thumb|180px|right|Situation géographique de la langue Le parler sarthois (ou haut-mainiot ou patois sarthois) est une langue d'oïl, parlée dans l'ensemble du Haut-Maine. Il est également appelé « parler Sapience », « parler cénoman ».https://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/bd-bientot-un-tintin-en-patois-sarthois-4112399 ou tout simplement « manceau » (pour la variante de la région du Mans).

Géographie Le comté du Maine comportait le Haut Maine à l'est, devenu le département de la Sarthe et le Bas Maine à l'ouest devenu le département de la Mayenne.

Le haut-mainiot, comme toutes les langues régionales, comporte des variations locales dans la prononciation à l'intérieur de son périmètre géographique. Il est entouré par des parlers très proches : percheron (Perche), « bas-maine » (mayennais ou « bas-mainiot ») et angevin (sud de la Sarthe) dont il se différencie par quelques traits.

Histoire Origine Le parler du Maine est assez proche du gallo dans nombre de ses tournures (parlers du Nord-Ouest). Il sert souvent de référence intermédiaire pour des comparaisons de gallo à français.

Le tableau ci-dessous permet de comparer le gallo, le manceau et le français SarthoisGalloFrançaisanuitanaetaujourd'huiaveilleavettabeille (avette)bié nairbié naïrblé noirchairechaèrrchaisechapiaùun chapè/chapéü (dèz chapiaù)chapeaupîtaù, fourmaigefourmaèjjfromagesortie, dessortdesortsortiechair / choircheirtomber (choir)bicquebiqhechèvre (bique)goulegoullbouche (gueule)paire / poirepeirrpoirepiéepiépluieseille d'ève / d'iaùseilléy d'èv/iawseau d'eauroucherroucherronger / dévorer/ manger

Pour la majorité, le parler du Haut-Maine est composé d'expressions se rapportant à la terre, au fruit du travail des hommes ruraux. Pour le vocabulaire manceau, on a affaire à une grande mixité. Le a apporté son lot d'expressions techniques en rapport avec l'industrialisation galopante, ou encore au commerce, étant donné que la ville était le pôle d'échange économique de tout l'Ouest. À la confluence de nombreuses autres régions (Normandie et Bretagne surtout), les locuteurs ont également su s'inspirer ou emprunter à leurs voisins.

Le sarthois aujourd'hui

Pourtant, la langue est largement restée dans les campagnes environnantes de la ville du Mans. Aujourd'hui, on remarque que la langue reste majoritairement parlée par les « anciens » du Mans, mais surtout d'une manière plus massive dans les régions de Ballon, Beaumont-sur-Sarthe, Bouloire, Ecommoy, Nogent-le-Bernard, Pezé-le-Robert, Roëzé-sur-Sarthe et La SuzePatrick Godard et Alain Mala, Parler sarthois, page 17 : « écrire patois ».. Aujourd'hui, la parole sarthoise est, comme toutes les langues regionales, dialectes ou patois en France, en voie de disparition. Cependant, le projet « Sauvegarde de la parole sarthoise » a été lancé en 2003 dans la ville de Sillé-le-Guillaume par la radio locale "Fréquence Sillé". L'objectif du projet est de transférer et sauvegarder de nombreuses sources sonores anciennes sur des supports numériques récents afin de garder une trace certaine de cette culture ancestrale. Par ailleurs, cela pourra à l'avenir faciliter et favoriser leur diffusion. D'autres associations comme les Trésors des parlers cénomans, La Gouline sarthoise, ou encore le Département de linguistique de l’Université du Maine et même l'Institut technologique européen des métiers de la musique, s'attellent également à la tâche.

Le collectif a ainsi pu éditer en 2006 le Trésor du parler cénoman en reprenant en partie le travail de Roger Verdier, le Dictionnaire phonétique du parler manceau datant de 1951. Après l'avoir complété, les auteurs y ont ajouté un CD audio comprenant des démonstrations du parler. Au total, pas moins de ont été référencés. Un DVD reportage sur la verrerie de Coudrecieux a également été réalisé et donc expliqué entièrement en langue sarthoise. Trois autres ont été réalisés sur diverses traditions de la région.

Une grande phonothèque a été organisée et elle répertorie autant le parler que les coutumes culturelles sarthoises les plus diverses: contes et légendes, comptines et chansons ou encore les bobillonneries de Roger Verdier. L'association possède plus de d'enregistrements à son actif, en regroupant également les sources retrouvées depuis 1950. Aujourd'hui, plus aucun quotidien n'est écrit en sarthois. Cependant, les nombreux Le bonhomme sarthois, journaux écrits exclusivement en patois sont trouvables aux archives départementales de la Sarthe ou encore à la Médiathèque Louis-Aragon du Mans. Signe de son succès, cette presse ne disparaitra qu'en 1940, pendant la Seconde Guerre mondiale. Des auteurs comme A. Dagnet nous ont cependant offert des grammaires entières et précises du parler manceau avec même une bobillonnerieSite sur lequel il est fait mention de "bobillonnerie" : . sarthoise fantastique : Houbilles et birouilles.

En , l'association "Heulâ!" se donne pour mission de sauvegarder le parler sarthois. Elle fédère plusieurs acteurs de la mise en valeur du patrimoine culturel du Maine. : Serge Bertin (président d’honneur) est ethnologue et auteur d’une vingtaine d’ouvrages régionaux dont un dictionnaire en patois et 3 albums de Tintin en patois sarthois. Jean Revers (co-président), anime (exercices de traduction, expression de contes, chansons, etc.) un groupe de patoisants à Malicorne depuis une vingtaine d'années. André Jaunay (co-président) a créé un jeu de cartes en patois, dit des « sept familles ». Jean Revers (co-président) est animateur d’un groupe patoisant aux Aînés Ruraux de Malicorne. Fernand Legeard (vice-président) est l’auteur de l’ouvrage « Et si on caôsait patois ! – Histouéres d’mon Paÿs mainiot » et créateur du groupe patoisant « Les Veillées à l’Ancienne ». Pilou Souchères (vice-président) intervient régulièrement au sein de la séquence patois sur "LMtv Sarthe". Fabrice Louvet (trésorier) est le créateur de deux jeux de cartes patoisants « Dekèktudi ». Jean-Yves Poignant (vice-trésorier) est à la tête du groupe patoisant "Les Chemineux".

La tradition littéraire

Dès 1898, l'ouvrage de François Deslandes, Au bon pais de Sillé regroupe quelques contes populaires sarthois. Ces contes seront repris en version sonore en 1983 par Jean Dean-Laporte. Cet enregistrement audio, voulu au plus proche de la réalité dialectale se centrera cependant uniquement sur les contes manceaux, d'où son titre, Contes manceaux en patois. En 1988, René Langlais fait paraître en édition papier Les Contes phonétiques du Haut-Maine aux éditions du Racaud. Le petit livre de 32 pages est illustré de quelques figures pittoresques en noir et blanc.

Puis, Roger Verdier fait paraître sa dernière œuvre en 1993 : Les Contes phonétiques manceaux. Cet intellectuel dévoué à sa région meurt presque centenaire deux ans plus tard à l'âge de 96 ans. La plupart de son œuvre est en fait une reprise améliorée de contes populaires parus dans la Tribune de Saint-Calais, peu avant les années 1950. La Sarthe trouve un grand défenseur de sa langue en la personne de l'écrivaine Catherine Paysan, surnommée la « dame d'Aulaine ».

Voici un extrait de la fable Le corbeau et le renard de Jean de La Fontaine en parler sarthois :

Phonétique Généralités Ses caractères principaux sont communs à certains des parlers du Grand Ouest : le son /o/ (souvent écrit « o », « au » ou « ô » en français) est prononcé fortement et devient /aø/ écrit « aeu ». Ainsi, tôt devient taeût, ôter devient aeûter, nôtre et vôtre deviennent naeûtre et vaeûtre (mais notre et votre adjectifs se disent noûtre et voûtre), pauvre devient paeuvre, pot devient paeut etc. Le son français « oi » est souvent remplacé par « ai » (position accentuée) ou « é » (position non accentuée), car, comme les autres variétés d’oïl de l’ouest, le sarthois a conservé l’ancien son « ei » de l’ancien français avant qu’il évolue en « oi » dans les dialectes de l’est au siècle (à partir de la Bourgogne et de la Champagne surtout). Par exemple, le latin stella (« étoile ») avait donné esteile en ancien français qui devint estoile, puis étoile en français moderne (prononcé èstèle ou èstèïle jusqu'au , èsteuïle au , èstoïle au XIIIe, puis èstoèle ou étoèle au , étouèle jusqu'au où « ouè » s'ouvrit en « ouâ », donnant la prononciation de « oi » actuelle en français moderne : étouâle), mais le sarthois dit toujours étaile (prononcé étèle ou étæïle). Cependant, un grand nombre de verbes du troisième groupe qui se terminent en français en -oir peuvent finir en sarthois en -ouèr, par influence des parlers de l’orléanais voisins. Ainsi, boire se dit baire, quelquefois se dit quieauquefais, voisin se dit vésin, voiture devient véteüre (ou véture, ou véteure), mais savoir devient sçavouèr (ou sçavair), vouloir est voulouèr ou voulair (pouvoir en revanche se dit partout pouair) etc. Les consonnes finales, comme en français, ne sont pas prononcées, mais en sarthois ce phénomène est encore plus étendu. Ainsi on écrit il mange comme en français mais on prononce i manj, parce que ll final de « il » n'est pas prononcé. Par exemple, les verbes du deuxième groupe sont en -ir comme en français, mais on prononce -i parce que lr final est muet (finir se dit fini mais s'écrit comme en français). De même, les mots finissant en français par -eur finissent régulièrement en sarthois par -oux (prononcé -ou), l'''r final ne se prononçant plus. Bêcheur se ainsi dit bèchou qu'on écrit baîchoux (plus rarement baîchou, baichour, baîchous etc.). L'orthographe -oux permet de raccorder ces substantifs qui en français sont en -eur à leur féminin qui est en -ouse (français -euse dans la plupart des cas), ainsi qu'aux adjectifs en -oux (qui correspondent aux adjectifs français en -eux) dont le féminin est également en -ouse (et en français également en -euse). Ainsi, achaloux veut dire « ennuyeur » quand il est utilisé comme nom et « ennuyeux » quand il est utilisé comme adjectif (achaler signifie « ennuyer »). oign- (prononcé « ogn » comme dans oignon) et ogn- se prononcent ongn-. Ainsi, ongnon pour oignon. -ail, à la fin d’un mot, se dit invariablement -al : portal pour portail ; traval pour travail. Par confusion, beaucoup de substantifs en -ail, prennent comme ceux en -al, des pluriels terminés en -aux. ui du français (et à l’occasion é, è ou i) est réduit à un seul son eu. Ainsi nuit de dit neut. eu du français évolue parfois en u /y/ (Ugène correspond à Eugène), mais dans de nombreux cas on trouve ou à la place, car là encore le sarthois a conservé l’ancienne prononciation « ou » de l’ancien français avant qu’elle n’évolue en eu au siècle dans les parlers de la Loire, du bassin parisien et de la Picardie. Là encore, ce phénomène n'a pas touché les parlers de l’ouest (mayennais, angevin, gallo, normand). Ainsi, on dit mangeoux et chantoux (fém. mangeouse et chantouse) pour mangeur et chanteur (fem. mangeuse et chanteuse), houre pour heure, goule pour gueule, fiour pour fleur, coue pour queue (d’où le français couette, « petite queue »), noud pour nœud etc. ien du français se prononce in (régulièrement écrit en, in) : chin correspond à chien, ben (prononcé bin) à bien, il vint à il vient (mais le passé simple il vint du français se dit il venit en sarthois) etc. Il existe une diphtongue notée au utilisée à la place de al et au en français : un jevau / chevau « un cheval ». Les groupes cl, gl, bl, pl, fl deviennent qui, gui, bi, pi, fi : pien (plein), bianc (blanc), pianche (planche), fiour (fleur), éguyise (église), équiésiastique (ecclésiastique) etc. Les pronoms personnels je et on sont employés à la place de nous : je mangeons (nous mangeons), je vourrions (nous voudrions), j’avions (nous avions), etc.