitié du texte original et ajoutant quelques vers pour terminer en vue de rendre l'attribution vraisemblable», écrit André Frénaud (cité par ). Hollande : Ramage (Paul Éluard) Norvège : La Ferme (Robert Desnos) Yougoslavie : Message personnel (Monny de Boully) Bulgarie : Partisans, Section d'assaut (Amy Bakaloff) Ces deux poèmes seront repris dans le recueil Sombre est noir publié en 1945 Italie : Traqués (Bonalumi) Belgique : Le grand Vase, Il y a les Nations, Et rappelle-toi, Le monde change (Alain DE MEUSE : Marcel Thiry); Du ciel, Fidélité (Robert RUYTERS : Pierre Seghers) Valentin GUILLOIS (Robert Desnos) : Le Veilleur du Pont-au-changePrès d'un an avant la mort de Desnos le 8 juin 1945, que ses amis n'apprennent à Paris qu'en août, « le 27 octobre 1944, en présence du général de Gaulle, au cours d'un gala donné à la Comédie-Française, Le Veilleur du Pont-au-change fut […] lu à plusieurs voix et applaudi dans un enthousiasme extraordinaire » (). Jacques DESTAING (Louis Aragon) : Chanson de l'Université de Strasbourg