Le jeu pathologique (aussi nommé jeu compulsif, jeu excessif ou ludomanie) est une forte dépendance compulsive aux jeux d’argent et paris malgré les conséquences négatives ou le désir d'arrêter. Pour parler de jeu pathologique, il faut que certains critères, typiques des addictions soient présents. Ce trouble a d’abord été classé dans les troubles des habitudes et des impulsions par l'Association américaine de psychiatrie avant que celle-ci le reconnaisse comme une addiction comportementale (addiction sans substance).

Définition Parmi ceux qui s'adonnent aux jeux de hasard et d'argent, certaines personnes développent une pathologie : le jeu devient une maladie ou une dépendance, plus précisément une dépendance comportementale, se traduisant par une impulsion incontrôlable à miser de l'argent. La dépendance est caractérisée par un état de besoin impérieux de reproduire une activité, ou de consommer une substance, et par la nécessité d'en augmenter la fréquence ou la dose afin d'en maintenir l'effet et d'éviter la sensation de manque (malaise, angoisse). En 1980, l'association américaine de psychiatrie reconnaissait le jeu pathologique comme un trouble de l'impulsion (DSM-III, 1980). Selon une étude, 1 à 2 % des adultes répondraient aux critères du jeu pathologique.

Sur le plan de la politique de santé, deux conceptions opposées sont présentes dans le débat public. D'un côté, une position défendue par l'industrie américaine et européenne des jeux d'argent, pour qui le taux de prévalence du jeu pathologique n'est pas corrélé à l'accessibilité aux activités de « jeu », et selon eux il n'y aurait pas lieu de les réglementer. D'un autre côté, il y a ceux pour qui une réglementation à ce niveau peut limiter substantiellement le nombre de joueurs pathologiques et les coûts sociaux importants qui sont associés à cette addiction sans substance.

Facteurs On peut distinguer des facteurs d’ordre psychologiques et cognitifs d’une part, des facteurs sociaux d’autre partTessier, S. (2023). Les effets d’influence des campagnes publicitaires et préventives sur les joueurs de hasard et d’argent, et les variables psychologiques modératrices associées (Doctoral dissertation, Université de Nanterre-Paris X)..

Facteurs psychologiques et cognitifs

Recherche de sensations fortes : certaines personnes recherchent l’excitation ou la tension liée au risque et à l’espoir d’un gain. Biais cognitifs : illusions de contrôle (croyance du joueur qu’il « peut influencer le hasard »), biais de disponibilité (« je viens de perdre, donc je vais gagner »), ou croyance au “presque-gain”. Émotions et régulation affective : le jeu sert dans ce cas à sortir d’une émotion désagréable (ennui, anxiété, solitude). Le jeu permet d’éprouver une émotion qui est vécue comme plus positive. Faible tolérance à la frustration et impulsivité : ces traits augmentent le risque de perte de contrôle. Troubles associés : dépression, troubles anxieux ou consommation de substances sont souvent présents.

Facteurs sociaux et contextuels

Accessibilité et banalisation des jeux (en ligne 24/7, applications, publicités très présentes par ex. lors d’événements sportifs comme la coupe du monde de foot par ex.). Marketing ciblé, souvent très émotionnel, associant le jeu à la réussite, au plaisir ou à la liberté. Pression sociale et normalisation : dans certains groupes, jouer est valorisé ou considéré comme un loisir ordinaire. Difficultés financières ou isolement : le jeu apparaît comme une “solution” ou une échappatoire. Exposition précoce : les jeunes exposés tôt au jeu (ou aux jeux vidéo intégrant des dispositifs du type loot box) présentent un risque accru.

Dimension physiologique de la dépendance au jeu Il est prouvé que le jeu pathologique engendre une dépendance similaire à la dépendance aux substances. Ainsi, il a été observé que des joueurs pathologiques ont des niveaux de norépinéphrine inférieurs à ceux des joueurs n’ayant pas développé de dépendance. Des études cherchant à expliquer le lien montrent que la norépinéphrine est sécrétée en cas de stress, d'excitation ou de sensations fortes, de sorte que les joueurs pathologiques jouent pour compenser la baisse du niveau de ce neurotransmetteur dans leur corps. Dès 2003, des études ont comparé les joueurs pathologiques à des toxicomanes, concluant que les joueurs dépendants présentent davantage de symptômes physiques lors du sevrage que ces derniers. Des déficiences en sérotonine pourraient également contribuer à un comportement compulsif, y compris une dépendance au jeu.

Rapport entre les dimensions psychologique, sociale et physiologique S’agissant de prendre en charge médicalement et dans une logique de prophylaxie sociale le problème du jeu pathologique, les professionnels de santé suggèrent que mettre l’accent sur le modèle biomédical du jeu problématique pourrait bien être inutile parce qu'il se concentre uniquement sur les individus et qu’il explique sans donner beaucoup de piste de prévention. Ces auteurs soulignent que les facteurs sociaux peuvent être un déterminant bien plus important du comportement de jeu que les substances chimiques du cerveau, et ils suggèrent qu'un modèle social pourrait être plus utile pour comprendre le problème et y apporter des solutions.

Approche de plusieurs pays Divers pays prennent en compte le problème du jeu pathologique.

En Suisse, la dimension morale et sociale du jeu a été prise en compte lors du débat politique sur l'ouverture des casinos. Outre une limitation des établissements et une réglementation de leur exploitation, le jeu pathologique est traité dans des unités spécialement créées.

Au Québec, on estime qu’environ 81 % de la population participent à au moins un jeu de hasard et d’argent, et que 5 % de cette population serait aux prises avec un problème de jeu au sujet duquel de nombreuses études ont été menées. La majorité des acteurs impliqués (chercheurs, intervenants, gouvernement, la société Loto-Québec qui gère cette industrie) s'entend pour dire (à des degrés différents) que l'accessibilité est un facteur déterminant dans le développement du jeu compulsif au sein de la population.

En France, une étude de prévalence a été réalisée par l’OFDT (Observatoire français des drogues et des toxicomanies) et l’INPES (Institut national de prévention et d'éducation pour la santé) afin de mesurer le taux de prévalence du jeu excessifLes niveaux et pratiques des jeux de hasard et d'argent : 1,3 % de la population aurait un comportement de jeu problématique. D’autres chiffres de 2014 évoquent 2,2 % de joueurs à risque modéré et 0,5 % de joueurs excessifs soit respectivement, environ d’une part et d’autre partCostes, J. M. (2019). La demande d'aide et le recours aux soins des joueurs problématiques en France. Addiction, 95(5), 777-789.. Les personnes âgées de 55 à sont fortement consommatrices de jeux d'argent et de hasard (JAH) et des données du Baromètre santé montre une augmentation notable entre 2014 et 2019 du nombre de joueurs de plus de ainsi qu'une prévalence très élevée du trouble du jeu d'argent dans cette tranche d'âge (18,4%). Parmi les jeunes, on constate chez les garçons une augmentation des pratiques de jeu, en particulier chez le jeunes peu qualifiés. Les jeux les plus pratiqués sont les jeux de grattage et les paris sportifs. 6,7 % des garçons de cet âge jouent une fois par semaine et 32% ont joué une fois dans l’annéeEroukmanoff, V., Philippon, A., Le Nézet, O., & Spilka, S. (2024). Pratiques des jeux d’argent et de hasard en 2022 chez le adolescents de . Observatoire Français des Drogues et des Addictions. accessible sur https://www.ofdt.fr/BDD/publications/docs/eisxve2e4.pdf. Parmi ceux-ci, 8,8 % sont considérés comme «à risques» d’évolution pathologique i.e. avec un score de 3 à l’Indice Canadien de Jeu Excessif, et 1,3 % présenteraient des habitudes de jeu excessives (score ICJE supérieur à 8). thumb|upright=1.4|La salle de machines à sous (Pachinko), à Osaka (Japon), en 2007. Le bruit à l'intérieur est assourdissant. S'adonner compulsivement au jeu sur les machines à sous est un exemple emblématique du jeu pathologique, parfois appelé « ludopathie ».

Critères diagnostiques Le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-5) de 2015 donne neuf critères diagnostiques : Besoin de jouer avec des sommes d'argent croissantes pour atteindre l’état d’excitation désiré. Agitation ou irritabilité lors des tentatives de réduction ou d’arrêt de la pratique du jeu. Efforts répétés mais infructueux pour contrôler, réduire ou arrêter la pratique du jeu. Préoccupation par le jeu (p. ex. préoccupation par la remémoration d'expériences de jeu passées ou par la prévision de tentatives prochaines, ou par les moyens de se procurer de l’argent pour jouer). Joue souvent lors des sentiments de souffrance/mal-être (p. ex. sentiments d’impuissance, de culpabilité, d’anxiété, de dépression). Après avoir perdu de l'argent au jeu, retourne souvent jouer un autre jour pour recouvrer ses pertes (pour « se refaire »). Ment pour dissimuler l'ampleur réelle de ses habitudes de jeu. Met en danger ou a perdu une relation affective importante, un emploi ou des possibilités d'étude ou de carrière à cause du jeu. Compte sur les autres pour obtenir de l'argent et se sortir de situations financières désespérées dues au jeu.

Seuils diagnostiques Dès lors que la personne a un comportement qui répond à au moins 4 critères, le DSM parle alors de «trouble du jeu d’argent». Le manuel précise ensuite la sévérité :

Légère : 4–5 critères Modérée : 6–7 critères Sévère : 8–9 critères.

Le cadre juridique des jeux d'argent France En 2010Gagnants et perdants des paris L'Humanité 08/06/2010, sous la présidence de Nicolas Sarkozy l'état français a ouvert le marché des jeux de hasard et d'argent (auparavant monopole public au travers de La Française des jeux). Officiellement, ce texte a pour but de « mettre fin au développement sauvage » des jeux d’argent sur Internet, tandis que l'opposition politique y voit un renvoi d'ascenseur à des investisseurs qui ont aidé à son électionPari gagné pour les amis du Fouquet’s L'Humanité 07/04/2010. Un cadre de référence pour la prévention du jeu excessif et pathologique est prévu par les dispositions du IX de l’article 34 de la loi du . Celui-ci est fortement renforcé par l’ordonnance du réformant la régulation des jeux d’argent et de hasard.