Joel David Rifkin, né le est un tueur en série américain. Entre 1989 et 1993, il agressa et tua au moins dix-sept femmes, quasiment toutes prostituées et toxicomanes, mais ne fut reconnu coupable de meurtre que pour seulement neuf d'entre elles.

Bien que Rifkin ait souvent eu recours aux services de prostituées dans Brooklyn ou Manhattan, il vivait à East Meadow, une ville du comté de Nassau (État de New York) située sur l'île de Long Island à environ une cinquantaine de kilomètres de New York.

Enfance et jeunesse (1959-1978) Né de parents inconnus, Joel fut adopté trois semaines après sa naissance par un couple de New City, un « endroit désigné de recensement » de la ville de Clarkstown dans l'État de New York : Bernard dit « Ben », ingénieur, et Jeanne Rifkin, femme au foyer. Le couple adopta également une fille, Jan, trois ans plus tard. En 1965, la famille s’installa à East Meadow.

Enfant timide et maladroit se tenant voûté et affublé de lunettes de vue, Joel fut la cible de brutalités dans son école. Très vite, il se retrouva en échec scolaire malgré un QI de 128, probablement en raison d'une dyslexie non diagnostiquée. En outre, contrairement à son père adoptif, Joel ne manifestait aucun intérêt pour le sport.

Quand il entra au lycée, les choses empirèrent. Surnommé Turtle (tortue) en raison de sa démarche lente et chaloupée, Joel subit des brimades de la part de ses camarades qu'il préférait ignorer plutôt que de leur répondre physiquement. Néanmoins, afin d'éviter ces intimidations et humiliations, l'adolescent entrait toujours en dernier dans la salle de cours et en ressortait le premier. Il passait également ses soirées et week-ends chez lui de peur de croiser ses bourreaux dans le voisinage, muré dans une chambre où de violents fantasmes sexuels commençaient à le hanter.

Joel fit pourtant l'effort de se joindre à l'agenda annuel afin de se faire des amis mais l'appareil photo que lui avait offert ses parents lui fut volé aussitôt après son inscription. Malgré cet incident, il participa assidûment aux réunions de groupe ainsi qu'aux différents évènements. Mais il fut dévasté lorsque ses camarades décidèrent de ne pas le convier au gala de clôture annuel.

Par conséquent, Joel s'enfonça davantage dans la solitude, se plongeant dans le visionnage de nombreux thrillers, ce qui développa ses fantasmes de viol, de sadisme et de meurtre.

Après l'obtention de son baccalauréat en 1977, Joel Rifkin, qui était particulièrement intéressé par l’horticulture et le journalisme photo, tenta plusieurs fois sa chance dans le secondaire et se présenta au "" où il travailla pendant une année universitaire (1977-1978) comme photographe pour le journal de l’université, « The Stylus ». Déçu de ne pas pouvoir vivre sur le campus - ce qui, l'espérait-il, l'aurait aidé à se sociabiliser - ses parents lui offrirent une voiture afin qu'il puisse couvrir les allers-retours entre l'université et leur domicile. Cependant, le jeune homme en trouva une utilité supplémentaire.

Une vie instable (1978-1987) Rifkin commença à sillonner en voiture les rues des quartiers fréquentés par les prostituées, sans toutefois oser les aborder. Mais lorsqu'une nuit il surmonta sa timidité pour obtenir les prestations d'une d'entre elles, Rifkin enchaîna dès lors les passes, ce qui entraîna très vite un délitement de sa situation sociale, professionnelle et financière, d'autant qu'il se fit voler son argent plus d'une fois par des prostituées et des proxénètes avant d'avoir pu obtenir un rapport sexuel. Rifkin peina à joindre les deux bouts à cause de son penchant mais pour la première fois de sa vie, il avait l'impression d'être aimé et désiré, ce qui renforça son estime de lui.

Rifkin finit par abandonner ses études au "" afin de s'inscrire en 1978 à l'Université d'État de New York à Brockport, pour ensuite en changer et se tourner vers celle de Farmingdale l'année suivante... avant d'abandonner à nouveau en 1980. Le jeune homme n'allait donc jamais au bout de ses études, ce qui l'amenait à déménager constamment, louant de petits appartements avant de revenir chez ses parents à chaque fois qu'il plaquait une fac ou qu'il perdait son emploi.

Car tout au long des années 1980, Rifkin enchaîna les petits boulots sans lendemain autour de Long Island, ne laissant pas de très bons souvenirs à ses employeurs : manque d'hygiène, absentéisme récurrent et incompétence générale dissuadaient souvent ces derniers de le garder.

Son père adoptif lui reprochait son manque d'engagement et de sérieux, ce qui provoquait de fréquentes disputes entre les deux hommes. Joel aimait son père mais estimait que quoi qu'il fasse de sa vie, jamais celui-ci ne serait fier de lui un jour.

Basculement (1987) En , Ben Rifkin se suicida afin d'abréger ses souffrances dues à un cancer de la prostate diagnostiqué l'année précédente, ce qui eut pour effet de plonger son fils dans la dépression. Mais paradoxalement, Joel ressentit une sorte de "libération", soulagé que sa double vie demeure à jamais secrète pour son défunt père. Cela l'encouragea à la poursuivre, peu importait les risques. Aussi fût-il arrêté six mois plus tard le à Hempstead, Long Island pour avoir sollicité les services d'une prostituée (en réalité une policière infiltrée), arrestation qu'il parvint d'ailleurs à cacher à sa mère. Une simple amende ne le dissuada pas de continuer cette vie dissolue. Bien au contraire ; durant les six années qui suivirent, le jeune homme de laissa libre cours à son imagination faite de violence et de meurtre ainsi qu'à son appétence pour les prostituées.

En 1988, Rifkin s'inscrivit à un programme d'études en horticulture de deux ans au "" de Farmingdale. Pour la première fois de sa vie, il obtint deux A consécutifs pendant deux semestres et fut récompensé par une sélection à un stage au sein du prestigieux Planting Fields Arboretum à Oyster Bay. Sur place, il tomba sous le charme d'une stagiaire blonde mais jamais il ne trouva le courage de lui demander de sortir avec lui.

Meurtres (1989-1993) Craignant de se faire de nouveau arrêter à Hempstead, Rifkin alla chercher les prostituées plus loin, du côté de Manhattan. Parallèlement, il commença à collectionner des livres et des coupures de presse sur des tueurs en série de prostituées, dont le tueur de la Green River et Arthur Shawcross. Ces lectures contribuèrent largement à son passage à l'acte.

Heidi Balch

Jeanne et Jan Rifkin étant parties en vacances, Joel se rendit à New York le prendre une prostituée du côté de East Village et l'amena jusqu'au domicile familial. Irrité par le comportement amorphe de la jeune femme qui ne cessait de dormir et de se shooter à l'héroïne, Rifkin (qui n'était pas toxicomane) la frappa à la tête à plusieurs reprises avec un obus d'artillerie qu'il possédait comme objet de décoration. Elle reprit conscience peu après lorsqu'il essaya de la déplacer, lui mordant le doigt jusqu'au sang. Rifkin, à bout, l'acheva en l'étouffant puis en l'étranglant.

« J'ai juste perdu le contrôle » affirmera t-il plus tard. « J'ai arrêté quand je me suis senti fatigué. »

Lorsqu'il fut certain qu'elle était morte, Rifkin nettoya les traces de lutte et s'endormit. À son réveil six heures plus tard, il entreprit de la démembrer à l'aide d'un couteau, prenant le soin de lui couper le bout des doigts ainsi que de lui ôter ses dents avec des tenailles afin d'empêcher toute identification. Puis il jeta les différentes parties de son corps à divers endroits éloignés les uns des autres. Ainsi, la tête de la jeune femme fut retrouvée le sur un terrain de golf à Hopewell, New Jersey dans un pot de peinture, les jambes plus au nord vers Pequonnock Creek près de Jefferson Township, New Jersey, tandis que le torse et les bras furent repêchés dans l'East River. Les restes dispersés de la jeune femme ne furent identifiés qu'en 2013 grâce à l'ADN : il s'agissait de Heidi Balch, une prostituée de originaire de Brooklyn. Atteinte du SIDA, elle exerçait sous le surnom de "Susie".

Julie Blackbird

En , Rifkin tua une seconde prostituée, identifiée bien des années plus tard sous le nom de Julie Blackbird (âge non communiqué). Sa ressemblance supposée avec la chanteuse Madonna plut beaucoup à Rikfin. Après avoir passé la nuit ensemble au domicile de sa mère, Rifkin partit retirer de l'argent à un distributeur aux environs de . Mais constatant que son solde était débiteur et qu'il ne pouvait donc la payer, il retourna à la maison et lui asséna plusieurs coups à l'aide d'un pied de table avant de l'étrangler. De son propre aveu, le corps fut également démembré et dispersé, cette fois lesté dans du béton afin qu'il ne puisse être retrouvé. Puis il jeta les différentes parties dans les canaux de Manhattan. Jamais les restes de Blackbird ne furent découverts.

Barbara Jacobs

Le , des pompiers en exercice d'entraînement dans l'Hudson repêchèrent le corps sans vie de Barbara Jacobs, . Le cadavre se trouvait plié dans un sac en plastique lui-même placé dans une boîte en carton. La mort remontait à la veille : Rifkin l'avait ramenée à la maison familiale pour passer la nuit avec elle et l'étrangler le lendemain matin. Il avait utilisé le même pied de table dont il s'était servi pour frapper Blackbird. Le corps ne fut identifié que deux ans plus tard lorsque Rifkin confessa son crime. Jacobs était connue de la police pour vol de voiture et prostitution.

Yun Lee

Une autre victime du même âge que Jacobs mais d'origine coréenne, Yun Lee, fut repêchée dans l'East River le , le corps replié dans une malle. Selon la police, Lee était morte par strangulation. Le soir de son meurtre, Lee était la deuxième prostituée de Rikfin en une heure. Il avait par le passé été l'un de ses clients. Ce fut son premier meurtre sur une prostituée qu'il avait déjà hameçonné et il a éprouvé des remords bien éphémères :

« En fait, je pensais que je l'aimais. »

L'ex-mari de Lee identifia rapidement le corps, l'épargnant ainsi d'une tombe anonyme.

Mary Ellen DeLuca

La nuit du , Rifkin approcha Mary Ellen DeLuca, , sur la Jamaica Avenue dans le Queens. Il la conduisit à travers New York pendant une longue virée qui s'éternisa jusqu'à l'aube, déboursant pour acheter de la drogue à divers arrêts. Ils s'arrêtèrent finalement dans un motel bon marché où DeLuca rechigna dans un premier temps à un rapport sexuel, exigeant plus de drogue. Les plaintes de DeLuca pendant leurs ébats finirent par lasser Rifkin qui lui demanda si elle voulait mourir. Ayant répondu "oui" selon ses dires, il l'étrangla à mort. Il se souvient de ce meurtre comme "l'un des plus étranges" :

« Elle n'a rien fait, elle l'a juste accepté. »

Le 1er octobre, le corps de DeLuca fut découvert nu à l'exception d'un soutien-gorge dans un champ près de Cornwall, soit un mois après que sa disparition eut été signalée par sa famille. Elle avait été vue vivante pour la dernière fois à le , lorsqu'elle avait quitté un groupe d'amis pour aller retrouver son dealer habituel. L'identification ne fut établie que le .

Jane Doe