L'incendie de l'hôtel du Parlement à Montréal s'est produit le soir du à Montréal, capitale de la colonie britannique du Canada-Uni depuis 1844. Inauguré le , l'édifice du marché Sainte-Anne qui loge le Parlement du Canada-Uni est incendié par des émeutiers anti-unioniste et des orangistes alors que les députés sont en session.
Contexte Le parlement du Canada-Uni à Montréal
La province du Canada (ou Canada-Uni) naît de l'union législative des provinces du Haut-Canada (Ontario) et du Bas-Canada (Québec) en . En 1844, la capitale est déplacée de Kingston, dans le Canada-Ouest, vers Montréal, dans le Canada-Est. L'édifice du marché Sainte-Anne, situé là où se trouve l'actuelle Place D'Youville, est rénové par l'architecte John Ostell pour y accueillir le parlement provincial.
Lors du déménagement de la capitale, tous les livres des bibliothèques parlementaires, celle de l'Assemblée législative et celle du Conseil législatif, sont transportés par bateaux.
Des élections générales ont lieu au mois d'. Le parti conservateur (tory) est majoritaire et le gouverneur Metcalfe fait entrer ses principaux représentants dans son Conseil exécutif. La première session du second parlement débute le suivant.
La crise économique En 1843, le Parlement du Royaume-Uni adopte le Canadian Corn Act, qui favorise les exportations de blé et de farine du Canada en direction de la Grande-Bretagne par une réduction importante du droit de douane sur ces produits. La politique protectionniste des conservateurs de Stanley et Disraeli, en continuité avec la pratique coloniale de la Grande-Bretagne durant toute la première moitié du , est finalement renversée en 1846, avec l'abrogation des Corn Laws et la promotion du libre-échange par le gouvernement de Robert Peel.
Les chambres commerciales du Canada craignent le désastre. La Anti-Corn Law League est triomphante, mais la classe commerciale et dirigeante du Canada, principalement anglophone et conservatrice, est en déroute. Le contre-coup économique se fait sentir dès 1847. Le gouvernement canadien fait pression sur le secrétaire d'État aux colonies afin que la Grande-Bretagne négocie une réduction des droits de douane s'appliquant aux produits canadiens sur le marché des États-Unis, seul débouché possible dans les circonstances. Un traité de réciprocité sera ultimement négocié, mais seulement 8 ans plus tard en 1854. Durant l'intervalle, le Canada connaît une importante crise politique et des membres influents de la société discutent ouvertement de trois alternatives au statu quo : l'annexion aux États-Unis, la fédération des colonies et territoires de l'Amérique du Nord britannique et l'indépendance du Canada. Deux associations de citoyens apparaissent dans le sillage de la crise économique : l'Association pour l'annexion et la British American League.
Après 1847, les craintes des chambres commerciales du Canada se confirment et les faillites commerciales s'accumulent. La valeur des propriétés est en chute libre dans les villes, particulièrement dans la capitale.. En , le dépôt d'un projet de loi d'indemnisation au parlement colonial ne fait qu'aggraver le mécontentement d'une grande partie de la population qui voit d'un mauvais œil l'adoption d'une série de mesures législatives par la majorité réformiste qui prend le pouvoir un an plus tôt, au début de l'année 1848.
La Loi d'indemnisation pour le Bas-Canada
thumb|La salle de l'Assemblée législative, dans l'édifice du marché Sainte-Anne, à Montréal, vers 1848, James Duncan
Le ., les députés de l'Assemblée législative adoptent unanimement le texte d'une adresse priant le gouverneur Metcalfe d'adopter des mesures d'indemnisation pour les habitants du Bas-Canada dont les propriétés ont été endommagées ou détruites en 1837-1838. Précédemment, au cours de la dernière session du Parlement du Haut-Canada le ., les députés avaient adopté une loi (3 Vict. c. 76) indemnisant certaines personnes pour des pertes encourues lors du soulèvement armé de 1837. Un crédit de avait été affecté au règlement des réclamations des habitants, mais jamais aucune somme n'avait été dépensée, car les coffres de l'État provincial étaient vides. Contrairement à la loi adoptée en 1838, celle de 1840 prévoyait indemniser autant les victimes civiles d'actes de violence commis par les hommes du gouvernement que ceux commis par les hommes insurgés contre le gouvernement. De son côté, le Conseil spécial du Bas-Canada avait également émis une ordonnance en 1838 afin d'étudier le projet d'indemniser certaines personnes, sur la base de leur loyauté présumée à la Couronne.
Le , le gouverneur sanctionne une loi affectant le revenu des licences d'auberge du Canada-Ouest au paiement des réclamations des habitants de l'ancien Haut-Canada qui n'ont toujours rien reçuIl s'agit de l'Acte pour pourvoir au paiement des réclamations provenant de la rébellion et de l'invasion dans le Haut-Canada, et pour approprier les droits sur les licences d'auberges à des usages locaux, 8 Vic., chap. 72. Une somme de est amassée entre le et le au moyen de cette loi. (plus tard, en 1846, on affectera le revenu des licences de mariages au même objet).
À la suite de l'adoption de l'adresse de 1845 concernant les pertes subies par les habitants de l'ancien Bas-Canada, le gouvernement Draper-Viger met sur pied, le , une commission chargée d'étudier les nombreuses réclamations qui s'accumulent depuis 1838, de déterminer lesquelles sont justifiées et fournir une estimation de la somme à débourser. Les cinq commissaires, Joseph Dionne, P. H. Moore, Jacques Viger, John Simpson et Joseph-Ubalde Beaudry, remettent leur premier rapport en . Ils avaient reçu du gouvernement l'instruction de distinguer entre les réclamations provenant de personnes impliquées dans la « rébellion » et celles de personnes innocentes de toute complicité avec les insurgés. Le total des réclamations jugées recevables s'élève à , 10 s. et 5d., mais les commissaires jugent qu'après une enquête plus minutieuse, la somme à débourser ne dépassera sans doute pas . L'Assemblée adopte une loi le autorisant une compensation de pour des réclamations étudiées antérieurement au dépôt du rapport. Rien n'est plus accompli par la suite sur cette question jusqu'à la dissolution du parlement, le .
Les élections générales de changent la composition de la Chambre d'assemblée à la faveur du parti d'opposition, les réformistes. Le nouveau gouverneur lord Elgin, arrivé dans la colonie le , forme d'abord un gouvernement qui n'a pas l'appui de la majorité des députés. Ceux-ci retirent leur confiance aux membres du conseil exécutif le .. Le , le gouverneur Elgin appelle Robert Baldwin et Louis-Hippolyte La Fontaine, respectivement chefs des partis majoritaires dans les deux sections de la province, au conseil exécutif. Le , 11 nouveaux ministresPour le Haut-Canada: Robert Baldwin (co-Premier ministre et procureur général), Francis Hincks (inspecteur général), Malcolm Cameron (commissaire adjoint des Travaux publics), Robert Baldwin Sullivan (secrétaire de la province), James Hervey Price (commissaire des terres de la couronne), William Hume Blake (solliciteur général) Pour le Bas-Canada: James Leslie (président du Conseil exécutif), Thomas Cushing Aylwin (solliciteur général), Louis-Hippolyte La Fontaine (co-Premier ministre et procureur général), René-Édouard Caron (président du Conseil législatif), Louis-Michel Viger (receveur-général) et Étienne-Paschal Taché (commissaire des Travaux publics), députés du Canada-Est, Leacock, 283. entrent au Conseil exécutif.
Le , La Fontaine propose à la Chambre qu'elle se forme en un comité de tous ses membres le afin de . Le traitement de la proposition est reporté à l'ordre du jour plusieurs fois. Le parti d'opposition, qui dénonce le vœu du gouvernement de « payer les rebelles », se montre très hostile à ce que la Chambre commence l'étude de cette question en suspens depuis 1838. Il propose divers amendements à la résolution présentée par Lafontaine : un premier, le , visant à reporter le vote de dix jours « pour donner aux habitants de ce pays le temps d'exprimer leur opinion » ; un deuxième, le , déclarant que la Chambre « n'a pas le droit de se saisir de cette proposition » puisque le gouverneur général n'a pas recommandé à cette chambre de « pourvoir à la liquidation des réclamations pour les pertes occasionnées par les rébellions dans le Bas-Canada, durant la présente session. ». Les amendements sont rejetés et le comité est finalement formé le mardi , mais les travaux de la Chambre sont ajournés.
Les débats du 13 au sont particulièrement acerbes et même dans la Chambre, la violence verbale des orateurs le cède bientôt à la violence physique. Les députés Henry Sherwood, Allan MacNab et Prince attaquent la légitimité du projet de loi, car selon eux il récompense les « rebelles » d'hier et constitue un affront aux loyaux sujets qui les ont combattus en 1837 et 1838. Le , les ministres Francis Hincks, et William Hume Blake rétorquent sur le même ton et Blake va jusqu'à traiter les conservateurs d'être les vrais rebelles, car, dit-il, ce sont eux qui ont violé impunément les principes constitutionnels britanniques et causé la guerre civile de 1837 et 1838.. M. Blake refuse de s'excuser après son discours, et une mêlée éclate parmi les spectateurs installés dans les galeries. Le président fait expulser les spectateurs qui s'agitent grandement et un affrontement entre MacNab et Blake n'est évité que par l'interposition du sergent d'armes..
Le , John A. MacDonald, député de l'opposition dans la circonscription de Kingston, provoque Blake en duel.. Alors qu'il lit des extraits de documents, MacDonald l'interrompt et lui demande de lire intégralement les phrases et les paragraphes. Blake lui rétorque qu'il « lira ce qu'il lui plaira ». MacDonald n'apprécie pas la réponse et fait passer une note à Blake par laquelle il le provoque en duel. Les deux hommes quittent la pièce pour se rendre à l'extérieur. Peu de temps après, le président ordonne la suspension de la séance et envoie les huissiers d'armes pour les ramener à leurs travaux. MacDonald revient dans la Chambre, mais Blake ne peut être trouvé. Il est amené à comparaître à la barre de la Chambre le lundi suivant pour expliquer la raison de son départ. La Chambre accepte ses explications.. Les deux hommes assurent que le duel est annulé..
La presse anglophone de la capitale (The Gazette, Courier, Herald, Transcript, Witness, Punch) s'oppose majoritairement à la mesure. Il n'y a qu'un quotidien, le Pilot, qui appuie le gouvernement. Du côté de la presse francophone (La Minerve, L'Avenir), on appuie unanimement la mesure.
Le , les principaux députés conservateurs tiennent une assemblée publique de protestation. George Moffat est élu président et divers hommes publics dont Allan MacNab, Prince, Gugy, MacDonald, Molson, Rose et d'autres prononcent des discours.. On prépare une pétition adressée au gouverneur dans laquelle on lui demande de dissoudre le parlement afin de déclencher de nouvelles élections, ou alors de réserver la sanction de la loi à l'autorité royale, c'est-à-dire de déférer la question au gouvernement britannique. La presse rapporta que Lafontaine est brûlé en effigie ce soir-là..
Le , M. Boulton propose un amendement afin qu'aucune personne ayant plaidé coupable ou ayant été reconnue coupable de haute trahison ne reçoive de compensation du gouvernement. Le parti du gouvernement adopte l'amendement, mais le geste reste sans effet sur le parti d'opposition qui persiste à dénoncer une mesure qui récompense les rebelles. Certains députés libéraux, dont Papineau et Chauveau, s'opposent à l'amendement, car selon eux il a pour effet d'entraîner la reconnaissance, par le gouvernement, de la légalité de la cour martiale instituée par l'ancien gouverneur John Colborne pour faire juger les prisonniers en 1839.