La cathédrale Saint-Pierre de Beauvais est une église catholique située à Beauvais, dans le département français de l'Oise en région Hauts-de-France. Elle est la cathédrale du diocèse de Beauvais.
Sa construction est contemporaine de celle des cathédrales d'Amiens, de Bourges, de Chartres, de Metz et de Reims.
Elle possède la plus haute voûte de l'art gothique avec . De 1569 à 1573, la cathédrale de Beauvais fut aussi, avec sa tour de , la plus haute construction du monde. Ses concepteurs avaient l'ambition d'en faire la plus grande cathédrale gothique de France devant celle d'Amiens. Victime de deux écroulements, l'un au , l'autre au , elle reste aujourd'hui inachevée, seuls le chœur et le transept ont été construits.
Elle est affiliée à la paroisse Saint-Pierre-Saint-Paul en Beauvaisis de Beauvais-Centre.
Histoire Naissance de la communauté chrétienne de Beauvais
À la fin du ., Lucien, originaire de Rome, serait arrivé en Gaule avec Denis et Rieul pour évangéliser la Gaule du Nord. Il se serait installé à Beauvais (Bellovacum), prêchant et convertissant au christianisme des habitants. Ainsi serait née la première communauté chrétienne du Beauvaisis.
Vers 290, l’empereur Dioclétien, opposé au christianisme envoya Latinus, Jarius et Antor pour réprimer le prosélytisme de Lucien et de ses deux compagnons Maxien et Julien. Retrouvés par les Romains, ils auraient été décapités à Montmille près de Beauvais. Une première chapelle fut construite au début du Aucune trace archéologique de ce lieu de culte n'a été mis au jour. dans la cité reconstruite entourée de murailles, le long de la voie romaine reliant Rouen à ReimsVictor Leblond, La Cathédrale de Beauvais, Paris, Henri Laurens Editeur, 1956.
Saint Lucien est considéré par les catholiques comme le premier évêque de Beauvais.
La cathédrale carolingienne vignette|170px|Église Notre-Dame-de-la-Basse-Œuvre.
De la première cathédrale, il ne reste aujourd'hui que quelques travées de la nef. Ce premier édifice date sans doute de la deuxième moitié du , ce qui correspond aux règnes de Lothaire et de son fils Louis V. Il s'agit d'une église de style carolingien tardif. Elle était beaucoup plus longue que l'édifice actuel puisque la nef ne contient plus aujourd'hui que les trois premières travées occidentales sur les neuf qu'elle avait dans sa plus grande extension, ce qui en faisait une des plus grandes églises de l'époque. Les Beauvaisiens la nomment la Basse-Œuvre en opposition avec la Haute-Œuvre qui est la cathédrale gothique Saint-Pierre.
Les fouilles menées par Émile Chani sous la cathédrale gothique ont montré la présence d'un grand transept d'époque carolingienne. Les opinions divergent pour savoir si ce transept est d'origine ou a été rajouté par la suite. Dans le premier cas, l'église carolingienne actuelle aurait été précédée par une autre église légèrement antérieure, plus petite, construite au même endroit.
Les absidioles de cette église, à transept non débordant, ont été retrouvées lors des fouilles sans atteindre pourtant l'abside de l'ancien chœur qui avait été démoli dès le lors de la mise en chantier de la cathédrale gothique. La façade occidentale de la Basse-Œuvre comportait à l'origine au moins un porche, et peut-être une tour. Elle a été plaquée devant la nef carolingienne après les deux incendies du milieu du et, selon Philippe Bonnet-Laborderie, annonce déjà l'architecture romane à venir. Le petit appareil cubique s'explique par un réemploi de pastoureaux provenant d'anciens édifices de la ville détruits lors du saccage de Beauvais au , et non des remparts gallo-romains du comme il a souvent été écrit. L'appareil est analogue sur les murs latéraux, mais la régularité y est meilleure. Les jonctions entre la façade du milieu du et les murs gouttereaux de la fin du restent visibles. Le pignon est plus élevé que le toit de la nef. Il est ajouré par deux petits oculi, et entre les deux, s'insère la partie supérieure d'une croix byzantine en bas-relief.
La cathédrale gothique Un début de construction rapide gauche|vignette|204x204px|Vitraux du chœur et de l'abside. vignette|250x250px|droite|Piliers, verrières et voûtes du chœur de la cathédrale de Beauvais, vus du déambulatoire.
En 1225, après un énième incendie, le chœur de l'ancienne église cathédrale fut complètement détruit. L'évêque-comte Milon de Nanteuil (1217-1234) choisit alors d'entreprendre la construction d'un nouvel édifice un peu plus à l'estNous ne connaissons pas le nom du maître d'œuvre.. Le chantier de la nouvelle cathédrale entraîna la destruction progressive de la partie est de l'ancienne église qui devint alors la Basse-Œuvre. Ce qui constitue aujourd'hui la Basse-Œuvre occupe l'emplacement initialement prévu pour la construction d'une nef gothique. Vers 1230, les travaux commencés du côté nord-ouest continuèrent du côté sud-ouest.
Sur des fondations parfois profondes de plus de dix mètres pour reposer sur de la roche dure, l'édifice s'éleva lentement. La pierre utilisée est la craie, extraite des carrières de Beauvais et Saint-Martin-le-Nœud. Vers 1240, la base du chœur et tout ce qui est au-dessous de la claire-voie était achevé. Les travaux se poursuivirent du nord au sud et d'ouest en est, sous l'épiscopat de Guillaume de Grez (1249-1267). La construction s'éleva sans doute un peu plus haut que ce qui était prévu à l'origine. Vers 1260, le chœur était achevé et on y célébra les offices. Le , les vêpres étaient chantées dans le nouveau chœur. La cathédrale, très haute, dépasse la hauteur du plateau picard voisin et offre une forte prise au vent.
Effondrement de voûtes (1284) C'est probablement une tempête qui a provoqué, un vendredi de une catastrophe : une partie des voûtes s'effondre sur les travées droites du fait d'une faiblesse au niveau de la deuxième pile séparant les bas-côtés, provoquant la rupture de l'arc-boutant supérieur.. L'abside, renforcée par sa structure en arc, n'a pas beaucoup souffert. La charpente est elle aussi restée en place, formant un pont entre l'abside et le côté ouest qui, plus large, était resté presque intact.
On décida de consolider l'ensemble en modifiant la structure des travées par un épaississement des murs. Le chœur fut alors fortement transformé. Par précaution, les travées furent recoupées par de nouveaux piliers intermédiaires, moins larges. On passa ainsi de trois à six travées pour la partie sud du chœur.
L'abside, qui avait déjà des travées étroites, ne fut pas modifiée. Les réparations furent longues et ne furent terminées qu'aux alentours de 1347. Vint alors la période sombre de la grande peste suivie de la guerre de Cent Ans, qui interrompit la poursuite de la construction. En 1472, les armées de Charles le Téméraire firent le siège de la ville. Beauvais est alors vaillamment défendue par Jeanne Hachette.
La reprise de la construction dans la première moitié du Il fallut attendre après l'édification du chœur pour que les travaux reprennent dans le transept, sous l'impulsion du comte-évêque Louis de Villiers de L'Isle-Adam. En 1499, le maître-maçon Martin Chambiges se vit confier l'élévation du transept qui, après sa mort le , fut achevée par son fils Pierre. Engagé sur plusieurs chantiers à la fois, Martin Chambiges fut secondé par Jean Vast, maître-maçon beauvaisien auquel succéda son fils lui aussi prénommé Jean. Avec la fin de la réalisation du transept en 1548, l'édifice donnait alors véritablement dans le gigantisme : de la chapelle axiale à la cloison qui ferme le transept, une largeur de transept de , une hauteur de voûte dans le chœur de , de plus que la cathédrale d'Amiens. Saint-Pierre de Beauvais possède ainsi la plus haute voûte gothique jamais construite. Tout comme la description de la cité céleste du livre de l'Apocalypse, la hauteur sous les voûtes est égale à sa largeur : royaux.
Construction et effondrement de la tour-lanterne dans la seconde moitié du vignette|gauche|150px|Cathédrale avec sa haute tour-lanterne (dessin du ).
En 1550, le chapitre de la cathédrale décida de faire construire une tour-lanterne et non pas la nef (sans doute pour que la cathédrale, comme ses voisines, se vît de loin…). Les travaux commencèrent en sous la direction de Jean Vast. Achevée en 1569, cette tour-lanterne fut surmontée d'une flèche en pierre et d'une croix sommitale en fer qui culminait à au-dessus du sol, ce qui fit de Saint-Pierre de Beauvais l'édifice le plus haut de la chrétientéVoir l'église Saint-Olaf de Tallinn en Estonie, qui n'aurait pas fait .. Néanmoins, la fragilité de l'ensemble apparut à tous.
En effet la tour reposait au-dessus d'un gigantesque espace vide, uniquement sur les quatre piliers particulièrement légers de la croisée du transept, préexistants à la tour, qui constituaient déjà en eux-mêmes une construction hardie, et qui ne semblent pas avoir été prévus à l'origine pour supporter une tour de pierre aussi immense.
L’absence de la nef, surtout, priva le côté occidental du contrebutement nécessaire pour le soutien de ces piliers qui, comme à Amiens, sont conçus de manière à s’écarter légèrement de l'intérieur de la croisée en hauteur pour mieux buter contre les structures du chœur, du transept et de la nef (afin qu'ils ne fléchissent pas vers l'intérieur de la croisée qui est dépourvu de contrebutement).
Dès 1572, on retira la croix de fer qui surmontait la tour-lanterne, car jugée trop pesante. Enfin, le est un jour noir dans l'histoire de la cathédrale : alors que les fidèles sortent de la célébration de l'Ascension, la flèche et les trois étages du clocher s'effondrent.. Les coûts de la reconstruction des voûtes du transept furent tels qu'ils ne permirent pas de reconstruire la tour-lanterne et privèrent définitivement la cathédrale des fonds nécessaires à l'édification de la nef.
vignette|170px|La façade ouest montrant l'absence de nef.
Le mobilier des L'année 1604 vit les derniers travaux : le voûtement de la première travée de la nef et l'érection d'une cloison recouverte d'ardoise fermant l'église à l'ouest. Le chantier de la cathédrale Saint-Pierre s'arrêta définitivement. Aux , on privilégia le décor intérieur : tableaux, maître-autel, chaire à prêcher, monument funéraire, etc.
À l'instar de la cathédrale de Narbonne, à laquelle toutefois il manque aussi le transept, Saint-Pierre de Beauvais reste depuis inachevée. Elle apparaît cependant comme le dernier grand édifice représentatif de l'architecture gothique française à son apogée.
Révolution française, une cathédrale déchue Durant la Révolution, en , les sans-culottes détruisirent les statues du tympan du portail sud. L'édifice perdit également une partie de son mobilier et l'orfèvrerie partit à la fonte. Devenue pour un temps un temple dédié à la Raison, la cathédrale n'était plus, après la Terreur, qu'une simple église paroissiale.
Les restaurations hasardeuses du En 1822, l'église Saint-Pierre de Beauvais redevint cathédrale et reconstitua peu à peu son patrimoine religieux dispersé dans le Beauvaisis.. En 1840, elle figura sur la première liste des monuments historiques de 1840. En 1842, l'architecte Daniel Ramée proposa de rallonger la cathédrale de deux travées à l'ouest pour contrebuter l'église et d'édifier du côté méridional une tour en style néogothique. Ce projet fut approuvé par la Commission des arts et édifices religieux représentée par Prosper Mérimée, Eugène Viollet-le-Duc et Henri Labrouste. En réaction, Eugène Delacroix écrivit ironique, dans son journal, le (, tome 1) :
Daniel Ramée finit par être renvoyé pour négligence des chantiers. Son projet n'eut pas de suite ce qui permit de sauver une partie de la cathédrale du vouée à une destruction certaine..