Fernand Pouillon, né le à Cancon (Lot-et-Garonne) et mort le à Belcastel (Aveyron), est un architecte et urbaniste français.
Admirateur d'Auguste Perret, il fut l'un des grands bâtisseurs des années de reconstruction après la Seconde Guerre mondiale en France. Il a réalisé de nombreux équipements et bâtiments publics à Marseille, Aix-en-Provence, en région parisienne, en Algérie ainsi qu'en Iran. Ses réalisations se caractérisent par une insertion dans le site, un équilibre des masses né de proportions harmoniques rigoureuses, des matériaux nobles et la collaboration d'artistes sculpteurs, céramistes et paysagistes.
Biographie Les premières années Fils d'Alexis Pouillon, ingénieur des travaux publics diplômé de l'École du Génie civil et des Mines de Louvain et entrepreneur, cousin de Louis Pouillon (1906-1985) architecte à Marseille, Fernand Pouillon quitte l'école à , s'inscrit à l'École régionale des Beaux-arts de Marseille à l'âge de pour ne suivre la première année que les cours de dessin, sculpture et architecture. En 1934, à , il construit à Aix-en-Provence son premier immeuble, sans être diplômé d'architecture, achevant son diplôme d'architecte en 1942.
La reconstruction d'après guerre vignette|Un immeuble du développement « La Tourette » à Marseille. gauche|vignette|Le Vieux-Port de Marseille. Les immeubles modernes de part et d'autre de l'hôtel de ville ont été bâtis par Pouillon. À la sortie de la guerre, la reconstruction donne beaucoup de travail aux architectes — il construit des camps de prisonniers et des cités d'urgence — mais, à Marseille, les « opérations » ne « sortent pas » en raison du coût trop élevé des travaux. Pour l’ensemble de La Tourette qui jouxte le quartier du Panier à Marseille, il entreprend alors, avec les entrepreneurs et les ingénieurs, un travail de synthèse entre la conception du projet, son ingénierie et le coût des travaux. En effet, pour cette opération, il met au point nombre de procédés économiques dont celui de la pierre banchée. Il parvient à obtenir ainsi des coûts suffisamment bas pour que les travaux puissent démarrer. Ce tour de force permet à l’ensemble des travaux du Vieux-Port de débuter enfin en 1949..
Dans ces années d’après-guerre où l'effort public porte d'abord sur la reconstruction et le développement de l'appareil de production du pays, Fernand Pouillon entreprend en 1951 un pari ambitieux à Aix-en-Provence : à construire en pour un budget de de francs.. Utilisant la pierre et des plans économiques mais de qualité, Pouillon gagne son pari.
Pendant la période de reconstruction, il diverge de ses confrères ralliés au mouvement moderne fonctionnaliste pour qui toute référence au monumental et à la symétrie renvoie à une exaltation nationaliste ou fasciste. Au travers d'un « urbanisme intimiste », il introduit, à l'intérieur de ses compositions urbaines monumentales, l'ambiance des vieilles cités avec leurs mails, fontaines, cours et petits patios.
L'international gauche|vignette|La gare de Tabriz, réalisée en partenariat avec l'architecte iranien Heydar Ghiai. L'opération de La Tourette donne à Fernand Pouillon d'autres commandes qui, l'une après l'autre, le mènent toujours plus loin : en Algérie puis en Iran. Dans le même temps le ressentiment de ses pairs à son égard ne cesse de grandir, au point qu'il devient « haï par ses confrères », notamment ceux du Conseil national de l'ordre des architectes.. Presque tout les sépare, même les matériaux. Aux qualités du béton, Fernand Pouillon oppose, à un prix très inférieur, les qualités de la pierre., de l'acier, du verre, de la céramique, du bois, de la végétation et même de l'eau qu'il fait couler dans nombre de bassins et de fontaines sculptées par des artistes comme Jean Amado ou Louis Arnaud. Précurseur du développement durable dans la mesure où il fait toujours appel à l'artisanat local, il se sert de matériaux durables (comme les parois des murs de l'hôtel El Mountazah à Seraïdi remplis de terre prise sur le site). Aux formes modernes il oppose l'attention à la qualité de vie, à la culture et aux coutumes des habitants, à l'insertion dans le paysage urbain ou naturel, aux justes rapports des proportions et au beau vieillissement de ses constructions.
En 1953, il renouvelle la performance des d'Aix-en-Provence en réalisant à Alger les ensembles de Diar-es-Saada et Diar-el-Mahçoul (sur des terrains acquis à la famille El-Mansali) réalisés en dans un parfait respect du style architectural local et surtout de la notion d'espace urbain. À Alger suivra l'ensemble de Climat de France situé au-dessus de Bab-el-Oued.
Le marché parisien vignette|Résidence Salmson, Le Point du Jour, Boulogne-Billancourt. gauche|vignette|Résidence Salmson, Le Point du Jour, Boulogne-Billancourt. Au milieu des années 1950, Fernand Pouillon décide de s'insérer dans le marché parisien. Fort de ses compétences, habitué à donner totalement de sa personne dans l'acte de construire et à réussir, il investit aussi dans les métiers de promoteur. et d'entrepreneur (il est actionnaire au moyen de prête-noms d'un ensemble de SCI, sociétés périphériques du Comptoir national du logement dont il est l'architecte en chef et dont il confie la présidence à l'ancien préfet de la Seine, Paul Haag). Or un architecte n'a le droit d'être ni promoteur ni entrepreneur, ni d'être lié à une activité commerciale en rapport avec le bâtiment. Depuis 1940, non seulement il faut un diplôme pour concevoir un projet d'architecture, mais le concepteur ne peut plus financer et participer à sa construction (ce n'est de nos jours plus interdit : un maître d'œuvre de conception peut être maître d'œuvre de réalisation sur une même opération). Or il a commencé sa carrière de bâtisseur avant cette époque.. Fernand Pouillon, qui construit le moins cher possible les meilleurs ouvrages possibles (une façade du Point du Jour à Boulogne-Billancourt était recouverte de feuilles d'or), a besoin de maîtriser l'ensemble de la chaîne de « production » de ses réalisations. Il réalise ainsi quelques-uns des plus importants grands ensembles en périphérie de Paris, ensembles dans lesquels il que le problème des grands ensembles n’est pas les tours et les barres puisque ces réalisations sont justement réalisées avec des tours et des barres : Pantin, Montrouge, Meudon-la-Forêt, le Point-du-Jour à Boulogne-Billancourt.
Le procès gauche|vignette|L’hôtel particulier de Pouillon (1958) sur l’île de la Cité, Paris. Le bail emphytéotique sera revendu au frère de l'Aga Khan à la suite des problèmes financiers du projet Point du Jour.|alt=L’hôtel particulier de Pouillon (1958) sur l’île de la Cité, Paris. Le bail emphytéotique sera revendu au frère de l'Aga Khan à la suite des problèmes financiers du projet Point du Jour. Des malversations financières de ses partenaires indélicats du CNL (notamment des détournements de fonds et des fausses factures en faveur de l'Union pour la nouvelle République) et des difficultés de vente de la résidence Salmson-Le Point du Jour aboutissent à l'affaire du Point du Jour..
Le , Fernand Pouillon et quatre de ses collaborateurs sont arrêtés et écroués, accusés de faux bilan, détournement de fonds et abus de biens sociaux. Hospitalisé à la suite de problèmes de santé (on le croit tuberculeux alors qu'il s'agit d'une amibiase contractée en Iran), il s'évade de sa clinique en et reste en cavale pendant plusieurs mois (Suisse, Italie), aidé, grâce à ses sympathies avec le FLN durant la guerre d'Algérie, par le réseau Jeanson.
vignette|Le château de Belcastel. Réapparu à l'occasion de son procès où il comparait en civière, il est condamné en 1963 à quatre années de prison, mais en appel à seulement trois ans. En 1965, à cause de son évasion, il est à nouveau condamné à un mois de prison..
Les dernières années Radié à vie par l'ordre des architectes, Fernand Pouillon continue néanmoins à projeter en France. Le premier projet de la ville nouvelle de Créteil, avec l'idée d'un lac trois fois plus grand que ce qu'il est aujourd'hui, est son œuvre, et deux maquettes en donnent la preuve. Simultanément, Fernand Pouillon travaille à un grand projet hôtelier à Saint-Jean-Cap-Ferrat, qui ne verra pas le jour. En raison du climat affairiste qui entoure ces nouveaux projets, Fernand Pouillon préfère rejoindre en 1966 l'Algérie où il exerce sa profession jusqu'en 1984. Il y réalise essentiellement des projets hôteliers et touristiques ainsi que des équipements publics et universitaires.... Entre-temps il réalise néanmoins en 1967-1968 le lotissement de individuelles de La Brèche-aux-Loups à Ozoir-la-Ferrière, largement illustré par un article du Nouvel Observateur, preuve que la radiation de l'Ordre n'empêchait pas la poursuite de ses activités.
Amnistié en par le président de la République Georges Pompidou, réintégré à l'ordre des architectes français en 1978, Fernand Pouillon y est élu la même année. Il ouvre à nouveau une agence en France en 1984, l'Agence Fernand Pouillon, qui construit, à Paris, les projets du Conservatoire de musique du et une tranche de logements HLM avenue Jean-Jaurès. En 1985, le président François Mitterrand le promeut officier de la Légion d'honneur.
Il meurt à l'âge de 74 ans le dans le château de Belcastel (Aveyron) qu'il avait, dès 1974, largement contribué à restaurer, ainsi qu'une partie du villageUne partie de ses archives a été déposée par ses héritiers aux Archives nationales où elle est conservée sous la cote 528 AP. Voir la notice relative à ce fonds dans la Salle des inventaires virtuelle des Archives nationales.. Il est inhumé au cimetière communal, sous une tombe complètement anonyme selon sa volonté.
Distinctions
Œuvre Fernand Pouillon écrivain vignette|redresse|Couverture de l'édition en poche des Pierres sauvages. On lui doit deux ouvrages principaux : Les Pierres sauvages (1964), éditions du Seuil, roman écrit en prison, consacré à l'histoire de l'abbaye du Thoronet, qui lui a valu le prix des Deux-Magots en 1965 ; rééd. Points Seuil, 2012
Mémoires d'un architecte (1968), éditions du Seuil, ses mémoires.
Fernand Pouillon éditeur En 1974, Fernand Pouillon crée sa maison d’édition, Le Jardin de Flore, sise au 24 place des Vosges à Paris. Il s’entoure des meilleurs spécialistes, des meilleurs artisans d’art et fournisseurs : l'imprimeur Daniel JacometDaniel Jacomet, imprimeur d'art né à Paris en 1894, célèbre pour l'invention qui porte son nom, le procédé Jacomet, qui allie deux techniques, la phototypie et le coloris au pochoir, auxquelles s'ajoutent des savoir-faire spécifiques de finition et de vieillissement des papiers. Il permet des reproductions d'une fidélité sans égale, notamment d’œuvres d'art (d'après notice sur livre-rare-book.com)., l'atelier Mérat, Liliane Brion-Guerry, les papiers J. Barcham Green & Son (à Maidstone) ou des moulins Richard-de-Bas, et réimprime à 200 ou les plus belles éditions de livres d’art et d’architecture du .
Ordonnances (1953), réédité sous le nom Aix-en-Provence aux éditions du Jardin de Flore Maître d'œuvre, naissance d'une abbaye (1967), éd. de Nobele (inclus les relevés des trois abbayes Sénanque, Silvacane, Le Thoronet) La préface au Vitruve par Auguste Choisy, 1971, éd. de Nobele. Réédition, A. Choisy, éditions Altamira, Paris, 1994 (suivi de : Michel Raynaud, Mémoire des architectes) Baux de Provence (monographie et relevés), 1974, éd. de Nobele Abbaye de Cotignac, 1977, éd. Le Jardin de Flore Indiscutablement les architectes se sont laissés manœuvrer… mais ils étaient contents, entretiens avec Félix Dubor et Michel Raynaud, éd. Connivences, Paris 1988 Mon ambition (entretiens réunis), éd. du Linteau, 2011
Faisant œuvre de mécène, Pouillon ne les vendra jamais le prix qu’ils lui ont coûté. Trente-trois livres, deux globes terrestres et célestes de Coronelli et un globe terrestre « François Mitterrand. » sortiront de ces ateliers.
Principales réalisations thumb|L'hôtel El Marsa à Sidi-Fredj, Algérie.