Gibran Khalil Gibran [ʒi.bʁɑ̃ ka.lil ʒi.bʁɑ̃] (en arabe : جُبْرَان خَلِيل جُبْرَان)En translittération latine : Jubrān Khalīl Jubrān, ou Jibrān Khalīl Jibrān, usuellement appelé Kahlil Gibran Prononciation en anglais américain retranscrite selon la norme API. dans le monde anglophone et Khalil Gibran [ka.lil ʒi.bʁɑ̃] dans le monde francophone, est un écrivain, poète et artiste visuel libano-américain d'expression arabe et anglaise, né le à Bcharré (Moutassarifiat du Mont-Liban) et mort le à New York. Il était également considéré comme un philosophe, bien qu'il ait lui-même rejeté ce titre.

Il est surtout connu comme l'auteur de Le Prophète, recueil de textes poétiques en anglais publié pour la première fois aux États-Unis en 1923 et devenu depuis l'un des livres les plus vendus de tous les temps, traduit en plus de 100 langues. Il devint particulièrement populaire durant les années 1960 dans le courant de la contre-culture et les mouvements « New Age ». Son œuvre poétique le fit comparer à William Blake. et il est considéré comme le troisième poète le plus vendu, derrière Shakespeare et Lao Tseu.

En 1904, les dessins de Gibran furent exposés pour la première fois au studio de Fred Holland Day à Boston, et son premier livre en arabe fut publié en 1905 à New York. Grâce à l’aide financière de sa bienfaitrice, , Gibran étudia l’art à Paris de 1908 à 1910. Là-bas, il entra en contact avec des penseurs politiques syriens prônant la rébellion en Syrie ottomane après la révolution jeune-turque ; certains écrits de Gibran, exprimant ces mêmes idées ainsi que l’anticléricalisme, furent finalement interdits par les autorités ottomanes. En 1911, Gibran s’installa à New York, où son premier livre en anglais, Le Fou, fut publié par Alfred A. Knopf en 1918, alors qu’il écrivait à la même époque Le Prophète ou Les Dieux de la Terre. Ses œuvres visuelles furent exposées à la Montross Gallery en 1914, et aux galeries M. Knoedler & Co. en 1917. Dès 1912, Il eut une large correspondance avec May Ziadeh. En 1920, Gibran refonda la Ligue de la Plume avec d’autres poètes mahjari.

Selon Suheil Bushrui et Joe Jenkins, la vie de Gibran fut « souvent prise entre la rébellion nietzschéenne, le panthéisme blakien et le mysticisme soufi ». Salma Khadra Jayyusi l’a qualifié de « l’influence la plus importante sur la poésie et la littérature arabes pendant la première moitié du siècle », et il est toujours célébré comme un héros littéraire au Liban. Au moment de sa mort à l’âge de 48 ans des suites d’une cirrhose et d’une tuberculose naissante à un poumon, il avait acquis une renommée littéraire « des deux côtés de l’océan Atlantique », et Le Prophète avait déjà été traduit en allemand et en français. Son corps fut transféré à son village natal de Bcharré (au Liban actuel), auquel il avait légué toutes les futures royalties de ses livres, et où un musée consacré à ses œuvres existe aujourd’hui.

Biographie Origines familiales vignette|redresse|La famille Gibran en 1889. En haut, de gauche à droite : Gibran, son père Khalil, Boutros et Kamlé. En bas : Sultana.|gauche Gibran Khalil Gibran naît le à Bcharré, dans la moutassarifat du Mont-Liban (aujourd'hui le Liban), province autonome de l'Empire ottoman dans une famille chrétienne maronite. Sa mère Kamlé, alors âgée d'environ trente ans à sa naissance, est la fille d’un prêtre maronite. dont la famille était d'origine musulmane. Son père Khalil Saad est le troisième époux de celle-ci et de six ans son aîné ; .. Comme l'écrivent Bushrui et Jenkins, les parents de Gibran lui donneront un exemple de tolérance en « refusant de perpétuer les préjugés religieux et le fanatisme dans leur vie quotidienne ». Gibran avait deux sœurs cadettes, Marianna et Sultana, et un demi-frère aîné, Boutros, issu d'un précédent mariage de Kamila.

Les rares documents mentionnant les Gibran indiquent qu'ils sont arrivés à Bcharré vers la fin du siècle. Le grand-père paternel de Kamila s'était converti de l'islam au christianisme. Alors qu'un mythe familial les relie à des sources chaldéennes, une histoire plus plausible raconte que la famille Gibran est venue de Damas, en Syrie, au siècle, et s'est installée dans une ferme près de Baalbek, avant de déménager à Bash'elah en 1672. Une autre histoire situe l'origine de la famille Gibran à Acre avant d'émigrer à Bash'elah en 1300.

Le nom de Gibran comprend successivement son prénom, Gibran, le prénom de son père Khalil, et son nom de famille, Gibran.. Aux États-Unis, lorsqu'il entrera à l'école, son prénom sera remplacé par « Khalil », incorrectement orthographié « Klil », qu'il choisira pour signer ses œuvres en anglais ; .. Par la suite, ce pseudonyme sera corrigé par les traducteurs successifs et le nom de Khalil Gibran sera adopté dans les traductions ultérieures de ses œuvres - et notamment en français. Gibran continuera cependant d'utiliser son nom complet Gibran Khalil Gibran (en arabe : جُبْرَان خَلِيل جُبْرَان) dans la signature de ses œuvres en arabe.

La famille de Gibran vivait dans la pauvreté. En 1888, Gibran entra à l'école unique de Bcharré, dirigée par un prêtre où l'enseignement semble avoir été réduit au calcul élémentaire, à l'écriture et à la lecture dans les langues arabe et syriaque, et au service de la messe selon le rite maronite.

Enfance Le père de Gibran travaillait initialement dans la pharmacie d'un oncle apothicaire ; .. Ayant contracté une dette de jeu qu'il est incapable de payer, Khalil, le père de Gibran, se met au service d'un administrateur nommé par les autorités ottomanes ou chef de guerre local ; .. Vers 1891, le père de Gibran est incarcéré sur des allégations de détournement de fonds, et les biens de sa famille sont confisqués par les autorités ; .. C'est alors que Kamila décida de suivre son frère aux États-Unis. Bien que le père de Gibran soit libéré en 1894, Kamila resta déterminée et partit pour New York le , emmenant avec elle Boutros, Gibran, Marianna et Sultana, d'où ils rejoignent Boston et où ils furent hébergés un temps par le petit-fils d'un frère d'un arrière-grand-père de Gibran et l'épouse de celui-ci, avant de s’installer au 9, Oliver Place, dans le South End de Boston. Boston accueille à l'époque la deuxième plus grande communauté syro-libanaise des États-Unis.

vignette|redresse|Gibran photographié par Fred Holland Day vers 1898.|gauche Gibran entra à la Josiah Quincy School le . Les responsables de l'école le placèrent dans une classe spéciale pour immigrants afin qu'il apprenne les rudiments de l'anglais. Son nom fut enregistré avec l'orthographe anglicisée « Kahlil Gibran ». Sa mère commença à travailler comme couturière colporteuse, vendant de la dentelle et du linge de maison de porte en porte, puis comme couturière itinérante, jusqu'à ce qu'un an plus tard elle ait réuni assez d'argent pour permettre à son beau-fils Boutros d'ouvrir une boutique ; ..

Gibran s'inscrivit également en école d'art à Denison House, un foyer de quartier voisin. Grâce à ses professeurs, il fut présenté à l'artiste, photographe et éditeur avant-gardiste de Boston, Fred Holland Day, qui encouragea et soutint Gibran dans ses projets créatifs. En , Gibran rencontra Josephine Preston Peabody, de huit ans son aînée, lors d'une exposition de photographies de Day « où le visage de Gibran était un sujet majeur ». Gibran développera un attachement romantique envers elle. La même année, un éditeur utilisa certains dessins de Gibran pour des couvertures de livres. vignette|Le Collège maronite de la Sagesse à Beyrouth Kamila et Boutros voulaient que Gibran absorbe davantage son propre patrimoine plutôt que la culture esthétique occidentale qui l'attirait. Ainsi, à l'âge de quinze ans, Gibran fut envoyé dans son pays natal pour étudier la littérature arabe pendant trois ans au Collège de la Sagesse, un institut dirigé par les prêtres Maronites à Beyrouth., tout en apprenant le français (la journaliste américaine Alma Reed écrira plus tard qu'il le parlait couramment). Dans sa dernière année à l'école, Gibran créa une revue étudiante avec d'autres étudiants, dont Youssef Howayek (qui restera un ami fidèle), et il fut nommé "poète du collège". Gibran obtint son diplôme de l'école à dix-huit ans avec les honneurs, puis partit pour Paris pour y apprendre la peinture, visitant la Grèce, l'Italie et l'Espagne.

Le , sa sœur Sultana meurt, à quatorze ans, de ce qui semble être la tuberculose. Ayant appris la nouvelle, Gibran traversa l'Atlantique et revint à Boston, arrivant deux semaines après l'enterrement de Sultana, en étant passé par Ellis Island le ; .. L’année suivante, Boutros meurt de la même maladie puis sa mère d’un cancer le . Deux jours plus tard, Peabody "le quitta sans explication". Sa sœur Mariana semble avoir subvenu aux besoins matériels d'elle-même et de Gibran grâce à un emploi dans un atelier de couture.

Premières œuvres

Gibran et Mary Haskell vignette|redresse|Portrait de par Gibran, 1910 Les dessins de Gibran sont exposés pour la première fois en 1904 à Boston, au studio de Fred Holland Day., où Gibran rencontre , directrice d'une école pour filles de neuf ans son aînée., « qui devient son amie intime, sa protectrice et sa bienfaitrice ».

Les deux établirent une amitié qui dura toute la vie de Gibran. Haskell dépensa de grosses sommes d'argent pour soutenir Gibran et édita également tous ses écrits en anglais. La nature de leur relation amoureuse reste obscure ; tandis que certains biographes affirment qu'ils étaient amants mais ne se sont jamais mariés en raison de l'opposition de la famille de Haskell, d'autres preuves suggèrent que leur relation n'a jamais été consommée physiquement. Gibran et Haskell furent brièvement fiancés entre 1910 et 1911.

Selon Joseph P. Ghougassian, Gibran lui avait proposé un mariage « ne sachant pas comment la remercier de sa gratitude », mais Haskell l'avait annulé, lui « laissant clairement comprendre qu'elle préférait son amitié à tout lien de mariage pesant ». Haskell épouserait plus tard Jacob Florance Minis en 1926, tout en restant l'amie proche, mécène et bienfaitrice de Gibran, et en utilisant son influence pour faire avancer sa carrière.

Les débuts littéraires C'est également en 1904 que Gibran rencontra Amin al-Ghurayyib, rédacteur en chef d'Al-Mohajer ('L'Émigré'), où Gibran commença à publier des articles. Les œuvres littéraires se succèdent jusqu’à ce qu’il décroche une bourse d’étude en histoire de l’art à Paris.

En 1905, Gibran publie un premier essai en arabe, Nubḏaẗ fī fann al-mūsīqá (« Traité de l'art musical » ou « A Profile of the Art of Music » en anglais), par le département d'impression d'Al-Mohajer à New York ; .. Il publie deux autres livres en arabe au cours des trois années suivantes : ‘Arā’is al-murūǧ (signifiant « Les Nymphes des vallées » ou « Nymphs of the Valley » en anglais) en 1906, roman qui jouit d’un succès inédit auprès des lecteurs anglophones et arabophones. , écrit le romancier Jean Gibran. Al-Arwāḥ al-mutamarridaẗ (signifiant « Les Esprits rebelles » ou « Rebellious Spirits » en anglais) suivit en 1908, une oeuvre critique aussi bien envers les autorités ecclésiastiques que laïques. Selon Barbara Young, une connaissance tardive de Gibran, « en un temps incroyablement court, il fut brûlé sur la place du marché à Beyrouth par des zélateurs sacerdotaux qui le déclarèrent "dangereux, révolutionnaire et empoisonnant pour la jeunesse" ». Le patriarcat maronite laissa circuler la rumeur de son excommunication, mais ne la prononça jamais officiellement.

Le , Haskell présenta Gibran à son amie écrivaine Charlotte Teller, âgée de 31 ans, et en février, à Émilie Michel (Micheline), professeure de français à l'école de Haskell, âgée de 19 ans. Teller et Micheline acceptèrent de poser pour Gibran comme modèles et devinrent ses amies proches.

En 1908, grâce à Mary Haskell, Gibran part étudier l’art à Paris.

Deuxième séjour à Paris