est le septième album studio de John Lennon, et le deuxième avec Yoko Ono (après Some Time in New York City), sorti en . Il s'agit de leur premier album sorti depuis cinq ans et du dernier publié du vivant du fondateur des Beatles. L'album marque une rupture avec leurs travaux précédents : Lennon choisit en effet Geffen Records, une maison de disques alors peu connue et un jeune producteur, , afin que lui-même et son épouse soient également traités.
C'est ainsi un album mixte, alternant les chansons de l'un et de l'autre, qui voit le jour. John et Yoko y écrivent des chansons optimistes sur leur vie, sur leur fils Sean, ainsi que d'autres, plus introspectives. L'ensemble de l'album est très personnel, et amorce ce que Lennon considère comme une nouvelle phase de sa carrière.
À sa sortie, l'album connait un succès commercial et critique mitigé, tandis que les époux donnent de nombreuses interviews et commencent à travailler à une suite, . Ces plans s'arrêtent de façon dramatique trois semaines plus tard par l'assassinat de John Lennon. Les ventes explosent alors, propulsant l'album à la première place des ventes de chaque côté de l'Atlantique, tandis que les singles qui en sont extraits, les chansons de Lennon (Just Like) Starting Over, Woman et Watching the Wheels, connaissent un grand succès. La critique l'apprécie également de plus en plus, et il est en 1981 récompensé par un Grammy Award de l'album de l'année. En 2010, une version dépouillée est publiée dans , un double CD comprenant une version remasterisée de l'album original et une version avec des arrangements simplifiés.
Historique Genèse thumb|left|Le titre de l'album vient du nom d'une espèce de freesia que Lennon a aperçue aux Bermudes.|alt=Un freesia double. En 1975, John Lennon et Yoko Ono, réunis après une parenthèse de plus d'un an, parviennent enfin à avoir un enfant ensemble. Lorsque nait Sean, ses parents décident de se retirer du monde de la musique pour mieux pouvoir s'occuper de leur fils. Tandis que Yoko gère les affaires du couple, Lennon se consacre à son fils. Il ne se coupe pas totalement du monde pour autant, contrairement à ce qui se raconte par la suite, et continue à voyager, à écrire et à dessiner. Il dispose également de tout un matériel sonore du dernier cri (dont il n'a pas toujours l'usage), et travaille sur de multiples cassettes à essayer de nouvelles chansons. À cette époque, il compose ainsi la chanson terminée près de vingt ans plus tard par les Beatles.
Lorsque débute l'année 1980, la relation entre Yoko et John connaît quelques difficultés. Sans en avertir son mari, Yoko a recommencé à consommer de l'héroïne et ne veut pas choquer le public en partant dans un centre de désintoxication. Elle cherche donc à éloigner son époux le temps qu'elle puisse se sevrer. John et son fils partent finalement en vacances et le musicien y ébauche la chanson exprimant son amour toujours fort. Amateur de voyage et de voile, John part ensuite seul en voilier avec quatre marins pour les Bermudes, où sa famille doit le rejoindre. Ce voyage, au cours duquel il brave une tempête, inspire énormément ses compositions. Lennon a même trouvé le titre de l'album durant son séjour, , du nom d'une fleur aperçue là-bas..
Lorsqu'ils retournent à New York, le , John et Yoko ont déjà trouvé un producteur, le jeune Jack Douglas, qui avait été un des ingénieurs du son de l'album en 1971. Ce dernier est d'accord pour que les époux aient une part égale sur cet album qu'ils envisagent comme un dialogue entre eux deux ; l'expression « double fantasy » peut en effet signifier .
Enregistrement Gardant un mauvais souvenir des sessions chaotiques entre amis menées pour ce qui devait être l'album (finalement ), Lennon préfère être accompagné sur par des musiciens qu'il ne connaît pas. Toutefois, le percussionniste Arthur Jenkins a joué avec Lennon sur Walls and Bridges et Rock 'n' Roll et a aussi participé à deux albums de Yoko Ono, Feeling the Space en 1973 ainsi que le suivant A Story en 1974 (qui ne sera publié qu'en 1992 dans le coffret Onobox). L'ambiance de l'enregistrement tranche avec les sessions agitées où un Phil Spector déguisé tirait des coups de feu en l'air : Yoko Ono a fait installer une salle de repos pour elle et son mari, tandis que Lennon a dès le début accroché une photo de leur fils Sean sur la console. Alors que pour Some Time in New York City (1972), le dernier album qu'ils avaient enregistré ensemble, les deux époux consommaient drogues et alcool, ils se contentent ici de nourriture macrobiotique.
Après des répétitions dans un appartement du Dakota Building que les Lennon ont acheté et transformé en studio d'enregistrement, début août, les musiciens rejoignent le Hit Factory à New York pour enregistrer du au . Jack Douglas, le producteur, s'assure que ses machines enregistrent tout, en permanence. Ceci lui permet de publier quelques années plus tard les , qui proposent des versions alternatives des chansons de Lennon « Double Fantasy », The Beatles Bible. Consulté le 10 septembre 2011.
Douglas se rend vite compte qu'il doit faire travailler les époux séparément, comme s'ils participaient à deux albums distincts, car . Ono travaille donc l'après-midi, et Lennon le soir. En une dizaine de jours, vingt-deux chansons sont enregistrées, tant pour que pour l'album suivant, . Les overdubs sont enregistrés en , et l'album est mixé le mois suivant.
Le groupe Téléphone, venu enregistrer l'album Au cœur de la nuit, se retrouve voisin de studio du couple Ono-Lennon au début des sessions, mais les Français changent rapidement de studio pour des raisons techniques..
Rick Nielsen et Bun E. Carlos, du groupe Cheap Trick, sont invités à participer à l'enregistrement de et . Ne cadrant pas avec le reste de l'album, leurs versions sont abandonnées. Elles apparaîtront finalement sur le coffret de 4 CD, John Lennon Anthology, publié le , ainsi que sur la version Stripped Down de Double Fantasy produite en 2010.
Parution et réception vignette|L'album a bénéficié de la médiatisation consécutive à l'assassinat de Lennon devant le Dakota Building.|alt=Le Dakota Building.
Lorsqu'il avait quitté le monde musical en 1975, Lennon n'avait pas renouvelé son contrat avec Apple Records. En 1980, les éditeurs se battent donc pour l'avoir, mais Lennon pose une condition qui en fait reculer plus d'un : il veut que son épouse ait la même place que lui au sein du label. C'est ainsi qu'il est finalement édité par Geffen Records, dont le directeur accepte ses conditions.
La sortie de l'album qui doit marquer le grand retour de John Lennon après cinq ans d'absence est programmée avec soin. Outre un single promotionnel publié fin , , qui monte rapidement dans les charts, Lennon donne un grand nombre d'interviews, notamment une très longue au magazine . L'album sort le même jour des deux côtés de l'Atlantique, le , et connaît un succès mitigé. La critique se montre assez réticente, notamment parce que si les chansons de Lennon sont plébiscités, celles d'Ono sont moins appréciés « Double Fantasy », AllMusic. Consulté le 10 septembre 2011.. La critique du va jusqu'à parler de et de . Les débuts de l'album sont pour leur part honorables.
Un événement change radicalement la donne trois semaines après la sortie de l'album. John Lennon est en effet assassiné le suivant. L'ironie du sort voudra que, quelques heures avant, il aie dédicacé cet album à son assassin, Mark Chapman.. Alors que l'album venait d'entrer dans les top 10, les ventes explosent et le disque ainsi que son single atteignent la première place des ventes des deux côtés de l'Atlantique. En 1990, le magazine le classe album des années 1980 Rolling Stone Lists, Rock List. Consulté le 10 septembre 2011..
L'album cause également deux procès : d'une part la chanson de Yoko Ono est accusée d'être un plagiat d'une chanson vieille de cinquante ans, Makin' Whoopee, et d'autre part le producteur Jack Douglas annonce en 1981 ne pas avoir reçu ses royalties « Double Fantasy », Graham Calkin's Beatles Pages. Consulté le 10 septembre 2011..
En 2000, l'album est réédité avec des pistes bonus. En 2010, il paraît en version remastérisée, ainsi qu'un autre album, . À l'instar de , il reprend les chansons originales dans une version épurée, acoustique. Stephen Thomas Erlewine du site AllMusic estime cependant que la différence s'entend peu et donne un air d'inachevé au disque « Double Fantasy Stripped Down », AllMusic. Consulté le 10 septembre 2011..
La copie de l'album dédicacée à Mark Chapman a été mise aux enchères par trois fois : en 1999 pour , en 2010 pour , et en 2020 pour un prix de départ de .
Analyse musicale thumb|left|Yoko Ono et John Lennon partagent leur temps de présence sur .|alt=Les Lennon photographiés par Jack Mitchell. Dans la mesure où marque le retour de John et Yoko à la vie publique, l'album fait écho à leurs cinq ans d'absence et aux nouveautés de leur vie. En cela, la chanson est une explication de Lennon aux fans sur le plaisir qu'il a ressenti à regarder tout en prenant un temps du recul. Ce thème du plaisir à l'inaction avait déjà été évoqué des années plus tôt dans . De même, parle de ces célébrités qui abandonnent drogue et alcool, comme il l'a fait durant cette période : .
Le disque apporte également son lot de déclarations d'amour familiales : dans , Lennon s'extasie sur son fils Sean, comme un écho au qu'il avait composé pour son premier fils, Julian. Dans , et , il s'adresse cette fois-ci à son épouse. Yoko, quant à elle, s'adresse à son mari et son fils dans .
Le disque est conçu en partie comme un dialogue entre les deux artistes, dont les chansons sont parfois enchaînées par un fondu. À la chanson de Lennon, qui exprime ses craintes de perdre sa femme, répond le de Yoko, qui attise ces craintes. Plus conciliante, Yoko interprète également (). Cette chanson sera rééditée le en 45 tours avec la voix de Lennon en prédominance.. Elle tente également une chanson plus expérimentale, , qui choque pour les bruits d'orgasme qui la concluent « Double Fantasy Stripped Down », PopDose. Consulté le 11 septembre 2011.. Les prestations de Yoko sont appréciées par certains critiques, qui les trouvent nettement plus mélodieuses que ses cris de la fin des années 1960. Pour Sean Egan, de la BBC, de sa chanson a l'étampe d'une chanson de Lennon..
Liste des chansons
En 2010 est publié le double album Double Fantasy Stripped Down, qui contient le disque original, plus une nouvelle version aux arrangements épurés (mis à nu à la manière de Let It Be... Naked).
Classement Classement (1980)Meilleureposition (UK Albums Chart).1 (Billboard).1 (IFOP).2
Fiche de production Interprètes John Lennon : chant, chœurs, guitares, piano, claviers Yoko Ono : chant, chœurs Earl Slick : guitare solo Hugh McCracken : guitare solo Tony Levin : basse Matthew Cunningham : dulcimer George Small : claviers, piano, synthétiseur Ed Walsh : synthétiseur Oberheim Andy Newmark : batterie Robert Greenidge : steel drum Arthur Jenkins : percussions Randy Stein : concertina Howard Johnson, Grant Hungerford, John Parran, Seldon Powell, George « Young » Opalisky, Roger Rosenberg, David Tofani, Ronald Tooley : cuivres Michelle Simpson, Cassandra Wooten, Cheryl Mason Jacks, Eric Troyer, Benny Cummings Singers, The Kings Temple Choir : chœurs
Équipe technique John Lennon : producteur Yoko Ono : productrice Jack Douglas : producteur Tony Davillo : arrangement des cuivres Lee DeCarlo : ingénieur du son
Notes et références
Double Fantasy Stripped Down https://www.discogs.com/fr/John-Lennon-Yoko-Ono-Double-Fantasy-Stripped-Down/release/2479931
Bibliographie . . .
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