vignette|Chandelier hollandais en cuivre avec inscription sur la sphère en lettres hébraïques : « Cadeau de David Isaakszoon et de sa femme Bila à la synagogue de la communauté juive de Heemvliet » (1600-1699) Musée de Gouda.

L'histoire des Juifs aux Pays-Bas commence au Moyen-Âge et reprend après l'expulsion des Juifs du Portugal et d'Espagne en 1492, quand les premiers Marranes arrivent aux Provinces-Unies en 1593 et qu'une importante communauté juive se développe dans ce pays. Au XVIIe siècle, Amsterdam devient la capitale intellectuelle des Séfarades.

Elle participe grandement à la prospérité du pays jusqu'au quand elle est exterminée lors de l'occupation nazie du pays. Aujourd'hui, il subsiste une communauté juive d'environ personnes.

Moyen-Âge La première mention remonte au XIe siècle, dans des lettres ecclésiastiques et des documents commerciaux. Ils sont victimes des massacres de la peste noire au XIVe siècle à Utrecht, Kampen, Gorinchem, ou encore Zwolle.

Il reste aujourd'hui de cette période, des rues Jodenstraat à Maastricht et Utrecht.

Des origines à la naissance de la communauté (fin -début ) On remonte l'origine de la communauté juive néerlandaise entre la fin du et le début du , période durant laquelle de nombreux crypto-juifs portugais immigrent aux Provinces-Unies via les Pays-Bas catholiques. C'est le siècle d'or néerlandais. Le phénix (Fénix), l'oiseau qui renaît de ses cendres, figure sur le blason de la nation portugaise à Amsterdam..

Contexte de l'installation des Juifs dans le pays Les Provinces-Unies sont alors au plus fort de la guerre de Trente Ans (1618-1648) qui les opposent à l'Espagne. Ces Juifs marranes ayant leur fortune essentiellement établie sur les activités commerciales qu'ils assurent entre l'Orient à l'Occident, voient d'un œil plus que favorable ce pays d'accueil majoritairement protestant, et dont la politique est de fait indépendante de toute relation avec l'Espagne et son inquisition. Peu après leur installation, cette communauté renoue avec le judaïsme qu'elle devait occulter pour sa survie.

Les Provinces-Unies n'ont pas de politique unifiée en ce qui concerne l'accueil de communautés juives et chaque ville est libre de décider d'autoriser ou non leur installation.. Amsterdam, Rotterdam et La Haye autorisent leur installation, Utrecht fait le choix inverse.

Mise en place de la communauté

Communauté humaine La renommée que se bâtit alors les Provinces-Unies auprès des communautés juives de diaspora fait boule de neige et c'est par étapes que les premiers Juifs portugais sont rejoints par leurs coreligionnaires réfugiés d'Espagne (à partir de 1492, année cruciale) et du Portugal (à partir de 1536, début de l'inquisition portugaise), mais également par des Juifs italiens liés commercialement aux Juifs d'Amsterdam, ainsi que par des Juifs de Turquie et d'Afrique du nord, avec lesquels les marranes auront gardé le contact.

Sur Juifs hollandais vivant aux Provinces-Unies au Siècle d'or, habitent à Amsterdam, dont seulement une trentaine ne sont pas séfarades.

La majorité de ce que nous savons de l'origine, du développement de la communauté hispano-portugaise d'Amsterdam, de ses institutions charitables, de ses écoles, de ses rabbins et maîtres, de ses médecins et poètes, nous le devons aux écrits du poète et dramaturge Don Miguel de Barrios (1635-1701), lui aussi revenu au judaïsme à son émigration aux Provinces Unies, après des décennies de catholicisme forcé et de persécutions religieuses en Espagne puis au Portugal. En 1626, l'érudit Manassé ben Israël fonde de la première maison de presse hébraïque à Amsterdam, appelée Emeth Meerets Titsma`h.

Les écrits de penseurs sont largement diffusés comme ceux de Uriel da Costa, Saul Levi Morteira, Isaac Aboab da Fonseca et d'autres.

Dirigeants vignette|Jacob ben Aaron Sasportas, rabbin séfarade à Amsterdam La tradition rapporte que le premier sage et rabbin de la communauté fut un juif d'origine ashkénaze, Feivush Halévy, originaire de la ville allemande de Emden, proche de la frontière néerlandaise. Au fur et à mesure de leur intégration, les Juifs néerlandais accueillent, sur leur propre demande, d'autres sages et rabbins originaires du Maroc et d'Italie.

Parmi les membres éminents de la communauté au Siècle d'or, les hommes d'affaires et économistes, Isaac Pinto qui a donné son nom à l'expression hollandaise « riche comme un Pinto » et Joseph Penso de la Vega (1650-1692), auteur de la Confusion des confusions, l'une des premières analyses détaillées du fonctionnement des marchés financiers, publiée en 1688, dans laquelle il explique « comment le hareng était vendu avant même qu’il n’ait été pêché », le rabbin Saul Levi Morteira vers 1660 ou le rabbin talmudiste Jacob ben Aaron Sasportas né à Oran.

Organisation interne Un premier temps, les Juifs se partagent en , distinctes par les origines géographique et linguistique de leurs membres. Mais progressivement, ces trois communautés se recomposent en une seule, la « communauté portugaise » (ou « espagnole »), majoritaire à Amsterdam.

Institutions vignette|Juifs allemands faisant pénitence en se laissant fouetter dans la synagogue Hoogduitse à Amsterdam, la veille du Jour des Expiations ou de Yom Kippour (avant 1661) Les Juifs fondent alors peu à peu diverses institutions, telles que la synagogue portugaise d'Amsterdam, une école et un Talmud Torah, qui d'ailleurs attire, par ses nouvelles techniques pédagogiques, l'attention du monde juif dans son ensemble ; le fils du rabbin Isaiah Horowitz en rapporte les détails dans son ouvrage Les 11 colonnes dans la colonne de la Torah, lors de la visite qu'il y fait au .

La yeshiva Etz Hahayim qui voit également le jour, connaît son heure de gloire au ; de nombreuses exégèses qui y furent composées à cette époque ont d'ailleurs été préservées jusqu'à nos jours.

Langues et pratiques « Alors que les réfugiés séfarades ont développé le judezmo ou le ladino, écrits à l'aide de l'alphabet hébraïque, les « nouveaux chrétiens » qui sont revenus au judaïsme ont continué à utiliser les langues espagnole et portugaise comme ils étaient habitués dans la péninsule». Ils ont continué à vivre dans un milieu culturel espagnol et portugais, à Amsterdam (ou à Venise). « Outre l'héritage culturel et linguistique de la péninsule, des écrivains comme Barrios ont apporté avec eux dans la diaspora séfarade certains concepts que l'on peut mieux décrire comme le marranisme. Cela consistait principalement à s'appuyer sur l'Ancien Testament, une partie de la Bible ainsi que les livres apocryphes, préservant certaines règles diététiques très élémentaires, et célébrant en quelque sorte certaines fêtes juives. Un certain nombre de pratiques chrétiennes ont été adoptées comme une évidence. Acquérir des connaissances juives à partir des livres était difficile en Espagne, mais pas impossible, grâce aux hébraïstes espagnols ».

La communauté dans les années 1630

Vie sociale droite|vignette|250x250px|Portrait putatif de Miguel de Barrios et son épouse Abigail, par Rembrandt : La fiancée juive (v. 1667) Les cryptos-juifs néerlandais vont progressivement retrouver les racines de leur identité et seront ainsi empreints de culture juive comme de culture générale. Ils parlent portugais ou espagnol mais pratiquent aussi le néerlandais.

Même si les Juifs néerlandais mènent une vie relativement repliée sur eux-mêmes, ils noueront cependant de sincères relations avec la société chrétienne environnante.

Situation financière La situation financière de la communauté est dans son ensemble bonne et les Juifs néerlandais sont alors considérés par leurs frères de diaspora comme une riche communauté. Cette aisance financière perdurera jusqu'au .

Des documents répertoriant les fonds personnels de certains parmi les Juifs néerlandais de l'époque ont été préservés jusqu'à nos jours.

Arrivée des Juifs ashkénazes

Origine des immigrants vignette|Armoiries de la communauté ashkénaze d'Amsterdam Les années 1630 sont marquées par l'immigration de Juifs ashkénazes, sans doute originaires du sud ou de l'ouest de l'Allemagne - le premier rabbin de cette toute jeune communauté étant natif de Francfort-sur-le-Main. On trouvait également aux Pays-Bas, jusqu'à la Shoah, de nombreuses traces liturgiques et traditionnelles, typiques des communautés juives allemandes ; entre autres les règles relatives à l'institution de la synagogue étaient identiques à celles d'Allemagne.

La communauté ashkénaze des Pays-Bas, réduite de par le nombre de ses membres et sans moyens, se compose uniquement de Juifs immigrés. Progressivement ces derniers seront rejoints par d'autres Juifs ashkénazes originaires de différents pays d'Europe.

Relations avec la communauté séfarade Les relations entre la communauté juive espagnole, aisée et cultivée, et la très modeste communauté ashkénaze ne sont alors pas toujours des plus faciles. Les Juifs espagnols regardent alors avec un certain mépris les pauvres Ashkénazes non instruits, qui eux-mêmes ont du mal à se retrouver dans le mode de vie de leurs frères retournés récemment au judaïsme.

C'est dans les années 1670 que la communauté ashkénaze rejoint en nombre (2 500 personnes environ) la communauté séfarade. Les Ashkénazes deviennent largement majoritaires dès le (90 % en 1780 et 94 % au début du ).

La communauté des années 1650 jusqu'au

Immigration d'Europe orientale vignette|Cérémonie de la havdalah, Amsterdam (1662)Les persécutions et les pogroms perpétrés en Pologne et en Lituanie dans les années 1650 engendrent une grande vague d'immigration de Juifs d'Europe orientale vers les Provinces-Unies, et principalement à Amsterdam. Ces réfugiés fuient la guerre de trente ans (1618-1648) et en particulier les pogroms de 1648-1649 perpétrés lors du soulèvement de Khmelnytsky.

Parmi eux, on compte de prestigieux rabbins tels que Moshé Ravkash, l'auteur du livre de Halakha, Le puits de la Dispersion.

Intégration d'une nouvelle communauté Au sein de la communauté ashkénaze déjà installée, ce nouvel exode ne se fait pas sans accrocs. Les raisons qui rendent alors cette rencontre épineuse ne relèvent pas tant des différences relatives aux domaines religieux ou liturgique que des écarts dans le mode de vie et le comportement, les uns, pour les premiers venus, ayant par exemple déjà adopté le néerlandais comme moyen de communication, alors que les autres, Polonais et Lituaniens, restent encore fermement accrochés au yiddish. vignette|Vue d'une extension entre la synagogue portugaise et la grande synagogue d'Amsterdam () Les Juifs d'Europe orientale pensent même un instant rejoindre et se greffer à la communauté séfarade néerlandaise. En fin de compte, les Juifs orientaux (les « Polaks ») intègreront la communauté juive ashkénaze néerlandaise, jusqu'à ne presque plus distinguer de particularités spécifiques des Juifs polonais ou lituaniens au sein de cette communauté recomposée, si ce n'est en ce qui concerne certains patronymes portés par des membres de la communauté, dont la consonance est révélatrice de leur origine.

La communauté ashkénaze des Pays-Bas a cependant pour coutume de demander à être dirigée par des rabbins (et grands-rabbins) d'origine polonaise. Il en est de même chez les Juifs d'Allemagne, et ce malgré le coup porté au judaïsme polonais par les récents pogroms.

La communauté ashkénaze néerlandaise augmentant alors, elle devient progressivement majoritaire sur ses coreligionnaires séfarades, et par le nombre de membres qui la composent, et par l'étendue de son influence. vignette|« Gazeta de Amsterdam » de septembre 1672

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