Octave Denis Victor GuillonnetIl signe ODV Guillonnet ou EODV Guillonnet. est un peintre français né le à Paris et mort le à Montgeron (Essonne).
Peintre du sport et peintre orientaliste, grand décorateur des palais nationaux et ensemblier, il est également portraitiste et illustrateur.
Biographie vignette|redresse|Octave Denis Victor Guillonnet à l'Exposition internationale de blanc et noir de 1886, photographie anonyme et non sourcée.
Octave Denis Victor Guillonnet, issu d'une famille modeste d'ouvriers du cuir sur plusieurs générations, est né au 14, rue des Guillemites dans le de Paris, le , puis baptisé le à l'église Notre-Dame-des-Blancs-Manteaux. De santé fragile, il passe dans son enfance plusieurs longues convalescences chez ses grands-parents maternels à Jargeau (Loiret)..
Formation artistique
Guillonnet est admis à exposer un dessin intitulé Louis XI en prière lors de la deuxième Exposition internationale de blanc et noir, en 1886, qui regroupe plusieurs des plus grands illustrateurs de l'époque. C'est à cette occasion qu'il entre en qualité d'apprenti à l'atelier du peintre Lionel Royer. Dès 1887, il expose ses travaux les plus récents, comme il le fera par la suite chaque année jusqu'à sa mort, au Salon des artistes français. Il y obtient dès 1890 une mention honorable, en 1892 une mention de troisième classe et en 1894 une mention de deuxième classe. Mis hors-concours à partir de 1896, il se voit attribuer néanmoins, en 1902, une bourse nationale des voyageurs qui lui permet de séjourner pendant un an en Algérie en voyage d'étude. Pour l'Exposition universelle de 1900 à Paris, Guillonnet exécute une décoration monumentale représentant L'Asie, L'Afrique et L'Amérique, pour le pavillon du ministère des colonies et y obtient une médaille d'argent.
Outre Lionel Royer, Guillonnet a comme autres professeurs Joseph Blanc et Fernand Cormon à l'École des beaux-arts de Paris. Le , il est admis en loge pour le concours du prix de Rome, puis terminera l'année suivante, ce qui lui permet de bénéficier d'un petit atelier personnel alors que tant d'autres, pour travailler, se partagent les amphithéâtres, lorsque ceux-ci sont libres, et à défaut les couloirs de l'École. Il termine ses études en obtenant le prix du concours Jauvin d'Attainville, en section Histoire, le . Fort de ces résultats il est automatiquement exempté de son service militaire le d'après l’article 23 de la loi du .
Ses maîtres
Guillonnet entretient des relations privilégiées avec ses professeurs de l’École nationale des beaux-arts. Lors de son mariage avec Eugénie Guyon le , il prend pour témoins Lionel Royer et Joseph Blanc, ses maîtres.
Lionel Royer
Lionel Royer a une influence déterminante sur l’avenir de Guillonnet. En le prenant à l’âge de 13 ans dans son atelier, il exige de celui-ci qu’il fasse en parallèle de solides humanités. Il semble évident que Guillonnet a suivi les conseils de son maître et qu’il sera un fin lettré. À 15 ans, lorsqu’il expose pour la première fois au Salon des artistes français, il y présente deux dessins. Le premier intitulé Bonsoir, Grand'maman, bonsoir ! témoigne de son jeune âge, mais le second intitulé Les cinq doigts de Birouk, inspiré d’une pièce écrite par Louis Ulbach, témoigne de la culture qu’il acquiert.
Sur les conseils de Lionel Royer, Guillonnet participe au concours pour les vitraux de la cathédrale Sainte-Croix d'Orléans en 1892, sur le thème de l’épopée de Jeanne d'Arc. Pour l'occasion, il s’associe au maître-verrier Boyer. Pour réaliser le carton en taille réelle (), Guillonnet bénéficie, à titre exceptionnel, d’un amphithéâtre de l’École des beaux-arts. Il n'est finalement pas retenu. Parmi le jury de sélection, malgré la bonne appréciation qu’Émile Didron, auteur des vitraux de l'église Saint-Séverin de Paris, porte au travail de Guillonnet, Émile de Lalande expédie celui-ci en deux mots Émile Didron, « Le concours des vitraux de Jeanne d'Arc pour la cathédrale d'Orléans », Revue des arts décoratifs, Paris, volume 14, années 1893-1894, à 205..
Les cartons de ce concours sont, pour la plupart, donnés par Guillonnet en 1923 à son ami Clémentel, maire de Riom, qui souhaitait ouvrir une salle (celle dite des « Abeilles ») à la mémoire de Jeanne d’Arc et y mettre en valeur la lettre datée du que Jeanne d'Arc avait fait adresser à cette ville pour demander des subsides. Ces cartons correspondent aux scènes suivantes : Jeanne entend les voix du ciel à Domrémy ; Jeanne part auprès du roi à Vaucouleurs ; Jeanne est présentée à la cour à Chinon ; Jeanne fait son entrée à Orléans ; Jeanne à l’assaut de la forteresse des Tourelles à Orléans ; Jeanne est faite prisonnière à Compiègne ; Jeanne prisonnière entend ses voix à Rouen ; Jeanne sur le bûcher à Rouen. Ces cartons sont aujourd’hui conservés à Riom au musée MandetIl manque deux cartons, celui représentant Jeanne rendant grâces à Dieu dans la cathédrale Sainte-Croix d’Orléans ainsi que le carton en taille réelle représentant Jeanne au sacre du roi à Reims (). En raison de ses dimensions, Clémentel réservait ce dernier carton à la décoration de l’escalier monumental du palais de Justice de Riom..
Enfin, le musée Mandet conserve un panneau décoratifDimensions : . représentant Jeanne d’Arc les bras en croix enveloppée des flammes du bucher que Clementel avait utilisé pour habiller la cheminée de la salle des Abeilles de l'hôtel de ville de Riom. Ce panneau décoratif est à mettre en relation avec l'illustration de Guillonnet pour la couverture de l’ouvrage de Funck-Bruntano sur Jeanne d’ArcCatalogue du musée Mandet de 1985 « Étienne Clémentel et les arts » de Danièle Dewinck et Antoinette Ehrard, lot , ..
Joseph Blanc
En 1898, Joseph Blanc associe Guillonnet à la commande des champagnes Mumm pour la réalisation des mosaïques devant orner la façade de leur cellier en construction à Reims en bordure de l’hôtel de ville. La frise décorative réalisée représente, en grandeur naturelle, les différentes phases du travail du vin de Champagne. Parmi les cinq panneaux, les deux extrêmes représentent les travaux exécutés à la lumière du jour : La Vendange et L'Expédition, et les trois intermédiaires représentent les manutentions exécutées en cave. La mosaïque réalisée en cubes d'émail de reproduit les détails jusqu'à la ressemblance des ouvriers de la maison qui ont posé pour les différentes scènes reproduitesLa construction moderne, 9-, .. Cette façade est classée et correspond aujourd’hui au cellier des champagnes Jacquart à qui il a été cédé par les champagnes Mumm« Mosaïques de l'ancienne maison de Champagne Jules Mumm à Reims (51) » sur petit-patrimoine.com..
Fernand Cormon
En 1897, Fernand Cormon permet à Guillonnet d’obtenir sa première commande d’État. Le , Cormon écrit à Henry Roujon, directeur des Beaux-Arts : et à Dupré : La commande que Guillonnet obtient grâce à cette intervention concerne Une partie de foot - Tenu (lire rugby), toile monumentale (environ ) destinée à la décoration du parloir du lycée Lakanal à Sceaux, en hommage à Frantz Reichel, introducteur du rugby où celui-ci fut élève de 1885 à 1889. Guillonnet y présente des « Félibres » assistant à la première partie de rugby dans le parc du lycéeFrédéric Mistral porte une barbe ; Edmond Rostand tient une badine ; Maurice Barrès tient une bicyclette ; Paul Déroulède est habillé d'une cape ; Frantz Reichel, qui devait être le fondateur de la fédération française de rugby à XV en 1903 est celui qui reçoit le ballon.. Sceaux est alors considéré comme la « capitale » des félibres parisiens. Guillonnet envoie sa toile au Salon des artistes français le , le lendemain de son mariage. Cette toile gigantesque pose aux organisateurs du Salon des problèmes de présentation. Elle est installée en hauteur au-dessus d’œuvres mineures d’autres artistes. Elle est toujours en place au lycée Lakanal.
Pour l’Exposition universelle de 1900, Fernand Cormon obtient la commande du ministère des Colonies pour la décoration de leur palais éphémère. Cormon obtient alors pour Guillonnet la commande de la décoration du plafond, qui lui vaudra une médaille d’argent.
En 1895, les élèves de Fernand Cormon sont associés dans une amicale pour organiser chaque année, en un lieu différent, une exposition de leurs dernières productions. Les chefs de file en sont, à l’origine, Guillonnet et Granchy-Taylor. En 1898, par exemple, Guillonnet y expose son envoi pour le Salon de 1897 À sa toilette et l’accompagne de Surprise de Meaux qui rend hommage à l’art consommé de son maître à grouper et faire mouvoir les masses.
Au salon de 1906, Guillonnet présente le portrait qu'il a effectué de son maître Fernand CormonConservé au Petit Palais à Paris..
Lorsque le , Fernand Cormon est promu au grade de commandeur de la légion d'honneur, Guillonnet est choisi pour illustrer le carton du banquet et du concert organisés pour cette occasion au palais d'Orsay sous la présidence de Léon Bonnat, membre de l’Institut et directeur de l’École nationale supérieure des beaux-arts. Il y représente son maître tel un personnage de son œuvre majeure : La Fuite de Caïn.
Cette communion entre le maître et l’élève ne va pas durer. Avant la Première Guerre mondiale, Guillonnet commence à être représenté par le galeriste Georges Petit. Pendant la guerre, Guillonnet se réfugie dans le Midi de la France alors que Cormon resté à Paris, subit les bombardements et apprend de mois en mois la mort sur le champ de bataille de ses élèves. Guillonnet se consacre alors à son œuvre au bord de la Méditerranée, peignant les mille facettes des corps féminins drapés de voiles colorés où jouent le vent et la lumière. Dans le journal de Cormon, que conserve la Fondation Taylor, on peut constater le divorce qui s’opère entre le maître et l’élève :
Son mariage
vignette|redresse|Immeuble dans lequel Guillonnet s'installe en 1895 au 58-60, boulevard de Clichy à Paris.
Octave Denis Victor Guillonnet est issu d’une famille modeste, il s’intègre néanmoins rapidement à la haute société. En 1892, il participe au concours pour les vitraux de la cathédrale d’Orléans. Il place alors en avant ses racines locales avec la commune de Jargeau. Dès lors, il est remarqué par les édiles locaux et notamment par le docteur Albert Viger, député du Loiret et également natif de Jargeau, qui l’introduit auprès de ses collègues parlementaires.
À sa sortie de l’École des beaux-arts, Guillonnet produit des illustrations que lui commandent les éditeurs mais surtout des portraits qu’il réalise et qui l’introduisent ainsi dans la grande bourgeoisie.
Avec sa première commande d’État, le monde sportif et culturel (un félibrige bien élargi à des écrivains comme Rostand ou Barrès) s’ouvrent à lui.
Eugénie Guyon, future épouse de Guillonnet, est issue de cette haute bourgeoisie devenue parisienne. Elle est née le . En 1899, elle se dit artiste peintre parce qu’elle apprend la peinture à défaut d’avoir à gagner sa vie. Son père est piqueur des ponts et chausséesL'équivalent aujourd’hui d’un ingénieur, chef de chantier et contrôleur de gestion réunis. à Paris en pleine restructuration haussmannienne. On trouve dans sa généalogie, ses oncles et tantes, les Fanty-Lescure (Emma et Émile), artistes peintres, et à un degré plus lointain Hyppolyte Piron (1825-1880), homme de lettres et spécialiste de Cuba, où il est né.
Lors du mariage de Guillonnet avec Eugénie Guyon, si le premier prend comme témoins ses maîtres, Eugénie prend pour témoins un et un , représentatifs du milieu dans lequel elle évolue où l’aisance n’oblige pas à travailler.