vignette|Les royaumes d'Irlande en 900 John de Courcy (c.1150-c.1219) est un chevalier normand, conquérant de l'Ulster. Il fait partie des nobles normands qui passent en Irlande dans le courant du , où le roi de Leinster, Diarmait Mac Murchada, les avait appelés pour l'aider à recouvrer son royaume. En 1185, il a été fait justicier d'Irlande par le roi Henri II. Les chroniqueurs de l'époque lui donnent le titre de prince d'Ulster et des historiens modernes comme Orpen considèrent qu'il l'a été de factoG.H. Orpen, Ireland under the Normans, vol. II, p. 22. Il a dû rendre ses conquêtes sous Jean sans Terre.
Origines vignette|Château de Stoke-Courcy vignette|St Andrew de Stoke-Courcy vignette|Prieuré de St Bees La famille de Courcy est une famille de grands barons normands originaire de Courcy (Calvados), dont une branche, celle de William I, s'est installée en Angleterre après la Conquête. William I épouse Emma de Falaise, fille de Guillaume, qui lui apporte l'honneur ou baronnie de Stoke, sur la côte du Somerset. À Stoke-Courcy (depuis, Stogursey) existe un château-fort sur motte dont il fera sa résidence. Ils ont au moins un fils, William II, né après 1100, marié vers 1125 avec Avice (ou Amicie) de Meschines, riche héritière d'une partie des domaines considérables de son père, , qui possède, entre autres, deux baronnies dans le nord du pays, Copelandlire en ligne et Skipton. William II et Avice ont d'après les actes quatre garçons : William III, l'aîné, qui héritera de la quasi-totalité des biens de ses parents, Richard et Robert, morts jeunes, et JordanWilliam Farrer, Honors and Knights' Fees, vol. I, p. 132. Comme divers autres actes mentionnent que John de Courcy est le frère d'un Jordan, plusieurs auteurs en ont déduit que John était le frère de William III. Mais le père de ce dernier est mort vers 1130William Farrer, , vol. I, p. 105. Pour des raisons de chronologie, John ne peut avoir eu soixante-dix ans ou plus quand il combattait furieusement en Irlande. William Farrer et Charles Travis Clay sont les premiers à le relever. Ils pensent que John est plutôt un neveu de William IIIWilliam Farrer, Charles Travis Clay, Early Yorkshire Charters, vol. 7, p. 36-37. Steve Flanders va plus loin et pense qu'il y a eu deux Jordan : il propose de faire de John un fils du premier et un frère du secondDe Courcy, Anglo-Normans in Ireland, p. 57. Il assigne en outre à notre John une date de naissance autour de 1150. Tout ceci est fort plausible. Il est à noter que donner les mêmes prénoms de père en fils est un usage courant à l'époque. Ainsi, chez les Courcy, il y a eu des deux côtés de la Manche des Guillaume (William), Richard et Robert en série, ce qui ne va pas sans poser de problèmes aux généalogistes...
Les liens entre John et les Courcy anglais ont été étudiés par Seán DuffySeán Duffy, The First Ulster Plantation, p. 5 à 9. Ils sont d'abord d'ordre spirituel : les membres d'une même grande famille ont un devoir moral, celui de soutenir les institutions religieuses fondées par leurs ancêtres. John fera de nombreux dons à des abbayes ou prieurés fondés par ses ancêtres, mais également qu'il dotera d'autres abbayes fondées en Irlande par lui mais rattachées à celles de la famille. Il fait ainsi des dons au prieuré de St Andrew à Stoke, fondé par le beau-père de William I, Guillaume de Falaise. Il lui donne en particulier des terres dans la péninsule d'Ards pour y fonder un prieuré qui sera placé sous sa dépendance (St Andrew of the Ards ou Black Abbeylire en ligne). Ou encore il se joint à son frère Jordan pour un don au prieuré de St Bees, près d'Egremont, fondé par Guillaume de Meschines, beau-père de William II, et place sous sa dépendance le prieuré de Nendrum fondé par lui en 1179lire en ligne.
Et puis il y a un lien matériel : le fief de Middleton (Middleton-Cheney) dans le Northamptonshire. Ce fief fait partie de la baronnie de Meschines. Vers 1180, il apparaît dans l'inventaire du douaire constitué pour , qu'épouse John. Sa transmission à ce dernier n'est pas établie : Steve Flanders dit qu'il a dû être donné à Jordan père de John par son frère William III, mais cela reste une suppositionSteve Flanders, John de Courcy, Prince of Ulster, p. 11. John en a distrait des terres qu'il a données aux moines de , toujours dans le NorthamptonshireSeán Duffy, , p. 7. On notera au passage que le contrat de mariage de John et d'Affreca est conservé dans le cartulaire de Canons AshbyGeorge Baker, History and Antiquities of the county of Northampton, vol. I, p. 651. Au moment où la relation entre John et Jean sans Terre deviendra très conflictuelle, Middleton en fera les frais, saisi une première fois par le roi en 1203 pour être confié à un Courcy par alliance, , second mari d'Alice de Courcy, rendu peu après à John et confisqué à nouveau en 1205Seán Duffy, , p. 7, note 34.
En Irlande vignette|Le château de Dundrum dans le comté de Down vignette|Le château de Carrickfergus dans le comté d'Antrim vignette|Inch Abbey, fondée par John de Courcy vignette|Grey Abbey, fondée par Affreca vignette|400x400px|Carte d'Irlande du Nord vignette|Mound of Down (Geograph.org.UK) vignette|L'île de Man, entre Cumbria et Ulaid, avec Galloway au nord vignette|Greencastle, comté de Down|200x200px vignette|monnayage John de Courcy|200x200px vignette|Clough castle, comté de Down|200x200px vignette|200x200px|Le prieuré de Nendrum vignette|200x200px|Tombe (factice) de saint Patrick à Down En tant que cadet de famille peu richement doté, John est incité à rechercher la fortune des armes. Il dispose cependant dès l'origine d'un capital humain dont on mesurera l'étendue : les chevaliers de son voisinage ou qui dépendent des baronnies de la famille. Il pourra grâce à eux se constituer une équipe de fidèles qui le suivra jusqu'au bout, et que les historiens modernes (, ou Duffy) ont étudiée. Ce sera une des raisons principales de ses succès.
En 1166-67, le roi de Leinster, Dermot MacMurrough, chassé de son royaume, vient chercher l'aide d'Henri II. Ce dernier lui permet de lever une petite troupe parmi les chevaliers cambro-normands, c.-à-d. de l'ancien Pays de Galles. Il reçoit l'appui de la grande famille des , dont font partie et le chroniqueur Gerald of Wales (Giraud de Barri ou Giraldus Cambrensis), dont John comprendra vite l'importance pour relater ses hauts faits. Avec les Barry viendront leurs proches cousins de la famille FitzGeraldvoir le tableau généalogique publié dans Giraldus Cambrensis, The Conquest of Ireland, p. 11, ainsi que Milo de Cogan et son frère Richard, autres Cambro-Normands. Un haut personnage de la région, Richard de Clare, comte de Pembroke et parent de William III de Courcy par Isabelle de VermandoisVoir Famille de Courcy, les Courcy anglais, promet aussi de venir, mais il attendra 1170 pour se manifester, alors que les autres guerroient depuis déjà un an.
Richard de Clare, dit Strongbow, réussit à remettre Dermot sur son trône de Leinster et épouse sa fille. Dermot meurt au printemps 1171. Strongbow est alors l'objet de furieuses attaques des Irlandais et Henri II intervient à l'automne à la tête d'une importante armée. On y trouve Hugh de Lacy (+ 1186), et apparemment John de Courcy. Comme le fait n'est mentionné que dans le song of Dermot, écrit quelques décennies plus tard, les historiens ont un doute, mais beaucoup pensent la chose plausible. On y trouve la relation d'un dialogue entre John et Henri II fort savoureux : à John qui se vante de pouvoir conquérir l'Ulster, le roi répond qu'il le lui donnera volontiers si a force le peust conquereSeán Duffy, , p. 3! Il rentre en Angleterre avec Henri II en 1172, et ne revient en Irlande qu'en 1176. Ce sera le début de sa guerre de conquêtes.
Son caractère Gerald of Wales nous a laissé un portrait de John au chapitre XVII du livre II de La Conquête de l'Irlande. Tous les historiens l'ont repris à l'unisson. James Ramsay le résume ainsi : « An ideal leader of viking and buccaneering enterprise. Tall, fair and large of limb, of indomitable strength and courage, he had a perfect passion for fighting and adventure, always to the front in time of dangerJames Ramsay, The Angevine Empire, p. 197 ». Au combat, il frappe d'estoc et de taille en coupant bras, têtes et jambes : « Nunc caput hab humeris, nunc arma a corpore, nunc brachia separabatGiraldus Cambrensis, , livre II, chapitre XVI ». Par contraste, dans la vie privée, il est modeste, sobre et pieux, and gave to God the glory of all his victoriesG.H. Orpen, , vol. II, p. 9-10 . On peut même dire que sa foi est extrême, comme on le verra par ses fondations d'abbayes, ses dotations aux églises, sa pratique religieuse.
Naïveté ou calcul, il est en même temps fasciné par les prophéties, surtout celles qui peuvent s'appliquer à son action, au point de se laisser guider par elles et de tomber dans la prophétie autoréalisatrice. Gerald of Wales ne manque pas de souligner que la prédiction de Merlin sur la conquête de l'Ulster s'applique parfaitement à John. Il y parle d'un chevalier blanc sur un cheval blanc et ayant des oiseaux sur son bouclier qui sera le premier à entrer dans le royaume d'Ulster par la force des armesGiraldus Cambrensis, , p. 59. Or les armes des Courcy anglais comportent trois aigles aux ailes déployées... De quoi frapper des esprits portés sur la superstition ! Gerald of Wales ajoute que John a toujours à portée de main le livre de prophéties de saint Colomba, l'évangélisateur de l'Irlande, dont il se sert et qui le guideGiraldus Cambrensis, , p. 60.
Son entourage Des chevaliers qui l'ont suivi en 1177, on connaît seulement le nombre : ils étaient vingt-deux. On pourra mettre des noms par la suite en regardant la liste des fiefs qu'il a accordés en Ulster ou celle des membres de sa cour. La liste la plus précieuse et la plus significative est celle des chevaliers qui ont accepté d'offrir leur fils comme otage pour libérer John, capturé par les Lacy en 1204. Outre John de Courcy juniorvoir au chapitre Descendance, ils étaient sept : William SavageReconnu comme un des vingt-deux chevaliers de 1177 et richement doté dans la péninsule d'Ards, lire en ligne, Roger de Chester, Augustine de Ryedale, William Hacket, William Sarazin, Richard FitzRobert, et Adam Camerarius (ce dernier désigné par sa fonction : chambellan)Rotuli Litterarum Patentium, vol. I, p. 55. Trois d'entre eux sont connus comme officiers de sa cour : Richard FitzRobert, sénéchal, Roger de Chester, connétable, et donc Adam, chambellan. On trouve encore deux noms d'officiers de John cités dans une charte de donation à l'abbaye St Thomas de Dublin : Roger Poer, maréchal (du palais), et Henry Purcell, aussi connétableG.H. Orpen, , vol. II, p. 23. La notice du DNB de Roger Poer précise qu'il a fait partie de la première équipe, celle des 22. Plusieurs des compagnons de John seront à l'origine de belles lignées irlandaises ou anglaises, Purcell, Poer et Savage en particulier.
Seán Duffy a étudié l'origine géographique des hommes de JohnSeán Duffy, , p. 11-25. Pour lui, leur recrutement s'est effectué très clairement dans les domaines de William Meschin, et en particulier ses baronnies de Copeland (aussi appelé Egremont) et Skipton. On est géographiquement au nord de l'Angleterre, Yorkshire et Cumbria. De ces régions, il cite, outre les noms déjà évoqués, Richard Fitton (l'orthographe du nom est problématique), Gilbert et Roger de Croft, Roger de Dunsforth, Brian de Scalers, Robert et Stephen de Sandall, Richard de Talbot...
Les auteurs s'accordent à dire que John a créé de nombreuses baronnies en Ulster. Malheureusement, on n'en connaît que deux selon Orpen : Ards, aux Savage, et celle des Bissett dans le comté d'AntrimG.H. Orpen, , vol II, p. 22.
La conquête de l'Ulster