LESSEC Business School (ou ESSEC), de son nom complet École supérieure des sciences économiques et commerciales, est une grande école de commerce et de gestion française, de statut associatif à but non lucratif (association loi de 1901)Essec, gouvernance et organisation fondée en 1907 et dont le campus principal est situé à Cergy. Elle possède également des implantations à La Défense, Rabat et Singapour, qui servent notamment aux programmes ESSEC Global BBA et ESSEC Executive MBA.

Fondée par des jésuites en réponse à la création de HEC Paris, avec qui elle est en concurrence historique, elle est longtemps restée indépendante de toute chambre de commerce et d'industrie avant de passer en 1981 sous le contrôle de celle de Versailles, devenue la CCI de Paris Île-de-France en 2013. Elle est membre de la CY Alliance, anciennement Université Paris-Seine.

Le groupe ESSEC délivre de nombreuses formations à la gestion et au management, notamment à travers son cursus post-classes préparatoires appelé conférant le grade de master. Elle délivre également un (Bachelor in Business Administration), des mastères spécialisés (MS), une maîtrise en administration des affaires (MBA) et des doctorats.

Reconnue pour son excellence, l'ESSEC est régulièrement citée comme l'une des meilleures écoles de commerce en France et dans le monde pour ses diplômes d'établissements de Master en Management et de MBA, dans des revues grand public comme le Financial Times, The Economist, Le Figaro et Challenges. En France, elle côtoie généralement dans les classements HEC, l'ESCP, l'EDHEC, et l'EM Lyon, l'ESSEC y étant placée de la à la place selon les publications.

À l'instar des autres grandes écoles françaises réputées pour leur sélectivité, l'ESSEC est régulièrement associée à l'élitisme et la technocratie qui sont une source de critiques depuis sa création. Elle se démarque cependant depuis quelques années par ses politiques d'ouverture sociale et l'intronisation d'un enseignement axé sur la transition écologique.

Histoire Création (1907-1913) vignette|Campus de l'ESSEC à Cergy. thumb|right|Campus de l'ESSEC à Singapour.

L'École supérieure des sciences économiques et commerciales (ESSEC) a été fondée en 1907 sous le nom d’Institut économique par Ferdinand Le Pelletier à Paris. Sa création s'inscrit dans la mouvance d'autres écoles de commerce privées créées sous tutelle catholique au début du : HEC Nord (qui deviendra l'Edhec) par l'Institut Catholique de Lille ou l'ESSCA par l'Institut Catholique d'Angers. La loi Falloux de 1854 a en effet permis l'essor de l'enseignement secondaire religieux. Dans un contexte difficile, marqué par l'affaire Dreyfus (1895) et la loi de séparation de l'Église et de l'État (1905), l'Église cherche à retrouver de l'influence, notamment en diffusant ses valeurs morales dans le monde économique et en formant une nouvelle génération de dirigeants d’entreprises..

Dans ce contexte de lutte des congrégations religieuses contre les valeurs laïques et républicaines, l'ESSEC est une réplique catholique tardive à la création d'HEC.. Leur but est de .. Elle est d'abord située à l'École Sainte Geneviève (créée par des jésuites en 1854). L'ESSEC dispose alors de larges moyens matériels : petites salles convenant au travail en effectif réduit et même un laboratoire de chimie. La première promotion compte sept étudiants et les études durent deux ans. En 1909, une troisième année facultative est introduite..

Le cursus ne détonne pas par son originalité en se structurant autour d'un ensemble incluant le droit, la comptabilité, les langues et les techniques. C'est par l'introduction de valeurs morales chrétiennes que l'ESSEC entend se démarquer : les élèves assistent chaque semaine à la conférence d'apologétique à la chapelle de l'École Sainte-Geneviève. Un enseignement technique (calligraphie, sténographie, rédaction de documents commerciaux) se couple à un enseignement scientifique (physique, chimie, visites d'usines). Il est possible d'intégrer la section élémentaire de l'école en sortant de première ou en étant titulaire d'un baccalauréat non scientifique, et d'intégrer la première année si l'on est titulaire d'un baccalauréat scientifique ou en venant de la section élémentaire et en ayant réussi un examen.

Début laborieux (1913-1940) En 1913, les locaux de l'école sont saisis à la suite de la loi de séparation des Églises et de l'État de 1905, obligeant l'ESSEC à rejoindre ceux de l'Institut catholique de Paris (ICP). L'ESSEC prend alors son nom actuel. Ses moyens sont réduits : elle ne dispose plus que d'un amphithéâtre prêté par l'ICP, la section élémentaire est supprimée et des cours magistraux sont donnés par les professeurs de la faculté. Les disciplines enseignées, qui resteront quasiment les mêmes jusqu'en 1960, sont alors les langues, l'histoire du commerce, la géographie commerciale, l'économie politique, le droit et la comptabilité. Une place importante est donnée aux langues, avec dix heures hebdomadaires (quatre heures d'anglais et d'allemand, une heure d'italien et d'espagnol). Avec sept cours de droit sur les deux années, l'ESSEC peine à se distinguer d'une faculté de droit et se cherche une légitimité.

L'école survit difficilement aux mobilisations de la guerre : en 1914, elle ne compte plus que quatre élèves en première année et deux en seconde. Elle ferme provisoirement ses portes et rouvre en 1915. La troisième année facultative est fermée et l'école ne retrouve une stabilité financière qu'à partir de 1920 où elle accueille plus de en première année et 150 en 1930. En 1923, l'association des diplômés est créée: un fonds de solidarité pour les veuves et les orphelins de la guerre se met en place. En 1926, le premier annuaire des diplômés est publié et en 1929, les premiers cours de morale des affaires sont donnés..

La crise des années 1930 vient briser cet élan : l'ESSEC doit baisser ses frais de scolarité car les étudiants se réfugient dans des valeurs jugées plus sûres comme la fonction publique ou le droit. L'arrivée des classes creuses de 1914-1918 et la crise économique augmentent encore la difficulté de la situation. L'école se voit contrainte d'accepter d'office les bacheliers, les non-bacheliers sur examen et même des auditeurs libres qui viennent suivre les cours sans prétendre au diplôme, moyennant des frais de scolarité.

En 1932, le Bureau des élèves (BDE) est créé et en 1937 les premières bourses sont distribuées, marquant le début de la politique d'aides sociales.

Décollage (1940-1960) Le décollage se fait sous l'impulsion de Camille Donjon (Père Donjon) à partir de 1939 avec la mise en place de la sélection à l'entrée. Une classe préparatoire à l'examen est mise en place en 1941 qui devient un concours en 1947, le nombre de candidats le permettant. L'ESSEC (avec HEC et l'EDHEC) refuse cependant de rejoindre le système unifié et consulaire des ESC fixé par le décret du .. L'État prend désormais en charge l'implantation des classes préparatoires sur le territoire (il y en a une trentaine à l'époque, pour une vingtaine d'ESC). En échange, les ESC délivrent un diplôme commun, passent leur scolarité de deux à trois ans et s'organisent en réseau avec épreuves et sujets communs à l'écrit des concours.

Si HEC et l'ESCP rejoignent ce système, l'ESSEC se positionne en challenger et garde ses propres classes préparatoires et concours. Deux systèmes cohabitent ainsi.. Pour se situer au niveau de ses concurrentes, l'ESSEC passe toutefois sa scolarité de deux à trois ans dès l'année 1947. Cette situation dure jusqu'en 1951, date à laquelle l'ESSEC ferme ses classes préparatoires pour s'ouvrir aux candidats des classes préparatoires publiques, plus nombreuses, et éviter ainsi la marginalisation de son concours.

Si la direction de l'ESSEC critique le modèle universitaire, elle comprend bien que la légitimité de l'école passe par une reconnaissance accrue de l'État, qui la reconnait en 1942 et vise son diplôme à partir de 1962. L'école multiplie également les équivalences : Chemins de fer français et Banque de France en 1937, Diplôme d'études supérieures en comptabilité (DESC) en 1967 et en 1970 le diplôme de l'ESSEC permet de se présenter au concours de l'ENA et du CAPET.

Entre 1945 et 1950, l'ESSEC innove peu et tire sa crédibilité académique du droit, ce qui répond aux attentes des familles bourgeoises : 64 % des étudiants suivent des études de droit à l'université en parallèle de l'ESSEC en 1964. Les méthodes pédagogiques sont très scolaires et passent par des cours magistraux. Des pointeuses contrôlent la présence des étudiants jusque dans les années 1960. Faute de moyens et sous l'influence de l'Institut catholique de Paris, la promesse initiale d'une pédagogie adaptée au rythme de chacun n'est pas tenue. En 1950, le premier stage obligatoire est mis en place. D'une durée de , il se déroule en fin d'études. À partir des années 1950, des critiques se font entendre envers la tutelle de l'ICP. Les étudiants de l'ESSEC revendiquent leur différence par rapport aux autres étudiants de la faculté qui ne forment pas un groupe aussi soudé. L'ESSEC n'a en effet pas d'autonomie juridique ou administrative vis-à-vis de l'ICP.

La vie associative se met en place au début des années 1960 avec la création des Mardis de l'ESSEC en 1961 et de la Junior Entreprise en 1967.

Mutation (1960-1970) En 1960, Gilbert Olivier remplace le Père Donjon à la tête de l'ESSEC. L'arrivée de ce laïc à la tête de l'école, couplée aux évolutions liées à la concurrence, vont faire fléchir l'identité chrétienne de l'école. Il commence par lancer une enquête auprès des étudiants sur le contenu des cours et la pédagogie mise en place : seuls 47 % des étudiants de première année sont satisfaits, 21 % des secondes années et 22 % des troisièmes années. La pédagogie peu personnalisée et la prépondérance des cours de droit dispensés par des professeurs de l'Institut catholique de Paris est dénoncée. L'enseignement est jugé . L'enquête souligne que 7 % des premières années pensent que l'ESSEC est passive, 29 % en seconde année et jusqu'à 37 % en troisième année.

Devant les résultats de cette enquête, une réforme progressive se met en place. Les matières techniques telles que la chimie et la physique sont abandonnées, le contenu des enseignements s'adapte à l'entreprise et le facteur humain est pris en compte avec la mise en place de cours de sociologie et de ressources humaines. En 1965, des cours de marketing apparaissent. Des conférences de méthode sont mises en place, comme à HEC et à Sciences Po et l'enseignement programmé est importé des États-Unis. Le recrutement se diversifie avec l'ouverture aux Admis sur Titre (AST) en 1966 qui marque également l'ouverture de l'école aux femmes, les classes préparatoires ne leur étant pas encore ouvertes. L'école compte 17 AST en 1968 et 52 en 1975.

Le concours est remanié en 1969 avec la disparition des épreuves de chimie et de physique et surtout un remodelage de l'oral qui vise désormais à tester le raisonnement logique des candidats et plus uniquement leurs connaissances. Les tests psychotechniques et les entretiens de personnalité sont instaurés. Gilbert Olivier tente également de réformer le programme des classes préparatoires pour les rapprocher de l'enseignement commercial mais doit abandonner devant l'opposition d'HEC et des autres ESC.

Installation à Cergy et émancipation de l'ICP (1970-1990) Les effectifs grandissent et l'école manque de place. Elle occupe désormais trois amphithéâtres à l'Institut catholique de Paris et en 1971 les services administratifs sont déménagés vers le boulevard Raspail. En 1965 une commission est mise en place pour réfléchir aux possibilités de déménagement de l'ESSEC. Des projets sont envisagés à Bagneux et Gentilly puis abandonnés.. Le , une option est prise par l'ESSEC sur un terrain de la ville nouvelle de Cergy-Pontoise où fut construit le campus actuel.