L'église des Célestins est une église conventuelle désaffectée, située à Avignon sur la place des Corps-Saints. Elle a été construite à partir de 1389 à l'initiative de l'antipape Clément VII et du roi de France Charles VI près de la tombe de Pierre de Luxembourg. De nombreuses reliques et les dépouilles de personnages illustres y furent par la suite déposés.
Dernière fondation de la papauté avignonnaise, unique fondation royale dans la ville pontificale, le couvent des Célestins fut le plus riche de la cité et reste encore de nos jours, au moins dans son gros œuvre, le moins dégradé de ses établissements monastiques, présentant toujours son église, son cloître et une grande partie des bâtiments réguliers.
L'église fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le . Du fait des nombreuses reliques qui y ont été déposées au fil du temps, la place avoisinante porte depuis 1843 le nom de place des Corps Saints.
Histoire
Fondation Mort le en odeur de sainteté, le jeune cardinal Pierre de Luxembourg demande à être inhumé à même la terre dans le cimetière des pauvres d'Avignon, également appelé cimetière Saint-Michel. Il est situé dans ce qui sont à l'époque les faubourgs de la ville, en dehors de l'enceinte des premiers remparts. Immédiatement fertile en prodiges et guérisons miraculeuses, sa tombe est couverte dès 1389 d'une chapelle provisoire en bois financée par Marie de Blois, reine de Sicile et devient l'objet d'un culte très actif.
Le nombre de pèlerins se rendant sur sa tombe se fait si nombreux que le pape Clément VII ordonne la construction d'un monastère à proximité. A cette période, l’Église Catholique subit une crise connue sous le Grand Schisme d'Occident, où son autorité est remise en cause par la royauté et peine à s'affirmer. L'institution religieuse se divise alors en deux camps, résultant à l'élection simultanée de deux papes : Clément VII à Avignon et Urbain VI à Rome. Le pape avignonnais cherche donc à justifier sa légitimité par les miracles et interventions divines ayant lieu sur la tombe de Pierre de Luxembourg.
Pour cela, il fait appel aux exécuteurs testamentaires de Pierre de Luxembourg, les cardinaux Jean de Neufchâtel, Jean Allarmet de Brogny et Amédée de Saluces. Le , les célestins sont officiellement invités à prendre possession des terrains ; il s'agit d'un ordre d'origine italienne dont le pape venait de rendre indépendante la province de France et pour lequel il portait une affection particulière. Ils s'installent le .
Cependant, le roi de France Charles VI, souhaitant honorer la dépouille du jeune cardinal qui lui était apparenté, veut être reconnu comme le fondateur du prieuré et le dote richement. Il ordonne, la même année, la construction d'une église et d'un couvent, et fait également poser une première pierre en son nom. Ainsi, le couvent des Célestins sera à la fois la dernière fondation de la papauté avignonnaise, la seule construction royale d'Avignon et également le couvent le plus riche de la ville jusqu'à la Révolution française.
Fastueusement fondé sous un double soutien pontifical et royal, le couvent bénéficie par la suite de nombreuses donations, dont celles très importantes consenties par le Roi René. Il reçoit aussi de nombreuses reliques, comme celles de saint Bénézet retirée du Pont en 1674, ainsi que les tombeaux de nombreux personnages importants - au rang desquels se trouvent Clément VII et de nombreux cardinaux. Il devient de ce fait le plus opulent et le plus riche en œuvres d'art de tout Avignon.
Caserne militaire À la Révolution, les bâtiments sont pillés et dévastés : les tombeaux de Pierre de Luxembourg et de Clément VII sont détruits, les stalles en bois et les peintures sont détruites. Ils servent progressivement à l'armée : le couvent est rattaché à l'hôpital militaire par décret du 5 thermidor de l'an II (). En 1801, ils sont annexés à la succursale des Invalides à Paris. L'architecture des lieux est alors modifiée pour pouvoir accueillir 1500 militaires. Après 1850, les lieux furent occupés par divers services militaires : tout d'abord un pénitencier puis une caserne.
Propriété de la ville vignette|droite|alt=Stands de maraîchers et touristes dans la nef de l'église des Célestins, Avignon.|Marché des producteurs, novembre 2023. Désaffectés après la Seconde Guerre mondiale, les bâtiments sont occupés de nos jours par la cité administrative. L'église est depuis 1980 propriété de la Ville d'Avignon, qui a entrepris sa rénovation en 2019. Le lieu est utilisé tout au long de l'année pour de nombreuses manifestations culturelles de la ville, dont le Festival d'Avignon depuis 1981 Alin Avila (préface), Sophie Braganti, Olivier Céna, Gilles Gontier, Patrick Lanneau, Sylvette Maurin, Alain Pusel et Jean-Claude Silberman, Patrick Lanneau, éditions Ramsay, 1993, ..
Construction, évolution et restauration
Le , le duc d'Orléans, le duc Philippe II de Bourgogne et le duc Jean de Berry, frère et oncles du roi Charles VI, posent en son nom la première pierre de l'église. Après un premier prix-fait avec l'architecte Perrin Morel le , le chantier avance par étapes, l'abside et le transept étant achevés en 1401 et les deux travées de chœur en 1406. Mais les travaux interrompus en 1425, après la construction d'une troisième travée fermée par une façade provisoire, ne furent jamais repris. Les lieux réguliers (cloître, salle capitulaire, réfectoire et dortoir) datent de la même époque.
Le a lieu une grande cérémonie funèbre : le corps du pape Clément VII, mort le d'une crise d'apoplexie, est finalement inhumé au couvent des célestins. Il en avait fait le souhait de son vivant, souhaitant reposer près de Pierre de Luxembourg. Un fastueux monument, est pensé par François de Conzié. D'après l'historien Léon-Honoré Labande, son caveau de marbre blanc .
Parallèlement, on commence à rebâtir en maçonnerie la chapelle de bois couvrant la tombe du cardinal Pierre de Luxembourg. Deux premières travées, orientées Nord-Sud, sont élevées en 1425, adossées à la chapelle dite de Saint-MichelC'est en réalité celle de Tous les Saints, la chapelle Saint-Michel ayant été abattue en 1578, et son vocable transféré à l'édifice subsistant - Cf Georges de Loye, L'héraldique du prieuré des Célestins, Mémoires de l'Académie de Vaucluse, 1982 et formant une crypte semi-souterraine sur la sépulture miraculeuse. Cette construction est complétée en 1449 de deux autres travées qui joignaient le transept de l'église des CélestinsAlain Breton, La chapelle du Bienheureux Pierre de Luxembourg aux Célestins, in Annuaire de la Société des Amis du Palais des Papes, 1989, .
En 1625 l'architecte François de Royers de la Valfenière élève un mausolée au-dessus de la tombe de Pierre de Luxembourg, qui passe immédiatement pour son meilleur titre de gloire.
En 1658, le monument funéraire de Clément VII, situé juste devant et au pied du grand autel, est déplacé au milieu du chœur. Il avait toujours gêné les célestins dans leurs déplacements mais ils n'osaient pas y toucher, trop reconnaissants auprès du pontife de leur avoir donné le lieu. Ils ne déplacent d'ailleurs que le monument et pas le tombeau.
En 1669, les célestins font détruire le portail du cloître et en 1674, le portail gothique de l'entrée nord de l'église, construit lors du premier quart du , pour le remplacer par un portail d'inspiration gréco-romaine, toujours visible aujourd'hui. Les travaux sont supervisés par le fils de l'architecte François de Royers de la Valfenière, qui dirige également la construction d'une vaste bibliothèque le long de la rue Saint-Michel.
En 1693, Jean Péru élève dans la chapelle d'Orléans un monument elliptique d'ordre composite, destiné à recueillir les reliques de Saint BénézetAlain Breton, La chapelle de Saint-Bénézet aux Célestins, in Annuaire de la Société des Amis du Palais des Papes, 1984 . Enfin, Pierre II Mignard aménage, au début du , l'aile des hôtes située près de la porte d'entrée du Couvent, dont le superbe escalier orné de bas-reliefs ne résista pas à l'occupation militaire.
D'avril à , la municipalité d'Avignon entreprend d'importants travaux dans l'église : reprise intégrale des sols par des pierres calcaires du Vaucluse, mise en conformité (accessibilité, électricité), confortement des peintures...
Bâtiments
L'église Le projet initial était extrêmement ambitieux et combinait un plan basilical (abside dépourvue de déambulatoire) à un transept et un vaisseau à sept nefs, avec doubles bas-côtés et chapelles latérales placés symétriquement de part et d'autre de la nef centrale. L'église ne fut jamais achevée. Trois travées seulement furent construites, le chœur des religieux avec les stalles occupant les deux premières.
Il ne reste pratiquement rien des somptueux décors ou tombeaux de personnages illustres de l'église et de ses chapelles latérales. Seul le premier bas-côté Sud conserve le placage elliptique formant la chapelle de Saint-Bénezet. Dévasté à la Révolution, le mobilier subsistant fut transféré à Saint-Didier ou à la cathédrale Notre-Dame des Doms d'Avignon ou brûlé. Le tombeau de Clément VII, qui se trouvait à la croisée du transept, a été détruit à la même époque.
L'abside est d'une élégance rare, à laquelle rien ne pouvait se comparer à Avignon à l'époque de sa construction - hormis, peut-être, l'abside de saint-Martial. Elle comporte un ensemble remarquable de clés de voûtes avec un christ en gloire dans une mandorle formée d'un vol de chérubins et encadrée de Prophètes, œuvre du sculpteur Perrin Morel qui fut aussi l'architecte des premières campagnes. On remarque les riches ogives ajourées en quatre-feuilles et dentelées, reposant sur des consoles qui forment un ensemble d'anges musiciens. Un vaste remplage aveugle, côté Nord, vient rappeler la filiation royale du monument, sous la forme d'une fleur de lys stylisée.
La chapelle du Bienheureux-Pierre-de-Luxembourg Du décor baroque d'origine, il ne reste plus rien depuis l'occupation militaire des lieux au . L'aspect du mausolée du Bienheureux Pierre de Luxembourg, sous la forme d'une confession à la Romaine surmontée de tribunes ouvertes de baies géminées, ne nous est plus connu que par un précieux ex-voto du , aujourd'hui au musée Calvet ; cette œuvre passait pourtant pour le meilleur titre de gloire de l'architecte Royers de La Valfenière, qui avait son tombeau au pied de l'escalier.
Les bâtiments conventuels
Le cloître
Le cloître, du , présente la particularité d'avoir sa galerie Nord qui occupe le second bas-côté méridional de l'église et son rang de chapelles latérales, détruisant la symétrie du plan initial. L'apparente sobriété de ses galeries, à côté d'une église si prestigieuse, s'explique par la disparition des riches remplages qui ornaient ses baies. Trois ailes et l'église s'ordonnent autour de cette cour. Il ne reste encore rien du décor intérieur, sinon la porte en accolade du réfectoire. La vaste aile édifiée au le long de la rue Saint-Michel a été gravement endommagée par les bombardements de 1944, et peu après rasée pour laisser place aux bâtiments de la Cité administrative élevés par Fernand Pouillon.
Le portail d'entrée du cloître inclut un bas-relief figurant le fondateur de l'Ordre, saint Pierre Célestin, en train de rejeter les attributs de la papauté sous l'inspiration divine. Au-dessus, un large médaillon porte plusieurs symboles de la royauté française (fleurs de lys, mais aussi colliers du Saint-Esprit et de saint Michel, couronne fermée), représentation très rare à Avignon.