Jan Zygmunt Skrzynecki, en français Jean Sigismond Skrzynecki, né le à Siedlce et mort le à Cracovie, est un officier polonais, qui a été commandant en chef de l'armée du royaume de Pologne pendant l'insurrection de 1830-1831.
Biographie Origines familiales et formation Issu d'une famille noble (armoiries Bończa), mais modeste, de la région de Siedlce (Żebrak se trouve à 10 km au sud-est de cette ville), en Mazovie, il est le fils de Jean Skrzynecki, qui avait combattu au service de la confédération de Bar (1768-1772). Il a deux sœurs et un frère plus âgé, Joseph.
Jean Skrzynecki naît peu avant les second et troisième partages de la Pologne (1793 et 1795) qui mettent fin à la république des Deux Nations (royaume de Pologne et grand-duché de Lituanie) dont le territoire est entièrement réparti entre la Russie, la Prusse et l'Autriche. À partir de 1795, Siedlce se trouve dans la partie annexée par l'Autriche (Varsovie est sous domination prussienne).
Il passe son enfance à Cergowa, localité du sud de la Pologne, où son père exploite un petit domaine. Il fréquente un collège à Przemyśl, puis fait des études à l'université de Lwów, aussi sous domination autrichienne. Dès cette époque, son frère et lui envisagent de rallier les unités polonaises de la Grande Armée, commandées par Dombrowski.
Au service de la Grande Armée (1806-1814) Durant l'automne de 1806, Napoléon est engagé dans la guerre de la Quatrième Coalition contre la Prusse et la Russie. Le , il remporte les victoires d'Iéna et d'Auerstadt ; le , Berlin est occupé par la Grande Armée. La campagne contre la Russie concerne directement la Pologne : parti de Poznań (Posen) le , Napoléon est à Varsovie le 18.
C'est à cette époque que Jean et Joseph Skrzynecki s'engagent comme simples soldats dans une unité polonaise formée depuis peu à Varsovie, le régiment d'infanterieCf. page pl : 1 Pułk Piechoty (Księstwo Warszawskie), avec lequel il participe à la campagne contre la Russie, notamment à Pultusk et Golymin (), puis à Eylau ().
En 1807, la paix de Tilsit () rétablit un État polonais sous tutelle française, le duché de Varsovie, dont l'armée est commandée par le prince Joseph Poniatowski, gouverneur (au nom du roi de Prusse) de Varsovie rallié à Napoléon.
En 1809, Skrzynecki, devenu sous-officier, participe en 1809 à la guerre de la Cinquième coalition contre l'Autriche, marquée par la bataille de Wagram. En Pologne, les Autrichiens sont vaincus lors de la bataille de Raszyn (). Skrzynecki est alors promu lieutenant (il reçoit aussi la croix de chevalier de l'ordre de Virtuti Militari). Il est pendant quelques mois aide de camp du général Dombrowski, puis est promu capitaine et affecté au Régiment d'infanterie.
Il participe à la campagne puis à la retraite de Russie en 1812. Il devient commandant au début de 1813. À la bataille de Leipzig (), l'empereur remarque son audace. En 1814, lors de la bataille d'Arcis-sur-Aube (), Napoléon menacé par une charge de cavalerie trouve refuge au milieu de l'unité de Skrzynecki, ce qui vaut à celui-ci la réputation d'avoir sauvé l'empereur de la mort ou de la captivité.
Après l'abdication de Napoléon (), puis la transformation par le congrès de Vienne du duché de Varsovie en royaume attribué au tsar Alexandre, « roi de Pologne » (acte final du ), Skrzynecki se rallie à cette solution, comme beaucoup d'autres officiers polonais de la Grande ArméeIl ne semble pas avoir participé aux Cent-Jours, ni à la bataille de Waterloo, contrairement au régiment des Lanciers polonais de la Garde impériale et à leur colonel, Paweł Jerzmanowski, qui servira pourtant dans l'armée du royaume de Pologne..
La période du royaume de Pologne (1815-1830) Rentré en 1815, il obtient le grade de lieutenant-colonel dans l'armée du royaume de Pologne, dont le commandant en chef est le grand-duc Constantin, frère du tsar. En 1818, il prend le commandement du Régiment d'infanterie et est promu colonel en .
En 1824, il fait partie du tribunal militaire chargé de juger Walerian Łukasiński et d'autres membres de la Société patriotique. Seul juge favorable à l'acquittement de l'accusé, il se rétracte sous la pression de Constantin et accepte de signer la condamnation de Lukasinski à 9 ans de travaux forcés.
En , il reçoit la croix de l'ordre de Sainte Anne de seconde classe et en 1830 la marque d'honneur pour 20 ans de service.
Durant cette période de paix, il adopte le mode de vie de l'aristocratie libérale : abonné à la presse anglaise et française, il lit des ouvrages de philosophie et de religion. Il est membre de la loge maçonnique des Frères Unis.
En Cf. notice JZS sur le site Sejm Wielki., il épouse Amelia Skrzynska (1799-1876), qui lui donnera deux filles : Jadwiga et Zofia.
Les débuts de l'insurrection polonaise de 1830-1831 L'insurrection du royaume de Pologne contre le tsar Nicolas; successeur d'Alexandre, commence le . Un gouvernement provisoire, incluant le général Chlopicki, est installé le . Les négociations avec le tsar échouent, Nicolas exigeant une reddition sans conditions. Le , la diète le destitue du trône de Pologne, proclamant ainsi l'indépendance du royaume, et instaure le Gouvernement national, présidé par le prince Adam Czartoryski. L'offensive russe (général Diebitsch) commence le .
Le , à la demande de Chłopicki, Skrzynecki fait entrer son régiment dans Varsovie pour soutenir le gouvernement. À la mi-décembre, il part pour Zegrze, au nord de la capitale, afin de déployer ses troupes pour protéger les voies de communication.
Le , alors que la guerre est sur le point de commencer, il est promu général de brigade et prend le commandement de la division d'infanterie. Il se distingue lors des batailles de Dobre () et de Grochów (), au cours de laquelle il supplée le général Chlopicki blessé ; à la suite de cette bataille, il est nommé () commandant en chef à la place de Michel Radziwill. Mais il ne va pas se montrer à la hauteur de cette responsabilité.
Commandant en chef de l'armée polonaise (25 février-10 août 1831) Premières mesures Skrzynecki commence par s'entourer de ses fidèles : Wojciech Chrzanowski est promu chef d'état-major, tandis qu' est nommé conseiller. Il place des officiers disciplinés : Maciej Rybiński, Antoni Giełgud, Kazimierz Małachowski et à la tête des divisions.
Il réorganise la structure de l'armée polonaise dont la force en est estimée à selon la Cambridge History of Poland, ..
Cependant, il ne croit pas au succès du soulèvement face à la puissance de l'armée russe. avec Ivan Diebitsch, mais ces négociations sont rapidement rompues par la partie russe.
Les opérations militaires d'avril-mai Le mois de est une période sans engagements militaires notables, sauf le dernier jour. Diebitsch attend des renforts, l'armée russe opérationnelle étant réduite à Selon la Cambridge History of Poland, . au début du mois. Vers la fin du mois, une insurrection éclate dans l'ancien grand-duché de Lituanie (annexé par la Russie), ce qui affaiblit les communications russes. Sous la pression du tsar, Diebitsch accepte de lancer une nouvelle offensive au début d'avril et engage des préparatifs pour traverser la Vistule au sud de Varsovie.
Pradzynski propose alors d'attaquer le Corps (général Rozen) établi non loin de Varsovie, puis le gros de l'armée russe. Les troupes polonaises traversent la Vistule dans la nuit du 30 au et affrontent les Russes à Dębe Wielkie ; les Russes subissent de lourdes pertes et leurs positions sont démantelées. Mais les poursuites sont suspendues pendant une semaine, par suite de l'indécision de Skrzynecki, avant qu'une attaque soit lancée vers Siedlce, laissant à Diebitsch le temps de revenir vers cette ville. Le , Pradzynski l'emporte à Iganie (2 km à l'ouest de Siedlce), mais le commandant en chef lui ordonne de renoncer à attaquer la ville et de se replier sur une position défensive.
L'armée polonaise subit ensuite plusieurs revers : le général Sierakowski est battu à Wronow et Kazimierz Dolny ; le général Dwernicki, envoyé en Volhynie en mars pour susciter une insurrection, est contraint fin avril de se réfugier en Autriche où son corps () est désarmé et internéCambridge History of Poland, . ; le général Chrzanowski, envoyé à son secours avec , décide de rester à Zamość après avoir pris connaissance de la situation.
La bataille d'Ostrołęka (26 mai)
Sous la pression du pouvoir politique soucieux du moral de la population et de l'armée, Skrzynecki décide alors une attaque de la Garde impériale stationnée au nord-est de Varsovie, entre Łomża et Ostrołęka (ou Ostrolenka), commandés par le grand-duc MichelMichel Pavlovitch (1798-1849), frère du tsar..
Le , sont rassemblés à Serock, au nord de Varsovie, puis envoyés contre le grand-duc en suivant la NarewNarew : affluent de rive droite de la Vistule, coulant du nord-est vers le sud-ouest. Ostrolenka se trouve sur la rive gauche de la Narew, au sud.. La Garde évacue Ostrolenka, qui est prise le 24 par les Polonais. Mais le 26 au matin, ils se trouvent face à l'armée russe de Diebitsch remontée de Siedlce. Passés sur la rive gauche de la rivière, ils vont livrer un combat acharné pour empêcher le passage des Russes. Le soir, Skrzynecki décide d'abandonner la position et de revenir à Varsovie. Les Russes, qui ont subi des pertes considérables, ne font pas grand-chose pour empêcher cette retraite.
Les pertes sont aussi élevées du côté polonais. De l'aveu du général Skrzynecki, sont hors de combat, parmi lesquels des généraux ainsi que 30 officiers d'état-major et 125 de grades inférieurs.
Au total, cette bataille est une défaite pour l'armée polonaise, qui est revenue à son point de départ. Malgré tout, elle compte encore au début du mois de juinCambridge History of Poland, ..
Suites de l'échec d'Ostrołęka Diebitsch commence par s'établir à Pultusk, plus près de Varsovie (30 km), envisageant d'attaquer Varsovie du nord. Mais il meurt le .
Durant cette phase défavorable à l'armée russe, Skrzynecki ordonne l'attaque des corps commandés par les généraux Kreutz et Rüdiger. La première attaque (général BukowskiPage pl Ludwik Bukowski (1782-1831)) échoue, les Russes refusant le combat. La seconde (général Jankowski) réussit à encercler Rüdiger à Łysobyki (), mais recevant un ordre de rentrer à Varsovie, Jankowski y obéit immédiatement au lieu de terminer son attaque. Bukowski et Jankowski sont arrêtés à leur retour et emprisonnés au château de Varsovie.
Un autre revers concerne l'expédition du général Gielgud en Lituanie, où il a été envoyé en juin avec pour soutenir l'insurrection. Mais, vers le , Gielgud et se trouvent contraints de se réfugier en Prusse, où ils sont internés ; une unité de (général Dembinski) réussit à rentrer à Varsovie.
Du côté russe, Diebitsch est remplacé par Ivan Paskevitch, qui prend le commandement effectif le .
L'offensive russe de juillet et la chute de Skrzynecki
Paskevitch décide d'abord de s'éloigner de Varsovie pour traverser la Vistule et revenir par l'ouest. Le mouvement tournant commence le ; la traversée du fleuve a lieu le , sans intervention polonaise, près de Toruń. Par ailleurs, le général Rüdiger traverse la Vistule à Józefów, au sud de Varsovie.
Le , Skrzynecki réagit enfin et établit une ligne de défense à Sochaczew et sur la Bzura, à 35 km à l'ouest de Varsovie. Mais cela semble insuffisant au gouvernement qui envoie une commission d'enquête à l'état-major, installé à Bolimów. Après avoir interrogé une soixantaine d'officiers, les commissaires relèvent Skrzynecki de son commandement () et nomment à sa place le général Dembinski, qui ne se montre d'ailleurs pas plus efficace. Les Russes arrivent le aux abords de Varsovie, qui est attaquée le et capitule le 8.