ConstantinCertains historiens, comme Alexander Kazhdan dans son Oxford Dictionary of Byzantium prennent le parti de lui donner comme nom de règne Tibère et donc de dissocier la période byzantine de la période romaine proprement dite avec l'empereur Tibère., officiellement Constantin comme nom de règne (, ) (vers 526-) est un empereur byzantin de 578 à 582. Thrace d'origine, il appartient à la dynastie justinienne. Il gravit plusieurs échelons de la hiérarchie impériale jusqu'à servir dans le prestigieux corps des Excubites. Repéré par l'empereur Justin II, il en devient le régent quand celui-ci sombre peu à peu dans l'inaction, entre 574 et 578, avec le titre de césar. À la mort de Justin, c'est donc logiquement que Tibère lui succède comme empereur, jusqu'en 582. Lors de ses années de gouvernement, il essaie tant bien que mal de préserver les défenses de l'Empire, assaillies de toutes parts, oscillant entre guerres et actions diplomatiques parfois coûteuses. Contre les Sassanides, il se repose de plus en plus sur Maurice, alors que les Balkans semblent céder sous la pression des Avars et des Slaves et que l'Italie cède peu à peu sous la pression des Lombards.
En tant que successeur de la politique de Justinien, il subit, tout comme Justin II, les difficultés d'un Empire certes étendu mais surtout confronté à des défis militaires, économiques et démographiques de grande ampleur. Dépensier, Tibère II a laissé le souvenir d'un empereur généreux mais trop prompt à des prodigalités qui fragilisent un trésor qui se vide année après année. Relativement tolérant dans sa politique intérieure, il préserve les minorités religieuses et poursuit une politique de constructions plutôt ambitieuse, quoique coûteuse. Préparant sa succession, il s'appuie surtout sur Maurice, qui devient césar en quand Tibère tombe brutalement malade avant de mourir le , juste après avoir consacré Maurice comme son héritier.
Sources Plusieurs chroniques abordent tout ou partie des aspects du règne de l'empereur Tibère II Constantin. Théophylacte Simocatta, qui consacre l'essentiel de son récit au règne de Maurice et aux guerres de ce dernier, s'attarde aussi sur Tibère II, dont le rôle est primordial dans l'ascension de Maurice. Il rapporte notamment le contenu de son discours prononcé à l'intention de ce dernier. Jean de Nikiou, originaire d'Égypte, écrit à la fin du et s'appuie beaucoup sur d'autres chroniqueurs mais se montre très positif envers Tibère. Évagre le Scholastique, qui compose une Histoire ecclésiastique centrée sur les événements religieux, est un contemporain de Tibère II. Il est donc bien informé, de même que Jean d'Éphèse, dont la chronique s'arrête approximativement à la mort de Tibère. Ménandre le Protecteur a produit une chronique relatant les événements de 558 à 582 dont certains fragments ont disparu et il émet un avis pondéré à l'égard de . Plus tardive, la Chronique de Théophane le Confesseur s'appuie certainement sur des écrits perdus depuis et qui fournissent donc des apports divers à la compréhension du règne de Tibère.
Des sources extérieures à l'Empire enrichissent l'appréhension des événements du règne de Tibère. Le chroniqueur franc Grégoire de Tours semble ainsi bien renseigné sur la vie byzantine, de même que Jean de Biclar, originaire d'Espagne et qui étudie à Constantinople.
Origine et ascension thumb|left|alt=Une carte mentionnant les frontières de l'Empire byzantin|Carte de l'Empire byzantin à la mort de Justinien en 565, avec ses conquêtes en orange. Dès le règne de Justin II, la domination impériale sur l'Italie est peu solide. Tibère est né en Thrace au milieu du . Théodore Skoutariotès est le seul à mentionner son âge à sa mort. Il aurait eu cinquante-six ans et serait donc né en 526. Plusieurs sources syriaques en font le premier empereur de langue grecque. Les débuts de sa vie sont méconnus jusqu'à ce qu'il soit nommé notarius, ce qui atteste d'une bonne instruction. C'est à ce poste qu'il rencontre le futur empereur , par l'entremise du patriarche Eutychius de Constantinople après 552. Les deux hommes deviennent rapidement amis et, grâce à l'aide de Justin, Tibère devient comte des Excubites de 565 à 574, après avoir été l'adjoint du général Marinus jusqu'à sa mort. Il devient donc le chef de la garde impériale, ce qui lui assure une grande proximité avec le pouvoir. Il est notamment présent lors de l'intronisation de sur le trône en 565 et constitue un de ses soutiens dans la rivalité qui oppose Justin à Germanus, le cousin de Justinien qui convoite un temps le pouvoir suprême.. Il semble aussi être à l'instigation de l'exécution en 566 de deux dignitaires de la cour, Aetherius et Addaeus, accusés d'avoir voulu empoisonner l'empereur mais également ennemis personnels de Tibère.
Dès son arrivée sur le trône, Justin est en butte à la menace des Avars qui viennent de s'installer en Pannonie. Il refuse de poursuivre le paiement du tribut annuel et nomme Tibère comme magister utriusque militiae pour poursuivre les négociations. Tibère finit par accorder aux Avars de s'installer dans les Balkans, à la condition que plusieurs de leurs chefs viennent à Constantinople comme otages. Néanmoins, Justin refuse cet accord. Il veut que les otages viennent de la famille même du khan, ce que celui-ci rejette. Tibère passe alors de la négociation à la guerre. En 570, il bat les Avars en Thrace et repart pour Constantinople, avant de revenir exploiter son succès. Cette fois, il est vaincu et n'échappe que de justesse à la mort. Les Byzantins et les Avars décident alors d'une trêve et Tibère fournit une escorte aux plénipotentiaires avars pour discuter les termes de la paix. À leur retour, les ambassadeurs sont attaqués et volés par des populations locales. Quand il en a connaissance, Tibère réagit et fait rechercher les coupables, avant de rétrocéder les biens volés.
En 574, Justin perd peu à peu ses facultés mentales. L'impératrice Sophie se tourne alors vers Tibère pour assurer une forme de régence, alors que l'Empire combat les Perses en Orient et que la situation interne est fragilisée par une vague de peste. Tibère et Sophie se mettent d'accord pour une trêve d'un an avec les Sassanides, au prix de nomismata. Le , Justin, dans un rare moment de lucidité, fait proclamer Tibère comme césar et l'adopte comme son fils. Selon Théophylacte Simocatta, il aurait prononcé un discours d'intronisation devant les représentants du Sénat byzantin, de l'armée et du patriarche. Il est difficile de connaître la véracité des paroles rapportées mais il aurait prodigué des conseils à celui qui se présente déjà comme son successeur, tout en insistant sur ses propres erreurs à ne pas reproduire. Évagre le Scholastique rapporte un contenu similaire et Jean d'Éphèse cite surtout un texte qui s'apparente à un éloge de Justin. Quoi qu'il en soit, Tibère ajoute alors Constantin à son nom, ce qui atteste d'une ambition impériale. Néanmoins, méfiante, Sophie s'assure que Tibère ne se proclame pas empereur avant la mort de Justin en 578. Dans l'ensemble, l'impératrice semble surtout soucieuse de préserver sa position. Selon Jean d'Éphèse, hostile à son égard, elle aurait même envisagé de se remarier avec Tibère. D'autres sources mentionnent son projet de promotion de Justinien, cousin de Justin, comme candidat au trône.
De César à empereur upright=1.25|thumb|alt=Une carte figurant les lieux mentionnés dans l'article sur la frontière orientale de l'Empire byzantin|Carte de la frontière byzantino-perse. vignette|gauche|alt=Les deux faces d'une pièce de monnaie de l'époque byzantine|Pièce de 40 nummi retrouvée à Cyzique, représentant côte à côte Justin II et l'impératrice Sophie. Pendant quatre ans, agit comme le dirigeant de fait de l'Empire, même s'il n'a que le titre de césar. Il profite d'une accalmie dans l'épidémie de peste pour reprendre le contrôle de l'Empire. Surtout, il se montre rapidement dépensier alors que Justin a préservé des sommes d'argent importantes pour assurer la défense des frontières. Tibère s'en sert surtout pour le distribuer et accroître sa popularité, chose qu'il reproduit au moment de la succession de Justin, en 578. Selon Paul Diacre, il met la main sur deux trésors, rapidement dépensés, au grand dam de Sophie. Celle-ci aurait réagi en restreignant son accès au Trésor public, ce qui confirme qu'il n'a pas encore la plénitude des pouvoirs d'un souverain. Selon Lynda Garland, l'impératrice se comporte à son égard comme une régente et Grégoire de Tours mentionne qu'elle l'aurait à plusieurs reprises manifesté son mécontentement envers les dépenses de Tibère. En effet ce dernier s'illustre aussi par des baisses d'impôts sur le vin et le pain et négocie une trêve avec les Avars en payant un tribut annuel de nomismata. Dès lors, il peut transférer des troupes contre les Sassanides mais négocie aussi une trêve de trois ans contre un tribut de nomismata, le temps de déployer ces effectifs. Parmi ces soldats figurent des hommes issus de peuples barbares, incorporés dans l'armée au sein d'une unité nommée Tiberiani, forte de hommes. D'autres régiments sont levés à l'occasion des vagues de recrutement suscitées par Tibère II, pour renforcer des effectifs militaires alors en baisse, du fait notamment des sursauts récurrents de la peste de Justinien.. C'est probablement à son instigation que sont créés les Optimates, une unité de mercenaires d'origine germanique selon le Strategikon..
Durant les quatre années lors desquelles Tibère est le césar de l'Empire, Sophie aurait essayé de mettre de côté sa femme pour l'épouser à la mort de Justin et se garantir de rester proche du pouvoir. Elle aurait notamment maintenu Ino Anastasia, l'épouse de Tibère, à l'écart du palais impérial, contrairement aux instructions de Justin II. Selon Jean d'Éphèse, Ino Anastasia et ses deux filles sont contraintes de résider au palais de l'Hormisdas, où Tibère se rend à la nuit tombée puis s'installent à l'écart de la capitale, craignant pour leur vie.
Malgré tout, la succession se fait assez facilement car Tibère est nommé Auguste quelques semaines avant la mort de Justin II. Toutefois, Grégoire de Tours et Paul Diacre affirment qu'il est contesté par Justinien, un notable appartenant à la famille impériale qui est le frère de Justin, exécuté par Justin II au début de son règne. Il aurait rassemblé ses partisans dans ou aux alentours de l'Hippodrome de Constantinople et Tibère II aurait préféré se faire couronner ailleurs que dans ce lieu symbolique du pouvoir impérial.. La cérémonie se déroule à l'abri, le , au sein du Grand Palais et Justinien aurait abandonné sa prétention, versant même 15 centenaria au nouveau souverain. Quand Justin meurt le , Tibère est seul aux commandes de l'EmpireLa titulature complète de Tibère est la suivante : Αὐτοκράτωρ καῖσαρ Φλάβιος Τιβέριος Κωνσταντῖνος, πιστός ἐν Χριστῷ, ἡμερώτατος, μέγιστος εὐεργέτης, εἰρηνικός, ἀλαμαννικός, γοτθικός, φραγγικός, γερμανικός, ἀλανικός, οὐανδαλικός, ἀφρικός, εὐσεβής, εὐτυχής, ἔνδοξος, νικητής, τροπαιοῦχος, ἀεισέβαστος αὐγουστος. Soit, ().. Il ne tarde pas à se débarrasser de Sophie afin de diriger sans contrainte comme empereur suprême et légitime. Il semblerait aussi que l'impératrice douairière aurait comploté avec Justinien alors que Tibère est en-dehors de Constantinople. Revenant précipitamment dans la capitale, l'empereur la fait arrêter, la prive de ses biens et place des gens à lui pour être ses nouveaux serviteurs mais ne s'en prend pas à Justinien. Il aurait même envisagé une union entre les deux familles, qui n'aboutit pas..
La politique impériale de Tibère II