La famille Gagne de Perrigny est une famille noble de Bourgogne qui a compté plusieurs magistrats et notables dijonnais (). Cette famille, branche aînée de la famille Gaigne d'Ornée, a possédé plusieurs seigneuries dans la région dijonnaise, dont Perrigny-lès-Dijon, ainsi que dans la Bresse louhannaise.

Des Gaigne aux Gagne de Perrigny L'origine des Gagne Il semble que l'origine de cette famille bourguignonne, issue des Gaigne d'Ornée, soit autunoise. Au début du , Barthélemy Gaigne, seigneur d'Ornée et de Porcheresse, est ainsi procureur du roi à Autun. Ses armoiries sont : "d'azur, au chevron d'or, accompagné de trois molettes d'éperon colletées d'or, celle de la pointe soutenue d'un croissant d'argent". La devise est : "In Me Fel Nullum". Il est ensuite procureur général au Parlement de Bourgogne, à Dijon (1516). Réprimandé sur sa façon de servir en 1523, il doit faire amende honorable. Son fils, également appelé Barthélemy Gaigne, est aussi procureur général à ce parlement (1545). Il devient conseiller en 1551 et lègue en 1576 cet office à son fils, Jean Gaigne (?-1615). Ce dernier soutient les intérêts du roi Henri IV, au contraire de la branche cadette de la famille, celle de son frère André, maître des comptes (1579). En 1594, lors de la « trahison » de Jacques Laverne, maire de Dijon, Jean Gaigne est enfermé dans une tour de la ville, sa tête ayant été mise à prix par le parti du duc de Mayenne. Il ne la sauve qu'en payant la somme de 500 écus. On le fait évader secrètement et, escorté de trente cavaliers, il rejoint sa compagnie restée fidèle à Semur. Le , au lendemain de la lutte, il rompt définitivement avec l'autre branche de la famille. Il adopte alors le nom de "Gagne", en remplacement de "Gaigne", et supprime dans ses armoiries le chevron et le croissant. Plus tard, le blason sera porté par deux licornes au naturel et la devise deviendra : "Recalcitrantem Cogo".

L'installation à Perrigny () Au , son fils, Nicolas Gagne (1580-?), épouse Claude Joly, fille d'Antoine Joly, baron de Blaisy et greffier en chef au parlement dijonnais (1612). Il devient ensuite trésorier général de la généralité de Bourgogne. Enrichi, il achète en 1650 Perrigny, une petite seigneurie proche de Dijon où il s'installe. Son fils, Antoine-Bernard Gagne (1623-1686), conseiller depuis 1645, hérite de ce domaineLe fief de Perrigny est repris par Antoine-Bernard Gagne le 12 août 1672, même s'il était déjà seigneur effectif depuis la mort de son père, Nicolas. Il est ainsi seigneur en 1666, date de l'enquête de l'intendant Bouchu.. En 1675, celui-ci est président à mortier au Parlement de Dijon, ville dans laquelle il se fait construire un hôtel particulier<ref>Cet hôtel dijonnais situé rue de Varenne est aujourd'hui appelé Hôtel Chartraire de Montigny (siège de la DRAC). [http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/merimee_fr?ACTION=RETROUVER&FIELD_1=INSEE&VALUE_1=21231&NUMBER=66&GRP=1&REQ=%28%2821231%29%20%3aINSEE%20%29&USRNAME=nobody&USRPWD=4%24%2534P&SPEC=9&SYN=1&IMLY=&MAX1=1&MAX2=100&MAX3=100&DOM=Tous Fiche Mérimée]</ref>. En 1676, Antoine-Bernard acquiert également un autre domaine : le château du Sauvement (à Ciry-le-Noble). Par la suite, d'autres domaines bourguignons entreront, souvent par mariage ou héritage, dans cette famille : Pouilly-sur-Saône, Pagny-la-Ville, Simard, ... Elle commence alors à être distinguée par l'appellation "Gagne de Perrigny", du nom de la seigneurie d'origine. Antoine (1645-1711), fils aîné et aussi conseiller au parlement (1674), reçoit lors de son mariage, en 1677, la promesse d'obtenir Perrigny. Il hérite de son père en 1686. Son frère, Jean-Baptiste, donnera naissance à la branche des Gagne, seigneurs de Pouilly. Quant à leur sœur, elle épouse Benoit-Bernard Bouhier, marquis de Beaumanoir (Lantenay) et président du Grand Conseil (1642-1682).

Des notables bourguignons () Au , la famille Gagne continue de donner des conseillers au parlement de Bourgogne : Philibert-Bernard Gagne de Perrigny, fils d'Antoine et petit-fils d'Antoine-Bernard ; François-Aimé-J. (en 1712) ; Jean-Baptiste, alors appelé "Gagne de Pouilly" (de 1737 à 1775). Philibert-Bernard Gagne (1689-1759) marque grandement cette famille, de par sa longévité mais surtout, en raison de son influence parmi la société des magistrats dijonnais. Seigneur de Perrigny en 1711, conseiller du roi, il devient président à mortier au Parlement de Bourgogne à seulement 25 ans, le . Par son mariage avec Jeanne-Marie de Thésut, fille de Jean de Thésut, sieur de Ragy, il s'établit aussi en Bresse. Il gagne surtout en influence grâce à ce beau-père, intendant du gouverneur de Bourgogne et ayant ses accès à Versailles. Au milieu du siècle, au faîte de sa puissance, ce notable entreprend une série de travaux dans ses domaines de la plaine dijonnaise. À son décès, son fils Antoine-Jean lui succède (1759). Celui-ci récupère aussi le comté de Saulon de sa tante Claude-Marie qui avait épousé le seigneur local, Pierre-Bernard Legrand, et en conservait l'usufruit étant veuve (1766). Il hérite aussi de nombreux domaines en Bresse au décès de sa mère (1773) ainsi qu'à la disparition de sa grand-tante, Madame de Chamillard (1774). À la tête de tous ces domaines (Perrigny, Saulon, Pouilly, Simard, etc), lui aussi connait les honneurs : maître des requêtes à Paris, il est gouverneur de Louhans en 1766, comte de Perrigny en 1768 puis est reçu aux États de Bourgogne en 1769. Après 1774, Antoine-Jean Gagne est aussi comte de Louhans et marquis de Bantanges.

Les seigneuries bourguignonnes Perrigny, Sauvement, Pouilly

La seigneurie de Perrigny-lès-Dijon, avec le hameau de Domois, est achetée par Nicolas Gagne le , pour livres, à Louis de Pernes, un colonel d'infanterie élu aux États généraux de Bourgogne qui s'est lourdement endetté. Ce petit fief, ancienne propriété de Nicolas Rolin puis de son fils Guillaume Rolin de Beauchamp, porte alors un vieux château médiéval reconstruit du temps de l'illustre chancelier (milieu du ). Son fils, Antoine-Bernard Gagne, outre son hôtel particulier dijonnais bien plus confortable, acquiert aussi le château du Sauvement en 1676. Le domaine patrinien passe ensuite à Antoine Gagne, son fils (1686). Philibert-Bernard Gagne de Perrigny hérite à son tour du fief en 1711.

En ce début de , Philibert-Bernard Gagne décide d'aménager ses domaines et de reconstruire les châteaux dans un style moderne. Pour le château de Pouilly, des plans sont commandés à l'architecte Jean-Antoine Caristie. À Perrigny, un projet est confié à l'architecte Claude Desgots : il prévoit la démolition de l'édifice médiéval pour le remplacer par une construction d'allure classique (avant 1727). Le parc adjacent est redessiné et planté d'essences rares et des allées ombragées sont tracées dans le petit bois environnant ainsi que sur les chemins d'accès au domaine. En 1768, Perrigny, avec Domois et la rente de la Sansfond, est érigé en comté au profit d'Antoine-Jean Gagne, nouveau propriétaire depuis 1759.

Saulon

Grâce à un mariage avec Pierre-François-Bernard Legrand, dernier seigneur local au milieu du , la famille Gagne de Perrigny domine aussi Saulon, comté depuis 1657. Rapidement veuve (vers 1715), Claude-Marie Gagne hérite en 1727 de son propre fils, Alexandre (lui-même héritier de son frère aîné Antoine en 1722). Elle conserve alors l'usufruit du domaine jusqu'à sa cession à Antoine-Jean Gagne de Perrigny en 1766, deux ans avant sa propre mort. Plusieurs écarts sont rattachés à ce comté : le vieux manoir de Layer, le hameau de Fénay, une partie de Chevigny (l'autre appartenant à la Sainte-Chapelle de Dijon), Barges, l'étang de Sathenay, Noiron-lès-Cîteaux (aujourd'hui, Noiron-sous-Gevrey) et même une tour à Is-sur-Tille. Le château de Saulon date du . Confortable, il est parfois préféré aux différents chantiers en cours, d'autant plus que l'hôtel dijonnais a été vendu vers 1740 au Trésorier des États de Bourgogne, Marc-Antoine Chartraire de Montigny. Après 1768, Antoine-Jean Gagne réunit ses deux comtés, Perrigny et Saulon, pour constituer un seul ensemble.

Les domaines bressans En 1728, par reprise de fief, Philibert-Bernard Gagne devient seigneur de Simard, de BessandreyBessandrey était un fief mouvant de Mervans. et de QuainQuain est aujourd'hui un hameau de la commune de Devrouze., dans la Bresse louhannaise. Ces domaines appartenaient depuis le milieu du à la famille de Thésut, sa belle-famille ; Philibert-Bernard Gagne avait en effet épousé Jeanne-Marie de Thésut en 1713. Cette dernière, veuve en 1759, consacre son temps et des moyens à cette région. Elle comble de bienfaits l'église de Simard et fonde un lit pour un pauvre de ce village à l'hôpital de Louhans (1764). Au décès de sa mère, le , Antoine-Jean Gagne hérite des domainesLucien Guillemaut, Armoiries et familles nobles de la Bresse louhannaise : armoiries ouvrières, armoiries particulières et de famille, Louhans, 1909.. Par ailleurs, peu avant sa mort en 1759, Philibert-Bernard Gagne hérite également de Saint-Bonnet-en-Bresse, une seigneurie qui appartenait aux Gonthier, famille de sa grand-mère.

Élisabeth-Marie Guyet (1656-1709), femme d'Antoine Gagne et mère de Philibert-Bernard, avait un frère, François Guyet. Conseiller d'État, maître des requêtes ordinaires puis intendant des Finances à Lyon, celui-ci est possessioné en Bresse : baron de Saint-Germain-du-Plain et d'Ouroux, marquis de Bantanges (1696), baron (1711) puis comte (1724) de Louhans. Il devient même gouverneur de cette ville en 1722. À sa mort, sa fille unique, Philiberte-Thérèse Guyet, dite Madame de ChamillardSon époux, Jérôme de Chamillard, maréchal des camps et armées du roi, la laisse rapidement veuve et sans enfant., hérite de ces domaines. Au milieu du , elle accroît encore son patrimoine par plusieurs acquisitions : châtellenie royale de Sagy, seigneuries de Charangeroux, Rupt et La Vicheresse à Saint-Usuge, Simandre et La Vanoise ainsi que la seigneurie de Saint-Étienne-en-Bresse (en 1759). Au décès de Madame de Chamillard (1774), son neveu, Antoine-Jean Gagne, gouverneur de Louhans depuis 1766 et possessioné dans la région au décès de sa mère l'année précédente, reçoit l'ensemble de ces terres bressanes.

Une famille parmi la haute société dijonnaise

La noblesse de robe et le clergé

Par ses fonctions de conseillers ou de présidents à mortier, la famille Gagne de Perrigny s'impose parmi la noblesse de robe dijonnaise. Philibert-Bernard Gagne fréquente ainsi le salon littéraire de madame Des Vieux. Mais cette famille défend surtout les intérêts des parlementaires face aux officiers des États de Bourgogne. En 1744, quand Jacques de Varenne, secrétaire en chef des États, plaide pour la présidente Fyot de La Marche, il s'attire les foudres de Philibert-Bernard Gagne. Celui-ci déclare : « Une femme colère peut tout dire, un impudent tout écrire ; on rit de l'une, on méprise l'autre : tous deux sont sans conséquence. »Élisabeth Françoise de Lacuicine, op. cité. (page 216)Julian Swann, op. cité. (page 275) C'est que ces magistrats sont opposés à une perte de leurs pouvoirs et autres prérogatives face au pouvoir administratif. Le chancelier d'Aguesseau doit finalement intervenir pour calmer les protagonistes. Leur noblesse est réaffirmée par les titres de leurs domaines : le comté de Saulon entre dans la famille par mariage et, en 1768, c'est le vieux domaine de Perrigny qui est érigé en comté. Cette famille obtient également des charges : Antoine-Jean est gouverneur de Louhans le .